Nouveautés Grasset

Mars - Avril
2012

Littérature française | Littérature étrangère | Grand format |
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Grasset-Jeunesse |



Littérature française

Salim Bachi
Moi, Khaled Kelkal
Roman
Collection « Ceci n'est pas un fait divers », dirigée par Jérôme Béglé

Salim Bachi, né en 1971 à Alger, est romancier. Il est l'auteur aux éditions Gallimard de cinq romans : Le Le Chien d'Ulysse (2001, Prix Goncourt du Premier Roman), La Kahéna (2003), Tuez-les tous (2006), Le silence de Mahomet (2008), et Amours et Aventures de Sindbad le Marin (2010).

« Je vous hais tous.
Je ne vous cherche pas d'excuses. Vous êtes coupables. Coupables d'ignorer. L'innocence est un crime contre l'humanité. Vous avez lâché l'Occident comme une bête féroce sur le monde. »

1995. Une bombe explose à Saint-Michel. Bilan : 8 morts et plus d'une centaine de blessés. A la Une de tous les journaux, un visage apparaît : celui de Khaled Kelkal, 24 ans, terroriste. Le jeune homme est désigné ennemi public numéro 1. Comment ce bon élève souriant et discret est-il devenu un assassin ? Ses ambitions déçues l'ont-elles poussé à une vengeance sordide ? Ou est-ce son passage en prison à 19 ans qui a transformé Kelkal en tueur sans pitié ? Et si le système ne lui laissait pas d'autre voie, que celle, tragique, qui l'a conduit à être abattu devant une caméra ? Sous la plume de Salim Bachi, Kelkal n'est plus seulement une photo en noir et blanc, mais un esprit tortueux et torturé qui s'agite, un coupable qui convoque les innocents sur le banc des accusés.

Elisabeth Barille
Une légende russe


Elisabeth Barillé est née à Paris, d'un père angevin et d'une mère d'origine russe. Elle est l'auteur de plusieurs romans, récits et biographies, parmi lesquels, chez Gallimard, Corps de jeune fille (1986), Exaucez-nous (1999, Prix de la Fondation de France), A ses pieds (2006) et Heureux parmi les morts (2009).

« Je n'avais pas entrepris ce voyage pour apprendre, pour désapprendre au contraire, ou pour me déprendre d'une connaissance rassurante et commode. Oublier l'analyste, la cérébrale, ne plus se protéger derrière les raisonnements, voir, d'abord, frôler, explorer, sentir, flairer les traces, c'était mon vrai but, au fond, oublier l'écrivain, retrouver l'enfant, et gentiment la tuer. »

Soucieuse, à mi-vie, de faire toute la lumière sur ses racines, la narratrice de ce livre décide d'entreprendre un voyage en Russie. Son grand-père maternel, Georges Feodorovitch Sapounoff, en était originaire. C'est aussi là-bas que naquit, en 1861, l'essayiste Lou Andreas-Salomé, muse de Nietzsche et de Rilke.
Pendant plusieurs semaines, en suivant les traces de ses deux mentors, la narratrice va explorer le pays quitté par son grand-père en 1919, en pleine tourmente bolchévik.
Inspirée par Lou, elle reprendra une partie du voyage que cette amoureuse de la liberté fit en Russie avec Rilke, de la fastueuse Saint-Pétersbourg, cité des tsars, à Moscou, ville des excès, de la Volga et de ses infinis, jusqu'à Koursk, l'austère gardienne de secrets intimes. Au terme d'une longue enquête, elle dénouera enfin l'écheveau de la légende familiale.
Entre littérature et réalité, présent désenchanté et passé rêvé, mémoire et nostalgie, Une légende russe raconte un itinéraire intriguant, jalonné de personnages charismatiques et mystérieux. C'est aussi l'indispensable voyage aux « sources » de soi…

Pauline Dreyfus
Immortel, enfin
Roman

Pauline Dreyfus est écrivain. Elle a déjà publié un recueil de nouvelles, Le père et l'enfant se portent bien (Lattès, 2003) et une biographie, Robert Badinter, l'épreuve de la justice d'un juste (Editions du toucan, 2009). Immortel, enfin est son premier roman.

1968-1969. Cinquième candidature de Paul Morand à l'Académie française. L'écrivain n'est plus l'auteur glorieux du Grasset d'avant-guerre (Lewis et Irène, 1924, Champions du Monde, 1930). Il a « perdu sa guerre ». Il a 80 ans. Dix ans plus tôt, le général de Gaulle, lui reprochant sa collaboration avec le régime de Vichy, a refusé qu'il entre sous la Coupole. Pour qui sent la mort approcher, n'est-elle pas la promesse de devenir immortel ? C'est l'heure délicieuse de la revanche que nous montre ce roman vif et piquant, morandien, somme toute.
Et voici le récit de sa campagne, sa dernière campagne, qui ne sera pas Waterloo. Elle est mêlée de flashbacks ressuscitant les grands moments de sa vie, de sa rencontre avec sa femme, la princesse Hélène Soutzo, à son amitié avec Marcel Proust. Dans le temps présent, apparaît une facette moins connue de Morand. Celle de la bienveillance et de la générosité. Il transmet son expérience à de jeunes disciples ; on croisera, dans son fameux salon du Champ-de-Mars, à Paris, Jean d'Ormesson, Patrick Modiano, Alexandre Vialatte, mais aussi une jeune étudiante au Conservatoire qui s'est présentée pour faire la lecture à Hélène que ses yeux commencent à trahir, Nathalie Baye.
Le portrait original d'un homme réconcilié avec lui-même et siégeant, à jamais, au rang des plus grands.

Dan Franck
Les champs de bataille
Roman

Dan Franck a publié une vingtaine d'ouvrages, dont Les Calendes grecques (prix du premier roman, 1980), La Séparation (prix Renaudot, 1991), Les aventures de Boro reporter-photographe (avec Jean Vautrin, Fayard) ; et chez Grasset : Les enfants, Roman nègre. On lui doit aussi la trilogie Bohèmes, Libertad ! et Minuit – dont Arte va tirer une série. Scénariste réputé, on lui doit aussi, récemment, le scénario du film et de la série Carlos d'Olivier Assayas.

Jean Moulin a-t-il été dénoncé parce qu'on craignait ses idées ? Certains l'ont-ils livré aux nazis pour reconstruire, à la Libération, une France autre que celle qu'il espérait ?
Après la guerre, la justice a choisi de répondre « non » à ces questions. Par deux fois, le principal suspect, René Hardy, a été acquitté. Malgré les témoignages troublants, malgré les documents embarrassants.
Décidé à comprendre ce qui se noua à Caluire, le 21 juin 1943, un juge à la retraite rouvre le dossier. René Hardy est donc convoqué par cet homme, pour un nouvel interrogatoire. Un face-à-face impressionnant, où l'on croise des grands résistants, des petites frappes, une femme sublime. Mais un face-à-face imaginaire… Ce magistrat cherche-t-il la vérité ou un sens à sa propre histoire ?
De la gare de Perrache aux geôles de la Gestapo, des couloirs du Palais de Justice aux rendez-vous secrets de la Résistance, les versions de chacun se confondent et se contredisent. Les héros et les traîtres sont attachants, secrets, romanesques. La vérité de Caluire – cette matière fissile – sortira-t-elle de ces confrontations ? Le juge lui-même comprendra-t-il enfin son époque, et ses obsessions ?

Adrien Goetz
Intrigue à Venise
Roman

Adrien Goetz est né à Caen en 1966. Diplômé de l'Ecole Normale supérieure de la rue d'Ulm. Il est historien d'art et maître de conférence à l'Université Paris 1-Sorbonne. Il tient une chronique hebdomadaire dans Le Figaro. Il a publié quatre romans aux éditions Grasset : A bas la nuit (2006), Intrigue à l'anglaise (2007), Intrigue à Versailles (2009) et Le coiffeur de Chateaubriand (2010).

Invitée à un colloque, Pénélope, la désormais célèbre enquêtrice de la série des « Intrigues », se trouve à Venise pour la première fois de sa vie. Tout est calme jusqu'à ce que l'on apprenne l'assassinat d'Achille Novéant, un vieil écrivain français dont le sujet de prédilection est Venise. Le meurtre a été commis à la villa Médicis de Florence que dirige son vieil ami, le diplomate Lambel. Dès cet instant, tous les écrivains français ayant écrit sur la Sérénissime reçoivent des menaces de mort.
A force d'enquêter, Pénélope, accompagnée de son fiancé Wandrille, découvre l'existence d'une société secrète qui réunit, depuis l'époque de Paul Morand, les écrivains français de Venise. Cette compagnie est propriétaire d'un Rembrandt inédit (il serait passé entre les mains de Napoléon, d'André Malraux et d'Adolf Hitler) qui lui aurait été offert après la guerre par un richissime aristocrate. L'œuvre est l'objet d'une convoitise malveillante et Pénélope doit trouver celui, ou celle, qui commandite les assassinats pour arriver, par Dieu sait quel moyen, à ce tableau.
Ce nouveau récit des aventures de Pénélope emmène le lecteur dans les palazzi, les fêtes et les îlots oubliés de Venise. S'accompagnant d'une foule d'anecdotes authentiques, sur un rythme alerte, Adrien Goetz mobilise son érudition et un sens de l'intrigue incomparable pour livrer un polar mené à sauts et à gambades. Mais que vient faire un château de Louis II de Bavière dans cette histoire ?

Dany Laferriere
Chronique de la dérive douce
Roman

Dany Laferrière a publié plusieurs romans chez Grasset, dont Vers le Sud (2006), adapté au cinéma par Laurent Cantet, L'Enigme du retour, prix Médicis 2009. Son dernier livre, Tout bouge autour de moi, a paru en 2010.

« Si L'Énigme du retour est le roman du retour au pays natal, Chroniques de la dérive douce est bien celui de l'arrivée dans une nouvelle ville, une nouvelle vie. C'était en 1976, j'avais 23 ans et je venais tout juste de quitter « une dictature tropicale en folie ». Ce n'était pas pour moi un exil, mais un voyage qui me permettait surtout d'échapper à la névrose insulaire. Vivre ainsi au milieu de la mer, sur un caillou, nous jette parfois dans d'incontrôlables angoisses. Me voici donc à Montréal, du jour au lendemain : sans domicile fixe mais heureux de cette solitude à laquelle j'étais peu habitué dans un Port-au-Prince surpeuplé. L'été facile. L'automne, possible. L'hiver, inconnu. Je découvre tout en une seule année : les femmes, le vin, la lecture dans la baignoire, la petite clé de ma chambre qu'il fallait constamment traîner dans ma poche, le boulot à l'usine, les déambulations dans la nuit apaisante (celle de Port-au-Prince étant plutôt angoissante), et le plaisir de déchiffrer, quartier par quartier, une nouvelle ville. L'hiver avec ses arbres nus m'a effrayé, mais je fus ébloui, au printemps, de découvrir que l'herbe pouvait renaître sous la glace. Et surtout de me retrouver toujours le même, mais si différent par certains aspects. La lente solitude de l'hiver montréalais m'a obligé à faire face à l'individu, alors qu'à Port-au-Prince je vivais constamment en groupe. Le changement fut si brusque et violent. Et ma joie, secrète. Un matin de l'été suivant, j'ai acheté une vieille Remington pour noter ces impressions avant qu'elles ne se diluent dans mon corps. Cette première année si gorgée de sensations et d'émotions nouvelles ne reviendra jamais. »

D. L.

Didier Decoin
Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
Roman
Collection « Ceci n'est pas un fait divers », dirigée par Jérôme Béglé - Remise en vente à l'occasion de la sortie du film de Lucas Belvaux

Didier Decoin est né en 1945 à Boulogne-sur-Mer. Il est l'auteur d'une œuvre importante dont John l'Enfer (prix Goncourt 1977), La Mer de Chine (1981), La Femme de chambre du Titanic (1991), Madame Seyerling (2002), Avec vue sur la mer (2005) et Henri ou Henry, le roman de mon père (2006).

« D'après le rapport des flics, ils étaient trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à assister pendant plus d'une demi-heure au martyre de Kitty Genovese. Bien au chaud derrière leurs fenêtres. Certains entortillés dans une couverture, d'autres qui avaient pris le temps d'enfiler une robe de chambre. Aucun n'a tenté quoi que ce soit pour porter secours à la pauvre petite. »

Didier Decoin s'est inspiré de ce fait divers, qui fit d'abord l'objet d'un entrefilet, « une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle », avant de passer à la Une de tous les journaux, une fois que la lâcheté des témoins devint le vrai sujet d'enquête pour la presse.

En mars 2012 sort le film « 38 témoins » de Lucas Belvaux adapté du livre de Didier Decoin. Avec Yvan Attal, Sophie Quinton et Nicole Garcia. Un film puissant qui se passe dans les décors naturels du Havre.

Paul Ardenne
Sans visage
Roman

Agrégé d'histoire, Docteur en Histoire de l'art, Paul Ardenne est maître de conférences à Amiens. Il collabore à Art Press depuis 1990 ainsi qu'à plusieurs publications françaises et étrangères. Il a déjà publié une dizaine d'ouvrages ayant pour thème la muséographie, ainsi que deux romans, La Halte (2003) et Nouvel Age (2007).

