Nouveautés Grasset

Novembre
2008

Littérature française | Littérature étrangère
Essais, documents, biographies | Petite collection blanche
Les Cahiers Rouges

 

Littérature Française





Olivier BARROT
L'ami posthume
Gérard Philipe, 1922-1959

récit
Lire le premier chapitre
Journaliste, écrivain, animateur sur France 3 de l'émission Un livre, un jour, responsable du Magazine Senso, Olivier Barrot est avant tout un passionné de théâtre et de cinéma - comme en témoigne son récent ouvrage sur Sacha Guitry (Gallimard). Mais sa rencontre avec Gérard Philipe relève d'un registre plus personnel, plus intime.

Cet essai biographique est né le jour où Olivier Barrot a découvert une photographie sur laquelle on voyait son propre père, un technicien de cinéma, sur un tournage aux côtés de Gérard Philipe, alors au sommet de sa gloire… Ce visage, à côté de celui de son père, lui a inspiré aussitôt une sorte de " fraternité " insaisissable - qui est devenue le fil conducteur de ce livre…
C'est à un véritable " exercice d'admiration " que se livre l'auteur. Et à une enquête sur l'époque, ainsi que sur les milieux du théâtre et du cinéma… Car Gérard Philipe n'était pas seulement un comédien, mais aussi, dans une France meurtrie par la guerre, le symbole d'une renaissance juvénile et humaine. Olivier Barrot entreprend de suivre son ami posthume, de film en film, du Festival d'Avignon au théâtre de Chaillot, du " Cid " au " Prince de Hambourg ". Au passage, il se glisse dans toutes les coulisses, y compris celles de la politique et de l'Histoire (puisque Gérard Philipe était également le porte-drapeau d'un certain communisme porteur d'avenir radieux). Les années 1950-60 sont ainsi ressuscitées avec tendresse et lucidité. On s'y plonge comme dans un monde d'autrefois, rempli d'espérances et d'illusions.

René de Obaldia
De l'Académie française
Du vent dans les branches de Sassafras

Lire le premier chapitre
René de Obaldia, poète, romancier, dramaturge, citoyen d'honneur de Waterloo, a été reçu à l'Académie française en 2000. Son oeuvre est jouée dans le monde entier. Son Théâtre intégral a paru chez Grasset en octobre 2001, suivi de Fantasmes de demoiselles en 2006.

Hirsute, la voix cassée, il est un vieux dur à cuire, cow-boy sans peur et sans reproche, patriarche au sang chaud et aux propos musclés. C'est Rockfeller, personnage haut en couleur de cette parodie de western, mijotée avec humour et relevée d'une pointe de poésie par René de Obaldia…
Il y a là le médecin ivrogne, la mère au solide bon sens, la fille de joie au grand cœur, le shérif justicier… Le texte est drôle, inventif, blagueur. Un western légendaire, mais aussi une parodie du western, avec ses splendeurs et ses misères…


René de Obaldia
De l'Académie française
Comédies en un acte

Lire le premier chapitre
Ce volume rassemble quatre impromptus légendaires de René de Obaldia : Le défunt, Le grand vizir, La baby-sitter et Pous ses beaux yeux.
Voici ce qu'écrivait Pierre Lepape à leur sujet : " Obaldia n'a pas eu besoin de comprendre que pour l'essentiel, le théâtre est un jeu. C'est sa manière de penser, de rêver et d'écrire… On commence doucement à se raconter une histoire, par exemple celle de deux femmes qui aiment un même homme et qui essaient verbalement de se l'arracher… Alors que celui-ci vient de mourir dans un accident de voiture…
Ces pièces de théâtre gourmand se lisent avec autant de délectation qu'elles se voient, fabriquent et diffusent une manière de morale en creux faite de lucidité, de générosité attentive, d'intelligence sans calcul. Affonter l'angoisse contemporaine, refléter les peurs les plus profondes n'oblige pas à se morfondre ! "

Haut de page


Littérature étrangère

Edwidge Danticat
Adieu mon frère

Récit
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jacques Chabert
Lire le premier chapitre
Née en Haïti en 1969 et installée aux Etats-Unis depuis près de trente ans, Edwidge Danticat est l'auteur, chez Grasset, de La Récolte douce des larmes (1999), Après la danse (2004) et Le Briseur de rosée (2005). En 2007, Adieu mon frère a été salué unanimement par la critique américaine et a reçu le National Book Critics Circle Award de l'autobiographie.

