|
Littérature française |
Littérature étrangère |
Grand format |
Petite collection blanche |
Les Cahiers Rouges |
Grasset-Jeunesse |
Essais, documents, biographies
Littérature Française
Claude Arnaud
Qu’as-tu fait de tes frères ?
Roman
Claude Arnaud est romancier, essayiste et critique. Il a publié des biographies remarquées de Chamfort (Robert Laffont, prix de l’Essai de l’Académie Française en 1988) et de Jean Cocteau (Gallimard, 2003). Il est l’auteur chez Grasset de deux romans, Le Caméléon (1994, Prix Femina du premier roman), et Le jeu des quatre coins (1998) et d’un essai, Qui dit je en nous ? (2006, Prix Femina de l’essai). Il collabore aux pages culturelles du Point.
Au milieu des années soixante, à la frontière entre Boulogne et Paris, le jeune Claude s’ennuie. Pour échapper au vide ambiant, il passe ses journées à lire entouré de ses frères Pierre et Philippe, deux aînés si beaux et doués qu’il peine à se faire une place. Il a douze ans quand le quartier s’éveille – c’est le début d’une nouvelle vie.
Mai 68, Paris se soulève, le jeune garçon court les manifestations, découvre le plaisir avec les deux sexes et les paradis artificiels. Il quitte le domicile parental et s’installe chez les uns et les autres, abandonne son prénom pour devenir Arnulf l’insaisissable, se change en agent révolutionnaire puis en oiseau de nuit, fréquente une psychanalyste en rupture et des travestis en tournée, approche certains des penseurs qui vont marquer l’époque.
Pendant que la société française entre en révolution, la famille se désagrège : la mère meurt d’une leucémie, l’aîné sombre dans la démence, Philippe fait le tour du monde en stop, on propose à Claude d’apprendre à manier les armes, la décennie de poudre tourne aux années de plomb, Pierre se suicide.
Mais la tragédie n’est pas le ressort de ce livre, qui fait revivre la vitalité de la génération du pop-rock et des drogues, de l’amour libre et de la folie revendiquée, sous la houlette de Benny Lévy, le mentor de la Gauche Prolétarienne, et de Félix Guattari, le co-auteur de l’Anti-Œdipe.
Qu’as-tu fait de tes frères ?, c’est l’histoire d’une famille marquée par le destin, c’est la chronique d’une époque qui fascine rétrospectivement par sa démesure.
Victor-Lévy Beaulieu
Bibi
Roman
Considéré comme un des plus grands écrivains québécois, Victor-Lévy Beaulieu est l’auteur de 75 ouvrages dont certains ont été publiés en France, comme Jack Kérouac (éditions du Jour, 1972) et Monsieur Melville (Flammarion, 1980). Bibi, son grand retour au roman, un roman d’un genre un peu particulier qu’il appelle « autoroman », est le premier ouvrage qu’il publie chez Grasset. Quand il n’écrit pas, Victor-Lévy Beaulieu est éditeur, gentleman farmer dans la bourgade de l’arrière-pays des Trois-Pistoles, et milite activement pour l’indépendance du Québec.
Dans son enfance, le narrateur a contracté la poliomyélite. Il vit au Gabon, depuis près de trois ans, pour y retrouver les indices que lui a laissés Judith, son premier amour, afin qu’il la retrouve dans un jeu de piste mondial qui l’a mené du Québec à l’Afrique centrale en passant par l’île de Pâques. Après une vie de silence, après l’avoir abandonné tout jeune homme, Judith a repris contact avec lui.
Pourquoi elle ne vient pas aux rendez-vous qu’elle lui fixe de pays en pays, il n’en sait rien. Il persiste à vouloir aller jusqu’au bout d’un voyage qui serait éprouvant, même pour quelqu’un qui ne serait pas infirme. Cette fois-ci, c’est la dernière étape. Tout au moins il le croit, et que Judith se montrera. Il l’attend dans un hôtel de Libreville, vidant verre de whisky sur verre de whisky.
Et c’est à Libreville qu’il fait la rencontre de… Calixthe Béyala, une Camerounaise s’occupant d’enfants nécessiteux (rien à voir avec une romancière connue) et qui anime une petite librairie. Au moment où une intimité s’installe entre ces deux solitaires, Judith refait surface : elle donne rendez-vous à son ancien amant en Ethiopie, dans la vallée de l’Omo, berceau de l’humanité. Le narrateur doit aller jusqu’au bout de son voyage, vers ce commencement de l’histoire qui sera peut-être la conclusion de la sienne, pour enfin comprendre la femme en forme de devinette qui a marqué sa vie.
Jeux typographiques, histoire dans l’histoire, cacophonies, jouissance du texte et de l’histoire, un livre-monde, résumé et apothéose d’une œuvre, dans la lignée de Sterne et de Joyce – à qui Victor-Lévy Beaulieu a d’ailleurs consacré un essai hilare de mille pages.
Stéphane Denis
L’ennemi du bien
Roman
Né en 1950 à Saint-Moritz, Stéphane Denis a écrit une vingtaine de romans dont Les Evénements de 67 (prix Roger Nimier) et Sisters (prix Interallié). Il est également l’auteur, sous le nom de Manicamp, de pastiches. La chute de la Maison Giscard, Le Roman de l’Argent, Mitterrand s’en va ont été des best-sellers.
Considéré comme un parfait salaud pour avoir organisé un meurtre qu’il n’a pas commis, et condamné à mort, le célèbre scénariste Paul Jarvis a réussi à s’échapper de sa prison de Palma de Majorque. Direction : L’Amérique du Sud où le docteur Arturo Puig est supposé lui refaire un visage et une identité. En réalité, Puig fait de lui le cobbaye d’une expérience : il modifie son identité profonde en altérant son ARN (le siège de la mémoire).
« Le jour vint où l’on me jugea suffisamment moi-même pour devenir un autre » : mais qui est-il vraiment devenu ? Pourquoi son sommeil est-il agité de cris, de souvenirs d’incendies et d’émeutes ? A qui appartient l’argent déposé à son nom dans le coffre d’une banque bâloise ? Pourquoi parle-t-il allemand et se souvient-il si bien des ruelles de Riga ? Quel destin pour un homme de bien devenu un salaud malgré lui ? Et quelle rédemption ?
D’Amérique du Sud à Riga en passant par la Suisse endormie, des forêts lettones où l’on massacre aux montagnes helvétiques, Stéphane Denis déploie son imagination et sa fantaisie, empruntant à la science contemporaine et à une documentation très précise sur un épisode méconnu de l’histoire de la deuxième guerre mondiale le prétexte à un roman vif qu’on lit d’un souffle.