Marie Rosale, d'origine espagnole, vit à Saintes. Elle hérite d'un visage d'une beauté exceptionnelle et bizarrement inaltérable. D'abord utilisée, enfant, comme symbole vivant de la République espagnole par les descendants charentais des exilés de la Retirada, elle est bientôt l'objet de multiples convoitises, de la part de médecins, de concepteurs de produits cosmétiques et de généticiens, entre autres.
Un jour, on retrouve son corps sans vie, privé de visage. Qui a volé le visage de Marie Rosale dite Marie Saintes ? Pourquoi ? Ce récit narré comme un conte oral est une enquête troublante où se mêle l'aspiration à l'éternelle jeunesse et la question de l'image de soi confrontée au temps et à la dégradation.

Jérôme Dumoulin
Faux-profil
Roman

Jérôme Dumoulin a été rédacteur en chef de L'Express, du Nouvel Economiste et du Figaro Magazine. Par la suite, il a été directeur des rédactions de Elle, puis des magazines Elle décoration et Elle à table. Depuis quelques années, il vit dans l'Ile de Ré et se consacre à la littérature. Il a publié deux romans chez Gallimard Le Phare de baleine et Monsieur Bel Canto, et chez Grasset, La nuit d'Ombleuse (1997) et Divagations sur la fin des temps (2010).

Voici le premier roman sur « facebook ». Non pas, bien sûr, à la façon de quelque « social network », mais à la façon d'un bal vénitien où chacun porte un masque – et rend possibles toutes les combinaisons virtuellement érotiques ou sentimentales. Pour ce faire, Jérôme Dumoulin a composé un « bal masqué » truculent : son héros s'appelle Cyril Molotov, ou plutôt prétend s'appeler ainsi. Sur la mer ensoleillée de Facebook, c'est un kite-surfer. Il virevolte, il éblouit ; son pouvoir de séduction, son érudition bizarre, ses mots d'esprit, font de lui le Prince d'une cours d'« amis » qui ne jurent que par lui, et l'adorent d'amour à distance.
Parmi eux, pourtant, le soupçon va grandir : et si le brillant Cyril n'était qu'un imposteur, un manipulateur, un sale type déguisé en excentrique ? La suite de ce « thriller » informatique ne décevra pas ceux qui accepteront de suivre Jérôme Dumoulin…
Car, au fond, qu'est-ce que Facebook ? Le dernier salon où l'on cause ? Une comédie pour tricheurs ? Un terrain de jeux pervers ? Le lieu privilégié du mensonge ?

Daniel Saint-hamont
Et le sirocco emportera nos larmes…
Roman

Daniel Saint Hamont est scénariste (Le coup de siroco, Le grand carnaval, Le grand pardon et plus récemment Comme les cinq doigts de la main (d'Alexandre Arcady) et romancier (Le bourricot, roman-culte de la « culture » pied-noir, chez Fayard).

Cinquante années ont passé depuis que fut proclamée l'indépendance de l'Algérie et, surtout, depuis qu'un million de « pieds-noirs » ont quitté leur terre natale pour s'intégrer en métropole. Pour beaucoup d'entre eux, ce passé bouge encore. Non pas le passé de la guerre et de la violence aveugle, mais celui du souvenir et de la nostalgie. Certains, comme les héros de ce livre, font le pèlerinage sur leur lieu de naissance. Ce sont, pour l'essentiel, des septuagénaires qui étaient des adolescents pendant les « événements » d'Algérie. Ils vont, à Alger ou à Constantine, à Tlemcen, revisiter leurs jeunesses. Ce sont les héros drolatiques et bouleversants de ce roman…
… qui s'ouvre donc sur le départ de quelques amis, tous originaires de la petite ville de Tadjira, dans l'Oranais. Les uns sont devenus riches, d'autres ont raté leurs vies, mais tous se souviennent de leur passé défunt, de la guerre civile, des amours enfantines, du FLN et de l'OAS. Ils errent dans les rues de leur ville fantôme, ramassent les ossements d'un ancêtre, rient et pleurent.
Ce roman évite tous les clichés du genre. C'est un roman de paix et de réconciliation. On ne peut le lire sans sourire. Ni sans basculer dans une mélancolie puissante et, souvent, joyeuse.

Thomas Sandoz
Même en terre
Roman

Thomas Sandoz est né en Suisse en 1967. Écrivain, épistémologue et docteur en psychologie, il est l'auteur de plusieurs récits, pièces dramatiques, essais et monographies, ainsi que d'articles de vulgarisation scientifique et de critique culturelle. Même en terre a été couronné par le prestigieux prix Schiller en 2011.

C'est l'histoire d'un homme. Solitaire, sans nom, presque sans mots. Qui jour après jour, saison après saison, bêche, plante et sarcle, dans le jardin un peu particulier dont il a la charge : l'allée E d'un cimetière anonyme.
« E » comme « enfants ».
Jour après jour, saison après saison, il voit défiler dans son jardin le terrible cortège de ceux qui sont morts avant l'âge, avant même d'avoir rien vécu, et bientôt voués à l'oubli par le scandale incompréhensible, indicible, parfois criminel, d'une si précoce disparition.
Alors, parce que « même en terre, on n'abandonne pas un enfant », il va les faire revivre, un par un ; sitôt partis les parents éplorés et les croque-morts qui s'ennuient, il se penche au-dessus de leurs lits de tourbe et il leur parle, les berce, leur donne des noms de fleurs, imagine leur mort et leur invente la vie qu'ils n'auront pas vécue.
C'est l'histoire d'un homme prêt à tout – y compris, peut-être, à l'impensable – pour ne pas laisser « ses » enfants dans les limbes du « pays des hommes couchés ».
Porté par une langue d'une sensibilité, d'une poésie et d'une retenue extraordinaires, ce récit aussi frappant que bref transfigure l'insoutenable en un joyau de littérature.




Littérature étrangère

T.c. Boyle
Traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Turle
Histoires sans issue


T. C. Boyle est né en 1948. Depuis 1978, il anime des ateliers d'écriture à l'Université de Californie du Sud. Il vit près de Santa Barbara dans une maison dessinée par l'architecte Frank Lloyd Wright, auquel est consacré son dernier roman en date, Les Femmes.

Sur la côte californienne, un chauffeur routier, chargé de transporter un organe pour une transplantation, se trouve bloqué dans un gigantesque glissement de terrain, à hauteur de la bourgade de La Conchita, enseveli sous une coulée de boue… Dans une petite ville des environs de Guadalajara vit un jeune garçon, Damaso, qui ne ressent absolument aucune douleur. Le médecin du coin se met en tête de l'étudier, dans le vague espoir de se voir décerner le Nobel, mais le père du garçon décide d'en faire un monstre de foire… Une jeune femme s'éprend du chirurgien esthétique qu'elle a timidement consulté pour une petite cure de Botox... Un couple de vieux millionnaires a fait cloner son lévrier afghan chéri pour la modique somme de 250.000 dollars, et engage une jeune femme pour « l'éduquer » à l'identique de l'original… Deux vieux amis de lycée se retrouvent pour une partie de pêche virile, qui tourne au fiasco…

Bruce Chatwin
Traduite de l'anglais par Jacques Chabert
La sagesse du nomade
Correspondance éditée par Nicholas Shakespeare et Elisabeth Chatwin

Bruce Chatwin est né en 1940 près de Sheffield et mort début 1989 à Nice. On lui doit des ouvrages atypiques. Elisabeth Chatwin, sa femme, élève des moutons près d'Oxford. Elle a rencontré son mari en 1961 chez Sotheby, et leur couple, en dehors d'une rupture dans les années 1980, a résisté à la bisexualité de l'écrivain.
Nicholas Shakespeare est l'auteur d'un roman Héritage (Grasset, 2011) et d'une excellente biographie de Bruce Chatwin.

Chatwin était un écrivain-voyageur que le nomadisme passionnait. Embauché en 1958 par Sotheby et surnommé « l'œil », il devient très vite un expert de l'impressionnisme et de l'art moderne. Puis il part faire des études d'archéologie au Soudan et décide de visiter la Patagonie. La vie de Bruce Chatwin est un art de vivre, toujours à la recherche de l'exotisme et de l'inattendu. Ces lettres, postées des quatre coins du monde et très habilement mêlées aux commentaires biographiques de Nicholas Shakespeare et aux précisions d'Elisabeth, nous éclairent tant sur sa vie que sur la gestation de son œuvre. Son éditeur, avec un tel bourlingueur, n'avait d'autre choix que de lui demander de lui parler de ses projets par lettres. Avec ses amis aussi, il partageait ses idées de livres, mais il aimait également leur faire savoir qu'il était à Bahia, au marché d'Hérat, à Cotonou, qu'il profitait du soleil des Caraïbes chez Jasper Jones, qu'il fréquentait les grands de ce monde, ceux qui avaient un château, une villa...

Isabel Allende
Traduit de l'espagnol par Nelly et Alex Lhermillier
La somme des jours
Mémoires

Née en 1942, Isabel Allende est contrainte de fuir la dictature de Pinochet après le coup d'Etat de 1973 contre son oncle Salvador. C'est en 1982, avec La maison aux esprits, qu'elle se lance dans le roman. Ce succès immédiat fait d'elle l'un des plus grands auteurs latino-américains. Aujourd'hui, Isabel Allende rentre régulièrement au Chili, mais vit en Californie.

Dans La somme des jours, Isabel Allende rassemble ses souvenirs et nous livre une partie de ses mémoires. Isabel Allende revient sur les années qui ont succédé la mort de sa fille, Paula, décédée d'une maladie incurable en 1991, s'arrête sur les moments clés de sa vie, exprime sa douleur de mère, sa fierté de grand-mère. C'est surtout le moyen pour elle de retrouver dans ces pages sa « tribu », cette famille qui l'a toujours entourée. Mari, parents, enfants, petits-enfants et amis avancent, fléchissent et se relèvent avec elle, au rythme des peines et des joies…

Albert Espinosa
Tout ce que nous aurions pu être, toi et moi, si nous n'avions pas été toi et moi
Roman
Traduit de l'espagnol par Christilla Vasserot

Albert Espinosa est né à Barcelone en 1973. Atteint d'un cancer, il perd une jambe, un poumon et un morceau du foie, et passe une grande partie de sa jeunesse à l'hôpital. Puis, il connaît le succès en tant que scénariste et acteur. Voici son premier roman, inclassable.

La mère de Marcos, célèbre chorégraphe, est morte la veille et pour lui, rien ne peut plus être comme avant. Marcos attend le médicament qui lui permettra de perdre le sommeil et de ne plus rêver.
A ce tournant de sa vie, un appel téléphonique va tout changer : le chef de la police lui demande de le rejoindre sur le champ : le premier extraterrestre serait arrivé sur Terre.
Car Marcos a un don : celui de lire les souvenirs les plus forts des gens qu'il regarde, il doit déterminer si « l'étranger » est bien celui qu'il prétend être…

Vidar Sundstol
Traduit du norvégien par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain
Seuls les morts ne rêvent pas
Roman

Né en 1963, Vidar Sundstøl a exercé différents métiers manuels, vécu entre la Norvège, les Etats-Unis et l'Egypte, avant de se consacrer à l'écriture. Seuls les morts ne rêvent pas est le deuxième tome de la trilogie du Minnesota.

Lance Hansen, désormais convaincu que son frère est à l'origine du meurtre du jeune kayakeur retrouvé au lieu-dit de la Croix de Baraga, sur les rives du lac Supérieur, est tiraillé entre la loyauté qu'il doit aux siens et le poids du silence. D'autant que ses recherches sur le passé familial lui révèlent le sombre secret qui se cache derrière la mort de Swamper Carribou, le guérisseur indien…
La traditionnelle partie de chasse au cerf, passage obligé pour sauver les apparences, réunit les deux frères. Une dernière fois. Mais bientôt, Lance ne peut plus feindre et décide d'en finir. La partie de chasse se transforme en chasse à l'homme sans que l'on sache vraiment qui observe et qui traque...




Grand format

Clive Cussler Et Justin Scott
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Rosenthal
Le Saboteur
Thriller

Clive Cussler est l'auteur de nombreux romans traduits dans le monde entier. Découvreur d'épaves, il est membre de la Société Géographique Royale de Londres, du Club des explorateurs de New York et préside l'Agence nationale maritime et sous-marine (NUMA). Il écrit avec Justin Scott les aventures du détective privé Isaac Bell, dont le premier tome a paru chez Grasset en janvier 2010.

1907. Le raccourci des Cascades, une voie expresse vitale reliant San Francisco et le nord des Etats-Unis, subit une succession de sabotages. Impuissante devant ces attaques qui compromettent l'avancée des travaux et l'avenir de la ligne, la compagnie de chemins de fer fait appel à l'agence de détectives Van Dorn, qui envoie sur place son meilleur agent : Isaac Bell.
Toutefois, le défi est de taille, car le malfaiteur, qui recrute des hommes de main dans les saloons et parmi les marginaux avant de les faire disparaître, brouille les pistes et semble insaisissable. Qui est-il et que cherche-t-il ? Est-ce un gréviste ? Un anarchiste ? Ou un esprit pervers aux projets machiavéliques ?
De New York à Boston en passant par San Francisco, Isaac Bell sillonne tout le pays et traque sans relâche le Saboteur. Bientôt, Bell devra faire appel à tout son talent, non seulement pour sauver la Southern Pacific… mais pour en réchapper.