Edwidge Danticat n'a que quatre ans, en 1973, quand ses parents quittent Haïti pour des jours meilleurs en Amérique. Elle est alors élevée par son oncle Joseph, ancien pasteur que la maladie a rendu muet mais qui n'a rien perdu de son extraordinaire charisme. La vie en Haïti, pour Edwidge et ses nombreux frères, sœurs et cousins, est un mélange ambigu de bonheurs simples et de douleurs parfois difficiles à comprendre pour des enfants.
Lorsque Edwidge retrouve enfin ses parents à New York, ceux-ci lui paraissent étrangers, et elle doit réapprendre à les connaître, tandis que de là-bas, en Haïti, leur parviennent les échos d'une situation politique de plus en plus inquiétante à mesure que le pays sombre aux mains des " tontons macoutes ". Faire venir à son tour l'oncle Joseph aux Etats-Unis devient bientôt l'une des préoccupations majeures de la famille. Il n'arrivera à Miami qu'en 2004, à l'âge de 81 ans - mais son salut sera de courte durée. Confronté à la folie des service de l'immigration américaine, dans l'après 11-Septembre, il mourra de mauvais traitements, privé de tout médicament.
Sous la plume d'Edwidge Danticat, la petite et la grande histoire se rejoignent, les larmes et les joies se mêlent, les morts renaissent dans le souvenir des vivants. Mémoire autobiographique, ce livre poignant est aussi une réflexion sur les liens du sang et la violence avec laquelle l'histoire peut parfois les défaire ; c'est le portrait de quelques hommes et femmes qui s'acharnèrent à offrir aux leurs un avenir meilleur, et d'une tribu d'enfants ballottés entre un père et un oncle, de continent en continent, d'une vie à l'autre. C'est enfin, par la grâce d'une prose précise et pudique, la preuve qu'il n'est de vraie patrie, pour l'écrivain, que la littérature.


Stefan Zweig
Le voyage dans le passé

Inédit
Traduit de l'allemand par Baptiste Touverey
Lire le premier chapitre
Né à Vienne en 1881, fils d'un riche industriel, Stefan Zweig a pu étudier en toute liberté l'histoire, les belles lettres et la philosophie. Poète, dramaturge, romancier, il est l'auteur d'essais sur Stendhal, Hölderlin, Dostoïevski, Nietzsche. Biographe de Marie-Antoinette, Magellan, Fouché, ce grand humaniste a aussi laissé d'admirables nouvelles : Amok, La Confusion des sentiments... Il s'exila d'Autriche en 1934, se réfugia en Angleterre, puis aux Etats-Unis. C'est au Brésil, en 1942, qu'il se suicida avec sa femme.

C'est l'histoire d'un amour contrarié par les circonstances de la vie : un jeune homme pauvre tombe amoureux de la femme de son riche employeur, qui est également son bienfaiteur. Elle l'aime aussi. Il est envoyé pour plusieurs années en Amérique Latine pour une mission de confiance ; elle lui promet de se donner à lui quand il reviendra. Mais ce retour ne cessera d'être différé : la guerre de 1914-18 éclate, empêchant toute traversée de l'Atlantique pour les ressortissants des pays ennemis de l'Angleterre ; le jeune homme finit par se marier et fonder une famille. Les retrouvailles n'ont finalement lieu que neuf ans plus tard et elles ont un goût amer. Le lecteur est pris par cette histoire d'amour impossible, émouvante, qui rappelle par bien des aspects la fin de L'Education sentimentale. C'est une belle réflexion sur l'usure des sentiments et l'impossibilité de faire revivre le passé.