Virgine Despentes
Apocalypse Bébé
Roman
Romancière et cinéaste, Virginie Despentes est l’auteure, entre autres, de Baise-moi (1993, adapté au cinéma en coréalisation avec Coralie Trinh Thi), Les Jolies choses (1998), Teen Spirit (2002), Bye Bye Blondie (2004), et d’un récit, King Kong Théorie, tous publiés chez Grasset. Elle prépare actuellement la réalisation de son prochain film, adapté de Bye Bye Blondie, avec Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart.
Valentine Galtan, adolescente énigmatique et difficile, a disparu. La narratrice, Lucie, anti-héroïne trentenaire, détective privée sans conviction ni talent engagée par la grand-mère de Valentine pour surveiller ses faits et gestes, l’a perdue sur un quai de métro parisien. Comment la retrouver ? Que faire des édifiantes photos de Valentine qui la montrent si expérimentée avec les garçons ? Aurait-elle rejoint sa mère, qu’elle n’a jamais connue, à Barcelone ? Le mieux pour Lucie serait de faire équipe avec la Hyène, une « privée » aux méthodes radicales, une femme puissante, au corps souple, plein d’une violence qui s’exprime par saccades : moyennant finances, et aussi par amusement, La Hyène accepte le marché. Voici les collègues mal appariées, l’une lesbienne volcanique, l’autre hétéro à basse fréquence, qui traversent la France et l’Espagne jusqu’à Barcelone à la recherche d’une petite fugueuse, une gosse mal grandie, une fille de la bourgeoisie qui finira – on ne vous en dit pas plus – par rejoindre le camp des irréductibles.
Road-book, comme il y a des road-movies, portraits d’êtres blessés, traversée des différentes couches sociales - la bourgeoisie cultivée, botoxée et peureuse, les cités rebelles qui croient à l’avenir de l’Islam néolibéral, les radicaux de gauche ou de droite en imposteurs, les back-rooms lesbiens - ce roman particulièrement maîtrisé de Virginie Despentes fait dialoguer la forme du polar contemporain avec la satire sociale la plus corrosive. Et, étrangement, comme passée en contrebande, résonne une tendresse pour toutes les Valentine, ces adultes cousus d’enfance qui paient pour nos fautes.
Jean-Baptiste Harang
Nos cœurs vaillants
Roman
Né en 1949 dans la Nièvre, Jean-Baptiste Harang a été longtemps journaliste à Libération et collabore régulièrement au Magazine littéraire. Il est l’auteur chez Grasset de Le Contraire du coton (1993), Les Spaghettis d’Hitler (1994), Gros chagrin (1996), Théodore disparaît (1998), La Chambre de la Stella (2006, Prix du Livre Inter).
On ne répond pas à une lettre anonyme, quand bien même on en démasquerait l’auteur.
Faut-il seulement la lire ?
A l’origine de ce roman, une lettre mêle amitié et amertume, complicité et reproche, dépit amoureux, nostalgie aiguë, doléances et confidences. Soupçons. Révélations ?
Ce courrier, reçu par Jean-Baptiste Harang d’un camarade de jeunesse qui se plaint de ne pas apparaître dans ses livres, n’est donc pas signé.
Dès lors ressurgissent le temps perdu, les fantômes qui s’y meuvent, du premier mort aux premières amours, au fil des souvenirs de patronage et de colonie de vacances, dans le Paris oublié des années cinquante, son XVIIe arrondissement, ou bien au fond d’une vallée du Jura qui semble plus ancienne encore. Un vert paradis, où brille Agathe, par son absence. Un vert paradis où règne en maître l’abbé T., et son encombrante affection.
Les mots et l’émotion affrontent des silences trop longtemps tenus, Nos cœurs vaillants poursuit le cours d’une mémoire empêchée et cependant en quête d’elle-même, les tours et détours de l’esprit cherchent à comprendre ce qui, dans ses jeunes années, et toute sa vie depuis, lui a incroyablement échappé…
Mais qui vous impose de vous rappeler ce qui vous encombre, et d’oublier ce qui vous manque?
Antoine Sénanque
L’homme mouillé
Roman
Médecin et neurologue, Antoine Sénanque est l’auteur chez Grasset d’un récit Blouse (2004), et de deux romans remarqués, La grande garde (2007) et L’ami de jeunesse (2008). Il vit à Paris.
« Pal Vadas se réveilla couvert d’eau salée ».
Budapest, 1938. Fonctionnaire modèle à la poste centrale de Budapest, maniaque de l’ordre et de la propreté, Pal Vadas, dont le père soldat fut tué au combat en 1917, est un homme comme les autres. Sauf qu’il transpire de l’eau : pas un peu, beaucoup, par périodes, et que l’analyse de sa sueur noire révèle une composition proche de celle de l’eau de mer, riche en sel et contenant des algues. Le 12 mars 1938, l’Autriche est annexée par le Reich. Le martyr de Pal Vadas commence. S’engage-t-il pour ou contre le nazisme ? Non. Il ne participe pas, mais bientôt, cette transpiration devient suspecte, inquiétante, signe d’un dérèglement qu’il faut soigner, d’un corps malade, anormal. Alors, le citoyen modèle devient un fugitif, un hors-la-loi, comme les juifs ou les prêtres résistants à l’ordre, et il faut fuir, ou se cacher.
Métaphore de la compromission et de l’angoisse, rythmé par les dates historiques de l’embrasement européen, L’homme mouillé est « un livre sur les sentinelles qui ressentent les catastrophes à venir, l’angoisse individuelle capte l’écho de l’angoisse collective ».
Karine Tuil
Six mois, six jours
Roman
Née à Paris en 1972, Karine Tuil est l’auteur de huit romans parmi lesquels Tout sur mon frère (2003), Quand j’étais drôle (005), Douce France (2007) et La Domination (2008), tous publiés chez Grasset.
En Allemagne de nos jours. Juliana Kant, première fortune allemande, femme froide, retenue, secrète, mariée, a une aventure amoureuse avec un homme qui a tout du prédateur sexuel, Herb Braun. Au bout de quelques mois, d’un hôtel l’autre, d’un rendez-vous clandestin l’autre, l’homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. La milliardaire dénonce le gigolo. On l’emprisonne, la morale est presque sauve, l’argent bien gardé.
Une affaire de mœurs ? Une coucherie prosaïque qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus puissant, le mieux construit, dévoile l’arrière-monde de cette liaison à risques : qui est à l’origine d’une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goebbels et nazi notoire, n’a t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d’adoption de Magda était un juif qu’elle a renié puis effacé de sa mémoire ? Pourquoi les Kant n’ont-ils jamais autorisé une enquête sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Le père de Braun est-il vraiment un ancien déporté du camp de Stöcken, ou est-ce un leurre ? Son fils l’a-t-il vengé en humiliant sexuellement la jolie bête blonde ? Qui est vraiment Herb Braun ? Que veut-il ? Les fils sont-ils responsables des fautes des pères ?
