The Incidence of the Terror during the French Revolution, que l’universitaire américain Donald Greer publie en 1935 est un des livres les plus cités des études révolutionnaires. Cet ouvrage de référence est enfin traduit en français.
La Terreur : symbolisée par la guillotine, pour les uns ; gouvernement tyrannique et imposé par la guerre et les circonstances aux révolutionnaires libéraux de 1789 ; invention rhétorique —le mot avec son grand T daterait de 1795— visant à disqualifier l’œuvre de Robespierre et des robespierristes, pour les autres. Terreur, le mot tout en abritant l’ensemble de ces définitions, conserve un irréductible mystère.
Des cinq cents jours qui ébranlèrent l’Europe (et au-delà), entre mars 1793 et juillet 1794, il reste toujours à dire. Mais peut-être à dire autrement : en comptant plutôt qu’en théorisant et en instruisant à charge : c’est la voie ouverte par Greer aux yeux de qui la Terreur, c’est d’abord 16 594 condamnés à mort exécutés —20 000 morts en un jour sur le champ de bataille d’Eylau en 1807, et « pour rien », de l’avis même de Napoléon. Une comparaison que Greer affectionne, et qui relativise le bilan macabre, toujours porté à charge de la Terreur.
Pour se vouloir purement quantitatif, et inspiré par une logique exclusivement comptable, le propos de Greer est bien moins neutre qu’il n’y paraît. Les principales victimes de la Terreur ne sont pas, selon lui, les privilégiés mais le peuple. Qui a raison ? Greer et son interprétation de la Terreur qui bouscule les cadres interprétatifs établis ? Ceux qui jugent cette interprétation nulle et non avenue ? De cette question, et d’un parti pris, celui de Greer, pionnier discret d’un regard autre, est né un projet : la « reprise » de son enquête, la reconstitution et la critique de ses données à partir d’archives afin d’apporter de nouveaux chiffres à son moulin.
La Terreur par les chiffres qu’on trouvera dans La Mesure de la Terreur par Greer, suivie de La Mesure des Terreurs par Anne Simonin, s’incarne dans un groupe social : celui des fonctionnaires publics, petits ou grands, envoyés à la guillotine, après jugement par l’une des 180 juridictions d’exception (dont le tribunal révolutionnaire de Paris n’est qu’une parmi d’autres jusqu’au printemps 94), pour manquements à la vertu, à la probité, à la dignité, bref au service public civique.
Les Terreurs, c’est-à-dire la Terreur révolutionnaire de défense du territoire, suivie de la Terreur républicaine de gouvernement, auront remporté une double victoire : sur les champs de bataille, contre l’Europe coalisée, la Terreur révolutionnaire a sauvé la France ; dans l’administration, contre la monarchie pluri-séculaire, la Terreur républicaine a fondé la République et imposé le fonctionnaire public républicain.
La Terreur : symbolisée par la guillotine, pour les uns ; gouvernement tyrannique et imposé par la guerre et les circonstances aux révolutionnaires libéraux de 1789 ; invention rhétorique —le mot avec son grand T daterait de 1795— visant à disqualifier l’œuvre de Robespierre et des robespierristes, pour les autres. Terreur, le mot tout en abritant l’ensemble de ces définitions, conserve un irréductible mystère.
Des cinq cents jours qui ébranlèrent l’Europe (et au-delà), entre mars 1793 et juillet 1794, il reste toujours à dire. Mais peut-être à dire autrement : en comptant plutôt qu’en théorisant et en instruisant à charge : c’est la voie ouverte par Greer aux yeux de qui la Terreur, c’est d’abord 16 594 condamnés à mort exécutés —20 000 morts en un jour sur le champ de bataille d’Eylau en 1807, et « pour rien », de l’avis même de Napoléon. Une comparaison que Greer affectionne, et qui relativise le bilan macabre, toujours porté à charge de la Terreur.
Pour se vouloir purement quantitatif, et inspiré par une logique exclusivement comptable, le propos de Greer est bien moins neutre qu’il n’y paraît. Les principales victimes de la Terreur ne sont pas, selon lui, les privilégiés mais le peuple. Qui a raison ? Greer et son interprétation de la Terreur qui bouscule les cadres interprétatifs établis ? Ceux qui jugent cette interprétation nulle et non avenue ? De cette question, et d’un parti pris, celui de Greer, pionnier discret d’un regard autre, est né un projet : la « reprise » de son enquête, la reconstitution et la critique de ses données à partir d’archives afin d’apporter de nouveaux chiffres à son moulin.
La Terreur par les chiffres qu’on trouvera dans La Mesure de la Terreur par Greer, suivie de La Mesure des Terreurs par Anne Simonin, s’incarne dans un groupe social : celui des fonctionnaires publics, petits ou grands, envoyés à la guillotine, après jugement par l’une des 180 juridictions d’exception (dont le tribunal révolutionnaire de Paris n’est qu’une parmi d’autres jusqu’au printemps 94), pour manquements à la vertu, à la probité, à la dignité, bref au service public civique.
Les Terreurs, c’est-à-dire la Terreur révolutionnaire de défense du territoire, suivie de la Terreur républicaine de gouvernement, auront remporté une double victoire : sur les champs de bataille, contre l’Europe coalisée, la Terreur révolutionnaire a sauvé la France ; dans l’administration, contre la monarchie pluri-séculaire, la Terreur républicaine a fondé la République et imposé le fonctionnaire public républicain.