Haut de page


Essais, documents

Blandine Kriegel
Querelles françaises

Entretiens avec Alexis Lacroix
Préface d'Alexandre Adler
Lire le premier chapitre
Blandine Kriegel, 64 ans, philosophe, professeur émérite des universités, a joué un rôle pionnier dans la redécouverte de l'Etat de droit et la philosophie politique française. Elle a été présidente du Haut Conseil de l'intégration et conseillère du Président de la République de 2002 à 2005. Elle est l'auteur de livres importants, parmi lesquels : L'Etat et les esclaves, réflexion pour l'histoire des Etats (Calmann-Lévy, puis Payot).
Alexis Lacroix, 35 ans, journaliste, philosophe et germaniste de formation, est actuellement rédacteur en chef-adjoint à Marianne et au Magazine Littéraire.

Etat ou société civile ? République ou Empire ? Le progrès par le social ou par le droit ? Les droits de l'Homme ou la loi des Etats ? " Nature est un doux guide " ou " Devenir maître et possesseur de la nature " ?
Les querelles françaises les plus actuelles sont aussi les plus anciennes, et elles n'ont pas fini d'animer notre opinion publique.
En répondant aux interrogations sans concession du journaliste Alexis Lacroix, la philosophe Blandine Kriegel, faisant retour sur son propre parcours, tâche d'éclairer la généalogie de ces querelles et de clarifier ses principales réponses. Au début des temps modernes, émerge dans la construction de l'Etat souverain, l'idée de République. Pourtant, malgré ses triomphes déjà anciens, la République connaît plusieurs dérives impériales et semble incertaine de sa durée et de ses concepts. N'existe-t-il pas " un reste impérial " au cœur de la souveraineté ? Comment interpréter les conflits de l'histoire du droit qui rapprochent ou écartent la République moderne du droit ancien ? Comment expliquer que le droit soit devenu le parent pauvre du social, alors que la recherche de la justice est une grande cause nationale, sinon par un approfondissement des conflits philosophiques qui séparent les deux grandes voies de la modernité dans leur rapport à la Révolution ?
Les idées peuvent avoir un droit de suite en politique. Blandine Kriegel les associe librement à l'histoire récente, en montrant comment sa génération s'est efforcée, dans l'immédiate après-guerre, jusqu'en 1968, de procéder à ses risques et périls, à une nouvelle invention de la liberté.

Laure Mandeville
La reconquête russe

Document
Collection dirigée par Perrine Simon-Nahum
Lire le premier chapitre
Laure Mandeville est grand reporter au Figaro. Elle a vécu en Russie et couvert les différents crises de l'après-communisme depuis 1989, de la Tchétchénie jusqu'aux derniers événements de Géorgie, où elle vient de passer quinze jours.

Le 8 août 2008, Poutine lançait ses chars contre la Géorgie sous les yeux de l'Occident stupéfait. Ce n'est ni un accident, ni un hasard de l'histoire mais l'aboutissement d'un processus qui débute au milieu des années 1990 alors que se noue, sans qu'on n'en ait encore conscience, le tragique échec de la démocratie en Russie. Ce livre raconte la renaissance d'un " système " qu'on croyait défunt et comment, depuis le Kremlin, Poutine et ses hommes ont engagé la reconquête idéologique, politique et économique de la population et du territoire russes. Il explique les raisons qui conduisent aujourd'hui à la contre-attaque de l'Empire.
Parce que Laure Mandeville a été au cœur du volcan russe depuis 1989, parce qu'elle a été le témoin privilégié des arcanes du pouvoir, son histoire de la Russie post-communiste se lit comme un véritable roman avec ses héros, ses mauvais génies, ses drames, son peuple ballotté et sa quête d'une démocratie introuvable. De l'échec de l'ère elstinienne qui a tourné au pillage à l'invasion de la Georgie, de la montée de Poutine au pouvoir à la chute du nouveau Prince du capitalisme russe, Mikhaïl Khodorkovski, c'est la même logique d'un pouvoir prédateur qui s'impose, détruisant systématiquement toute possibilité d'opposition. Aujourd'hui cette dérive nationaliste russe sonne comme un défi majeur pour l'Occident. Saura-t-il arrêter les apprentis sorciers qui, au Kremlin, ont agi jusqu'ici en toute impunité ? Si tel n'était pas le cas, la reconquête russe ne serait pas seulement synonyme d'une nouvelle tragédie pour la nation russe mais sonnerait le glas de la sécurité de nos démocraties.