Marc Weitzmann
Quand j’étais normal
Roman
Marc Weitzmann, écrivain et journaliste, est l’auteur de plusieurs essais et romans, parmi lesquels Chaos (Grasset, 1997), Mariage Mixte (Stock, 2000), Une place dans le monde (Stock, 2004), Fraternité (Denoël, 2006).
C’est le printemps 2003 : le monde bascule. Un an plus tôt, Jean-Marie Le Pen a pulvérisé ses records aux présidentielles. La guerre explose en Irak, dans les rues de la capitale, dans les cercles médiatiques, manifestants pacifistes et soutiens à Bush s’affrontent brutalement.
Comédiens à la retraite, mais leurs idéaux gauchistes intacts, les parents du narrateur Gilbert Bratsky ont repris le chemin du militantisme. A plus de soixante-dix ans, convaincus de l’urgence de leur mission, ils sillonnent les banlieues déshéritées de la Seine Saint-Denis, à la grande inquiétude du narrateur, pour y monter une troupe de théâtre militant contre la guerre.
Gilbert, quant à lui, mène une existence solitaire, en retrait de l’agitation générale, jusqu’au jour où ses parents retrouvent par hasard l’un de ses proches amis d’adolescence, Didier Leroux. Ancien enfant martyr, ancien délinquant, Didier, à quarante ans, sort de prison pour meurtre. Qui est vraiment Didi, « aux yeux d’adulte mal grandi », que veut-il, lui qui s’installe en fils prodigue chez les parents de Gilbert ?
Tout d’abord agacé, puis inquiet, Gilbert commence à recevoir d’étranges e-mails anonymes, antisémites, menaçants, délirants. Sous l’influence de son oncle, Julius, qui tient des discours alarmistes et voit partout des complots antijuifs, Gilbert se persuade que son ancien camarade en est l’auteur. La canicule échauffe les esprits, la tension monte. Tandis que la fille de Julius, Carine, est victime d’une agression dans l’hôpital psychiatrique où elle travaille, Gilbert part en banlieue, à la recherche de son ancien camarade et de l’idéal perdu de ses parents…
Elie Wiesel
Otage
Roman
Elie Wiesel est né le 30 septembre 1928 à Sighet (Roumanie). Il n'a que quinze ans lorsqu'il est déporté à Auschwitz avec sa famille. Il y perd sa mère et sa petite sœur. Il est ensuite transféré à Buchenwald avec son père, qui meurt quelques jours après son arrivée. Libéré en avril 1945, il est pris en charge par l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE). La Nuit, récit poignant, publié en 1958 grâce à François Mauriac, inaugure une œuvre littéraire forte d’une quinzaine de romans et récits, de quarante livres publiés en tout, traduits dans plus d’une vingtaine de langues.
Il a reçu de nombreux prix pour ses livres et son engagement humanitaire, dont le prix Médicis en 1968 pour Le Mendiant de Jérusalem, le prix du Livre Inter en 1980 pour Le Testament d'un poète juif assassiné. Le prix Nobel de la Paix lui est décerné en 1986. Il a publié dernièrement chez Grasset Le cas Sonderberg (2008) et Rashi (2010).
New-York, 1975 : Shaltiel Feigenberg, juif américain et modeste conteur, est enlevé en plein jour à Brooklyn. Le Groupe palestinien d’action révolutionnaire revendique la prise d’otage. L’événement fait la Une des médias internationaux : c’est la première fois qu’une action terroriste de ce type se produit sur le sol américain.
Reclus dans une cave, les yeux bandés, livré à lui-même, Shaltiel songe qu’il y a eu méprise sur sa personne. Entre deux face-à-face avec ses ravisseurs, il tente d’échapper à la violence absurde du présent : ayant perdu la notion du temps, il se réfugie dans le passé.
Dans le chaos puissant des souvenirs surgit ainsi l’histoire de Shaltiel et des siens : la déportation, en 1942, des habitants du ghetto de Dawarowski, sa ville natale en Transylvanie ; sa propre survie, enfant, dans la cave d’un comte allemand, officier des renseignements nazis ; la libération de la ville par les soldats de l’Armée rouge ; le récit du père et de l’oncle de Shaltiel, rescapés d’Auschwitz ; la fuite clandestine, en URSS, dès 1941, du frère aîné, membre d’une cellule du Parti communiste juif ; l’émigration aux Etats-Unis…
Aux souvenirs personnels de Shaltiel, aux réminiscences de contes mystiques qui les ponctuent, font échos les confrontations avec ses ravisseurs : un Arabe qui combat pour la cause de son peuple et manifeste à tout bout de champ sa haine des Juifs ; un Italien, idéologue révolutionnaire pour qui la Palestine n’est que la cause très immédiate d’une lutte qui la dépasse.
Pierre Ducrozet
Requiem pour Lola rouge
Premier Roman
Né en 1982 à Lyon, Pierre Ducrozet vit à Barcelone. Il a publié des chroniques littéraires dans Le Magazine des Livres et un livre pour enfants. Requiem pour Lola rouge est son premier roman.
« J'en étais alors à me regarder pousser les cheveux. Le soleil commençait à m'emmerder sérieusement, et la pluie aussi. Je m'étais spécialisé dans le cynisme bon marché et le chapeau négligé, j'en avais des dizaines, des gris, des mous, des recourbés. J'étais dans mon domaine, j'en aurais presque gagné ma vie. Je traînais sur les grands boulevards, dans les anciens faubourgs, je vivais de petites magouilles, de tourne-la-rue. Si on ne me voyait pas aux terrasses, c'est parce que mon café je le buvais moleskine, le bras sur la banquette, m'entortillant la barbe à la lecture inattentive des quotidiens. Paris commençait à me donner la nausée, ses faux airs, ses rues blanches. »
P. mène une vie terne, d’une paresse vaguement agitée par de petites magouilles. Sa rencontre avec la belle Lola brise le cercle hésitant de son quotidien et le précipite dans une série de voyages fantasmagoriques – sont-ils rêvés ? réels ? – qui peuvent aussi bien commencer au détour d’un couloir qu’en franchissant le seuil d’une porte. Le bonheur semble résider dans cette fuite perpétuelle d’une réalité étouffante, surtout qu’aux côtés de P. est apparue une jeune femme, Lola, la belle et insolente Lola, dont les théories paranoïaques ne contribuent pas à le rassurer…
Le jour où elle disparaît en laissant P. seul à Saïgon, les ennuis commencent, et une odyssée psychédélique qui mènera P. du Vietnam à la Thaïlande.