Essais, documents, biographies

Christophe Barbier
Maquillages
Document

Christophe Barbier est le très médiatique directeur de L'Express ; il est également, chroniqueur permanent sur I-Télé et très présent sur Canal +. Il vient de recevoir le Prix châteaubriand pour Les derniers jours de Français Mitterrand que Grasset avait publié voici dix ans, et sans cesse réédité. Chaque matin, il rencontre des personnalités politiques dans la salle de maquillage de I-Télé (avant, c'était à LCI) et c'est là, plus encore que sous les caméras, qu'on lui confie les biais secrets qui sont la matière même de ce livre…

« Maquillages ? Dans cet instant de faux, on voit le vrai. Au maquillage, chaque matin à la télévision, j'observe mon invité politique qui se réveille, reprend contact avec le réel, aiguise une petite phrase, fourbit une grande idée. Sous le fond de teint perce sa nature, la peau se maquille mais le cuir ne ment pas, les coulisses débordent de tout ce qu'il ne peut dire à l'antenne.
Plus tard, ailleurs, loin de cette fébrilité cathodique, il y a les moments volés à l'actualité, sans précipitation ni téléphone qui sonne : rencontre discrètes, confidences off, complicités et engueulades. Ils ou elles m'ont accordé de longs moments, non pour nourrir un écho dans L'Express ou une chronique télé, mais pour prendre date, pour le temps long, pour un livre…
Les tourbillons de la vie et de la politique en ont emporté plus d'un : Dominique Strauss-Kahn englouti dans le sordide ; Jean-Louis Borloo noyé dans sa propre hésitation ; Ségolène Royal et Martine Aubry balayés par la vague de la primaire. La présidentielle sera la guerre des survivants contre le sortant.
A intervalles réguliers, j'ai rencontré Nicolas Sarkozy ces dernières années, presque toujours à l'Elysée. Longs soliloques, parties de cache-cache, passes d'armes, glace et feu. Et le mystère de sa violence brumeuse.
Le quinquennat s'achève, les lumières s'éteignent, les carnets se vident… Que la fête commence ! »
C. B.

Dominique Bona
Deux sœurs

Yvonne et Christine Rouart, les muses de l'Impressionnisme

Née en 1953 à Perpignan, romancière et biographe, Dominique Bona est l'auteur de Romain Gary (1987, Grand prix de la biographie de l'Académie Française), Malika (1992, Prix Interallié), Le Manuscrit de Port Ebène (1998, prix Renaudot), Berthe Morisot, le secret de la femme en noir (2000, Bourse Goncourt de la biographie), Camille et Paul (2006), et Clara Malraux (2010). Tous ses livres furent des succès en librairie.

« Berthe Morisot est le point de départ de ce livre : c'est par elle que j'ai découvert l'histoire des sœurs Rouart-Lerolle, enfants chéries de l'Impressionnisme, dont la vie a été mêlée à celle des plus grands artistes de leur époque – peintres, musiciens et écrivains.
Illustres, Yvonne et Christine Rouart-Lerolle le sont notamment grâce à leur fameux portrait au piano par Renoir. Leur destin hors normes restait cependant méconnu.
Si l'Impressionnisme les a puissamment éclairées, leurs vies de femmes n'en furent pas moins douloureuses et, parfois, tragiques.
Elles ont grandi dans une atmosphère que l'on peine à imaginer, tant les génies s'y bousculent. Leur père, Henry Lerolle, est le meilleur ami de Debussy. Il est aussi le beau-frère d'Ernest Chausson. Camille et Paul Claudel, Mallarmé, Paul Valéry sont des familiers de la maison. Tout comme Renoir et Degas. C'est Degas qui va organiser leur mariage.
Leur double union avec Eugène et Louis Rouart – les fils du peintre et collectionneur Henri Rouart – accroît encore le cercle de leurs amitiés avec des artistes d'exception. Apparaissent alors Gide, le meilleur ami d'Eugène, Mauriac, Bernanos…
Mais très vite, leur vie conjugale se fait orageuse, incertaine et tourmentée. Elles avaient tout pour être heureuses. Elles font l'expérience du désenchantement et, pour l'une d'entre elles, de la ruine et du malheur.
Ces désenchantées, j'ai pu suivre leur itinéraire grâce à des photographies, des lettres, des documents inédits. Mais ce sont les nombreux tableaux qui les représentent, aujourd'hui dans de prestigieux musées, qui m'ont raconté leur histoire et transmis leur parfum. Parfum de campagne ensoleillée, de salon de musique envahi par la fumée des cigares, de chambre aux rideaux tirés où s'échangent des confidences. »

D. B.

Philippe Grimbert
Avec Freud au quotidien


Philippe Grimbert est psychanalyste. Il a précédemment publié trois essais : Psychanalyse de la chanson, Pas de fumée sans Freud et Chantons sous la psy, ainsi que plusieurs romans, La Petite robe de Paul (Grasset, 2001), Un Secret (2007), La Mauvaise rencontre (2009) et Un Garçon singulier (2011).

Notre époque vit sous le signe de la rentabilité et de l'évaluation, laissant peu de place à la réflexion sur soi : c'est une des raisons pour lesquelles la psychanalyse est aujourd'hui sujet à polémique et subit des critiques, voire des attaques féroces. Dans Avec Freud, au quotidien, Philippe Grimbert fait œuvre de résistance en tentant de montrer, au travers de sujets aussi variés que le cinéma, le tabac ou la politique – pour ne citer qu'eux –, comment l'invention freudienne peut apporter sa contribution à la connaissance de soi et à des questions de société, qu'elle éclaire d'une façon souvent inattendue. Le titre de cet ouvrage en souligne l'originalité : l'auteur s'y implique, montrant comment sa trajectoire personnelle a nourri le choix de ses centres d'intérêt et comment une part intime de lui-même y est toujours engagée : cette part, résultat de son histoire, il nous la livre au fil des pages. Il nous y montre à quel point l'aventure du divan a continué à exercer ses effets sur son existence et comment elle a ouvert la porte à sa pratique de clinicien et d'écrivain.

François Jullien
Cinq concepts proposés à la psychanalyse

Chantiers, 3

François Jullien est titulaire de la Chaire sur l'altérité au Collège d'études mondiales de la Fondation de la Maison des Sciences de l'Homme.

La psychanalyse appartient au grand mouvement d'ébranlement de la raison que connaît l'Europe à son apogée. Mais, pour décrire ce qui se découvre alors dans la cure, Freud n'est-il pas encore dépendant, d'une certaine façon, de l'outillage intellectuel dont il a hérité ? Et ne laisse-t-il pas dans l'ombre, non explicités, certains aspects de la pratique analytique que sa théorie n'a pu explorer ?
C'est pourquoi François Jullien propose ici cinq concepts abstraits de la pensée chinoise dans lesquels ce qui « se passe » dans la cure pourrait se réfléchir et peut-être s'expliquer. Disponibilité dit la position sans position qui permet au psychanalyste de capter la parole de l'analysant sans projection ni prévention – ce que Freud a nommé l' « attention flottante », mais sans plus le sonder. Allusivité dit systématiquement, du côté de l'analysant, la capacité de référence sans référer qui est la condition de possibilité de l' « association libre » à laquelle celui-ci est invité. Le biais (l'oblique) dit comment désemparer stratégiquement des résistances qu'on ne peut attaquer de front parce qu'elles ne se soupçonnent pas. Dé-fixation dit l'opération de « décoincement » qui se produit alors dans la cure remettant en mouvement ce qui s'est figé et ne permet plus d'avancer. Transformation silencieuse dit enfin en quoi consiste le procès de la cure envisagée dans son ensemble, sans qu'on puisse y repérer le travail de modification sourdement engagé.
Autant d'approches qui font découvrir la psychanalyse sous un jour oblique la révélant dans son impensé. Or cet impensé n'est-il pas également celui de la pensée européenne découverte dans ses partis pris ?
En même temps, ce bref essai pourra servir d'introduction à la pensée chinoise dont ces notions, en venant sur le terrain de la psychanalyse, se remettent à travailler.

Xavier Lameyre
Le glaive sans la balance
Essai

Xavier Lameyre, né en 1956, est vice-président de l'application des peines au Tribunal de Grande Instance de Paris. De plus, il enseigne la criminologie à l'université Paris II.

Xavier Lameyre est juge, et il condamne. Seulement, il le fait avec mesure et en demandant des lois humaines. Que ce soit dans la peau de l'enseignant ou dans celle du magistrat, il a vu l'évolution d'une législation toujours plus sévère et toujours plus inefficace. Avec ce livre, il revient sur la politique punitive que mène l'Etat français depuis plus de vingt ans.
Selon lui, on assiste, quelle que soit la couleur politique des gouvernements, à une inflation des peines. Elle s'accompagne de dérives à toutes les étapes de la procédure. La France se dote d'un arsenal juridique toujours plus fort, mais combien de lois votées sont réellement appliquées ? Combien de celles qui sont appliquées se révèlent utiles ? Est-il vraiment utile d'aggraver les peines des délits les plus mineurs, au point de devoir inquiéter le citoyen ordinaire ?
Cette frénésie sécuritaire semble plus motivée par le désir de flatter l'opinion publique et la soif de médiatisation de certains politiciens. Dès qu'un crime fait trembler la télévision, un député se lève pour proposer une loi sévère, alors que, la plupart du temps, cette loi existe. Résultat paradoxal, la répression automatique engendre de nouvelles formes de délinquance, comme on le constate en matière de sécurité routière et de trafic de stupéfiants. Les peines planchers et l'emprisonnement systématique semblent n'avoir aucun effet positif sur les chiffres de la récidive.
De sa réflexion, nourrie par l'expérience et des chiffres éloquents, Xavier Lameyre tire une conclusion alarmante : de ces lois bâclées, souvent inutiles, ne vient aucun résultat efficace et, c'est l'Etat lui-même qui sort pratiquement et moralement affaibli de cette politique indigne d'une République humaniste. Les indignations d'un modéré.

Philippe Maniere
Le pays où la vie est plus dure
Essai

Philippe Manière est le président et le fondateur de la société de conseil en stratégie Footprint Consultants. Il est également éditorialiste à L'Express. Il a publié cinq ouvrages, L'aveuglement français (Plon, 1998), Marx à la corbeille (Stock, 1999), La vengeance du peuple (Plon, 2002) et Ils vont tuer le capitalisme ! (en collaboration avec Claude Bébéar, Plon, 2003).

Chaque année, des millions de touristes viennent goûter à l' « art de vivre à la française », s'imaginant que la France est le pays où la vie est plus douce. Mais, curieusement, depuis près de vingt ans, les Français, eux, broient du noir : dans les sondages, nous sommes le peuple le plus pessimiste de la planète. Pourquoi ?
Il est de coutume de dire que la France est un « paradis perdu ». Avant, nous étions heureux et la vie était belle. Et puis est venue la mondialisation, qui détruit les emplois, crée partout de l'angoisse et met tout par terre. Pourtant, beaucoup de pays bien plus exposés que nous aux grands vents de la mondialisation sont bien moins déprimés, y compris certains de nos voisins aussi soucieux que nous de solidarité. Pourquoi ?
La vérité, c'est que la France a, seule au monde, épousé la mondialisation pour le pire, mais pas pour le meilleur. Le livre de Philippe Manière démontre que ce n'est pas tant la mondialisation qui est en cause dans ce terrible échec, que la France elle-même, ses élites zélées, son Etat immobile et ses structures sociales d'un autre âge.
Parce que la société française est restée profondément inégalitaire et favorable à la rente, la mondialisation y crée des opportunités nouvelles au bénéfice exclusif de ceux qui y tiennent le haut du pavé, renforçant la reproduction sociale et dévoilant le cynisme d'une promesse républicaine que nous trahissons chaque jour.

Anne Sinclair
21 rue La Boétie
Récit

Anne Sinclair est l'auteur, chez Grasset, de Deux ou trois choses que je sais d'eux et Caméra subjective.

Il y a deux ans, Anne Sinclair a vu sa carte d'identité lui être refusée. Ce qui l'a conduite à écrire sur sa famille, creuser une ascendance mal connue et partir à la recherche d'un monde englouti.
Son grand-père, Paul Rosenberg, fut un grand marchand de tableaux à Paris entre 1910 et 1940, puis à New York où la guerre l'avait obligé à se réfugier.
L'auteur, qui se voulait avant tout journaliste, avait toujours refusé de cultiver ces souvenirs du côté maternel de sa famille. Sa mère disparue, et sa « francité » contestée, elle a voulu se plonger dans les cartons, les photos, les livres et les lettres familiales pour faire revivre une relation passionnante entre le galeriste Paul Rosenberg et la plupart des grands peintres de l'époque moderne : Braque, Matisse, Léger et surtout Picasso dont son grand-père fut le marchand attitré à partir de 1918, qu'il installa à côté de chez lui, et avec lequel il entretint une correspondance dont Anne Sinclair dévoile ici tout un pan.
Ce livre est donc le récit de cette quête sur un amateur d'art disparu, une réflexion sur le métier de marchand de tableaux, et la découverte, chemin faisant, de troublantes coïncidences.
C'est ainsi que le siège de la galerie familiale, au 21 rue La Boétie devint, une fois pillé par l'Occupant, celui de l'Institut des Questions Juives entre 1940 et 1944.
C'est ainsi que l'oncle d'Anne, lieutenant dans la Deuxième Division Blindée qui libéra Paris, arrêta lui-même un train emportant en Allemagne beaucoup de tableaux appartenant à Paul Rosenberg, son propre père.
C'est ainsi qu'une famille française juive a pu se retrouver déchue de sa nationalité par le gouvernement de Vichy, et que 70 ans plus tard, on demande à Anne Sinclair – qui fut, il y a quelques années – consacrée comme Marianne – de prouver, une fois de plus, ses ascendances françaises.