 

Miss.Tic
Je prête à rire mais je donne à penser


Artiste connue et reconnue, icône de l'art urbain, Miss.Tic expose ses œuvres dans l'espace public, dans les galeries et dans les foires internationales d'art contemporain. Certaines de ses œuvres ont été acquises par le Fond d'art contemporain de la ville de Paris et le Victoria and Albert Museum, à Londres.
Elle a travaillé, entre autres, pour Kenzo, Comme des garçons, UCAR, Louis Vuitton, la Ville d'Orly pour la création d'une fresque murale et pour le ministère du Logement et de la Ville. Elle a réalisé l'affiche du dernier film de Claude Chabrol, La fille coupée en deux, et vient de collaborer à la création d'une nouvelle collection pour le maroquinier Lamarthe.

Grande figure du Street Art, Miss.Tic a fait des rues de la capitale sa plus belle galerie. Depuis 1985, elle bombe au pochoir, sur les murs, des billets d'humeur illustrés de portraits de femmes, légendés de phrases pertinentes et impertinentes.
Voici enfin réunies, dans un ouvrage, ces phrases à l'humour subtil et corrosif. Aphorismes, sentences, épigrammes, formules, épitaphes, jeux de mots, messages qui nous parlent de notre époque, de l'amour, du temps qui passe. Entre calembours et traits d'esprit, son écriture est jubilatoire, ses figures de mots transgressent les régles élémentaires de notre langage et de nos lieux communs. Ces textes révèlent une expérience artistique libre, singulière et provocante.

Airy Routier
Le Phénix
Le retour de Bernard Tapie

Document
Lire le premier chapitre

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politique de Paris et docteur en histoire de l'Université de Cambridge, David Todd est research fellow de la Fondation Andrew Mellon au Centre for History and Economics et au collège de Trinity Hall à Cambridge.

Alors que Bernard Tapie était en prison, pour avoir truqué un match de l'Olympique de Marseille et surtout pour s'être moqué pendant des années des lois et des magistrats, son fils Laurent, réunissant quelques journalistes, leur avait raconté une histoire à dormir debout : ce n'est pas Tapie qui avait escroqué le Crédit Lyonnais, au début des années 1990, comme tout le monde le disait alors, mais le contraire. Encore une entourloupe de l'homme d'affaires déchu ? Et pourtant, Laurent Tapie avait raison. Le 7 juillet 2008, au terme d'un véritable Everest judiciaire, un tribunal arbitral a condamné sans appel le CDR à verser 285 millions d'euros - auxquels s'ajouteront les intérêts - aux liquidateurs des sociétés de Bernard Tapie, au titre du manque à gagner et du préjudice moral. Non seulement la banque, alors publique, a capté une plus value de près de 2 milliards de francs sur la vente d'Adidas qui aurait dû revenir à celui qui était alors ministre de Pierre Bérégovoy, mais elle l'a en outre mis délibérément en situation de banqueroute, l'empêchant de briguer la mairie de Marseille.
Confirmant plusieurs jugements antérieurs, cette sentence a fait scandale tant aux yeux du grand public, choqué par le montant des sommes, qu'à ceux d'un certain establishment, hostile à tout ce que représente Tapie. Certains ont dénoncé le rôle supposé de Nicolas Sarkozy. Ces nouveaux événements obligent à revisiter entièrement la carrière du Flambeur - titre de notre livre paru en octobre 1994 et vendu à plus de 100.000 exemplaires. A 65 ans, celui-ci va renaître de ses cendres, tel un Phénix. Porté au nues avant d'être jeté aux chiens, Tapie s'identifie volontiers au comte de Monte-Cristo. Redevenu riche et puissant, va-t-il se venger, comme Edmond Dantès, de tous ceux qui l'ont fait tomber ? Reviendra-t-il en politique ?

