|
Littérature française
|
Littérature étrangère
| Thrillers
Essais, documents, biographies | Petite
collection blanche
Mondes vécus | Revue |
Les Cahiers Rouges | Grasset-Jeunesse
Littérature Française
Janvier
Bayon
Mezzanine
roman
Bayon est journaliste à Libération depuis 1980.
Il a publié, entre autres, Les Animals (Grasset, prix
Interallié 1990), La route des gardes (Grasset, 1998),
Le Lycéen (Grasset, 2000), et Gainsbourg raconte
sa mort (Grasset, 2001). Son dernier roman, Les pays immobiles
(Grasset, 2005), a reçu un magnifique accueil critique.
Comme Les pays immobiles ou Haut fonctionnaire, Mezzanine
est le roman d'un homme secret, inclassable : " J'exposais
à ma femme d'amour M. que c'est pour protéger l'entourage
- la préserver elle par exemple, en même temps que
moi, et notre amour - que cette pratique sexuelle maniaque qu'est
l'écriture (littéraire), doit rester au secret, à
jamais obscure. "
Sur ce principe, Bayon raconte, révèle, enlace, cèle
et transcrit " le désir qui fascine et le plaisir qui
tue ". Il y a vingt-cinq ans, un homme qui pourrait être
Bayon louait dans le nord de Paris un appartement comme dominé
par une mezzanine. Dans cette cage sensuelle de draps, de ressorts
et de rêve, notre héros vivait sa vie. Tel Barbe-bleue
au programme clairement établi, presque puritain, de jeune
homme à femmes prises puis déprises, Bayon note ses
aventures. Il préserve le secret. Et il transcende l'humaine
pratique sexuelle par l'inhumaine pratique d'écriture. Chaque
femme s'invitant en sa mezzanine, déshabillée, aimée,
rêvée, finit couchée sur une page. C'est bien
le désir qui est au cur de cette vie, au cur
de cette époque, les années 1970-1980, qui se voulaient
libres, mais jamais libérées de la norme
.
Après des années, Bayon nous livre non pas des carnets,
mais un entrelacs énigmatique qui fait un roman extraordinaire
et provocant : portrait de femmes, autoportrait de l'artiste, traversée
d'une époque, désirs abolis, impuissance, effets d'annonce,
passions accessoires - dans cette mezzanine où passent les
années, tout se résout en livres.
Jacques Chessex
Un Juif pour l'exemple
Collection " Ceci n'est pas un fait divers "
Roman
Jacques Chessex est l'un de nos plus grands écrivains de
langue française. Prix Goncourt en 1973 pour L'Ogre, il est
l'auteur entre autres, de Monsieur (2001), L'Economie
du Ciel (2003), Le Vampire de Ropraz (2007) ou Pardon
mère et Revanche des purs (2008).
Né à Payerne, gros bourg vaudois, Jacques Chessex
avait huit ans quand les faits relatés dans ce livre ont
eu lieu. Les faits ? Nous sommes en 1942, l'Europe est à
feu et à sang, la Suisse quoique neutre et sanctuarisée,
est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale,
cossue, ville de charcutiers " confite dans la vanité
et le saindoux ", le chômage aiguise les rancurs
et la haine ancestrale du Juif. Autour d'un " gauleiter "
local, la garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane,
et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie
à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchards
au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique.
Ils veulent du sang, du sang juif de préférence, et
une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux,
homme pieux et père de famille, qui visite la foire au bétail
de Payerne le 16 avril 1942.
A deux pas de l'abbatiale, dans l'ombre odorante d'une étable,
Rue-à-Thomas, il tombe dans le piège. On l'assomme,
on l'achève et on le découpe en morceaux, dans une
scène d'anthologie décrite par Chessex. Bien sûr,
les coupables, dont un semi-débile apprenti-tueur, seront
vite retrouvés. Mais le crime, dans toute sa sombre gloire,
son dégoûtant théâtre, aura délivré
les uns et les autres, qui ne plaignent pas la mort du Juif pour
l'exemple.
A la suite du Vampire de Ropraz, c'est un autre chef-d'uvre,
le mot n'est pas trop fort, d'exactitude et de description, d'atmosphère
et de secret, que Jacques Chessex nous donne.
Charles Dantzig
Encyclopédie capricieuse du tout et du rien
Charles Dantzig est l'auteur de plusieurs romans, dont Nos Vies
hâtives (2001, Prix Jean Freustié, Prix Roger Nimier),
Un Film d'amour (2003) et Je m'appelle François(2007), d'une
uvre poétique recueillie dans En Souvenir des long-courriers
(2003), et d'essais comme le Dictionnaire égoïste de
la littérature française (2005, Prix Décembre,
Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, prix de l'Essai
de l'Académie française) et Remy de Gourmont, Cher
Vieux Daim ! (2008).
Avec le Dictionnaire égoïste de la littérature
française, dont on sait le succès en librairie,
Charles Dantzig parvenait à concilier l'érudition
et l'amusement, la distraction et l'enseignement. De ce gai savoir,
infiniment subjectif, parfaitement inattendu, L'Encyclopédie
est la continuation. Définir le projet ? C'est presque impossible.
Un coup d'il sur la table des matières, qui va de la
liste des lieux à la liste autobiographique par effleurements
d'écrivains, en passant par la liste de Venise ou la liste
du sexy, montre assez ce que ce livre a de fou : le monde du dehors
et le monde intérieur découpés, classés,
listés, selon un ordre qui n'obéit qu'au caprice de
Charles Dantzig ! On y apprend beaucoup, de New York comme on ne
l'avait jamais lu au salaire d'un professeur de poésie à
l'Université de Belfast. On rit presque en permanence. On
est caressé ou griffé, selon l'humeur ou la rubrique.
On y parle avec passion de littérature, d'art, de géographie,
de futilités, de mode, de cinéma, d'histoire grecque
ancienne. Dantzig, c'est l'anti-beaucoup de monde, dans ce livre
jubilatoire sans équivalent, et dont on n'a pas fini de parler.
Dominique Fernandez
de l'Académie française
Ramon
Roman
Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Ecole
Normale Supérieur, agrégation d'italien, doctorat
ès-lettres. Il écrit régulièrement pour
le Nouvel Observateur. Il a obtenu le prix Médicis en 1974
pour Porporino ou les mystères de Naples, et le Prix Goncourt
en 1982 pour Dans la main de l'ange. Il a publié L'Art de
raconter en 2007 et Place rouge en 2008.
Ce livre n'est ni à proprement parler une biographie de
Ràmon Fernandez, mon père (1894-1944), ni un essai
sur son uvre, mais une sorte d'enquête sur sa destinée,
qui reste en partie énigmatique. Je cherche à m'expliquer,
en me mettant moi-même en scène, comment cet homme,
un des plus brillants intellectuels de son temps, a pu être
socialiste à 31 ans (1925), critique littéraire d'un
journal de gauche à 38 ans (1932), communiste à 40
ans (1934), fasciste à 43 ans (1937), enfin collabo à
46 ans (1940).
Le livre a trois centres d'intérêt.
1 - Histoire littéraire de la France : Ràmon Fernandez
jeune a été ami intime de Proust et, à la fin
de sa vie, de Marguerite Duras. Il a croisé de près
tous les grands acteurs de la vie littéraire : Gide, Mauriac,
Paulhan, Céline, Bernanos, Saint-Exupéry, Malraux,
etc. Lui-même, membre du comité de lecture des éditions
Gallimard de 1925 à 1944, et critique attitré de La
Nouvelle Revue Française, a été au centre de
la vie intellectuelle française. Il est l'auteur d'études
devenues classiques (dont Messages, Molière, Proust
en Cahiers rouges) et de deux romans (prix Femina 1932).