Roman de la fuite et de la contestation – de la réalité et des prisons que l’on appelle vies -, Requiem pour Lola rouge est un premier roman drôle et tendre, lyrique et sarcastique, inattendu et audacieux d’un jeune auteur de 28 ans, professeur intérimaire de français à Barcelone, qui prend parfois la route pour de longs mois vers l’Inde ou l’Amérique du Sud, sur les traces rêvées de ses maîtres les écrivains du lointain, Melville, Jack London, William Burroughs…
Claudie Hunzinger
Elles vivaient d’espoir
Premier Roman
Claudie Hunzinger est née en Alsace. Elle est poète, peintre et artiste plasticienne. Elles vivaient d’espoir est son premier roman.
C’est l’histoire d’amour entre Emma et Thérèse qui se sont rencontrées à Nancy, dans une classe préparatoire au concours d’entrée à Fontenay, dans les années 20. Cette histoire, Emma l’a relatée dans la correspondance et les cahiers qu’elle a tenus tout au long de sa vie, et dont s’est inspirée Claudie Hunzinger, sa fille, pour écrire le roman de ces deux femmes.
Cet amour est un modèle d’audace et de liberté. Eloignées l’une de l’autre par les postes où elles sont nommées, elles s’écrivent et essaient de s’accommoder de ces solitudes imposées. Si Emma, modèle de vitalité, y parvient sans peine (et non sans infidélités), Thérèse souffre et n’aspire qu’à retrouver Emma. Celle-ci finit par se marier peu de temps avant que la guerre n’éclate. Thérèse a été nommée en Bretagne, tandis qu’Emma, désormais en charge d’une famille, enseigne en Alsace. Les circonstances tragiques imposées par l’Histoire vont alors les empêcher de jamais se revoir. Thérèse, la délicate, la fragile, est devenue responsable d’un réseau armé en Bretagne puis capturée par la Gestapo et torturée quatre jours consécutifs, elle mourra sans avoir parlé : une héroïne magnifique, restée une héroïne invisible. Personne ne sait aujourd’hui qui elle fut. L’engagement des femmes dans le chapitre de la guerre est très peu connu. Emma, de son côté, meurtrie par un mariage qui ne lui convient guère, continue à écrire. On lit dans un cahier la dernière partie de sa vie : « C’est par la dévastation de moi-même que je me suis finalement construite. »
Romancées par Claudie Hunzinger, se déploient ainsi deux trajectoires dont on n’a jamais tout à fait la clef. L’énigme et les fragments des destinées de ces deux femmes fondent l’essentiel poétique de ce roman.
Karine Tuil
Interdit
Roman (Nouvelle édition)
Karine Tuil, née le 3 mai 1972 à Paris, est l’auteur chez Grasset de Tout sur mon frère (2003), Quand j’étais drôle (2005), Douce France (2007), La Domination (2008) et Six mois, six jours (septembre 2010).
Interdit est son deuxième roman, initialement publié chez Plon.
« Je m'appelle Saül Weissmann, mais ne vous fiez pas à mon nom qui n'est pas juif en dépit des apparences. J'ai été, pendant soixante-dix ans, un imposteur pour les autres et pour moi-même. »
Ainsi commence la confession du narrateur, un vieux survivant d'Auschwitz qui apprend de la bouche d'un rabbin qu'il n'est pas juif selon la Loi de Moïse. Traqué en tant que juif pendant la guerre, le voilà rejeté par les siens et ignoré par la femme qu'il devait épouser. Saül Weissmann se trouve en proie à une véritable crise identitaire : un autre Weissmann, son double issu de la négation de sa judéité, surgit en lui-même. S'engage alors un dialogue difficile entre ce juif et ce non-juif qui cohabitent en lui. Pour Weissmann, c'est le début d'un long questionnement : quelle identité doit-il revendiquer ?
Littérature étrangère
Abilio Estevez
Le navigateur endormi
Roman
Traduit de l’espagnol par Alice Seelow
Abilio Estévez est né en 1954 à La Havane et réside actuellement à Barcelone. Il compte à son actif plusieurs romans dont le premier, Ce royaume t’appartient (Grasset, 1999), a été unanimement salué par la critique, traduit en douze langues et gratifié du Prix du meilleur livre étranger en France. Le navigateur endormi vient clôturer la « trilogie cubaine » formée par Ce royaume t’appartient et Palais lointains (Grasset, 2004).
Dès ses débuts, Estévez a été qualifié de « Proust des Caraïbes » et considéré comme « l’écrivain cubain le plus intéressant de notre époque ». Également auteur de poèmes, de contes et de textes théâtraux, Abilio Estévez est apprécié pour son écriture onirique et expressive.
Valeria, qui se raccroche au passé, observe du haut de son appartement new-yorkais la neige couvrir l’Hudson et se souvient.
Cuba, trente ans auparavant. Sur la plage d’une île à l’ouest de La Havane, dans le vieux bungalow qu’elle a hérité d’un médecin américain, la famille Godínez s’active à barricader portes et fenêtres pour prévenir l’arrivée de l’ouragan Katherine, annoncé comme dévastateur. Sous le même toit sont réunies trois générations. Il y a d’abord les anciens : le colonel Jardinero et Andrea, mari et femme, Mamina, la vieille domestique, mais aussi l’oncle Mino ou le solitaire Juan Milagro. Et il y a les jeunes : Elisa, Jafet ou Valeria, enfant et petits-enfants d’Andrea.
Alors que le calme s’installe avant la tempête, le jeune Jafet, qui ne rêve que de vivre aux États-Unis, prend le large, pour ne jamais revenir, à bord d’un radeau de fortune baptisé Le Mayflower. Impuissante, la petite Valeria assiste au départ de celui qui fuit le régime cubain plutôt que le cyclone, de celui qui deviendra « le navigateur endormi ». Tragique, cette disparition fait écho à celle du fils d’Andrea, survenue en mer quelques années plus tôt…
Henrik B. Nilsson
Le Faux ami
Roman
Traduit du suédois par Philippe Bouquet
Henrik B. Nilsson est né en Suède en 1971, mais a grandi en Allemagne. Titulaire d’une licence d’économie, il a fondé sa propre maison d’édition, Minotaur, en 1999, avant de la céder et de reprendre des études à l’université de Lund, où il obtint un master de Creative writing sous la direction de Björn Larsson. Henrik Nilsson vit désormais à Malmö avec sa famille. Le faux ami a obtenu le grand Prix Littéraire suédois dédié aux premiers romans : Borås Tidnings Debutantpris.
Avril 1910, panique sur terre et dans le ciel. La comète de Halley est sur le point de frôler notre planète, et la succession du pape Léon XIII est imminente. A Vienne, Hermann Freytag, correcteur à l’ancienne, retraité depuis peu, passe ses journées au Café Sperl, à dépouiller les journaux et à ruminer des idées de romans.