François Simon
Pique-assiette
La fin d'une gastronomie française

Document
Lire le premier chapitre

Grand reporter au Figaro et au Figaro Magazine, François Simon est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages chez différents éditeurs. Il réalise également pour Paris Première des chroniques filmées. Il vit à Paris mais se déplace beaucoup en province et dans le monde.

Tous les lecteurs du Figaro, mais aussi les autres, ceux qui l'écoutèrent sur France Inter ou le regardent sur Paris Première, connaissent François Simon, ou du moins sa manière : son intransigeance, son humour à froid, son allant stylistique, le tout consacré à cette matière qui passionne inlassablement les français, la gastronomie !
Comme la mode haute couture ou le cinéma d'auteur, on pourrait penser que la gastronomie prend sa place à part dans le panthéon de nos valeurs nationales. A lire François Simon, on comprend qu'il n'en est rien. Où sont passés nos grands chefs ? Sur quelle planète d'un exil doré, de Tokyo à Londres, sont-ils allés investir leur talent ? Faut-il gérer un restaurant comme une multinationale ? Que pensent vraiment messieurs Ducasse ou Bocuse ? Devons-nous céder à la tyrannie de l'émulsion chimique ? Sommes-nous voués encore longtemps à la mode de la miniature dans l'assiette ? N'est-il pas indécent de payer plusieurs centaines d'euros pour un plat cuisiné ? Faut-il supprimer le guide Michelin ?
Et quand il en a assez des intimidations du pouvoir culinaire et des pressions musclées, le voici sur les routes de la France éternelle, entre terrine et surprises au bout du chemin. Là, parfois, c'est comme un bonheur qui vous prend.

Anne Simonin
Le déshonneur dans la République
Une histoire de l'indignité (1791-1958)

Essai
Collection dirigée par Patrick Weil
Lire le premier chapitre

Anne Simonin, diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, docteur habilitée en histoire, est chargée de recherche au CNRS (IRICE, Université de Paris 1). Elle travaille, dans une perspective historique, sur les liens existant entre le droit et la littérature. Elle est notamment l'auteur de Les Éditions de Minuit, 1942-1955 : le devoir d'insoumission (IMEC, coll. " L'édition contemporaine ", édition augmentée, 2008).

La répression des faits de collaboration, plus connue sous le nom d'épuration, est demeurée célèbre pour l'inégalité et la dureté de ses verdicts, en particulier ceux envers les écrivains, tel le journaliste antisémite Robert Brasillach, condamné à mort et exécuté en 1945. Or, la mort la plus appliquée à la Libération ne fut pas la guillotine, mais une mort symbolique, celle emportée par la privation des droits de citoyen et les interdictions professionnelles sanctionnant le nouveau crime d'" indignité nationale ".
Le droit pénal en vigueur en 1939 ne permettant pas de réprimer le crime commis, entre 1940 et 1944, par les citoyens français ayant accepté de servir un gouvernement aux ordres de l'ennemi, les juristes de la Résistance eurent dans la clandestinité l'idée de l'indignité nationale ou crime de lèse-République.
L'indignité nationale ne privait les vichystes ni de leur vie, ni de leur liberté. Elle les transformait en citoyens de seconde classe, déshonorés. Près de 10 000 Françaises et Français se virent ainsi frappés de mort civique, quand 1500 d'entre eux furent exécutés entre 1944 et 1951.
D'où vient l'idée que, dans la République, le droit peut raisonnablement priver un citoyen ou une citoyenne de son honneur, et, en lui infligeant une honte publique, le transformer pour un temps en citoyen indigne ? Pourquoi les juristes révolutionnaires ont-ils éprouvé le besoin de conserver, dans le nouveau code pénal de 1791, les peines " simplement infamantes " en vigueur dans l'ancien droit ? Est-ce parce que l'honneur, loin d'être comme le pensait Montesquieu, le principe du seul gouvernement monarchique, est, associé à la vertu et au respect de l'intérêt général, le principal fondement du gouvernement républicain ? L'indignité, la privation infamante des droits de citoyen, est le moyen imaginé par le droit pour faire triompher ce principe mixte de l'ordre public républicain : l'honneur-vertu. Grâce à l'indignité, seuls les citoyens dignes participent à la vie de la communauté, les citoyens indignes, enfermés dans un " carcan d'infamie ", s'en trouvent exclus et interdits de nuire.
Incarnant par ses mésaventures singulières, les tribulations d'un indigne ; formulant la plus radicale critique de l'application de l'indignité, sous la Terreur comme lors de la Libération, la vie, les écrits, les censures politiques du marquis de Sade sont le fil rouge d'une histoire de l'indignité qui de Robespierre au général de Gaulle a espéré fonder ou rétablir la République sur la devise : Liberté, Égalité, Fraternité… ou Indignité.