Taline Ter Minassian
Reginald Teague-Jones

Au service secret de l'Empire britannique

Taline Ter Minassian est professeur à l'Institut des Langues Orientales à Paris. Reginald Teague-Jones au service secret de l'Empire britannique est son premier livre.

Voici la biographie d'un homme qui est un genre en soi : l'Espion anglais. Né en 1890 dans le Lancashire, Reginald Teague-Jones grandit et fait ses études à Saint-Pétersbourg. Durant son séjour russe, il assiste à la révolution de 1917, spectacle qui choque son sens tout britannique de l'équilibre des forces, et si possible en faveur du roi d'Angleterre. Il s'engage alors dans les services spéciaux de la police indienne, quittant pour longtemps une terre natale qu'il ne cessera de servir.
Sa carrière d'agent secret débute en Inde. D'abord officier de surveillance auprès des tribus frontalières du Nord, il est ensuite chargé d'étendre l'influence britannique dans une région du monde où Russes et Allemands tentent de disputer sa suprématie à l'Angleterre, dans le territoire du grand jeu (le terme « grand jeu » renvoie à la rivalité coloniale entre la Grande-Bretagne et la Russie en Asie, qui mènera à la création de l'Afghanistan). De Constantinople à Bombay, en passant par la Géorgie et l'Iran, Reginald Teague-Jones intrigue pendant près de 20 ans dans le Proche-Orient au service secret de l'Empire.
Si l'on apprécie les anecdotes savoureuses d'un espion qui, quoique plus habitué au thé Earl Grey qu'au brouet caucasien, a quand même participé à d'extravagantes opérations tel que le renversement des commissaires du parti communiste à Bakou, en pleine Révolution, on verra que James Bond n'est pas né d'hier.

Catherine Ternaux
La polygamie, pourquoi pas ?
Essai

Philosophe de formation, Catherine Ternaux, née en 1961, a déjà publié un essai sur La respiration et quelques livres pour la jeunesse (chez Grasset). Elle s'occupe, par ailleurs, du service de documentation de la Cité de la Bande dessinée.

« La monogamie aurait le monopole du cœur ? Elle serait le seul régime matrimonial compatible avec la religion chrétienne ? La monogamie permettrait seule l'émancipation de la femme ? A contre-courant des idées reçues et de la charge politique actuelle contre la polygamie, cet essai explore le sujet avec courage et non sans humour. S'attaquant aux tabous et dénonçant les amalgames, il démonte un à un tous les arguments avec lesquels on fustige habillement la polygamie : qu'elle opprime la femme et rend les enfants délinquants ; qu'elle n'est pas morale, pas naturelle ; qu'elle ne concerne que le monde islamique ; qu'elle est psychologiquement intenable, etc.
Mais ce pamphlet va plus loin en revendiquant, pour celles et ceux qui le souhaiteraient, cette modalité conjugale dont, estime l'auteure, on pourrait être en droit d'attendre qu'elle soit une alternative, dans le cadre du mariage, à la monogamie. Car de quel droit, au fond, oblige-t-on à divorcer pour se remarier ? Au nom de quoi précisément ? Sinon à cause d'une peur diffuse, d'une paresse de l'intelligence sociale, d'une sclérose issue du carcan bourgeois du XIXe siècle…
Mais attention, que les machistes calment leur joie et que les féministes se rassurent, il s'agit ici de la polygamie dans le vrai sens du terme, c'est-à-dire incluant la polyandrie (une femme mariée avec plusieurs hommes) au même titre que la polygynie (un homme marié avec plusieurs femmes). Ce livre prône une polygamie égalitaire, véritable révolution des mentalités, dont l'auteure espère qu'elle pourrait même positivement influencer les droits de la femme partout dans le monde. »
Catherine Ternaux

Stéphane Bourgoin
Mes conversations avec les tueurs
Document

Stéphane Bourgoin, spécialiste reconnu des tueurs en série, écrivain, libraire, documentariste, publie chez Grasset tous ses livres, dont, récemment : Profileuse, Tueurs (2010) et Serial killers (nouvelle édition revue et augmentée, mai 2011).

Stéphane Bourgoin a écrit de nombreux livres sur les tueurs en série de tous pays. Dans Profileuse ou Tueurs, il croise des hommes effrayants, et reconstitue méticuleusement leur parcours. Sans jamais tomber dans le sensationnalisme, il met au jour les méthodes, les obsessions, les crimes, mais aussi l'enfance de ces tueurs hors du commun.
Car Bourgoin est un habitué des pénitenciers et des prisons de haute sécurité, où il dialogue des heures, parfois des jours, avec Schaeffer, Dean Arnold Corll ou le vampire de Milwaukee. Il se rend sur les lieux. Rencontre les survivants. Analyse les vidéos de scènes de crime. Discute avec les policiers ou les profileurs, d'égal à égal.
Pour la première fois, Stéphane Bourgoin nous raconte les coulisses de ses entretiens. C'est un journal de bord, un récit intime, un road-movie. Les journées sont éprouvantes. Nous voici avec l'auteur et « the candy man », qui a reconnu 27 viols puis meurtres ; à la bibliothèque de Houston ; chez les voisins du tueur, anciens membres d'un gang hispanophone ; ou au laboratoire scientifique de pointe, tenu par un certain Dr Derrick…
Une plongée fascinante dans la vie de Stéphane Bourgoin… et dans la tête de ces tueurs.

Jean Guisnel Et Viviane Mahler
Pirates de Somalie
Enquête

Jean Guisnel est l'auteur de nombreux essais. Il a participé à la création du journal Libération dont il fut le rédacteur en chef adjoint à partir de 1991. Depuis 1996, il s'occupe au Point des questions de défense et de nouvelles technologies.
Viviane Mahler est journaliste. Elle est l'auteur, notamment, de Souriez, vous êtes ciblés. La grande manipulation des consommateurs (Albin Michel, 2007).

La piraterie, qui connaît un regain d'énergie depuis 1970, est devenue un sujet d'inquiétude international depuis 2008. Entre 1990 et 2009, le Bureau Maritime International (BMI) a recensé plus de 4000 actes criminels dans ce domaine. La côte somalienne, où les assauts rivalisent d'audace, se situe en tête des zones à risque, et incarne tout l'enjeu de la piraterie moderne : le capitalisme.
Afin de survivre dans des pays anéantis par la famine et dévastés par les guerres civiles, les plus démunis pillent les trésors des plus fortunés. Ce sont les pauvres pécheurs, les cultivateurs et chauffeurs de taxi qui, le plus souvent, revêtent en ultime recours l'uniforme de brigand des mers. La géographie maritime des côtes somaliennes facilite les attaques : des passages obligés, étroits, où la densité du trafic attise toutes les convoitises.
Viviane Malher et Jean Guisnel ont mené l'enquête sur place et passent au peigne fin la question du brigandage en haute mer : qui sont ces pirates ? Pour quelles raisons sévissent-ils et surtout comment procèdent-ils ? A qui profite le crime ? Et par quels moyens éradiquer cette mafia d'un nouveau genre ?
En centrant la réflexion sur le large somalien, les auteurs livrent un document rare, riche d'anecdotes et fourmillant de détails. La piraterie en Somalie, comme si vous y étiez.

Irshad Manji
Allah, liberté & amour
Document

Irshad Manji est née en Ouganda en 1968, puis a émigré au Canada avec sa famille. Ecrivaine, journaliste et activiste, elle critique violemment les extrémistes et leurs interprétations littérales du Coran et prône l'ijtihad, la tradition musulmane de libre-pensée.

Après les attentats du 11 septembre, Irshad Manji publie Musulmane mais libre (Grasset) ouvrage qui fait beaucoup de bruit dans la communauté musulmane. Si de nombreux musulmans la condamnent, nombreux également sont ceux qui demandent à ce que le livre soit traduit en arabe, et proposé en téléchargement gratuit sur son site, afin de toucher un large public.
En avril 2007, son documentaire Faith Without Fear est présenté au public. Elle a interrogé des musulmans de tout bord, mais beaucoup n'ont pas répondu à cette question : « Dieu ne change pas la condition d'un peuple tant que ceux qui le composent ne changent pas ce qui est en eux. » Peur ? Aveuglement ? Déni ? Extrémisme ? Irshad Manji s'effraie de voir la pente sur laquelle glisse sa religion. Et lorsque le doyen de l'université de New York lui demande d'animer avec elle un « Projet de courage moral », afin de sensibiliser les musulmans, d'encourager des réformes et de réconcilier Allah, la liberté et l'amour, elle ne peut qu'accepter ce projet….
C'est ce projet qui a donné lieu à ce livre : sept leçons pour apprendre à vivre en faisant preuve de courage moral, afin de faire de Dieu à la fois une conscience et un créateur, un symbole d'intégrité.

Henri Tincq
Jean-Marie Lustiger
Biographie
Le cardinal prophète

Henri Tincq a travaillé au journal La Croix et a été responsable des informations religieuses au journal Le Monde. Il a obtenu, en 2002, le Prix Templeton du meilleur informateur européen pour les questions religieuses. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment Les papes qui ont fait l'histoire (Stock, 2006) et Les catholiques (Grasset, 2008). Il a dirigé le Larousse des religions (Larousse, 2005). C'est le meilleur spécialiste français des questions religieuses.

Aron Jean-Marie Lustiger (1926-2007), à la fois entier et double, croyant dévoué et intellectuel engagé, juif de naissance converti au catholicisme, fidèle aux traditions et tourné vers l'avenir, être de recueillement et de terrain, est une énigme.
Dans cette biographie née d'une relation de près d'un quart de siècle avec son sujet, et d'après les nombreux témoignages de son entourage et un accès aux archives inédites, Henri Tincq révèle le destin singulier d'un jeune juif devenu cardinal. On y retrouve une enfance foudroyée par la mort de sa mère, Gisèle-Léa, déportée à Auschwitz – un drame qui marquera tous ses choix de vie, humains, sociaux ou religieux ; son intérêt pour la chose politique, notamment ses dialogues avec François Mitterrand et son aversion pour Jacques Chirac ; sa relation privilégiée, presque fraternelle, avec Jean-Paul II ; et son élection, en 2005, à l'Académie française.
Au-delà de la plus étonnante carrière épiscopale du XXe siècle, se dessine le portrait psychologique, celui d'un insatiable, d'un hyperactif omniprésent. « Il se prend pour Dieu », vont jusqu'à prétendre ses détracteurs. S'il est de tous les combats, le cardinal Lustiger fut en Israël l'homme d'une mission et joua un rôle fondamental dans la maîtrise des tensions. Sacré « cardinal des Juifs », il œuvra sans relâche pour la paix au Proche-Orient, et pour une meilleure entente entre les peuples.
Avec érudition, nuance et profondeur, Henri Tincq dresse, de l'intérieur, le portrait de ce grand homme d'Eglise dont l'influence se fait encore sentir dans toute la communauté catholique.




Revues

Mondes N° 10
Les cahiers du Quai d'Orsay




Dossier thématique
Les États face à leur responsabilité de protéger

L'intervention en Libye pour protéger les civils de Benghazi face au régime de Kadhafi a été motivée par la responsabilité de protéger. Ce principe a été adopté par les Nations unies en 2005, afin d'éviter la répétition des crimes de masse, perpétrés en Bosnie et au Rwanda dans les années 1990. Il établit que chaque État est responsable de la protection de ses populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité. Quant à la communauté internationale, elle s'engage à aider les États dans cette mission et envisage d'intervenir si ces derniers ne remplissent pas leur rôle.
Pourtant, la mise en œuvre de la responsabilité de protéger en Libye a suscité de nombreux débats et controverses. Ses pourfendeurs l'assimilent à de l'ingérence lorsque ses thuriféraires y voient un devoir moral. Et en effet, comment protéger ? Faut-il se limiter à la médiation ? Peut-on utiliser la force, et le cas échéant quand ?
Autant de questions que ce dossier aborde, revenant sur les objectifs, la mise en œuvre et les limites de la responsabilité de protéger.




Analyses & Témoignages

Une série de réflexions et d'analyses sur les défis de la diplomatie, la sécurité internationale et les équilibres géopolitiques. Notamment un article de l'écrivain et diplomate Stéphane Hessel.