2 - Histoire politique de la France et de l'Europe, avec les grands
événements auxquels Ràmon Fernandez a été
mêlé de près : 6 février 34, Front Populaire,
guerre d'Ethiopie, guerre d'Espagne, guerre de 40, Occupation.
3 - Histoire d'un couple. Ràmon Fernandez d'origine mexicaine,
play-boy, dépensier, coureur, amateur de tango et de Bugatti,
épouse en 1926 une brillante sévrienne, fille d'instituteurs
pauvres. Ils s'aiment, mais la mésentente culturelle entre
les époux fait très vite naufrager leur mariage. Les
carnets intimes de ma mère documentent pas à pas ce
parcours intime.C'est sans doute ce fiasco conjugal qui a poussé
Ràmon Fernandez vers " l'ordre " fasciste.
L'interaction du privé, du littéraire et du politique
donne au livre la dimension romanesque d'une grande fresque de la
France entre les deux guerres et sous l'Occupation. " D.F.
Philippe Jaenada
Plage de Manaccora, 16 h 30
Roman
Né le 25 mai 1964 à Saint-Germain en Laye. Après
avoir fait des petits boulots (de rédacteur de fausses lettres
" porno " à pigiste pour Voici), il devient écrivain.
Il est l'auteur, entre autres, de Le Chameau sauvage (Julliard,
2001) et chez Grasset, Le Cosmonaute (2002) et Vie et mort de la
jeune fille blonde (2004).
Tout avait si bien commencé : en vacances un 24 juillet,
au bord de l'Adriatique (à Peschici exactement), Voltaire
le père, quadragénaire glissant sur ses tongs ; Oum
sa femme, dont on sait depuis plusieurs livres la passion pour le
ménage et l'ordre : Géo, leur petit garçon.
Ils n'ont pas d'autre motif d'inquiétude que la perte de
leurs chaussures japonaises. Le soleil chauffe. Trop. Ça
grésille, les pommes de pins éclatent. Puis les flammes
apparaissent, les visages bronzés blanchissent d'effroi,
on commence à refluer depuis le camping voisin vers la plage,
au pas de course. C'est le feu. Il faut gagner la mer, se croire
sain et sauf, regarder derrière soi, laisser un chien au
regard aveugle, une aïeule en robe noire, le feu progresse
en un tumulte d'arbres arrachés, de rafales de vent, les
visages noircissent, et puis c'est la fin de l'errance, le bout
de la plage, la mort inéluctable. Les familles s'agenouillent
au pied d'une Vierge absurdement posée là. Un miracle
peut-il encore advenir ?
C'est ici Philippe Jaenada à son meilleur : l'unité
de temps et de lieu, la progression dramatique, les incises comiques
sur un célibataire d'autrefois en berne dans Paris, les portraits
d'humains pleutres ou bravaches. Tout ce théâtre est
un prétexte à digression sur la vanité de la
vie, et, en même temps, sa beauté fragile. Un roman
désespéré et drôle.
Patrick Rambaud
Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier
Ecrivain précaire né à Paris en 1946. Auteur
officiel de trente livres. Auteur officieux du double. On lui doit
notamment, chez Grasset, une suite romanesque consacrée à
la fin de l'Empire : La Bataille (Grand prix du roman de l'Académie
française et prix Goncourt), Il neigeait, L'Absent et Le
Chat botté (2006).
Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier fait suite
à la déjà célèbre Chronique du
règne de Nicolas Ier, qui fut un immense succès (Grasset,
janvier 2008).
Notre Précieux Souverain a-t-il changé ? C'est ce
qu'affirment les gazettes, épuisées ou adoucies par
un début de règne fort en gueule. Le sacre paraît
loin, et son cortège de festivités, de yachts luxueux,
de résidences très surveillées. L'impératrice
Cécilia a refait sa vie. Certains courtisans ont été
relégués dans des ailes lointaines de la République,
bannis à Los Angeles ou dans le 92. Effacité, tempérance,
froideur, et même sagesse, tels seraient les nouveaux habits
de Nicolas Ier. Le Prince Merveilleux n'est plus le même.
Ses cravates ont changé. Ses vestes sont mieux coupées.
Et il a épousé " Carlita ", une comtesse
italienne très en vue, qui semble avoir grande influence.
Mais Patrick Rambaud ne s'en laisse pas compter. La légende
officielle, les tableaux dorés, les communications princières
ne sont pas pour lui. Il a donc choisi de continuer sa cruelle et
désopilante chronique, dressant ainsi le véritable
tableau du règne...
Rien n'échappe à la plume de notre chroniqueur, costumé
pour l'occasion. Les traders et les courtisans changent. Les écrivains
restent.
Jacques Roubaud
Et Anne F. Garréta
Eros mélancolique
Roman
Née en 1962, Anne F. Garréta, maître de conférence
à l'Université de Rennes II, Research Professor à
l'Université de Duke (Etats-Unis), membre de l'Oulipo, est
l'auteur chez Grasset de Sphinx (1986), Ciels liquides (1990), La
Décomposition (1999) et Pas un jour (prix Médicis,
2002).
Né en 1932, Jacques Roubaud, mathématicien, poète,
romancier et essayiste, membre de l'Oulipo, est l'auteur d'une soixantaine
d'ouvrages parmi lesquels on peut rappeler la série des Hortense
(Ramsay, 1985-1990), Le Grand incendie de Londres (Seuil, 1989),
La Boucle (Seuil, 1993), Parc sauvage (Seuil, 2008).
Par une nuit d'hiver, au hasard de ses pérégrinations
sur internet, Jacques Roubaud tombe sur une page étrange
qui l'invite à télécharger un texte. Anne Garréta,
appelée à la rescousse, recueille sur son ordinateur
le document
dont le lien disparaît instantanément
de la toile.
A la lecture, il s'agit d'un récit intitulé Eros mélancolique.
Tapé à la machine, puis microfilmé, oublié
et plus tard scanné et numérisé avant d'échouer
sur le web, il est, par endroits, lacunaire, mangé de blanc,
comme si les supports successifs avaient été endommagés.
Il est signé d'un(e) certain(e) AD Clifford et raconte l'histoire
d'un jeune chimiste écossais, Goodman, étudiant solitaire,
à Paris, dans les années soixante.
Chargé pour six mois de garder l'appartement d'un voisin,
Goodman s'apprête à mener une vie contrainte et méditative.
Il devrait rédiger sa thèse sur la photographie comme
écriture de la lumière. Mais il en est bientôt
détourné par une série d'événements
incontrôlables, tantôt prosaïquement comiques,
tantôt oniriques et graves, depuis les persécutions
de la vieille voisine, folle et méchante, jusqu'aux chimères
qui l'habitent.
Car Goodman est obsédé par la voix d'une jeune femme,
entendue lors d'une fête ; obsédé aussi par
la rencontre, dans la rue, d'une autre (la même?), qui accepte
de le revoir mais reste muette et disparaît lorsqu'il la prend
en photo ; obsédé par l'apparition d'une troisième
(ou est-ce encore la première?) qu'il observe en voyeur la
nuit, nue, dans l'immeuble d'en face, pourtant désaffecté.
Désaffecté, au fond, Goodman l'est lui-même,
hanté par un souvenir d'enfance, une disparition, une photographie
: pièces manquantes au puzzle de sa mémoire
Isabelle Sorente
Transformations d'une femme
Roman
Isabelle Sorente née en 1972 est écrivain et reporter.