Haut de page

Petite collection blanche

Eric Besson
La République numérique
Essai
Lire le premier chapitre

Eric Besson - dont le Qui connaît Madame Royal ? fut un best-seller - est désormais ministre dans le gouvernement de François Fillon. A ce titre, il a été amené à suivre le dossier d'Internet et de ses implications sociales, économiques, politiques. Passionné par son sujet, il se fait aujourd'hui l'analyste et le défenseur de la nouvelle " République numérique ".

Ce livre se propose d'analyser comment le numérique est devenu un levier de progrès - à la fois culturel, économique et politique -, qui en fait l'incontournable outil d'une émancipation individuelle et collective. A l'heure où certains dénoncent une nouvelle barbarie, Eric Besson estime que la révolution numérique signifie d'abord un accès inédit à la connaissance et à l'information pour tous. Cette révolution, aussi décisive que celle de Gutenberg, s'annonce comme le révélateur photosensible de ce que nous sommes, en une nouvelle incarnation du " connais-toi toi même " socratique.
Internet devient un nouveau dispositif économique capable d'améliorer profondément la qualité de vie du citoyen et la valeur intrinsèque du régime démocratique, de permettre de nouvelles formes d'engagement et de participation civiques, de décupler les potentialités de la recherche scientifique et technique. Enfin, tel l'organisme fabriquant lui-même ses propres antiviraux, l'Internet se montre capable de s'autoréguler.
Le numérique nous conduit ainsi vers une refonte de la citoyenneté, une refondation de la démocratie, créant au passage la plus gigantesque interface de solidarité planétaire de ce XXI° siècle. Faisons ensemble ce pari, nous dit l'auteur : la République numérique sera sociale et solidaire - ou elle ne sera pas.

Nicolas Tenzer
Quand la France disparaît du monde
Essai

Nicolas Tenzer, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm et de l'ENA, est président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique (CERAP) et directeur de la revue Le Banquet. A la fois intellectuel et haut fonctionnaire, ancien chef de service au Commissariat général du Plan, on lui doit des ouvrages salués par la critique et le public (notamment Le tombeau de Machiavel, Flammarion, 1997, La face cachée du gaullisme, Hachette Littératures, 1998, Les valeurs des Modernes, Flammarion, 2003 et France : la réforme impossible ?, Flammarion, 2004) et des centaines d'articles scientifiques et destinés au grand public. Auteur de rapports officiels qui ont inspiré la réforme de l'Etat en France et à l'étranger, il a à deux reprises audité notre politique internationale. Il vient de passer un an et demi à parcourir le monde dans le cadre d'une mission interministérielle dont est issu le présent ouvrage.