Dans cette ambiance de fin de monde, le célèbre Boris Basch, auteur de livres à succès, annonce à son éditeur qu’il vient de terminer son roman et que Freytag est le seul correcteur en qui il a confiance. L’équilibre de la maison d’édition est en jeu et le directeur est contraint de prier Freytag de se remettre au travail. Ce dernier empoche l’avance et continue à brasser ses idées noires, déplorer l’état du monde moderne avec le père Anton, ou apprendre l’esperanto de la bouche de la belle Rosita, dont il est secrètement amoureux.
C’est alors qu’apparaît le mystérieux Signori. Familier des cercles les plus secrets du Vatican, il en sait long sur le manuscrit de Barsch, susceptible de produire l’effet d’une bombe dans les finances du Saint-Siège. Freytag, se trouve confronté à un choix difficile … bientôt une question de vie ou de mort.
Le faux ami se déroule en grande partie à Vienne, au temps où elle était la capitale culturelle et intellectuelle d’Europe. Un roman littéraire au style classique, une histoire faite d’ombre et de lumière qui éclaire une période sombre de l’histoire du Vatican.
Collection Grand Format
D’après Robert Ludlum
Eric van Lustbader
Le danger dans la peau La sanction de Bourne
Thriller
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Annie Hamel
Ecrivain, comédien et metteur en scène américain né en 1927, Robert Ludlum s’est imposé depuis 1971 dans le cercle restreint des romanciers à succès. Il lance le personnage de Jason Bourne en 1980 avec La mémoire dans la peau, premier volume d’une série ininterrompue de triomphes internationaux adaptés au cinéma, avec Matt Damon dans le rôle principal. Après la mort de Ludlum en 2001, Eric Van Lustabder, auteur de nombreux best-sellers, reprend le flambeau, et s’impose à son tour comme un maître du suspense.
Jason Bourne a repris la vie tranquille de David Webb, professeur d’université à Washington. Mais lorsque son ami Dominic Specter est kidnappé sous ses yeux, il n’hésite pas longtemps avant de reprendre du service, et de se lancer sur les traces de la mystérieuse Légion noire, un ancien bataillon SS reconverti dans le terrorisme international, qui prépare un attentat d’envergure sur le sol américain.
Bourne va s’employer à démanteler le réseau et à récupérer les précieux documents qui dévoilent la nature de la cible. Mais sur sa route se dressent les tueurs de la NSA lancés à ses trousses, ainsi que le redoutable Leonid Arkadine, un mercenaire au passé inquiétant...
De Washington à Munich en passant par Moscou s’engage une haletante course-poursuite sur la terre, sur la mer et dans les airs.
Essais, documents, biographies
Maxime Cohen
Eloge immodéré des femmes
Essai
Né en 1952, Maxime Cohen est Conservateur général des Bibliothèques. Il exerce sa carrière au ministère de la Culture après avoir été longtemps en poste à la Bibliothèque nationale de France. Il est l’auteur d’un bref récit familial, Confins de la mémoire (Fallois, 1997), et du très remarqué Promenades sous la lune (Grasset, 2008).
Maxime Cohen est un essayiste dans le sens le plus Montaigne du mot : un écrivain qui essaie de classer le monde selon ses propres catégories de pensée. Il l’a montré avec ses Promenades sous la lune, saluées par la critique, et le montre à nouveau avec cet Eloge inconditionnel des femmes. Dans ce livre patient, ironique et raffiné, il fait le tour esthétique de son monde dans des chapitres aussi inattendus que les « Petites objections contre le génie » ou la « Satire de la métaphore ».
Maxime Cohen ne se contente pas d’être un styliste que l’on pourrait qualifier de néoclassique : il est aussi un délicat observateur – et goûteur – du plaisir, comme on le verra dans « Des Travaux de luxe ». Bref, loin de n’être qu’un érudit, il sait observer la vie, comme encore dans « Des quartiers de Paris », où on le voit philosopher à propos d’une prostituée arpentant le même trottoir depuis vingt-cinq ans. L’Eloge immodéré des femmes (un des plus délicieux moments du livre) est un essai d’une saveur précise, durable et réjouissante.
Jérôme Dumoulin
Divagations sur la fin des temps
Essai
Jérôme Dumoulin a été rédacteur en chef à L’Express, au Nouvel Economiste et au Figaro Magazine. Par la suite, il a été directeur des rédactions des magazines Elle décoration et Elle à table. Il vit dans le Sud-Ouest et se consacre à la littérature. Il a publié deux romans chez Gallimard Le Phare de baleine et Monsieur Bel Canto, et chez Grasset, La nuit d’Ombleuse (1997).
Il s’agit d’un essai, mi-scientifique, mi-poétique sur les divers « dérèglements » qui perturbent le monde et le jettent dans les métamorphoses (majeures ou minuscules) qui fascinent l’auteur. Afin de recenser ces dérèglements, de les méditer, Jérôme Dumoulin procède avec méthode et montre, en chapitres brefs et étincelants, comment les éléments sont tourneboulés ; comment les astres infléchissent leur course ; comment l’homme, enfin, découvre les maux étranges qui rongent ses sens.
C’est dire que, dans cet essai, nous rencontrons, aussi bien, des animaux bizarres (l’émeu, des nuages inédits (l’Asperatus), des Vortex, des lézards bleus, des méduses, des algues toxiques, le piri-piri (ce petit tremblement de terre qui brise le cristal), des astéroïdes menaçants, des cas de « main menteuse » (on appelle cela « l’agnosie tactile »), des acouphènes, des « goutteuses d’eau » et autres singularités inquiétantes.
Chaque fois, l’auteur raconte une histoire, un cas, une énigme. A le lire, on s’avise qu’on est loin, désormais, d’un monde simple et ordonné. Et que bien des « dérèglements » - y compris les plus fatals – y sont à l’œuvre…
Evelyne Bloch-Dano
Le dernier amour de George Sand
Essai
Evelyne Bloch-Dano, agrégée de lettres modernes, journaliste au Magazine littéraire et à Marie-Claire, est l’auteur, chez Grasset, des premières biographies de Madame Zola (1998, Grand Prix des lectrices de Elle), et de Madame Proust (2004, Prix Renaudot essai), d’une biographie de Flora Tristan (2001, Prix François Billetdoux de la SCAM), d’un récit, La Biographe (2007), et d’un essai, La fabuleuse histoire des légumes (2008, Prix Eugénie Brazier).