Polytechnicienne, elle est passée à l'écriture
et a publié trois romans (dont Panique, chez Grasset) et
une pièce de théâtre (Hard Copy, Actes
Sud) plusieurs fois jouée. Elle a participé à
la création du magazine Blast.
" Elle a commencé très tôt, l'impression
de jouer la comédie. Ce n'est pas désagréable,
de jouer la fille. Se préparer pour un rendez-vous, souligner
l'il, mettre du rouge à lèvres, j'aime bien.
A vingt ans, je disais facilement, je t'aime, si tu veux, moi aussi,
et encore je t'aime. Ce n'était pas grave, les mots venaient
tous seuls, moue étonnée, soupirs, j'avais l'impression
que c'était ça que les femmes faisaient depuis des
siècles, pour qu'on les désire. Une sorte de grand
rôle classique, dans lequel vous vous glissez. La petite,
par exemple, la fille, la femme-enfant, celle à qui l'homme
indique son chemin dans la rue. Et puis vers trente ans, la comédie
a commencé à devenir douloureuse, tout simplement,
je n'y croyais plus. Perdue la foi, épuisé le rôle.
Peut-être avais-je eu trop d'aventures, peut-être que
la liberté use certains fantasmes, je n'avais pas d'explication,
en tout cas, je voyais les fils, sourire, soupirer, minauder. Comédie.
Cette fille que j'étais, je n'y croyais plus. Et je n'avais
aucune idée de celle que j'étais en train de devenir.
Et lui, me désirerait-il encore ? Je regardais autour de
moi, interrogeais mes amies. Chacune à sa manière
traversait un changement. L'une appelait ça, désir
d'enfant, l'autre bisexualité, et une autre, créativité.
Tantôt c'était une bonne nouvelle, tantôt une
malédiction. Mais ce qui reliait ces transformations les
unes aux autres, ce qui reliait aussi les femmes entre elles, demeurait
un tabou, un secret bien gardé. Un pouvoir, peut-être.
" I.S.
A l'occasion de la diffusion du film d'Amos Gitaï
Jérôme Clément
Plus tard, tu comprendras
Suivi de Maintenant, je sais
Né en 1945 à Paris, Jérôme Clément
est président d'Arte depuis sa création en 1991. Il
est l'auteur de plusieurs ouvrages : Un Homme en quête de
vertu(Grasset, 1992), Lettres à Pierre Beregovoy (Calmann
Levy, 1993), La Culture expliquée à ma fille (Seuil,
1995), Les Femmes et l'amour (Stock, 2002).
Plus tard, tu comprendras a été publié en 2005
chez Grasset et fait l'objet d'une adaptation à la télévision
et au cinéma par Amos Gitaï en 2009. Cette version définitive
du livre accompagne la sortie du film.
Jérôme Clément nous livre ici la version définitive
de son livre : il a ajouté au texte original une centaine
de pages intitulées " Maintenant, je sais ", qui
décrit à la fois les retombées du livre après
publication et toute l'aventure du passage de l'écrit à
l'écran. Cette suite passionnante analyse aussi bien les
problèmes entre l'auteur-scénariste et le réalisateur
(surtout qu'il ne s'agit pas en l'occurrence d'une fiction mais
de l'histoire familiale intime de Clément, portée
à l'écran par Amos Gitaï), la schizophrénie
à l'uvre, les étapes successives de la production
d'un film, qui sont autant de stations sur le " chemin de croix
" d'un créateur qui participe activement à sa
dépossession au profit d'un autre
Le texte s'achève sur une bouleversante visite de Jérôme
Clément à Auschwitz, en compagnie de sa femme et de
ses enfants.
Février
Pierre Combescot
Pour mon plaisir et ma délectation charnelle
récit
Pierre Combescot est journaliste et écrivain. Prix Médicis
1986 pour Les Funérailles de la Sardine. Prix Goncourt 1991
pour Les Filles du Calvaire. Prix Prince Pierre de Monaco pour l'ensemble
de son uvre en 2000. Il est l'auteur, notamment, de La Sainte
Famille et du Lansquenet, d'une biographie de Louis II de Bavière
(Lattès, 1974). Parmi ses derniers ouvrages parus : Les Petites
Mazarines (Grasset, 1999), Les Diamants de la guillotine (Laffont,
2003), Ce soir on soupe chez Pétrone (Grasset, 2004) et Faut-il
brûler la Galigaï ? (Grasset, 2007).
Nous sommes au début du XVème siècle. Une
guerre qu'on nommera de Cent ans oppose Anglais et Français.
Le royaume de France est affaibli par la démence de Charles
VI et par la lutte à mort entre armagnacs et bourguignons.
Les princes trahissent et s'assassinent ; la peste et la famine
déciment la population ; on pend et on brûle sorciers
et jeteuses de sorts. On est égaux devant la mort, dirait-on.
C'est au milieu de ce tumulte, en 1404, que naît Gilles de
Rais. " Cependant l'âpreté de cet âge gothique
n'explique pas entièrement la rage meurtrière qui
déjà l'habite
"
Orphelin à dix ans et héritier d'une fortune considérable,
il est élevé par son grand-père maternel, Jean
de Craon, violent et prodigue. Dès cette époque, il
connaît ses premiers émois avec de jeunes hommes -
bientôt ses premiers meurtres ? A 15 ans, il s'illustre en
tous cas par ses exploits militaires et lève ses propres
troupes pour faire la guerre aux Anglais aux côtés
de Jeanne d'Arc, qu'il révère. Bravoure. Fidélité.
Férocité sanguinaire
Maréchal de France à 24 ans, il est au sommet de la
gloire et, avec son faste, l'un des hommes les plus riches du royaume.
Mais la mort cruelle de Jeanne et l'arrêt des hostilités
le laissent libre et désuvré. Mélancolique
? Il se retire en ses terres, pratique la magie noire, entretient
dans le luxe chapelains, enfants de chur, musiciens, pages
et serviteurs, également agents ou complices de sa débauche,
et bientôt de ses crimes
Pourtant sorcier, assassin,
" pédophile ", il demeure profondément croyant.
Ses dettes le perdront. Son procès fut avant tout politique
et religieux. Et quand la sainte Jeanne avait été
brulée pour sorcellerie, le guerrier furieux devenu monstre
sodomite égorgeur d'enfants fut, quoique pendu, dignement
enterré dans l'Eglise des Carmes de Nantes, accompagné
par les chants des familles de ses 140 victimes, priant pour le
salut de son âme
Didier Decoin
Est-ce ainsi que les femmes meurent?
Roman
Collection " Ceci n'est pas un fait divers "
Didier Decoin est né en 1945 à Boulogne-sur-Mer. Il
est l'auteur d'une uvre importante dont John l'Enfer (prix
Goncourt 1977), La Mer de Chine (1981), La Femme de chambre du Titanic
(1991), Madame Seyerling (2002), Avec vue sur la mer (2005) et Henri
ou Henry, le roman de mon père (2006).
" D'après le rapport des flics, ils étaient
trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à
assister pendant plus d'une demi-heure au martyre de Kitty Genovese.
Bien au chaud derrière leurs fenêtres. Certains entortillés
dans une couverture, d'autres qui avaient pris le temps d'enfiler
une robe de chambre. Aucun n'a tenté quoi que ce soit pour
porter secours à la pauvre petite. "
Didier Decoin s'est inspiré de ce fait divers, qui fit d'abord
l'objet d'un entrefilet, " une habitante du quartier meurt
poignardée devant chez elle ", avant de passer à
la Une de tous les journaux, une fois que la lâcheté
des témoins devint le vrai sujet d'enquête pour la
presse.