Les Cahiers rouges

Max Beerbohm
L'hypocrite heureux

Nouveauté dans la collection

Henri Maximilian Beerbohm est un écrivain et caricaturiste anglais né le 24 août 1872 à Londres et mort le 19 Mai 1956 à Rapallo. Il étudie à l'université d'Oxford avant de publier ses premiers articles et ses premières caricatures dans la revue The Yellow book. Il devient ensuite, en remplacement de Georges Bernard Shaw, le critique dramatique de la revue The Saturday Review. En 1911 paraît son unique roman, Zuleika Dobson, qui reste à ce jour son œuvre la plus connue. Dandy, mondain brillant et spirituel que le Tout Londres nommait « Max », Beerbohm a été l'ami d'Oscar Wilde qu'il a défendu pendant son procès.

Ce livre, souvent considéré comme la réponse de Beerbohm au Portrait de Dorian Gray de Wilde, est le récit de la rédemption de George Hell (« George Enfer » en français) qui devient George Heaven (« Paradis »). George Hell est un aristocrate mondain et cupide qui mène une mauvaise vie de bassesses et d'intrigues jusqu'au jour où, au théâtre, il tombe amoureux de la jeune actrice Jenny Mere (« Jenny Simple »).
Après lui avoir promis de lui offrir sa fortune si elle acceptait de l'épouser, il essuie un refus de la petite actrice ; de son mari, elle n'exige qu'une chose : qu'il ait un visage de saint. Condition difficile à remplir pour George Hell. Comment changer de visage ? Le fabriquant de masques le plus à la mode de Londres lui en vend un à l'effigie d'un saint. Jenny accepte de l'épouser. Avec ce travestissement doit aller un changement de nom ; Lord George Hell devient naturellement George Heaven (« Georges Paradis »). Mais suffit-il d'un déguisement pour transformer un homme ? Les masques ne sont pas immuables et la réalité doit, un jour où l'autre, réapparaitre. De l'artifice ou du naturel, qui vaincra l'autre ?
Ecrit sur le ton d'une douce ironie, ce conte dandy étonne par son alliance de féérie et d'humour. Le talent de Max Beerbohm est de convoquer l'ironie où d'autres préféreraient le sérieux. Et cette œuvre, bien qu'elle soit construite sous une forme parabolique, n'use de la morale que pour la moquer.

Première publication en Angleterre : 1897 (revue The Yellow Book).
Première publication Grasset (Collection bleue) : 1994.

Raymond Radiguet
Les joues en feu


Raymond Radiguet est né en 1903 et mort en 1923. En 1920, il fonde avec Jean Cocteau la revue Le Coq et publie son premier recueil de poésie. En 1923, son premier roman Le Diable au corps paraît aux éditions Grasset et assure dans l'histoire de la littérature sa place de génie précoce.

Ce recueil de poèmes qui avait paru une première fois en 1920 à La Belle édition a été réédité en 1925 chez Grasset. Cette nouvelle édition comporte certains poèmes de la première version et d'autres ayant été publiés dans la revue Le Coq. Tous ont été écrits entre 1917 et 1921.
Radiguet écrit que ces poèmes apportent « quelque lueur sur un âge assez obscur, le véritable âge ingrat » et avance que « l'intérêt le plus sûr de cette production est d'ordre psychologique ». Propos qui ne renvoient pas seulement à la confrontation entre sa jeunesse et l'obsession de la mort mais aussi à la sobriété d'un style, le plus souvent dénué de lyrisme. A la densité des symboles et aux sentiments, l'écrivain semble avoir préféré la netteté d'images colorées, proches d'un imaginaire enfantin. Certains peuvent rappeler le style d'Apollinaire, d'autres l'école fantaisiste, dont Paul-Jean Toulet était le chef de file. Sans appartenir à une quelconque avant-garde, à laquelle il était loin de croire, Radiguet colle en fait à ce qu'il y eut de plus moderne dans la poésie de Cocteau. La première salve d'un feu d'artifice de jeunesse et d'insolence.

Bruce Chatwin
Les jumeaux de Black Hill


Bruce Chatwin est né en 1940 près de Sheffield et mort début 1989 à Nice. On lui doit des ouvrages atypiques et légendaires, dont En Patagonie et Le chant des pistes.

Lewis et Benjamin Jones sont des jumeaux. Ils vivent dans la ferme paternelle au pays de Galles. Ils se disputent et se déchirent mais ne se quittent jamais, et même si Lewis aime les femmes, ils mourront tous deux célibataires. Autour de ces deux êtres incroyables s'agitent une vingtaine de personnages truculents qui font de ce roman publié en 1982 une extraordinaire saga.

Bruce Chatwin
Utz


Bruce Chatwin est né en 1940 près de Sheffield et mort début 1989 à Nice. On lui doit des ouvrages atypiques et légendaires, dont En Patagonie et Le chant des pistes.

A Prague, patrie du Golem et de la mélancolie, Kaspar Utz vit parmi sa collection de figurines en porcelaine. Il aime, plus que tout au monde, ces trésors dont il a fait son univers, il les entasse dans son petit appartement. Un lien mystérieux unit son âme à leur seule présence. Que deviendront ces êtres précieux et fragiles après sa mort ? Qui saura leur témoigner la tendresse sans laquelle ils ne seraient que des choses ?




Grasset-Jeunesse

Pierre Gripari
Illustré par Claude Lapointe
Contes de la rue Broca : l'intégrale

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Fondateur de l'atelier d'illustration de l'Ecole des arts décoratifs de Strasbourg, chercheur et théoricien de l'image, C. Lapointe est l'une des grandes fi gures de l'illustration en France.

Les Contes de la rue Broca et les Autres contes de la rue Broca regroupés pour la première fois chez Grasset-Jeunesse. Un faux carré sur papier Offset pour retrouver les ambiances et le format original des pleines pages de Claude Lapointe, une couverture avec dos effet toilé et une maquette élégante et moderne font de ce titre phare de Pierre Gripari un album cadeau incontournable, à la fois traditionnel et actuel.

La sorcière de la rue Mouffetard
Le géant aux chaussettes rouges
La paire de chaussures
Scoubidou, la poupée qui sait tout
Roman d'amour d'une patate
Histoire de Lustucru
La fée du robinet
Le gentil petit diable
La sorcière du placard aux balais
La maison de l'oncle Pierre
Le prince Blub et la sirène
Le petit cochon futé
Je-ne-sais-qui, je-ne sais-quoi
ou la femme de bon conseil

Pierre Gripari
Illustré par Laurent Gapaillard
Histoires du Prince Pipo, de Pipo le cheval et de la princesse Popi

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Dessinateur et concepteur visuel, Laurent Gapaillard a suivi les cours de l'ESAG Penninghen, et collaboré à de nombreux longs métrages cinéma (Renaissance, 2003, Cobra, 2011, The Wild bunch, 2007/2010, Pourquoi j'ai pas mangé mon Père, 2007/2010, Faubourg 36, 2007…), séries télévisées animées et jeux vidéos. Dans son premier livre, Le Yark, chez Grasset-Jeunesse, il révélait un univers riche de références, sombre, drôle et tendre.

Quand son destin bascule, le jeune prince Pipo part à la reconquête de son royaume. Avec son petit cheval rouge plein de fougue, il devra surmonter bien des épreuves, affronter des centaines de sorcières et échapper au pouvoir de la mystérieuse auberge des enfants perdus, avant de trouver sa route et de rencontrer la jolie princesse Popi… Dans ce premier texte publié chez Grasset, la magie sert de support à la découverte de l'adolescence et de la vie.

Pierre Gripari
Illustré par Till Charlier
Sept farces pour écolier

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Lauréat du prix Jeunes talents de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts d'Alsace, en 2009, Till Charlier, diplômé de l'école de Strasbourg, développe un univers singulier et drôle. Ses illustrations chez Grasset-Jeunesse réalisées pour La Boulangerie de la rue des dimanches, sélectionné pour le prix Tam-Tam Bayard J'aime Lire 2012, ont été saluées pour leur originalité, leur poésie et leur fantaisie.

Sept comédies pleines d'humour faciles à monter à l'école, en famille ou entre amis !

La fausse gourde
Chien et bébé
Deux téléphones
La télé farceuse
Goulu et son âme
Cent ans de cuisine française
Le marchand de fessées

Pierre Gripari
Illustré par Serge Bloch
Contes de la Folie Méricourt

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Illustrateur, dessinateur et directeur artistique chez Bayard jeunesse, Serge Bloch a été élève aux Arts Décoratifs de Strasbourg avant de se plonger dans l'édition et la presse jeunesse. Il travaille aujourd'hui entre Paris et New York, entre expositions de travaux personnels, travail purement éditorial, illustrations de livres et de bandes dessinées, affiches et communication.

Parmi les plus célèbres contes de Pierre Gripari.

Les Déménageurs
Le Renard et sa queue (conte russe)
Pirlipipi, deux sirops, une sorcière
Jeannot et Margot (conte russe)
Le Marchand de fessées
Le Gel au nez rouge (conte russe)
La cinq fois Belle (contes grec)
Pouic et la merlette
Le Juste et l'injuste (conte russe)
Catherine sans nom
Le Paysan et le moineau (conte français)
La Princesse Barbue
La Sorcière et le commissaire
Nanasse et Gigantet (conte en forme d'échelle)

Pierre Gripari
Illustré par Guillaume Long
Contes d'ailleurs et d'autre part

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Auteur de bandes dessinées et illustrateur suisse, Guillaume Long a étudié à l'École des Beaux-Arts de Saint-Étienne. Il travaille depuis 2003 en tant qu'auteur et illustrateur pour la bande dessinée ainsi que pour la presse. Il a notamment obtenu le Prix Töpffer pour son livre Les Sardines sont cuites, Éditions Vertige Graphic.

Des contes surprenants et fantaisistes… de l'Afrique du Nord à la Russie, en passant par le Val de Loire !

Mademoiselle Scarabée
Madame La-Terre-est-basse
Le Diable aux cheveux blancs
Histoire du bagada
Le voyage de Saint-Déodat
Petite soeur
L'eau qui rend invisible
Sadko (histoire russe)




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Nouveautés Grasset

Janvier - Février
2011

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Littérature française

Salim Bachi
Moi, Khaled Kelkal
Roman
Collection « Ceci n'est pas un fait divers », dirigée par Jérôme Béglé

Salim Bachi, né en 1971 à Alger, est romancier. Il est l'auteur aux éditions Gallimard de cinq romans : Le Le Chien d'Ulysse (2001, Prix Goncourt du Premier Roman), La Kahéna (2003), Tuez-les tous (2006), Le silence de Mahomet (2008), et Amours et Aventures de Sindbad le Marin (2010).

« Je vous hais tous.
Je ne vous cherche pas d'excuses. Vous êtes coupables. Coupables d'ignorer. L'innocence est un crime contre l'humanité. Vous avez lâché l'Occident comme une bête féroce sur le monde. »

1995. Une bombe explose à Saint-Michel. Bilan : 8 morts et plus d'une centaine de blessés. A la Une de tous les journaux, un visage apparaît : celui de Khaled Kelkal, 24 ans, terroriste. Le jeune homme est désigné ennemi public numéro 1. Comment ce bon élève souriant et discret est-il devenu un assassin ? Ses ambitions déçues l'ont-elles poussé à une vengeance sordide ? Ou est-ce son passage en prison à 19 ans qui a transformé Kelkal en tueur sans pitié ? Et si le système ne lui laissait pas d'autre voie, que celle, tragique, qui l'a conduit à être abattu devant une caméra ? Sous la plume de Salim Bachi, Kelkal n'est plus seulement une photo en noir et blanc, mais un esprit tortueux et torturé qui s'agite, un coupable qui convoque les innocents sur le banc des accusés.

Elisabeth Barille
Une légende russe


Elisabeth Barillé est née à Paris, d'un père angevin et d'une mère d'origine russe. Elle est l'auteur de plusieurs romans, récits et biographies, parmi lesquels, chez Gallimard, Corps de jeune fille (1986), Exaucez-nous (1999, Prix de la Fondation de France), A ses pieds (2006) et Heureux parmi les morts (2009).

« Je n'avais pas entrepris ce voyage pour apprendre, pour désapprendre au contraire, ou pour me déprendre d'une connaissance rassurante et commode. Oublier l'analyste, la cérébrale, ne plus se protéger derrière les raisonnements, voir, d'abord, frôler, explorer, sentir, flairer les traces, c'était mon vrai but, au fond, oublier l'écrivain, retrouver l'enfant, et gentiment la tuer. »

Soucieuse, à mi-vie, de faire toute la lumière sur ses racines, la narratrice de ce livre décide d'entreprendre un voyage en Russie. Son grand-père maternel, Georges Feodorovitch Sapounoff, en était originaire. C'est aussi là-bas que naquit, en 1861, l'essayiste Lou Andreas-Salomé, muse de Nietzsche et de Rilke.
Pendant plusieurs semaines, en suivant les traces de ses deux mentors, la narratrice va explorer le pays quitté par son grand-père en 1919, en pleine tourmente bolchévik.
Inspirée par Lou, elle reprendra une partie du voyage que cette amoureuse de la liberté fit en Russie avec Rilke, de la fastueuse Saint-Pétersbourg, cité des tsars, à Moscou, ville des excès, de la Volga et de ses infinis, jusqu'à Koursk, l'austère gardienne de secrets intimes. Au terme d'une longue enquête, elle dénouera enfin l'écheveau de la légende familiale.
Entre littérature et réalité, présent désenchanté et passé rêvé, mémoire et nostalgie, Une légende russe raconte un itinéraire intriguant, jalonné de personnages charismatiques et mystérieux. C'est aussi l'indispensable voyage aux « sources » de soi…

Pauline Dreyfus
Immortel, enfin
Roman

Pauline Dreyfus est écrivain. Elle a déjà publié un recueil de nouvelles, Le père et l'enfant se portent bien (Lattès, 2003) et une biographie, Robert Badinter, l'épreuve de la justice d'un juste (Editions du toucan, 2009). Immortel, enfin est son premier roman.