De de Gaulle à Sarkozy, les dirigeants français ont toujours rêvé d'une grande politique étrangère. Mais avons-nous les moyens de notre puissance et de notre influence ? Venant de parcourir plus d'une vingtaine de pays et ayant rencontré 1300 personnes dans le cadre d'une mission officielle, Nicolas Tenzer lance un cri d'alarme. Au-delà des gesticulations et des postures, la France s'efface du monde. Incapable de structurer durablement des relations intellectuelles en profondeur avec les principaux lieux de pensée mondiaux, elle se marginalise sur la scène internationale des idées. Ne se donnant pas les moyens de conquérir des marchés d'expertise de centaines de milliards d'euros, elle voit son poids économique et son influence, notamment en matière de normes techniques et juridiques, se réduire. Prompte à tenir de beaux discours dans les enceintes internationales, elle ne parvient pas à nouer des relations de travail avec les organisations internationales au-delà du verbe. Chantant les louanges de la francophonie et de l'exception culturelle, elle n'a pas les moyens de sa politique. Intendance déficiente, querelles administratives subalternes, repliement sur soi, manque de leadership, il faut regarder la réalité en face : la France n'a pas de stratégie internationale digne de ce nom et, quand elle prétend en dessiner une, elle ne la traduit pas en actes. Pendant ce temps, Britanniques, Allemands, Canadiens, Nordiques, Espagnols et bien sûr Américains, de manière moins clinquante et plus pragmatique, marquent des points.
Cette sortie du jeu international est-elle inéluctable ? Non, mais la fenêtre de tir est courte. Nous avons tout au plus deux ou trois ans pour agir. Alors que nous avons des moyens humains de qualité et des capacités intellectuelles reconnues, les élites politiques et administratives seraient responsables devant l'histoire si elles préféraient les apparences de la " grandeur " à la décision. Après avoir lu ce livre, personne ne pourra plus dire : " Nous ne savions pas ".

 

Remise en vente

Joachim Fest
Les maîtres du III° Reich

essai
Lire le premier chapitre

Joachim Fest (1926-2006) était un historien et journaliste allemand. Issu d'une famille bourgeoise ayant résisté aux nazis, à laquelle il rend hommage dans son autobiographie Ich nicht (" Pas moi "), Joachim Fest a toujours fait preuve d'honnêteté et d'intransigeance vis-à-vis de l'histoire de l'Allemagne.
Son maître-ouvrage sur les protagonistes du régime nazi, Les maîtres du III° Reich, paraît chez Grasset en 1965. Il est l'auteur des Derniers jours de Hitler (Perrin, 2005), qui a inspiré le film La chute.

" Dès le commencement de ce travail, il nous parut impossible de nous contenter de tracer le portrait des dirigeants du Troisième Reich, d'évoquer les seuls éléments passionnels qui ont conditionné leur carrière politique, les motifs de leur comportement : c'eût été imposer de vaines et même inadmissibles limites à notre propos. Aussi avons-nous tenté d'insérer chaque portrait dans le contexte qui lui est propre.
Ainsi celui de Ribbentrop est-il accompagné d'une analyse de quelques unes des grandes caractéristiques de la politique étrangère nationale-socialiste ; le personnage de Bormann suscite des réflexions sur les structures de l'état-major du Reich hitlérien ; Himmler nous donne l'occasion de faire diverses remarques sur la nature et les objectifs de l'Etat SS, tandis qu'on est amené, à propos de Goebbels, à projeter quelques lumières sur les maximes, les postulats et le style de la propagande nationale-socialiste. Au-delà des traits caractéristiques des individus, chaque portrait a toujours pour objectif de situer le personnage évoqué dans un tableau d'ensemble du Troisième Reich. Quant à l'étude sur Hitler, elle tente d'éclairer l'ensemble des événements de ces vingt-cinq années qui constituent l'arrière-plan historique commun à tous les acteurs dont on a raconté l'ascension et le rôle, sans pour autant négliger les éléments purement biographiques.
Notre propos est de présenter, dans la mesure du possible, les traits essentiels de ce régime, afin que le lecteur en appréhende une image qui dépasse le cadre des protagonistes. "