New York, une nuit de mars 1964 dans le Queens, une ville encore
insalubre et dangereuse, un trottoir mal éclairé,
et c'est aussitôt pour l'auteur de John l'Enfer le prétexte
à un saisissant roman où sous un tapis de neige, nous
découvrons les atrocités que commit un tueur en série.
Se détachent en personnages de chair la coquette Kitty, poignardée,
le tueur Winston Moseley, monstre froid et père de famille
qui ne jouissait pleinement que de victimes mortes, le narrateur
Nathan Koschel, les journalistes en filature, les habitants planqués
derrière leurs fenêtres ouvertes sur le crime. Qui
est le plus coupable ? Le criminel ? Ou l'indifférent qui
entend la plainte de la victime sans réagir ?
Béatrice Fontanel
L'homme barbelé
Roman
Béatrice Fontanel est née à Casablanca en 1957.
Elle est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages, destinés
aux enfants comme aux adultes, parmi lesquels Nous étions
des Hommes 1914-1918, (La Martinière). L'Homme barbelé
est son premier roman.
Héros de la guerre de 14, Ferdinand a vécu Verdun,
Douaumont, les Eparges, le Chemin des Dames avant de rejoindre,
deux mois avant l'Armistice, le Front d'Orient, puis il participe
à la campagne de Syrie jusqu'en novembre 1919. Résistant
durant la seconde guerre mondiale, il est arrêté en
mars 1944 pour trafic de faux papiers, puis déporté
au camp de Mauthausen où il meurt en janvier 1945. Entre
ces deux dates - la fin de la première guerre mondiale et
son arrestation par la Gestapo -, il se marie avec Thérèse
dont il a quatre enfants. Tyran domestique, il terrorise sa famille
sans jamais porter la main sur elle. Lorsqu'il est arrêté,
le soir du 10 mars 1944, il est emmené avec sa femme et son
plus jeune fils de 17 ans, Kiki. L'épouse et le fils attendent
toute la nuit dans un salon, sans échanger un mot, pendant
qu'ils entendent Ferdinand se faire torturer dans la pièce
d'à côté. Au petit matin, on emmène le
père qu'ils ne reverront jamais plus. Thérèse
et Kiki sont libérés. Lorsqu'on demande au fils ce
qu'il a ressenti, à ce moment précis, il réfléchit
un instant et répond : " Je me suis dit : Enfin une
journée tranquille. "
Lorette Nobécourt
L'usure des jours
Roman
Lorette Nobécourt est l'une de nos plus talentueuses écrivaines.
Elle est l'auteur de plusieurs romans, parmi lesquels : La conversation,
Horsita et En nous la vie des morts, tous publiés chez Grasset.
En 2007, Lorette Nobécourt quitte Paris et s'installe dans
un village du sud. Pendant l'hiver qui suit, elle comprend qu'elle
ne peut plus continuer. Ses repères se sont effondrés.
Le froid est venu jusque dans sa maison. Dans le creux de ses mains
qui tremblent. Dans ses os. Le miroir ne lui renvoie plus son visage,
mais des éclats de tôle. Le monde se tord. La jeune
femme dérive vers la prochaine station. Son monde est un
crâne. Dans ce crâne, il y a ses enfants qu'elle aime
sans plus pouvoir les rejoindre, un compagnon désemparé,
des pages blanchies par le néant, une tornade de souvenirs,
de peurs, de voyages, de voyants, de livres.
Lorette Nobécourt traverse cette saison effrayante. Remise
au monde, elle fait son travail : écrire. D'où ces
cent pages arrachées à la nuit. Bien sûr, on
ne peut plus écrire " d'âge d'homme ", car
notre temps n'a rien d'humain. Le temps nous use mais l'écrivain
le lui rend bien. Quinze ans après La démangeaison,
Nobécourt poursuit sa quête. Elle se livre au fil des
pages. Analyse. Révèle. Qui es-tu, petite fille qui
voit approcher une main d'ogre jusqu'à tes cuisses ? Es-tu
celle qui écrit ? Es-tu l'héroïne d'un conte
? As-tu jamais grandi ?
Vous n'oublierez jamais ce livre, qui est comme un carnet posé
sur une table de nuit. Sur ce carnet, une main fébrile cherche
l'élucidation. Sur cette table, la littérature s'écrit.
Dans la nuit, une femme ressuscite.
" L'usure des jours est aussi l'histoire du passage
de la jeunesse à l'âge adulte, de la névrose
à l'amour. Une mue qui a presque l'allure d'une récompense.
"
Lorette Nobécourt
La démangeaison
Edition définitive
A l'occasion de la parution d'un récit personnel, L'usure
des jours, nous rééditons son premier livre : La démangeaison,
paru en 1994 chez Sortilèges, puis en J'ai Lu, et aujourd'hui
indisponible.
Longtemps, Lorette Nobécourt a brûlé ses textes.
Mais en 1994, un court récit échappe au feu : c'est
La démangeaison, que publient alors les éditions Sortilèges.
Confession, monologue, carnet d'une souffrance ou d'un mauvais rêve,
ces cent pages marquent la naissance d'un écrivain et apparaissent
très vite comme un talisman noir qu'on se transmet.
Depuis son enfance, Irène souffre de psoriasis. Maladie chronique
et sans cause. La peau s'enflamme, les doigts s'agitent, le cur
s'affole. Il n'y a plus de pensée vagabonde. Il n'y a plus
que ça, cette monstruosité. Le corps est une plaie.
Toute pensée est une plaie. Bien sûr on vous regarde.
Enfant, gamine, adolescente : la pauvre.
Mais Irène ne se plaint jamais. La chair est malade ? Alors
Irène se fait le verbe. Sa langue est dure. Magnifique. Ses
mots sont une écharde qui irrite le monde, qui saisit le
regard du père, le geste des amants. Qui caresse la quenotte
enfantine, un peu apaisée.
La démangeaison porte en soi tous les thèmes de l'oeuvre
de Nobécourt : l'enfant silencieuse ; le corps blessé
; le désir sans fin ; l'impossibilité de vivre dans
ce monde - et c'est l'écriture qui frappe, d'emblée,
chez cette jeune femme. Pas de psychologie. Pas de papa-maman. Pas
de causes. Osons le mot : pas de société. Il n'y a
que la contamination des mots : et on finit sa lecture, gêné,
transpercé, en se frottant l'avant-bras, la paume, le poignet,
la cuisse : c'est que la littérature a gagné, en sa
peau de chagrin.
Marcel Schneider
Il faut laisser maisons et jardins
Edition définitive
Marcel Schneider, écrivain et critique, est né en
1913 à Paris. On doit à ce spécialiste de la
littérature fantastique une uvre importante de romancier,
de nouvelliste, de mémorialiste et de musicologue.
A lire la dernière strophe du poème de Ronsard, dont
Marcel Schneider s'est ici inspiré, " Adieu chers
compagnons, adieu mes chers amis, je m'en vais le premier vous préparer
la place ", on devine avec mélancolie que ce livre
est aussi un Adieu. Un testament. Nulle amertume chez cet humaniste
misanthrope, cet érudit indifférent à son temps,
pour qui 1936 ne signifie pas l'invention des congés payés
mais l'obtention avec brio de son agrégation de latin-grec
! Qui, à l'heure du politiquement correct, reprend à
son compte la définition de la démocratie par Baudelaire
: " La démocratie est le plus énergique dissolvant
de toute vertu que le monde ait connu jusqu'ici ".