Décembre 1849. George Sand, auteur prolifique de romans à succès, admirée par Balzac et Dostoïevski, scandaleuse menant une vie de bohème sous un pseudonyme masculin, femme engagée, muse du romantisme, maîtresse d’hommes illustres, est en France une célébrité au faîte de sa gloire.
Pour Noël, cette année-là, son fils Maurice invite à Nohant un jeune homme de ses amis, un graveur inconnu : Alexandre Manceau. George Sand a quarante-cinq ans, Alexandre trente-deux. Ils ne se quitteront plus, jusqu’à la mort prématurée du graveur en 1865.
On connaît la liaison tumultueuse de Sand avec Musset, son amour de neuf ans avec Chopin. Mais qui se souvient des années qu’elle a passées aux côtés de Manceau, son dernier compagnon ?
Leur amour n’est pas, bien sûr, l’unique sujet de cette biographie foisonnante. Evelyne Bloch-Dano nous fait revivre quinze ans de la vie intense de George Sand. De la maison de Nohant au pied-à-terre parisien, de la brouille avec sa fille Solange au mariage tardif de son fils Maurice, de l’amitié avec les artistes de son temps (Pauline Viardot, Gustave Flaubert ou Dumas fils) à la mort de sa petite-fille chérie Nini, du coup d’Etat de Napoléon III aux combats de George pour l’amnistie des prisonniers politiques, des spectacles joués à Nohant aux pièces créées à l’Odéon, du voyage en Italie à la rédaction d’Histoire de ma vie, des jours et des nuits de travail acharné à la mélancolie du vieillissement…
Quand George et Alexandre quitteront définitivement Nohant pour s’installer dans une maison à Palaiseau, Manceau écrira « Pendant les quatorze ans que j’ai passés ici, j’ai plus ri, plus pleuré, plus vécu que pendant les trente-trois qui les ont précédés ». Le 21 août 1865, George Sand perdra celui dont elle disait : « Il est ma force et ma vie ».
Pascal Bruckner
Le mariage d’amour a-t-il échoué ?
essai
Né en 1948 à Paris, Pascal Bruckner est l’auteur de plusieurs essais chez Grasset : La tentation de l’innocence (Prix Médicis 1995), L’Euphorie perpétuelle ou le devoir de bonheur, (2000), Misère de la prospérité (Prix du Meilleur livre d’économie, Prix Aujourd’hui 2002), La tyrannie de la pénitence (2006), Le Paradoxe amoureux (2009). Collaborateur au Nouvel Observateur, il est également romancier.
Sous sa forme classique, le mariage était accusé de tous les maux: inégalitaire, despotique, il réduisait la femme à un bien mobilier, enfermait les époux dans un carcan, et entraînait dans son sillage l’adultère et la prostitution.
Sous sa forme contemporaine du consentement, qui triomphe dans l’après-guerre, il crée de nouveaux fléaux sans annuler les anciens : ni le plaisir mercenaire ni l’infidélité ne disparaissent, alors même que les divorces explosent, ainsi que le célibat.
L’histoire du mariage traditionnel, c’était au mieux la résignation au cachot conjugal ou la haine du mariage ; son histoire aujourd’hui, en Europe, est celle de sa lente désaffection. Il a compté au cours des temps de nombreux adversaires avant de devenir à lui même son meilleur ennemi.
Le XX° siècle avait émancipé les corps et les cœurs dans un souci d’harmonie ; il en résulte un surcroît de discorde.
Que s’est-il passé ? Le palais enchanté de l’affection réciproque ne serait-il qu’une masure délabrée ouverte à tous les vents ?
Le mariage d’inclination a-t-il échoué ?
Le bel amour, chanté par les poètes, rendrait-il le couple impossible ?
Thérèse Delpech
L’appel de l’ombre Puissance de l’irrationnel
Essai
Ce qui frappe le plus dans les expressions de la conscience contemporaine, ce n’est pas tant l’exigence rationnelle que le besoin de faire à nouveau une place à l’irrationnel, composante essentielle du psychisme humain. Ce livre met en scène des fragments de l’histoire biblique, de la littérature classique ou de l’aventure scientifique, qui ont en commun d’échapper à l’activité rationnelle. Il n’a pas pour objet, comme le proposaient les jansénistes, d’humilier la raison, à un moment où une défense et illustration de celle-ci serait amplement justifiée, mais de suggérer qu’à tout vouloir rationaliser, on court le risque de perdre le sens de l’énigme, un des plaisirs inépuisables de l’esprit ; d’assécher la source des plus hautes activités humaines – parmi lesquelles se trouve l’art – et de compromettre l’exercice même de la raison en ignorant les aspects les plus obscurs du psychisme.
Thérèse Delpech, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, professeur agrégé de philosophie, a publié, entre autres, L’Ensauvagement (Grasset, 2005, prix Femina de l’essai) et Le Grand Perturbateur (Grasset, 2007).
Alain Minc
Une histoire politique des intellectuels
Essai
Alain Minc est l’auteur de nombreux livres qui sont autant de best-sellers. Derniers essais publiés : Une Histoire de France, (Grasset, 2008) et Les dix jours qui ébranleront le monde (Grasset, 2009).
L’intellectuel moderne naît, à mes yeux, au dix-huitième siècle lorsqu’il échappe à la mainmise royale et à l’omniprésence religieuse. C’est la société qui constitue désormais son bain amniotique et non plus la monarchie et l’Eglise. Il prend place pour un face à face avec le pouvoir ; cet affrontement définit son identité autant que le travail de création. L’opinion et la postérité ne s’y trompent pas. Bergson est un philosophe, non un intellectuel mais Camus, lui, l’est. Gracq est un romancier mais Aragon est un intellectuel. Proust est… Proust mais Gide est un intellectuel… Cette perception intuitive correspond à une définition quasi naturelle. L’intellectuel pense, fût-ce partiellement voire incidemment, le monde mais il s’y situe de plain pied : les mots sont des actes, les idées des armes, les théories des canons. C’est, au même titre que la diversité des fromages, la variété des paysages, la passion des révolutions, une spécialité très française.
Il existe partout ailleurs des penseurs, aussi importants voire peut-être plus essentiels, mais Burke ne joue pas sa partition comme Benjamin Constant, Darwin comme Victor Hugo, Keynes comme Malraux. De même, là où l’esprit a sans doute soufflé le plus violemment, c’est-à-dire dans l’Allemagne du dix-neuvième siècle, ni Fichte, ni Hegel, ni Marx, ni Nietzsche ne sont des intellectuels au sens français du terme. Ils dessinent l’univers, les classes, les races mais ne s’érigent pas en contrepouvoirs d’un système politique dont certains d’entre eux veulent pourtant la destruction.