1968-1969. Cinquième candidature de Paul Morand à l'Académie française. L'écrivain n'est plus l'auteur glorieux du Grasset d'avant-guerre (Lewis et Irène, 1924, Champions du Monde, 1930). Il a « perdu sa guerre ». Il a 80 ans. Dix ans plus tôt, le général de Gaulle, lui reprochant sa collaboration avec le régime de Vichy, a refusé qu'il entre sous la Coupole. Pour qui sent la mort approcher, n'est-elle pas la promesse de devenir immortel ? C'est l'heure délicieuse de la revanche que nous montre ce roman vif et piquant, morandien, somme toute.
Et voici le récit de sa campagne, sa dernière campagne, qui ne sera pas Waterloo. Elle est mêlée de flashbacks ressuscitant les grands moments de sa vie, de sa rencontre avec sa femme, la princesse Hélène Soutzo, à son amitié avec Marcel Proust. Dans le temps présent, apparaît une facette moins connue de Morand. Celle de la bienveillance et de la générosité. Il transmet son expérience à de jeunes disciples ; on croisera, dans son fameux salon du Champ-de-Mars, à Paris, Jean d'Ormesson, Patrick Modiano, Alexandre Vialatte, mais aussi une jeune étudiante au Conservatoire qui s'est présentée pour faire la lecture à Hélène que ses yeux commencent à trahir, Nathalie Baye.
Le portrait original d'un homme réconcilié avec lui-même et siégeant, à jamais, au rang des plus grands.

Dan Franck
Les champs de bataille
Roman

Dan Franck a publié une vingtaine d'ouvrages, dont Les Calendes grecques (prix du premier roman, 1980), La Séparation (prix Renaudot, 1991), Les aventures de Boro reporter-photographe (avec Jean Vautrin, Fayard) ; et chez Grasset : Les enfants, Roman nègre. On lui doit aussi la trilogie Bohèmes, Libertad ! et Minuit – dont Arte va tirer une série. Scénariste réputé, on lui doit aussi, récemment, le scénario du film et de la série Carlos d'Olivier Assayas.

Jean Moulin a-t-il été dénoncé parce qu'on craignait ses idées ? Certains l'ont-ils livré aux nazis pour reconstruire, à la Libération, une France autre que celle qu'il espérait ?
Après la guerre, la justice a choisi de répondre « non » à ces questions. Par deux fois, le principal suspect, René Hardy, a été acquitté. Malgré les témoignages troublants, malgré les documents embarrassants.
Décidé à comprendre ce qui se noua à Caluire, le 21 juin 1943, un juge à la retraite rouvre le dossier. René Hardy est donc convoqué par cet homme, pour un nouvel interrogatoire. Un face-à-face impressionnant, où l'on croise des grands résistants, des petites frappes, une femme sublime. Mais un face-à-face imaginaire… Ce magistrat cherche-t-il la vérité ou un sens à sa propre histoire ?
De la gare de Perrache aux geôles de la Gestapo, des couloirs du Palais de Justice aux rendez-vous secrets de la Résistance, les versions de chacun se confondent et se contredisent. Les héros et les traîtres sont attachants, secrets, romanesques. La vérité de Caluire – cette matière fissile – sortira-t-elle de ces confrontations ? Le juge lui-même comprendra-t-il enfin son époque, et ses obsessions ?

Adrien Goetz
Intrigue à Venise
Roman

Adrien Goetz est né à Caen en 1966. Diplômé de l'Ecole Normale supérieure de la rue d'Ulm. Il est historien d'art et maître de conférence à l'Université Paris 1-Sorbonne. Il tient une chronique hebdomadaire dans Le Figaro. Il a publié quatre romans aux éditions Grasset : A bas la nuit (2006), Intrigue à l'anglaise (2007), Intrigue à Versailles (2009) et Le coiffeur de Chateaubriand (2010).

Invitée à un colloque, Pénélope, la désormais célèbre enquêtrice de la série des « Intrigues », se trouve à Venise pour la première fois de sa vie. Tout est calme jusqu'à ce que l'on apprenne l'assassinat d'Achille Novéant, un vieil écrivain français dont le sujet de prédilection est Venise. Le meurtre a été commis à la villa Médicis de Florence que dirige son vieil ami, le diplomate Lambel. Dès cet instant, tous les écrivains français ayant écrit sur la Sérénissime reçoivent des menaces de mort.
A force d'enquêter, Pénélope, accompagnée de son fiancé Wandrille, découvre l'existence d'une société secrète qui réunit, depuis l'époque de Paul Morand, les écrivains français de Venise. Cette compagnie est propriétaire d'un Rembrandt inédit (il serait passé entre les mains de Napoléon, d'André Malraux et d'Adolf Hitler) qui lui aurait été offert après la guerre par un richissime aristocrate. L'œuvre est l'objet d'une convoitise malveillante et Pénélope doit trouver celui, ou celle, qui commandite les assassinats pour arriver, par Dieu sait quel moyen, à ce tableau.
Ce nouveau récit des aventures de Pénélope emmène le lecteur dans les palazzi, les fêtes et les îlots oubliés de Venise. S'accompagnant d'une foule d'anecdotes authentiques, sur un rythme alerte, Adrien Goetz mobilise son érudition et un sens de l'intrigue incomparable pour livrer un polar mené à sauts et à gambades. Mais que vient faire un château de Louis II de Bavière dans cette histoire ?

Dany Laferriere
Chronique de la dérive douce
Roman

Dany Laferrière a publié plusieurs romans chez Grasset, dont Vers le Sud (2006), adapté au cinéma par Laurent Cantet, L'Enigme du retour, prix Médicis 2009. Son dernier livre, Tout bouge autour de moi, a paru en 2010.

« Si L'Énigme du retour est le roman du retour au pays natal, Chroniques de la dérive douce est bien celui de l'arrivée dans une nouvelle ville, une nouvelle vie. C'était en 1976, j'avais 23 ans et je venais tout juste de quitter « une dictature tropicale en folie ». Ce n'était pas pour moi un exil, mais un voyage qui me permettait surtout d'échapper à la névrose insulaire. Vivre ainsi au milieu de la mer, sur un caillou, nous jette parfois dans d'incontrôlables angoisses. Me voici donc à Montréal, du jour au lendemain : sans domicile fixe mais heureux de cette solitude à laquelle j'étais peu habitué dans un Port-au-Prince surpeuplé. L'été facile. L'automne, possible. L'hiver, inconnu. Je découvre tout en une seule année : les femmes, le vin, la lecture dans la baignoire, la petite clé de ma chambre qu'il fallait constamment traîner dans ma poche, le boulot à l'usine, les déambulations dans la nuit apaisante (celle de Port-au-Prince étant plutôt angoissante), et le plaisir de déchiffrer, quartier par quartier, une nouvelle ville. L'hiver avec ses arbres nus m'a effrayé, mais je fus ébloui, au printemps, de découvrir que l'herbe pouvait renaître sous la glace. Et surtout de me retrouver toujours le même, mais si différent par certains aspects. La lente solitude de l'hiver montréalais m'a obligé à faire face à l'individu, alors qu'à Port-au-Prince je vivais constamment en groupe. Le changement fut si brusque et violent. Et ma joie, secrète. Un matin de l'été suivant, j'ai acheté une vieille Remington pour noter ces impressions avant qu'elles ne se diluent dans mon corps. Cette première année si gorgée de sensations et d'émotions nouvelles ne reviendra jamais. »

D. L.

Didier Decoin
Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
Roman
Collection « Ceci n'est pas un fait divers », dirigée par Jérôme Béglé - Remise en vente à l'occasion de la sortie du film de Lucas Belvaux

Didier Decoin est né en 1945 à Boulogne-sur-Mer. Il est l'auteur d'une œuvre importante dont John l'Enfer (prix Goncourt 1977), La Mer de Chine (1981), La Femme de chambre du Titanic (1991), Madame Seyerling (2002), Avec vue sur la mer (2005) et Henri ou Henry, le roman de mon père (2006).

« D'après le rapport des flics, ils étaient trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à assister pendant plus d'une demi-heure au martyre de Kitty Genovese. Bien au chaud derrière leurs fenêtres. Certains entortillés dans une couverture, d'autres qui avaient pris le temps d'enfiler une robe de chambre. Aucun n'a tenté quoi que ce soit pour porter secours à la pauvre petite. »

Didier Decoin s'est inspiré de ce fait divers, qui fit d'abord l'objet d'un entrefilet, « une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle », avant de passer à la Une de tous les journaux, une fois que la lâcheté des témoins devint le vrai sujet d'enquête pour la presse.

En mars 2012 sort le film « 38 témoins » de Lucas Belvaux adapté du livre de Didier Decoin. Avec Yvan Attal, Sophie Quinton et Nicole Garcia. Un film puissant qui se passe dans les décors naturels du Havre.




Littérature étrangère

T.c. Boyle
Traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Turle
Histoires sans issue


T. C. Boyle est né en 1948. Depuis 1978, il anime des ateliers d'écriture à l'Université de Californie du Sud. Il vit près de Santa Barbara dans une maison dessinée par l'architecte Frank Lloyd Wright, auquel est consacré son dernier roman en date, Les Femmes.

Sur la côte californienne, un chauffeur routier, chargé de transporter un organe pour une transplantation, se trouve bloqué dans un gigantesque glissement de terrain, à hauteur de la bourgade de La Conchita, enseveli sous une coulée de boue… Dans une petite ville des environs de Guadalajara vit un jeune garçon, Damaso, qui ne ressent absolument aucune douleur. Le médecin du coin se met en tête de l'étudier, dans le vague espoir de se voir décerner le Nobel, mais le père du garçon décide d'en faire un monstre de foire… Une jeune femme s'éprend du chirurgien esthétique qu'elle a timidement consulté pour une petite cure de Botox... Un couple de vieux millionnaires a fait cloner son lévrier afghan chéri pour la modique somme de 250.000 dollars, et engage une jeune femme pour « l'éduquer » à l'identique de l'original… Deux vieux amis de lycée se retrouvent pour une partie de pêche virile, qui tourne au fiasco…

Bruce Chatwin
Traduite de l'anglais par Jacques Chabert
La sagesse du nomade
Correspondance éditée par Nicholas Shakespeare et Elisabeth Chatwin

Bruce Chatwin est né en 1940 près de Sheffield et mort début 1989 à Nice. On lui doit des ouvrages atypiques. Elisabeth Chatwin, sa femme, élève des moutons près d'Oxford. Elle a rencontré son mari en 1961 chez Sotheby, et leur couple, en dehors d'une rupture dans les années 1980, a résisté à la bisexualité de l'écrivain.
Nicholas Shakespeare est l'auteur d'un roman Héritage (Grasset, 2011) et d'une excellente biographie de Bruce Chatwin.

Chatwin était un écrivain-voyageur que le nomadisme passionnait. Embauché en 1958 par Sotheby et surnommé « l'œil », il devient très vite un expert de l'impressionnisme et de l'art moderne. Puis il part faire des études d'archéologie au Soudan et décide de visiter la Patagonie. La vie de Bruce Chatwin est un art de vivre, toujours à la recherche de l'exotisme et de l'inattendu. Ces lettres, postées des quatre coins du monde et très habilement mêlées aux commentaires biographiques de Nicholas Shakespeare et aux précisions d'Elisabeth, nous éclairent tant sur sa vie que sur la gestation de son œuvre. Son éditeur, avec un tel bourlingueur, n'avait d'autre choix que de lui demander de lui parler de ses projets par lettres. Avec ses amis aussi, il partageait ses idées de livres, mais il aimait également leur faire savoir qu'il était à Bahia, au marché d'Hérat, à Cotonou, qu'il profitait du soleil des Caraïbes chez Jasper Jones, qu'il fréquentait les grands de ce monde, ceux qui avaient un château, une villa...




Grand format

Clive Cussler Et Justin Scott
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Rosenthal
Le Saboteur
Thriller

Clive Cussler est l'auteur de nombreux romans traduits dans le monde entier. Découvreur d'épaves, il est membre de la Société Géographique Royale de Londres, du Club des explorateurs de New York et préside l'Agence nationale maritime et sous-marine (NUMA). Il écrit avec Justin Scott les aventures du détective privé Isaac Bell, dont le premier tome a paru chez Grasset en janvier 2010.