Dans le lignée de L'Eternité fragile, cette
fragile architecture du temps recomposé qui sont ses mémoires,
Marcel Schneider se souvient, et les figures amies ou admirées
sont évoquées ici avec précision : Lise Deharme
et André Breton, un Julien Gracq muet qui aime les mondanités,
un Lord Byron musical, Nijinski érotico-mystique, Denise
Bourdet en Panthéon des gloires défuntes, ainsi qu'un
long essai sur Proust et le faubourg Saint-Germain.
Littérature étrangère
Janvier
Biyi Bandele
La drôle et triste histoire du soldat Banana
Roman
Traduit de l'anglais par Dominique Peters
Biyi Bandele est né en 1967 à Kafanchan, au Nigeria,
et vit aujourd'hui à Londres. Il n'a que 14 ans lorsqu'il
entame l'écriture de son premier roman, publié en
Angleterre en 1991 : L'homme qui revint du diable (Agone, 1999).
Deux autres romans suivront. Il est aussi l'auteur de nombreuses
pièces pour le théâtre, la radio ou la télévision,
qui l'ont amené à travailler avec les compagnies britanniques
les plus prestigieuses, telles que le Royal Court Theatre ou la
Royal Shakespeare Company.
Nous sommes en 1944. A peine sorti de l'enfance, le fantasque et
fanfaron Ali Banana quitte son Nigeria natal pour rejoindre, fleur
au fusil, une unité spéciale de la Royal West African
Army : la " Brigade Thunder ", improbable commando de
bras cassés créé par un colonel dément
(le mythique Orde Charles Wingate, vainqueur de la campagne d'Ethiopie)
et chargé de décimer l'ennemi au fin fond de la Birmanie.
Notre jeune Candide, pressé d'en découdre avec la
vie, va faire son voyage au bout de la nuit : une traversée
hallucinée du cur des ténèbres, dans
un paysage apocalyptique, infesté de snipers, de bêtes
sauvages, de maladies, mais aussi d'arbres fuyant à toutes
jambes, de Japonais maniant l'argot nigérian et de sangsues
particulièrement attachantes
Parachutés en pleine
jungle, au milieu des cadavres et sous des pluies torrentielles,
le soldat Banana et ses frères d'armes, les " Chindits
", vont peu à peu sombrer dans la folie.
Inspiré de faits et de personnages réels, La drôle
et triste histoire du soldat Banana est un inoubliable récit,
cru et violent mais illuminé par de somptueux éclats
de drôlerie et de poésie. Biyi Bandele raconte la guerre
comme jamais encore on ne l'avait fait.
Février
Andrea de Carlo
La mer des vérités
Roman
Traduit de l'italien par Myriam Tanant
Ecrivain et musicien italien, Andrea De Carlo est né en 1952
à Milan. Diplômé en histoire, il débute
sa carrière aux Etats-Unis, où il travaille comme
photographe, guitariste et musicien de rock, et séjourne
ensuite en Australie. De retour en Italie, cet artiste polyvalent
travaille pour le cinéma aux côtés de Federico
Fellini et Michelangelo Antonioni. Puis, soutenu en ses débuts
par l'écrivain Italo Calvino, il se lance dans l'écriture.
Il est l'auteur de quatorze romans, dont quatre déjà
traduits chez Grasset : Macno (1986), Yucatan (1989), L'apprenti
séducteur (1994) et Amore (1996).
Lorenzo Telmari, ex-skipper devenu écrivain, reçoit
par une froide journée de novembre un coup de téléphone
de son frère, Fabio, lui annonçant la mort de leur
père, épidémiologiste de renom.
Lorenzo quitte sa campagne enneigée et se précipite
à Rome. Aux obsèques, il est approché par une
mystérieuse jeune fille, Mette, militante écologiste
qui lui apprend que son père était en possession d'un
manuscrit qu'elle cherche à publier -les mémoires
d'un évêque sénégalais, mort du sida,
qui a légué au monde son témoignage avant de
mourir. Mais Fabio, chef de file d'un parti de centre gauche, politicien
prêt à tous les compromis pour étouffer un possible
scandale, s'est empressé de le remettre au Vatican
Par amour pour Mette et pour la vérité, il se retrouve
alors au cur d'un complot international qui le poussera à
fuir, par terre et par mer, en quête de la copie de ce manuscrit,
qui laisse dans son sillage une traînée de sang.
Nadine Gordimer
Beethoven avait un seizième de sang noir
nouvelles
Traduites de l'anglais (Afrique du Sud) par Georges Lory
Nadine Gordimer est la grande écrivaine sud-africaine que
l'on sait. Prix Nobel de littérature en 1991, connue pour
son combat contre l'apartheid, elle vit à Johannesburg. Ses
publications récentes incluent deux romans, Un amant de fortune
(2002) et Bouge-toi (2007), et un recueil de nouvelles, Pillage
(2004), tous chez Grasset.
Histoires d'hommes, de femmes, arrivés à un basculement,
même infime, de leur vie, et de couples qui se font ou se
défont : un ancien militant anti-apartheid cherche qui, noir
ou blanc, a pu être engendré par son ancêtre
venu prospecter au pays des diamants ; une femme, fait le voyage
inverse vers l'Angleterre pour rencontrer l'ex-amant de son mari
défunt ; un couple d'immigrés hongrois voit sa vie
se déliter à mesure que la femme réussit dans
sa carrière d'agent immobilier - tandis que son mari, universitaire
en Hongrie, s'est résigné à une carrière
de directeur de supermarché, refusant d'oublier sa langue
et ses racines ; un musicien talentueux dont le désamour
pour sa femme s'entend dans la voix de son violoncelle
Se mêlent dans ces nouvelles l'intime - l'histoire du couple,
la quête des racines -, et le général - le destin
de l'Afrique du sud. Appartenance et décalage apparaissent
en filigrane comme un des éléments unificateurs du
recueil. La mort n'interrompt pas la quête d'identité,
au contraire, elle est son prolongement.
Thrillers
Janvier
John Farrow
La dague de Cartier
thriller
Traduit de l'anglais par Jean Rosenthal
Né en 1947 dans une petite ville de l'Ontario (Canada),
Trevor Ferguson alias John Farrow a grandi à Montréal.
Après avoir vécu en Europe et aux Etats-Unis, il rentre
dans sa ville natale, est chauffeur de taxi la nuit et écrivain
le jour. Depuis son premier roman en 1977, bien d'autres ont suivi,
dont La ville de glace, paru chez Grasset en 2001, traduit dans
quatorze pays et adapté au cinéma.
En 1535, le célèbre explorateur Jacques Cartier découvre
les rives sauvages du Nouveau-Monde et le village d'une tribu iroquoise.
En signe d'entente, les Indiens donnent aux Français un poignard
tout simple, que Cartier fait rehausser de pierres précieuses.
Dès lors, la " Dague de Cartier " va devenir l'objet
de toutes les convoitises, trésor et symbole national auquel
la légende attribue des pouvoirs surnaturels : celui qui
le possède, dit-on, deviendra tout-puissant et immortel
Quatre siècles plus tard, c'est plantée dans la poitrine
d'un cadavre qu'on retrouve la Dague magique. Nous sommes en 1955,
et Montréal est en proie aux émeutes, suite à
un match de hockey sur glace qui a mal tourné
Dans
la cohue, le meurtre passe inaperçu - tout comme la disparition
mystérieuse du poignard. Il faudra treize ans pour qu'on
en retrouve la trace : Anik Clément, la fille de la victime,
est alors prise dans la joyeuse tourmente du " mai 68 "
local, et lance quelques pavés à la figure du Premier
ministre Trudeau. Elle est appréhendée par le jeune
détective Emile Cinq-Mars, mais celui-ci ne tarde pas à
découvrir qu'elle est protégée en haut lieu
; et c'est ensemble, alors que gronde la révolte des indépendantistes
québécois menés par René Lévesque,
qu'ils vont se lancer sur la piste du mythique poignard de Cartier.