C’est donc à la rencontre d’un personnage bien français, l’intellectuel, que je suis parti. En quête aussi d’une réponse à une question lancinante : pourquoi les intellectuels français se sont-ils mis, au fil des décennies, à penser de plus en plus faux ? Pourquoi parviennent-ils à mener souvent des combats empreints d’humanisme et simultanément à divaguer idéologiquement ?
De même qu’historien du dimanche j’ai osé une Histoire de France, intellectuel de pacotille, je prends le risque de plonger au cœur de la corporation la plus puissante de notre pays. De multiples pas de côté, des impasses voulues, des choix assumés, des raccourcis osés, des coqs à l’âne délibérés, d’innombrables jugements à l’emporte-pièce ; tous les ingrédients sont là d’un procès en sorcellerie. Mais un peu de mauvaise foi souriante n’est pas interdit vis-à-vis des intellectuels qui cultivent souvent la mauvaise foi grinçante. Tel est mon pari.
Petite collection blanche
Peter Gumbel
On achève bien les écoliers
Essai
Peter Gumbel a été grand reporter à Time Magazine à Paris de 2002 à 2009. Lauréat de nombreux prix prestigieux, il a été nommé « Journaliste de l'année » par la Work Foundation de Londres. Il est l’auteur de French vertigo (Grasset, 2006).
La France a son « French dream ». Il s’appelle l’école. « Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j'en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j'ai d'âme, de cœur, de puissance physique et morale, c'est le problème de l'éducation du peuple », disait Jules Ferry. La réalité des écoles françaises aujourd’hui est à des années-lumières de ce noble idéal et n’atteint pas même le niveau de résultats d’une grande partie de l’Europe et du monde développé.
Comment est-il possible que 15% des élèves entrant en classe de sixième ne sachent pas correctement lire et écrire ? Que 130 000 jeunes quittent l’école chaque année sans diplôme ni qualification ? Que, dans un pays obsédé par la notion d’égalité, les jeunes dont les parents sont travailleurs indépendants, cadres, enseignants ou issus des professions intermédiaires, aient deux fois plus de chance d’accéder à l’enseignement supérieur que les enfants d’ouvriers et d’employés ? Que les jeunes Français n’obtiennent que des scores médiocres lors de tests comparatifs internationaux ?
Le débat franco-français néglige ou ignore une caractéristique qui saute aux yeux de n’importe quel étranger qui découvre les écoles françaises : la dictature de la salle de classe. Une culture impitoyable et parfois humiliante, qui a sacralisé des évaluations mettant les élèves sous pression, tout en traitant sans ménagement la notion de motivation individuelle. Une culture de l’excellence, certes, mais qui enfonce aussi les élèves les plus faibles plutôt que de les aider à se relever. Une culture qui n’hésite pas à mettre 0 à une mauvaise copie, mais ne mettra jamais 20 sur 20 à une excellente. Qui sanctionne chaque individu s’éloignant de la norme commune, plutôt que de valoriser le talent individuel. Qui promeut la ressemblance et sanctionne la singularité. Bref, une culture de la nullité, à l’opposé des grandioses promesses de la République. Effectivement, en France, on achève bien les écoliers…
Les cahiers rouges
Charles Bukowski
Journal d’un vieux dégueulasse
Charles Bukowski, « Hank » pour les amis, est né en 1920. Il est mort à San Diego le 9 mars 1994. Tour à tour postier, magasinier, employé de bureau, Bukowski, venu tard à la littérature, est aujourd’hui un écrivain référence dans son pays. Il a publié notamment : Contes de la folie ordinaire, Women, Factotum, Hollywood, Je t’aime Albert, Souvenirs d’un pas grand-chose, Au sud de nulle part, Pulp, sans oublier ses poèmes, L’Amour est un chien de l’enfer.
Livre-culte, qui annonce aussi bien Contes de la folie ordinaire que l’ultime Pulp. En vérité, tout Bukowski est déjà dans ce Journal d’un vieux dégueulasse. Gérard Guegan, qui contribua en France à sa découverte, s’est chargé d’en assurer une nouvelle traduction et d’en donner la version intégrale.
De quoi s’agit-il ? Du bloc-notes que tint, dès 1967 dans un magazine underground, un esprit libre, sceptique, mais furieux. Jusqu’alors poète confiné dans des tirages confidentiels, Charles Bukowski, l’écorché vif, mit à profit cette audience soudaine et régla ses comptes avec l’univers tout entier. Avec son père, sa mère, ses copains d’école, comme avec les puissants, qu’ils siègent à la Maison Blanche ou à Wall Street. Avec les paris truqués comme avec les truqueurs de la révolution. Sans oublier ces arbitres du bon goût littéraire qui l’avaient si souvent méprisé.
Ainsi, au rebours des habituels cireurs de pompes, Bukowski n’hésite pas à faire les poches à Henry Miller, même s’il en camoufle, par un reste de sympathie, l’identité. En revanche, quand il s’en prend à Genet, Ginsberg, Burroughs, alors porte-drapeaux du mouvement étudiant, il frappe fort et sans pitié. Un seul trouve grâce à ses yeux : Neal Cassady, l’ami et le modèle de Kerouac. Sans doute parce que Neal était un prolétaire et un déchireur de fausses certitudes. Tout comme lui, qui interpelle l’éternité avec les mots de tous les jours.
Vincenzo Consolo
Le sourire du marin inconnu
Ecrivain italien né en Sicile en 1933, Vincenzo Consolo a vécu une grande partie de sa vie à Milan, avant de retourner enseigner en Sicile, où il fréquente Lucio Piccolo et Leonardo Sciascia, mais son écriture n’en est pas moins restée marquée par ses racines. Lauréat du Prix de l'Union Latine des Littératures Romanes pour l’ensemble de son œuvre, il en préside le jury depuis 1995. Ami du poète palestinien Mahmoud Darwish, membre fondateur du Parlement international des écrivains, il manifeste dans Ramallah assiégée et devient membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.
En 1860, un aristocrate sicilien assiste de très près au sanglant soulèvement des paysans d’Alcara. Cette sauvage révolte, brutalement étouffée par la répression et grâce à la trahison des garibaldiens « libérateurs », fera définitivement chavirer l’univers dans lequel le baron Mandralisca avait jusqu’alors vécu. Il se retrouvera du côté des paysans qui ont massacré des barons comme lui.
Le sourire du marin inconnu n'est ni un roman ni un récit historique, mais occupe l'espace infranchissable censé séparer les deux genres. À la différence de di Lampedusa dans Le guépard, autre grand roman sicilien ayant pour toile de fond les affrontements qui, au XIX° siècle, mirent fin à la domination des Bourbons en Sicile, Consolo, même s’il met au premier plan un membre de la noblesse sicilienne, ne tente pas de brosser un ample tableau historique et social, mais, en se concentrant sur les jacqueries paysannes de 1860 dans la région de Cefalú, rend la parole aux protagonistes silencieux, artisans et paysans incultes et illettrés.