1907. Le raccourci des Cascades, une voie expresse vitale reliant San Francisco et le nord des Etats-Unis, subit une succession de sabotages. Impuissante devant ces attaques qui compromettent l'avancée des travaux et l'avenir de la ligne, la compagnie de chemins de fer fait appel à l'agence de détectives Van Dorn, qui envoie sur place son meilleur agent : Isaac Bell.
Toutefois, le défi est de taille, car le malfaiteur, qui recrute des hommes de main dans les saloons et parmi les marginaux avant de les faire disparaître, brouille les pistes et semble insaisissable. Qui est-il et que cherche-t-il ? Est-ce un gréviste ? Un anarchiste ? Ou un esprit pervers aux projets machiavéliques ?
De New York à Boston en passant par San Francisco, Isaac Bell sillonne tout le pays et traque sans relâche le Saboteur. Bientôt, Bell devra faire appel à tout son talent, non seulement pour sauver la Southern Pacific… mais pour en réchapper.




Essais, documents, biographies

Christophe Barbier
Maquillages
Document

Christophe Barbier est le très médiatique directeur de L'Express ; il est également, chroniqueur permanent sur I-Télé et très présent sur Canal +. Il vient de recevoir le Prix châteaubriand pour Les derniers jours de Français Mitterrand que Grasset avait publié voici dix ans, et sans cesse réédité. Chaque matin, il rencontre des personnalités politiques dans la salle de maquillage de I-Télé (avant, c'était à LCI) et c'est là, plus encore que sous les caméras, qu'on lui confie les biais secrets qui sont la matière même de ce livre…

« Maquillages ? Dans cet instant de faux, on voit le vrai. Au maquillage, chaque matin à la télévision, j'observe mon invité politique qui se réveille, reprend contact avec le réel, aiguise une petite phrase, fourbit une grande idée. Sous le fond de teint perce sa nature, la peau se maquille mais le cuir ne ment pas, les coulisses débordent de tout ce qu'il ne peut dire à l'antenne.
Plus tard, ailleurs, loin de cette fébrilité cathodique, il y a les moments volés à l'actualité, sans précipitation ni téléphone qui sonne : rencontre discrètes, confidences off, complicités et engueulades. Ils ou elles m'ont accordé de longs moments, non pour nourrir un écho dans L'Express ou une chronique télé, mais pour prendre date, pour le temps long, pour un livre…
Les tourbillons de la vie et de la politique en ont emporté plus d'un : Dominique Strauss-Kahn englouti dans le sordide ; Jean-Louis Borloo noyé dans sa propre hésitation ; Ségolène Royal et Martine Aubry balayés par la vague de la primaire. La présidentielle sera la guerre des survivants contre le sortant.
A intervalles réguliers, j'ai rencontré Nicolas Sarkozy ces dernières années, presque toujours à l'Elysée. Longs soliloques, parties de cache-cache, passes d'armes, glace et feu. Et le mystère de sa violence brumeuse.
Le quinquennat s'achève, les lumières s'éteignent, les carnets se vident… Que la fête commence ! »
C. B.

Dominique Bona
Deux sœurs

Yvonne et Christine Rouart, les muses de l'Impressionnisme

Née en 1953 à Perpignan, romancière et biographe, Dominique Bona est l'auteur de Romain Gary (1987, Grand prix de la biographie de l'Académie Française), Malika (1992, Prix Interallié), Le Manuscrit de Port Ebène (1998, prix Renaudot), Berthe Morisot, le secret de la femme en noir (2000, Bourse Goncourt de la biographie), Camille et Paul (2006), et Clara Malraux (2010). Tous ses livres furent des succès en librairie.

« Berthe Morisot est le point de départ de ce livre : c'est par elle que j'ai découvert l'histoire des sœurs Rouart-Lerolle, enfants chéries de l'Impressionnisme, dont la vie a été mêlée à celle des plus grands artistes de leur époque – peintres, musiciens et écrivains.
Illustres, Yvonne et Christine Rouart-Lerolle le sont notamment grâce à leur fameux portrait au piano par Renoir. Leur destin hors normes restait cependant méconnu.
Si l'Impressionnisme les a puissamment éclairées, leurs vies de femmes n'en furent pas moins douloureuses et, parfois, tragiques.
Elles ont grandi dans une atmosphère que l'on peine à imaginer, tant les génies s'y bousculent. Leur père, Henry Lerolle, est le meilleur ami de Debussy. Il est aussi le beau-frère d'Ernest Chausson. Camille et Paul Claudel, Mallarmé, Paul Valéry sont des familiers de la maison. Tout comme Renoir et Degas. C'est Degas qui va organiser leur mariage.
Leur double union avec Eugène et Louis Rouart – les fils du peintre et collectionneur Henri Rouart – accroît encore le cercle de leurs amitiés avec des artistes d'exception. Apparaissent alors Gide, le meilleur ami d'Eugène, Mauriac, Bernanos…
Mais très vite, leur vie conjugale se fait orageuse, incertaine et tourmentée. Elles avaient tout pour être heureuses. Elles font l'expérience du désenchantement et, pour l'une d'entre elles, de la ruine et du malheur.
Ces désenchantées, j'ai pu suivre leur itinéraire grâce à des photographies, des lettres, des documents inédits. Mais ce sont les nombreux tableaux qui les représentent, aujourd'hui dans de prestigieux musées, qui m'ont raconté leur histoire et transmis leur parfum. Parfum de campagne ensoleillée, de salon de musique envahi par la fumée des cigares, de chambre aux rideaux tirés où s'échangent des confidences. »

D. B.

Philippe Grimbert
Avec Freud au quotidien


Philippe Grimbert est psychanalyste. Il a précédemment publié trois essais : Psychanalyse de la chanson, Pas de fumée sans Freud et Chantons sous la psy, ainsi que plusieurs romans, La Petite robe de Paul (Grasset, 2001), Un Secret (2007), La Mauvaise rencontre (2009) et Un Garçon singulier (2011).

Notre époque vit sous le signe de la rentabilité et de l'évaluation, laissant peu de place à la réflexion sur soi : c'est une des raisons pour lesquelles la psychanalyse est aujourd'hui sujet à polémique et subit des critiques, voire des attaques féroces. Dans Avec Freud, au quotidien, Philippe Grimbert fait œuvre de résistance en tentant de montrer, au travers de sujets aussi variés que le cinéma, le tabac ou la politique – pour ne citer qu'eux –, comment l'invention freudienne peut apporter sa contribution à la connaissance de soi et à des questions de société, qu'elle éclaire d'une façon souvent inattendue. Le titre de cet ouvrage en souligne l'originalité : l'auteur s'y implique, montrant comment sa trajectoire personnelle a nourri le choix de ses centres d'intérêt et comment une part intime de lui-même y est toujours engagée : cette part, résultat de son histoire, il nous la livre au fil des pages. Il nous y montre à quel point l'aventure du divan a continué à exercer ses effets sur son existence et comment elle a ouvert la porte à sa pratique de clinicien et d'écrivain.

François Jullien
Cinq concepts proposés à la psychanalyse

Chantiers, 3

François Jullien est titulaire de la Chaire sur l'altérité au Collège d'études mondiales de la Fondation de la Maison des Sciences de l'Homme.

La psychanalyse appartient au grand mouvement d'ébranlement de la raison que connaît l'Europe à son apogée. Mais, pour décrire ce qui se découvre alors dans la cure, Freud n'est-il pas encore dépendant, d'une certaine façon, de l'outillage intellectuel dont il a hérité ? Et ne laisse-t-il pas dans l'ombre, non explicités, certains aspects de la pratique analytique que sa théorie n'a pu explorer ?
C'est pourquoi François Jullien propose ici cinq concepts abstraits de la pensée chinoise dans lesquels ce qui « se passe » dans la cure pourrait se réfléchir et peut-être s'expliquer. Disponibilité dit la position sans position qui permet au psychanalyste de capter la parole de l'analysant sans projection ni prévention – ce que Freud a nommé l' « attention flottante », mais sans plus le sonder. Allusivité dit systématiquement, du côté de l'analysant, la capacité de référence sans référer qui est la condition de possibilité de l' « association libre » à laquelle celui-ci est invité. Le biais (l'oblique) dit comment désemparer stratégiquement des résistances qu'on ne peut attaquer de front parce qu'elles ne se soupçonnent pas. Dé-fixation dit l'opération de « décoincement » qui se produit alors dans la cure remettant en mouvement ce qui s'est figé et ne permet plus d'avancer. Transformation silencieuse dit enfin en quoi consiste le procès de la cure envisagée dans son ensemble, sans qu'on puisse y repérer le travail de modification sourdement engagé.
Autant d'approches qui font découvrir la psychanalyse sous un jour oblique la révélant dans son impensé. Or cet impensé n'est-il pas également celui de la pensée européenne découverte dans ses partis pris ?
En même temps, ce bref essai pourra servir d'introduction à la pensée chinoise dont ces notions, en venant sur le terrain de la psychanalyse, se remettent à travailler.

Xavier Lameyre
Le glaive sans la balance
Essai

Xavier Lameyre, né en 1956, est vice-président de l'application des peines au Tribunal de Grande Instance de Paris. De plus, il enseigne la criminologie à l'université Paris II.

Xavier Lameyre est juge, et il condamne. Seulement, il le fait avec mesure et en demandant des lois humaines. Que ce soit dans la peau de l'enseignant ou dans celle du magistrat, il a vu l'évolution d'une législation toujours plus sévère et toujours plus inefficace. Avec ce livre, il revient sur la politique punitive que mène l'Etat français depuis plus de vingt ans.
Selon lui, on assiste, quelle que soit la couleur politique des gouvernements, à une inflation des peines. Elle s'accompagne de dérives à toutes les étapes de la procédure. La France se dote d'un arsenal juridique toujours plus fort, mais combien de lois votées sont réellement appliquées ? Combien de celles qui sont appliquées se révèlent utiles ? Est-il vraiment utile d'aggraver les peines des délits les plus mineurs, au point de devoir inquiéter le citoyen ordinaire ?
Cette frénésie sécuritaire semble plus motivée par le désir de flatter l'opinion publique et la soif de médiatisation de certains politiciens. Dès qu'un crime fait trembler la télévision, un député se lève pour proposer une loi sévère, alors que, la plupart du temps, cette loi existe. Résultat paradoxal, la répression automatique engendre de nouvelles formes de délinquance, comme on le constate en matière de sécurité routière et de trafic de stupéfiants. Les peines planchers et l'emprisonnement systématique semblent n'avoir aucun effet positif sur les chiffres de la récidive.
De sa réflexion, nourrie par l'expérience et des chiffres éloquents, Xavier Lameyre tire une conclusion alarmante : de ces lois bâclées, souvent inutiles, ne vient aucun résultat efficace et, c'est l'Etat lui-même qui sort pratiquement et moralement affaibli de cette politique indigne d'une République humaniste. Les indignations d'un modéré.

Philippe Maniere
Le pays où la vie est plus dure
Essai

Philippe Manière est le président et le fondateur de la société de conseil en stratégie Footprint Consultants. Il est également éditorialiste à L'Express. Il a publié cinq ouvrages, L'aveuglement français (Plon, 1998), Marx à la corbeille (Stock, 1999), La vengeance du peuple (Plon, 2002) et Ils vont tuer le capitalisme ! (en collaboration avec Claude Bébéar, Plon, 2003).

Chaque année, des millions de touristes viennent goûter à l' « art de vivre à la française », s'imaginant que la France est le pays où la vie est plus douce. Mais, curieusement, depuis près de vingt ans, les Français, eux, broient du noir : dans les sondages, nous sommes le peuple le plus pessimiste de la planète. Pourquoi ?
Il est de coutume de dire que la France est un « paradis perdu ». Avant, nous étions heureux et la vie était belle. Et puis est venue la mondialisation, qui détruit les emplois, crée partout de l'angoisse et met tout par terre. Pourtant, beaucoup de pays bien plus exposés que nous aux grands vents de la mondialisation sont bien moins déprimés, y compris certains de nos voisins aussi soucieux que nous de solidarité. Pourquoi ?
La vérité, c'est que la France a, seule au monde, épousé la mondialisation pour le pire, mais pas pour le meilleur. Le livre de Philippe Manière démontre que ce n'est pas tant la mondialisation qui est en cause dans ce terrible échec, que la France elle-même, ses élites zélées, son Etat immobile et ses structures sociales d'un autre âge.
Parce que la société française est restée profondément inégalitaire et favorable à la rente, la mondialisation y crée des opportunités nouvelles au bénéfice exclusif de ceux qui y tiennent le haut du pavé, renforçant la reproduction sociale et dévoilant le cynisme d'une promesse républicaine que nous trahissons chaque jour.

Anne Sinclair
21 rue La Boétie
Récit

Anne Sinclair est l'auteur, chez Grasset, de Deux ou trois choses que je sais d'eux et Caméra subjective.