Vengeance familiale, énigme policière et historique,
leurs tribulations vont les plonger dans les méandres insoupçonnés
du temps, des croyances, des sectes occultes et des hautes sphères
politiques canadiennes.
Février
Robert Ludlum et James Cobb
Le danger Arctique
Thriller
Traduit de l'américain par Luc de Rancourt
Ecrivain, comédien et metteur en scène américain,
né en 1927, Robert Ludlum est entré dans le cercle
restreint des romancier à succès avec L'héritage
Scarlatti, publié en 1971, premier volume d'une série
ininterrompue de triomphes internationaux. Il est décédé
en 2001. A sa mort, un certain nombre d'écrivains se chargent
d'achever et de mettre au goût du jour des manuscrits non
encore publiés.
James Cobb est un passionné d'histoire militaire. Il est
membre de l'Académie de marine et de la Ligue marine.
Sur une île désolée du grand nord canadien,
un bombardier s'écrase sur un glacier d'altitude. Si, pour
la plupart, cet avion n'est qu'une relique de la guerre froide,
la menace qu'il représente pour le monde n'en est pas moins
réelle -deux tonnes d'anthrax militarisé se trouvent
à bord de l'appareil
Le lieutenant-colonel John Smith, bras armé du président
des Etats-Unis, est chargé, avec son équipe, de prendre
le contrôle de l'île. Avec l'aide de l'agent spécial
Randi Russel et d'une ravissante mais redoutable experte en armes
de destruction massive, le professeur Valentina Metrace, Smith commence
à comprendre que ce vieux bombardier renferme un secret redoutable,
un secret qui pourrait bouleverser le sens de l'histoire et que
les Russes veulent garder à tout prix.
Privé de toute forme d'assistance dans cet environnement
hostile, Smith et ses hommes doivent composer avec Gregori Smyslov,
officier de liaison russe mandaté par le gouvernement, un
trafiquant d'armes, et une équipe de Spetsnaz, tous sur l'île
dans un but inavoué
Essais, documents
Janvier
Mahmoud Hussein
Penser le Coran
Essai
Mahmoud Hussein est le pseudonyme commun de Bahgat Elnadi et Adel
Rifaat. Politologues français d'origine égyptienne,
ils ont publié ensemble des ouvrages qui ont fait date, de
La lutte de classes en Egypte (Maspéro, 1969) et Versant
sud de la liberté (La Découverte 1988) à Al-Sîra
(2 tomes, Grasset, 2005 et 2007).
Contrairement à ce que croient nombre de musulmans, la "
Parole de Dieu " contenue dans le Coran n'a pas été
livrée en une fois - comme les Tables de la Loi - mais étalée
sur 22 années, entre 610 et 632 de l'ère chrétienne.
Ses 6.236 versets ont ensuite été rassemblés
en un seul volume, dans un ordonnancement inexpliqué, qui
ne tient compte ni de la chronologie, ni des contextes changeants,
de leur révélation. Ce qui rend le texte au départ
impénétrable.
C'est notamment à la faveur de cette difficulté de
lecture, que s'est imposé le point de vue, aujourd'hui dominant,
selon lequel il est moins important de comprendre la Parole de Dieu
que de la réciter et de s'en imprégner. Chaque mot
y serait alors à prendre sans recul, au pied de la lettre,
partout et toujours. Ce qui conforte l'a priori " littéraliste
", selon lequel, puisque le Coran est la Parole de Dieu, il
n'est pas tributaire du temps. Ses versets ne sont pas liés
au contexte où ils ont été révélés.
Ils sont formulés, une fois pour toutes, pour embrasser tous
les contextes possibles.
Cela conduit certains jusqu'à l'intégrisme, tandis
que d'autres sont déchirés entre leur fidélité
à la Parole de Dieu et la conscience qu'ils ont de ne pouvoir
adhérer à des prescriptions historiquement dépassées.
Mais les uns comme les autres sont piégés par l'a
priori " littéraliste ".
Ce que démontre Mahmoud Hussein, et qui fait la nouveauté
radicale de son essai, bref et lumineux, c'est que cet a priori
est réfuté par le Coran lui-même. En effet,
Dieu a inscrit Sa Parole dans un contexte historique précis
- celui des Arabes du VIIe siècle. Il leur a adressé
un message formulé en leur langue, qui répond directement
à leurs espoirs et à leurs interrogations, dont les
visées spirituelles s'entrelacent souvent à des propos
de circonstance. Dans son contenu aussi bien que dans sa forme,
le Coran se présente ainsi comme un dialogue entre Ciel et
Terre, situé dans un espace et un temps déterminés.
Il ne s'agit donc pas, aujourd'hui, " d'historiciser "
le Coran de l'extérieur, a posteriori - en étant alors
accusé de lui être infidèle - mais au contraire,
de lui restituer sa vérité en y retrouvant la dimension
historique que Dieu Lui-même y a déposée.
Jacques Mandelbaum
Anatomie d'un film
Document

Né le 1er mai 1958 à Neuilly-sur-Seine. Critique de
cinéma au Monde depuis 1995 et auteur de divers articles
sur le sujet dans des ouvrages collectifs (Hou Hsiao-hsien, 1999,
Jacques Rozier le funambule, 2001, Au sud du cinéma, 2004,
Le cinéma et la Shoah, 2007, aux Ed. Cahiers du Cinéma)
ainsi que de deux monographies (Ingmar Bergman et Jean-Luc Godard,
Ed. Cahiers du Cinéma, 2007)
" Ce livre est un exercice inédit : raconter comment
un film se monte en France aujourd'hui. Cette chronique commence
en septembre 2004 avec l'écriture d'un scénario, et
s'achève en octobre 2008, trois mois avant sa sortie dans
les salles françaises. Réalisateur puissant et inspiré,
nourri de littérature et de philosophie autant que de cinéma,
Arnaud Des Pallières invente une uvre qui revendique
à la fois la stylisation artistique et l'engagement politique.
Qui assume l'héritage d'une haute culture et se confronte
directement à son époque. Qui regarde aussi bien du
côté de Conrad et de Duras que de Godard et de Lynch.
Ni monographie, ni journal de tournage, cette enquête raconte,
étape par étape, le processus de fabrication d'un
film, et analyse les enjeux, financiers, artistiques et humains,
qui conditionnent cette mise en uvre, le plus souvent à
l'insu du grand public. Il s'agit de passer derrière l'écran,
pour percer le mystère, généralement fort bien
gardé, de cet art qui est aussi une industrie. C'est donc
l'histoire exemplaire d'une production qui tente d'élargir
l'audience d'un auteur dont la reconnaissance demeure confidentielle,
et qui se heurte de plein fouet à la plus grave crise de
financement jamais traversée par le cinéma indépendant
français. "
Février
Sibylle Claudel
Bonjour ma douce vie
document

Sibylle Claude a déjà publié, chez Grasset,
le récit de son enfance douloureuse (Même pas morte)
qui connut un certain retentissement médiatique. Actrice,
ancienne " Miss Météo " de Canal +, elle
revient aujourd'hui avec un livre qui, à cause d'un malheur
qui s'obstine, prolonge cruellement le précédent.