Knut Hamsun
Au pays des contes
Le Norvégien Knut Hamsun (1859-1952) exerça plusieurs métiers avant de s’embarquer pour l’Amérique où il resta deux ans. Son premier roman, La Faim (1890) lui vaut la gloire. Suivront Mystères, Pan, Victoria, La Dernière joie, Les fruits de la terre. En 1920, il reçoit le Nobel de littérature.
Au Pays des contes (1903) aurait pu s’intituler « Les Tribulations d’un Nordique en Russie ». De Moscou à Bakou, c’est un périple fantaisiste, en chemin de fer et à cheval, dans le Caucase d’il y a un siècle. Rien n’échappe au narrateur, ni les troupeaux, ni les grands espaces, ni l’accoutrement des femmes Tatars... La moindre anecdote (une montre obscène, des petits vendeurs de cristaux) lui saute aux yeux - des yeux malicieux car le voyageur ne se départit jamais d’une joyeuse ironie. Il joue avec les décors et le lecteur, bascule au détour d’une page, à la faveur d’une fièvre, dans des tableaux oniriques à la limité du délire, respectant le cahier des charges du sous-titre : Choses rêvées et choses vécues en Caucasie. Ce récit mouvant part donc dans tous les sens, bifurquant même vers un petit essai critique sur les mérites de Tourgueniev, Dostoïevski et Tolstoï. En fait Hamsun exploite les qualités qu’il prête au peuple russe : « spontanéité », « faculté de déraillement », « aptitude à l’absurde »...
C’est drôle, alerte, vif, écrit au présent. Ce livre déroutant fait miroiter tous les talents, toute la verve d’un grand écrivain.
Grasset - Jeunesse
Mai
Chiara Lossani
Illustré par Octavia Monaco
Van Gogh et les couleurs du vent
Collection Lecteurs en herbe
Chiara Lossani vit dans la province de Milan. Diplômée en Langues et en Littérature moderne, elle est depuis plusieurs années traductrice de théâtre espagnol. Aujourd’hui à la tête d’une bibliothèque communale, elle organise de nombreuses initiatives en faveur de la littérature pour enfants et adultes, et ses ouvrages pour la jeunesse ont déjà été primés en Italie.
Née en France à Thionville en 1963, Octavia Monaco vit aujourd’hui en Italie, à Bologne, où elle a obtenu un diplôme d'orfèvrerie avant de s'inscrire à l'Académie des Beaux-Arts. Depuis une dizaine d'années, elle illustre des livres jeunesse, publiés en plusieurs langues. Elle est aussi animatrice d'ateliers pour enfants et organise des cours pour adultes. Reconnu tant en Italie qu’en France, son talent charme les petits comme les plus grands : l’univers poétique créé par ses illustrations tout en matière et en expressivité invite à explorer, avec originalité et sensibilité, les thèmes qui lui sont chers : l’art (Le Chat de Gustav Klimt, Gauguin et les couleurs des tropiques), la mythologie (La Naissance des Saisons, Ulysse le héros lointain) et le Moyen Age (La Légende du roi Arthur, Guenièvre et Lancelot). Elle a reçu en 2005 le Prix Andersen (meilleure illustratrice) pour l’Italie.
De la Hollande aux paysages du Sud en passant par Paris, Vincent Van Gogh n’eut de cesse de chercher à réaliser ses rêves. Sa correspondance avec son frère Théo, qui, dès l’enfance, joue le rôle de confident, en est un témoignage extraordinaire ; on y découvre et suit les questionnements, les doutes et les espoirs d’un jeune homme solitaire, devenu un très grand artiste. À côté de la voix du frère, celle du vent est ici l’élément conducteur de la narration, symbole de ses passions, de sa persévérance, et aussi de ses tourments.
Après le succès des deux précédents titres d’Octavia Monaco consacrés aux peintres Klimt et Gauguin, ce bel album d’initiation à l’art retrace, à travers une explosion de couleurs, le parcours d’un autre artiste reconnu aujourd’hui comme l’un des plus grands peintres au monde.
De nombreuses reproductions d’œuvres de Van Gogh (qui, de son vivant, ne vendit qu’une seule toile) parsèment les pages, et l’ensemble donne à voir une passionnante histoire d’art et de vie ; pour tous.
Dominique Sampiero
Illustré par Zaü
Le jeu des sept cailloux
Collection Lampe de poche 9 ans et +
Dominique Sampiero est instituteur et directeur d’école maternelle, mais également poète, romancier et scénariste. Il a déjà écrit deux livres destinés à un lectorat jeunesse, dont P’tite mère, aux Éditions Rue du Monde, récompensé par le prix Marguerite Audoux des collèges en 2007.
Zaü publie principalement chez Rue du Monde, Rageot, Nathan ou Hachette. Très attentif à la différence et au respect de l’autre, il puise son inspiration dans ses nombreux voyages.
Dans la rue, Larissa parle toute seule. Toute seule ? Non. Elle parle à son ventre à peine plus gros qu’un melon. Avec tendresse, elle raconte son pays, la Tchétchénie, à la petite étoile qui naîtra bientôt.
« Là-bas, on lavait le linge à la rivière en éclaboussant les grenouilles. Le dimanche, on mangeait du tchépalgash, une grosse boule de farine qu’on aplatit dans une tourtière avec du fromage de vache dedans. »
Mais là-bas aussi, on brûle les maisons, il y a des tireurs dans les arbres... Alors, « Ici », Larissa cherche un toit où dormir, de quoi manger… des papiers qui diront « oui, tu peux rester en attendant ».
C’est comme au jeu des sept cailloux : il faut préserver sa pile, parce que si elle est détruite et qu’elle n’est pas reconstruite avant que l’ennemi arrive, « tu es pris ». Pour ses sept cailloux – ses trois enfants, sa mère restée au pays, son mari, Cédra la petite étoile, et elle-même – Larissa chuchote des histoires à son ventre et espère un nouveau ciel, car « penser à Là-bas, c’est tenir Là-bas dans son cœur pour qu’il ne tombe jamais. »
Si ce livre est le prolongement d’un reportage réalisé autour de Larissa, mère de famille tchétchène en attente de papiers dans la région de Rouen, cette histoire est avant tout adaptable à toutes les guerres et à tous les réfugiés que celles-ci provoquent ; ce conte moderne où se répondent le texte de Dominique Sampiero et les illustrations de Zaü, entre témoignage, récit et carnet de voyage, forme, avec poésie et sensibilité, un hymne aux exilés qui, partagés entre deux cultures, doivent (ré) concilier passé, présent et futur.
|