Joachim Fest


Haut de page

Les Cahiers Rouges

Joseph Delteil
Les poilus

Lire le premier chapitre

Joseph Delteil (1894-1978) est un des grands écrivains lyriques du XIXe siècle. Fils d'un bûcheron et d'une mère illettrée, il est devenu l'auteur de livres aussi célèbres que Sur le fleuve amour (1922), salué par les surréalistes, ou de Jeanne d'Arc (prix Femina 1925). Son influence s'est étendue jusqu'aux Etats-Unis, où il a été un des modèles d'Henry Miller.

" J'ai la tête épique. " Ces premiers mots des Poilus, Delteil les illustre de façon magistrale. A la geste des soldats de la Grande Guerre, ces héros anonymes de la Marne, des tranchées et de Verdun répond celle de leurs chefs immortels, Gallieni, Clemenceau, Foch, dont Delteil nous laisse des portraits inoubliables. Incarnation de la France terrienne et paysanne, le poilu l'emporte, car " la victoire, la défaite : il s'en fiche. L'essentiel, c'est l'honneur ".

Ernst Glaeser
Le dernier civil

Lire le premier chapitre

Ernst Glaeser (1902-1963) a grandi dans la vallée du Rhin, paysage qui a servi de modèle à la ville de Siebenwasser du Dernier civil. Auteur d'un roman sur la grande guerre vue par des adolescents (Classe 22), il a également écrit La Paix sur la chute de la monarchie en Allemagne. Son chef-d'œuvre reste Le Dernier civil où, dès 1936, il évoque la menace que représente le régime nazi.

Après quarante-cinq années d'exil, Jean-Gaspard Bäuerle retrouve sa ville natale de Siebenwasser. Nous sommes en 1927 et la République de Weimar agonise doucement sous la poussée du nazisme qui, de la prostituée à la veuve de guerre, en passant par le pasteur et le potache fort en thème, gagne chaque jour de nouvelles recrues. Dans cette Allemagne ravagée par l'épidémie idéologique, Jean-Gaspard Bäuerle sera bientôt " le dernier civil "…
Le Dernier Civil, qui évoque à la fois les chroniques balzaciennes et les romans polyphoniques de Dos Passos, constitue un témoignage unique sur la montée du nazisme. La traduction du livre est due au grand poète Jean-Paul de Dadelsen.

Natalia Ginzburg
Les mots de la tribu

Lire le premier chapitre

Natalia Ginzburg (1916-1991) est née d'un père juif et d'une mère protestante. Un de ses frères a un temps vécu avec la fille de Modigliani, sa sœur s'est mariée à Adriano Olivetti, l'industriel des machines à écrire. Elle-même a épousé Leone Ginzburg, essayiste et critique. Arrêté par les Allemands, celui-ci meurt sous la torture en 1944. Quant à Natalia, elle est l'auteur d'une œuvre ironique, âpre et altière. Leur fils Carlo Ginzburg est devenu un historien de réputation internationale.

Natalia Ginzburg raconte son enfance et son adolescence : un père fantasque et une mère plaintive, des amis promis à la gloire ; Turin, l'antifascisme, les arrestations, la guerre, la déportation, l'assassinat d'un mari aimé. Tandis que les parents parlent et résument le monde en quelques jugements lapidaires, les enfants découvrent la résistance de la vie qui leur oppose les énigmes meurtrissantes de l'amour, de la guerre, de la mort.
Le comique des mots contraste avec le tragique des événements. On n'avait jamais raconté avec autant de finesse et de malice le malentendu qui sépare les générations. On n'avait jamais peint avec autant d'humour et de tendresse la difficulté des rapports humains.

Haut de page
Copyright © Éditions Grasset & Fasquelle
61, rue des Saints-Pères 75006 Paris
Tel: 01 44 39 22 00 - Fax: 01 42 22 64 18