Sibylle Claudel avait déjà raconté, dans Même
pas morte, le parcours chaotique de son enfance, de l'abandon à
la mendicité, de la prostitution à la solitude - et
l'on aurait pu penser que la malchance se détournerait enfin
d'elle. Hélas, il n'en fut rien : à peine sa vie retrouvait-elle
un semblant d'équilibre et de " résilience "
que la maladie s'invitait dans son infortuné destin. Une
maladie très grave, une forme particulière de cancer,
avec son cortège terrible
Ce livre est ainsi le récit d'une descente aux enfers de
l'hôpital, de l'indifférence généralisée,
des thérapies dévoreuses de vitalité, du désespoir
quotidien. Mais, en même temps - car telle est la vision du
monde de Sibylle Claudel - une leçon de courage et d'espérance.
Au fond du gouffre, beauté enfuie, chauve à cause
des chimiothérapies, l'héroïne de ce livre n'abdique
pas. Elle se bat, aime la vie, s'accroche au moindre plaisir, à
la moindre sensation, et grâce à ce tempérament
si rare, elle remontera, par degrés, jusqu'à la lumière
de la vie heureuse.
Aujourd'hui, Sibylle Claudel est en voie de guérison. Son
livre saura émouvoir ceux qui traversent des épreuves
semblables. Et il sera, aussi, une leçon de dignité
pour les autres, plus nombreux, qui ignorent trop souvent que la
mort peut s'inviter par surprise dans nos existences oublieuses.
Michel Onfray
Les radicalités existentielles
Contre-histoire de la philosophie, tome 6
Michel Onfray publie la suite de sa monumentale Contre-Histoire
de la philosophie. Il s'agit, cette fois, de " couvrir "
le XIXème siècle en y éclairant des figures
officiellement " rebelles " et négligées
par la tradition universitaire.
Les trois " héros " de ce volume sont, par ordre
d'apparition
1. Henry David Thoreau (1817-1862), philosophe américain,
surtout connu pour ses ouvrages Walden et La désobéissance
civile, qui vantent les mérites d'une vie simple et sage,
éloignée des villes et de la technologie, ainsi que
d'une rébellion face à un Etat intrinsèquement
injuste.
2. Max Stirner (1806-1856), philosophe allemand de la lignée
des " hégéliens de gauche ", considéré
comme l'un des précurseurs de l'existentialisme. Sa philosophie
se veut réquisitoire contre l'autorité et pour l'individu.
Son livre majeur - auquel Michel Onfray avait déjà
consacré sa Politique du rebelle - est : L'unique et sa propriété.
3. Schopenhauer (1788-1860), l'illustre misanthrope, le pape de
la misogynie, l'ami des chiens - il déjeuna, sa vie durant,
dans la seule compagnie de ses caniches successifs, toujours nommés
" Atma " - qui, par sa réflexion, a jeté
les bases du nihilisme contemporain (cf. l'usage qui en est fait
dans les romans de Michel Houellebecq).
La conclusion de ce sixième volume, intitulée "
Vers Nietzsche " sert de transition au septième volume
de cette Contre-histoire de la philosophie, qui sera consacré
à des " rebelles " contemporains.
LeRoy Pollock et ses fils
Lettres américaines, 1927 - 1947
Correspondance inédite
Illustrations inédites de Charles Pollock
LeRoy Pollock est le père de cinq enfants : Charles, Marvin,
Frank, Sanford et Paul Jackson, le cadet, qui raccourcira son prénom
en Jackson et deviendra l'un des plus grands peintres du XXe siècle.
Ce livre rassemble leur correspondance de 1927 à 1947.
" Le seul espoir dévolution pour ce pays réside,
dun point de vue national dans laccroissement des protestations
de la jeunesse. " Tel est le paradoxal conseil que donne Charles
à son frère, le futur grand peintre Jackson Pollock,
en octobre 1929. Ce livre rassemble la correspondance inédite
des membres de la famille Pollock de 1927 à 1947. Le plus
illustre membre en est Jackson, mais ses quatre autres frères,
notamment Charles (lui aussi peintre) ne contribuent pas moins à
faire de ces lettres un document exceptionnel. Trois histoires en
surgissent. Une histoire familiale, une histoire artistique et une
histoire de lAmérique. Dans ces années de bouleversement
mondial, les Pollock parcourent les Etats-Unis et chacun écrit
à lautre pour lui donner des nouvelles intimes aussi
bien que politiques. Cette famille unie, optimiste, généreuse,
senthousiasme pour le New Deal du Président Roosevelt,
voit apparaître le fascisme en Europe, encourage le génie
créateur et tourmenté de Jackson, croit passionnément
en lart et en la possibilité de réformer le
monde. Première édition mondiale.

Revue
Janvier
La Règle du jeu n° 39
Le numéro de janvier 2009 sera un numéro spécial
- consacré dans sa majorité au problème philosophique
du Mal, sous ses divers aspects.
Ce dossier sur le Mal sera la traduction des actes d'un colloque
tenu entre les plus grands philosophes et intellectuels italiens,
au printemps dernier à l'Université de Rome.
Métaphysique, religion, psychanalyse, littérature,
le Mal dans l'histoire : douze communications savantes, mais accessibles
à l'honnête homme, passent en revue l'éternelle
confrontation de l'homme avec le Mal, du silence de Dieu jusqu'à
Auschwitz, via Les frères Karamazov et Simone Weil, à
la lumière de la Bible, Hegel, Heidegger, Freud, Buber, Paul
Celan, Hannah Arendt, Levinas et Lacan.
Un dossier de qualité, qui prend date face aux grandes productions
éditoriales à venir sur le sujet.

Mondes vécus
Janvier
Camille Peugny
Le déclassement
Essai
Collection dirigée par Patrick Savidan
Camille Peugny est docteur en sociologie. Ses travaux portent
sur la mobilité sociale et sur les conséquences
politiques des inégalités entre les générations.
Membre du Laboratoire de Sociologie Quantitative du CREST (Insee),
il enseigne la sociologie et les statistiques à l'Université
de Bourgogne.
Dans la France des années 2000, connaître une moins
bonne réussite sociale que ses parents n'est plus exceptionnel
: c'est au contraire une réalité statistique.
Les générations nées au tournant des années
1960, confrontées aux effets prolongés de la crise
économique, font face à une dégradation importante
de leurs perspectives de mobilité sociale. Cette dégradation
est paradoxale car dans le même temps, le niveau d'éducation
continue d'augmenter. De ce décalage entre la formation
et la mobilité sociale naît un intense sentiment
de frustration qui a des conséquences sur l'expérience
vécue par des déclassés, qui oscillent entre
deux tentations : la rébellion et le retrait.
Dans une société où une part croissante d'individus
ne parvient pas à maintenir la position de la génération
précédente, les explications en termes d'accidents
individuels ou de défaillances personnelles, qui prévalaient
lorsque les trajectoires descendantes étaient relativement
rares, ne suffisent plus. Cette réalité sociale,
dont on parle beaucoup, reste pourtant relativement méconnue.
C'est d'autant plus regrettable que l'augmentation du nombre de
déclassés au sein de la population n'est pas sans
incidences politiques notables. En effet, descendre les échelons
de la hiérarchie sociale affecte clairement la manière
dont on se représente le fonctionnement de la société
et, pour cette raison même, structure le comportement politique
des déclassés : le déclassement introduit
une recomposition originale du système de valeurs des hommes
et des femmes qui y sont confrontés. Associée à
un sentiment aigu de frustration, cette recomposition ne semble
pas étrangère au succès des extrêmes.
Petite collection blanche
Janvier
Frédéric Lemaître
Demain, la faim !