Il y a deux ans, Anne Sinclair a vu sa carte d'identité lui être refusée. Ce qui l'a conduite à écrire sur sa famille, creuser une ascendance mal connue et partir à la recherche d'un monde englouti.
Son grand-père, Paul Rosenberg, fut un grand marchand de tableaux à Paris entre 1910 et 1940, puis à New York où la guerre l'avait obligé à se réfugier.
L'auteur, qui se voulait avant tout journaliste, avait toujours refusé de cultiver ces souvenirs du côté maternel de sa famille. Sa mère disparue, et sa « francité » contestée, elle a voulu se plonger dans les cartons, les photos, les livres et les lettres familiales pour faire revivre une relation passionnante entre le galeriste Paul Rosenberg et la plupart des grands peintres de l'époque moderne : Braque, Matisse, Léger et surtout Picasso dont son grand-père fut le marchand attitré à partir de 1918, qu'il installa à côté de chez lui, et avec lequel il entretint une correspondance dont Anne Sinclair dévoile ici tout un pan.
Ce livre est donc le récit de cette quête sur un amateur d'art disparu, une réflexion sur le métier de marchand de tableaux, et la découverte, chemin faisant, de troublantes coïncidences.
C'est ainsi que le siège de la galerie familiale, au 21 rue La Boétie devint, une fois pillé par l'Occupant, celui de l'Institut des Questions Juives entre 1940 et 1944.
C'est ainsi que l'oncle d'Anne, lieutenant dans la Deuxième Division Blindée qui libéra Paris, arrêta lui-même un train emportant en Allemagne beaucoup de tableaux appartenant à Paul Rosenberg, son propre père.
C'est ainsi qu'une famille française juive a pu se retrouver déchue de sa nationalité par le gouvernement de Vichy, et que 70 ans plus tard, on demande à Anne Sinclair – qui fut, il y a quelques années – consacrée comme Marianne – de prouver, une fois de plus, ses ascendances françaises.

Taline Ter Minassian
Reginald Teague-Jones

Au service secret de l'Empire britannique

Taline Ter Minassian est professeur à l'Institut des Langues Orientales à Paris. Reginald Teague-Jones au service secret de l'Empire britannique est son premier livre.

Voici la biographie d'un homme qui est un genre en soi : l'Espion anglais. Né en 1890 dans le Lancashire, Reginald Teague-Jones grandit et fait ses études à Saint-Pétersbourg. Durant son séjour russe, il assiste à la révolution de 1917, spectacle qui choque son sens tout britannique de l'équilibre des forces, et si possible en faveur du roi d'Angleterre. Il s'engage alors dans les services spéciaux de la police indienne, quittant pour longtemps une terre natale qu'il ne cessera de servir.
Sa carrière d'agent secret débute en Inde. D'abord officier de surveillance auprès des tribus frontalières du Nord, il est ensuite chargé d'étendre l'influence britannique dans une région du monde où Russes et Allemands tentent de disputer sa suprématie à l'Angleterre, dans le territoire du grand jeu (le terme « grand jeu » renvoie à la rivalité coloniale entre la Grande-Bretagne et la Russie en Asie, qui mènera à la création de l'Afghanistan). De Constantinople à Bombay, en passant par la Géorgie et l'Iran, Reginald Teague-Jones intrigue pendant près de 20 ans dans le Proche-Orient au service secret de l'Empire.
Si l'on apprécie les anecdotes savoureuses d'un espion qui, quoique plus habitué au thé Earl Grey qu'au brouet caucasien, a quand même participé à d'extravagantes opérations tel que le renversement des commissaires du parti communiste à Bakou, en pleine Révolution, on verra que James Bond n'est pas né d'hier.

Catherine Ternaux
La polygamie, pourquoi pas ?
Essai

Philosophe de formation, Catherine Ternaux, née en 1961, a déjà publié un essai sur La respiration et quelques livres pour la jeunesse (chez Grasset). Elle s'occupe, par ailleurs, du service de documentation de la Cité de la Bande dessinée.

« La monogamie aurait le monopole du cœur ? Elle serait le seul régime matrimonial compatible avec la religion chrétienne ? La monogamie permettrait seule l'émancipation de la femme ? A contre-courant des idées reçues et de la charge politique actuelle contre la polygamie, cet essai explore le sujet avec courage et non sans humour. S'attaquant aux tabous et dénonçant les amalgames, il démonte un à un tous les arguments avec lesquels on fustige habillement la polygamie : qu'elle opprime la femme et rend les enfants délinquants ; qu'elle n'est pas morale, pas naturelle ; qu'elle ne concerne que le monde islamique ; qu'elle est psychologiquement intenable, etc.
Mais ce pamphlet va plus loin en revendiquant, pour celles et ceux qui le souhaiteraient, cette modalité conjugale dont, estime l'auteure, on pourrait être en droit d'attendre qu'elle soit une alternative, dans le cadre du mariage, à la monogamie. Car de quel droit, au fond, oblige-t-on à divorcer pour se remarier ? Au nom de quoi précisément ? Sinon à cause d'une peur diffuse, d'une paresse de l'intelligence sociale, d'une sclérose issue du carcan bourgeois du XIXe siècle…
Mais attention, que les machistes calment leur joie et que les féministes se rassurent, il s'agit ici de la polygamie dans le vrai sens du terme, c'est-à-dire incluant la polyandrie (une femme mariée avec plusieurs hommes) au même titre que la polygynie (un homme marié avec plusieurs femmes). Ce livre prône une polygamie égalitaire, véritable révolution des mentalités, dont l'auteure espère qu'elle pourrait même positivement influencer les droits de la femme partout dans le monde. »
Catherine Ternaux




Revues

Mondes N° 10
Les cahiers du Quai d'Orsay




Dossier thématique
Les États face à leur responsabilité de protéger

L'intervention en Libye pour protéger les civils de Benghazi face au régime de Kadhafi a été motivée par la responsabilité de protéger. Ce principe a été adopté par les Nations unies en 2005, afin d'éviter la répétition des crimes de masse, perpétrés en Bosnie et au Rwanda dans les années 1990. Il établit que chaque État est responsable de la protection de ses populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité. Quant à la communauté internationale, elle s'engage à aider les États dans cette mission et envisage d'intervenir si ces derniers ne remplissent pas leur rôle.
Pourtant, la mise en œuvre de la responsabilité de protéger en Libye a suscité de nombreux débats et controverses. Ses pourfendeurs l'assimilent à de l'ingérence lorsque ses thuriféraires y voient un devoir moral. Et en effet, comment protéger ? Faut-il se limiter à la médiation ? Peut-on utiliser la force, et le cas échéant quand ?
Autant de questions que ce dossier aborde, revenant sur les objectifs, la mise en œuvre et les limites de la responsabilité de protéger.




Analyses & Témoignages

Une série de réflexions et d'analyses sur les défis de la diplomatie, la sécurité internationale et les équilibres géopolitiques. Notamment un article de l'écrivain et diplomate Stéphane Hessel.




Les Cahiers rouges

Max Beerbohm
L'hypocrite heureux

Nouveauté dans la collection

Henri Maximilian Beerbohm est un écrivain et caricaturiste anglais né le 24 août 1872 à Londres et mort le 19 Mai 1956 à Rapallo. Il étudie à l'université d'Oxford avant de publier ses premiers articles et ses premières caricatures dans la revue The Yellow book. Il devient ensuite, en remplacement de Georges Bernard Shaw, le critique dramatique de la revue The Saturday Review. En 1911 paraît son unique roman, Zuleika Dobson, qui reste à ce jour son œuvre la plus connue. Dandy, mondain brillant et spirituel que le Tout Londres nommait « Max », Beerbohm a été l'ami d'Oscar Wilde qu'il a défendu pendant son procès.

Ce livre, souvent considéré comme la réponse de Beerbohm au Portrait de Dorian Gray de Wilde, est le récit de la rédemption de George Hell (« George Enfer » en français) qui devient George Heaven (« Paradis »). George Hell est un aristocrate mondain et cupide qui mène une mauvaise vie de bassesses et d'intrigues jusqu'au jour où, au théâtre, il tombe amoureux de la jeune actrice Jenny Mere (« Jenny Simple »).
Après lui avoir promis de lui offrir sa fortune si elle acceptait de l'épouser, il essuie un refus de la petite actrice ; de son mari, elle n'exige qu'une chose : qu'il ait un visage de saint. Condition difficile à remplir pour George Hell. Comment changer de visage ? Le fabriquant de masques le plus à la mode de Londres lui en vend un à l'effigie d'un saint. Jenny accepte de l'épouser. Avec ce travestissement doit aller un changement de nom ; Lord George Hell devient naturellement George Heaven (« Georges Paradis »). Mais suffit-il d'un déguisement pour transformer un homme ? Les masques ne sont pas immuables et la réalité doit, un jour où l'autre, réapparaitre. De l'artifice ou du naturel, qui vaincra l'autre ?
Ecrit sur le ton d'une douce ironie, ce conte dandy étonne par son alliance de féérie et d'humour. Le talent de Max Beerbohm est de convoquer l'ironie où d'autres préféreraient le sérieux. Et cette œuvre, bien qu'elle soit construite sous une forme parabolique, n'use de la morale que pour la moquer.

Première publication en Angleterre : 1897 (revue The Yellow Book).
Première publication Grasset (Collection bleue) : 1994.

Raymond Radiguet
Les joues en feu


Raymond Radiguet est né en 1903 et mort en 1923. En 1920, il fonde avec Jean Cocteau la revue Le Coq et publie son premier recueil de poésie. En 1923, son premier roman Le Diable au corps paraît aux éditions Grasset et assure dans l'histoire de la littérature sa place de génie précoce.

Ce recueil de poèmes qui avait paru une première fois en 1920 à La Belle édition a été réédité en 1925 chez Grasset. Cette nouvelle édition comporte certains poèmes de la première version et d'autres ayant été publiés dans la revue Le Coq. Tous ont été écrits entre 1917 et 1921.
Radiguet écrit que ces poèmes apportent « quelque lueur sur un âge assez obscur, le véritable âge ingrat » et avance que « l'intérêt le plus sûr de cette production est d'ordre psychologique ». Propos qui ne renvoient pas seulement à la confrontation entre sa jeunesse et l'obsession de la mort mais aussi à la sobriété d'un style, le plus souvent dénué de lyrisme. A la densité des symboles et aux sentiments, l'écrivain semble avoir préféré la netteté d'images colorées, proches d'un imaginaire enfantin. Certains peuvent rappeler le style d'Apollinaire, d'autres l'école fantaisiste, dont Paul-Jean Toulet était le chef de file. Sans appartenir à une quelconque avant-garde, à laquelle il était loin de croire, Radiguet colle en fait à ce qu'il y eut de plus moderne dans la poésie de Cocteau. La première salve d'un feu d'artifice de jeunesse et d'insolence.




Grasset-Jeunesse

Pierre Gripari
Illustré par Claude Lapointe
Contes de la rue Broca : l'intégrale

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Fondateur de l'atelier d'illustration de l'Ecole des arts décoratifs de Strasbourg, chercheur et théoricien de l'image, C. Lapointe est l'une des grandes fi gures de l'illustration en France.

Les Contes de la rue Broca et les Autres contes de la rue Broca regroupés pour la première fois chez Grasset-Jeunesse. Un faux carré sur papier Offset pour retrouver les ambiances et le format original des pleines pages de Claude Lapointe, une couverture avec dos effet toilé et une maquette élégante et moderne font de ce titre phare de Pierre Gripari un album cadeau incontournable, à la fois traditionnel et actuel.

La sorcière de la rue Mouffetard
Le géant aux chaussettes rouges
La paire de chaussures
Scoubidou, la poupée qui sait tout
Roman d'amour d'une patate
Histoire de Lustucru
La fée du robinet
Le gentil petit diable
La sorcière du placard aux balais
La maison de l'oncle Pierre
Le prince Blub et la sirène
Le petit cochon futé
Je-ne-sais-qui, je-ne sais-quoi
ou la femme de bon conseil

Pierre Gripari
Illustré par Laurent Gapaillard
Histoires du Prince Pipo, de Pipo le cheval et de la princesse Popi

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Dessinateur et concepteur visuel, Laurent Gapaillard a suivi les cours de l'ESAG Penninghen, et collaboré à de nombreux longs métrages cinéma (Renaissance, 2003, Cobra, 2011, The Wild bunch, 2007/2010, Pourquoi j'ai pas mangé mon Père, 2007/2010, Faubourg 36, 2007…), séries télévisées animées et jeux vidéos. Dans son premier livre, Le Yark, chez Grasset-Jeunesse, il révélait un univers riche de références, sombre, drôle et tendre.

Quand son destin bascule, le jeune prince Pipo part à la reconquête de son royaume. Avec son petit cheval rouge plein de fougue, il devra surmonter bien des épreuves, affronter des centaines de sorcières et échapper au pouvoir de la mystérieuse auberge des enfants perdus, avant de trouver sa route et de rencontrer la jolie princesse Popi… Dans ce premier texte publié chez Grasset, la magie sert de support à la découverte de l'adolescence et de la vie.

Pierre Gripari
Illustré par Till Charlier
Sept farces pour écolier

Hommage à Pierre Gripari : 30 ans d'édition

Lauréat du prix Jeunes talents de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts d'Alsace, en 2009, Till Charlier, diplômé de l'école de Strasbourg, développe un univers singulier et drôle. Ses illustrations chez Grasset-Jeunesse réalisées pour La Boulangerie de la rue des dimanches, sélectionné pour le prix Tam-Tam Bayard J'aime Lire 2012, ont été saluées pour leur originalité, leur poésie et leur fantaisie.

Sept comédies pleines d'humour faciles à monter à l'école, en famille ou entre amis !

La fausse gourde
Chien et bébé
Deux téléphones
La télé farceuse
Goulu et son âme
Cent ans de cuisine française
Le marchand de fessées




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