Essai
Agé de 46 ans, Frédéric Lemaître est,
depuis 1995, journaliste au Monde. Après avoir dirigé
le service Economie-Entreprises, il est actuellement éditorialiste.
Il est par ailleurs l'auteur de Démystifier la mondialisation
de l'économie (co-auteur, Editions d'Organisation, 1997),
Les 35 heures (Flammarion, 1998), Grands patrons, la Fin d'un monde
(Louis Audibert, 2003).
Aurons-nous encore de quoi manger en 2030 ? Début 2008,
les émeutes de la faim se sont multipliées dans plus
d'une quarantaine de pays, qui ne sont pas les plus pauvres, du
Maroc à l'Italie. Aux Etats-Unis, en 2009, 28 millions de
personnes devraient avoir besoin de tickets alimentaires pour se
nourrir. Les pays ont été de plus en plus nombreux
à limiter leurs exportations de céréales pour
préserver le marché intérieur.
En cause, une augmentation brutale des matières premières
agricoles : plus de 50 % en quelques mois. Une flambée amenée
à se renouveler qui s'explique par la stagnation de l'offre
face à une demande croissante, par la crise pétrolière
qui renchérit le coût du transport maritime et rend
les biocarburants plus attractifs - on estime que ces derniers sont
responsables de 30 % de l'augmentation des prix constatée
en 2007-2008 -, par la spéculation boursière, par
les aléas climatiques.
Or, d'ici 2050, les besoins en produits alimentaires doubleront,
conséquence notamment de l'évolution de la consommation,
de plus en plus riche, et de plus en plus carnée : la consommation
de viande a quadruplé en Asie de l'est depuis les années
60, et l'Inde suit le même chemin. Mais s'il faut 1500 litres
d'eau pour produire un kilo de blé, il en faut 15 000 pour
un kilo de buf
. Sans parler des biocarburants : la quantité
de céréales requises pour remplir d'éthanol
le réservoir d'un 4 x 4 pourrait nourrir une personne pendant
une année !
Il va donc falloir produire bien davantage. Comment ? Les dégâts
de l'industrie (terres polluées, sols épuisés,
eau gaspillée), l'hypocrisie des politiques (en 25 ans, la
Banque mondiale dont l'objectif est d' " uvrer pour un
monde sans pauvreté " n'a consacré aucun rapport
à l'agriculture !), la menace qui pèse sur les agriculteurs
étranglés entre les multinationales de semence et
celles de la grande distribution le permettront-ils ? Le réchauffement
climatique et l'urbanisation réduisent l'espace agricole
disponible. L'agriculture intensive est gourmande en eau, dont nous
manquerons de plus en plus. Et nul ne sait évaluer les problèmes
de biosécurité et de dépendance économique
que posent les OGM.
Ni le libéralisme, ni le protectionnisme, ni le productivisme,
ni la décroissance, ni la génétique, ni l'écologie
ne constituent LA solution
Les Cahiers Rouges
Janvier
Bayon
Haut fonctionnaire
Roman
Bayon est journaliste à Libération depuis 1980. Il
a publié, entre autres, Les Animals (Grasset, prix Interallié
1990), La route des gardes (Grasset, 1998), Le Lycéen (Grasset,
2000), et Gainsbourg raconte sa mort (Grasset, 2001), Les pays immobiles
(Grasset, 2005), Mezzanine (Grasset, 2009).
Dans un service de réanimation, là, entre un mourant
et son fils, commence en autopsie un tête-à-tête
romanesque. La mort du père, c'est la ronde des instants
et des époques, pays et visages enfuis avec le souffle, capucines
des plaisirs au petit bonheur, sabbat des atrocités familiales,
tristesse de tout. Et, nostalgie s'en mêlant, le mort, cependant
qu'il expire, revit. D'anecdotes en petits drames, le projet austère,
conçu pour glacer les sangs sur le mode des Oraisons funèbres
de Bossuet, perd de sa rigueur cadavérique, finalement dévoyé
par un fluide vital incontrôlable. L'esprit fantasque surgit
là où on ne l'attend pas, dispersant les cendres.
De table rase en table tournante, le mémorial au Haut Fonctionnaire,
hanté par le " père au sourire si doux "
du vieil Hugo mais qui devait être une liquidation, devient
une reddition, un pur roman d'amour.
Ramon Fernandez
Messages
Préface de Jérôme Garcin
Ramon Fernandez (1894-1944), critique et essayiste majeur de l'entre-deux-guerres.
L'un des " piliers " de La Nouvelle Revue française,
il est l'auteur d'essais majeurs comme comme son Molière
(Les Cahiers rouges), ou Proust (Les Cahiers rouges). Malgré
son engagement politique qui l'a mené du communisme à
la collaboration, il n'a jamais cessé d'être, avant
tout, un homme de littérature.
Messages est un recueil d'études sur une trentaine d'écrits
majeurs de la littérature française et étrangère.
Balzac, Proust, Stendhal, Conrad, Meredith, bien d'autres sujets
encore, abordés par Ramon Fernandez loin de tout dogmatisme.
Alors que l'université commençait à enfermer
la littérature dans le carcan de théorisations somme
toute faciles, Fernandez cherche la vie dans l'art. Se fondant avec
ce qui ne s'appelait pas encore " empathie " sur les uvres
des auteurs, il découvre dans chacun l'essentiel de son "
message ", mot qui fera date. Messages est un livre d'honnête
homme, et pour les honnêtes hommes.
Ramon Fernandez
Proust
Préface de Dominique Fernandez
Ramon Fernandez (1894-1944), critique et essayiste majeur de l'entre-deux-guerres,
était l'un des " piliers " de La Nouvelle Revue
française. Il est l'auteur d'essais majeurs, comme son Molière
(Les Cahiers rouges) ou Proust (Les Cahiers rouges). Malgré
son engagement politique qui l'a mené du communisme à
la collaboration, il n'a jamais cessé d'être, avant
tout, un homme de littérature.
Proust est un livre de critique, mais aussi d'amitié. Loin
de l'analyse sèche et désincarnée, Ramon Fernandez
s'y livre à une étude aussi érudite qu'affectueuse
de l'auteur d'A la recherche du temps perdu. Il avait en effet été
l'ami de Proust, qu'il avait connu très jeune, en 1918. Publié
en pleine guerre (mars 1943), ce Proust marque le retour à
la critique littéraire d'un homme qui s'y était brillamment
illustré. C'est aussi un livre qui marque un répit
dans l'agitation politique qui l'avait mené du socialisme
à la collaboration, en passant par le communisme. N'oublions
pas que, au moment où le livre a été publié,
Proust ne connaissait pas une gloire qu'il n'a acquise que plus
tard : l'essai de Fernandez y a fortement contribué - sans
parler de l'acte de résistance intellectuelle qui consistait,
sous l'Occupation allemande, à vanter un grand écrivain
qui était aussi d'origine juive et homosexuel.
Un livre d'écrivain, loin de toute glose universitaire et
pesante.
Février
Jean Desbordes
J'adore
C'est Jean Cocteau qui fut à l'origine de la publication
de J'adore en 1928. Il retrouvait dans ce collier de textes ce qui
brillait tant chez son amant terrible : une sincérité
et un abandon scandaleux. Jean Desbordes (1906-1944) vouait une
passion charnelle à la campagne, ses nuances de paysages,
ses odeurs, sa faune, ses bruits, son calme maternel, mais chez
lui, le bucolisme se double d'une célébration (voire
d'un dérèglement) de tous les sens. Elégiaque
et frondeur, il prie puis il exulte. A l'image de son auteur, cet
ouvrage est passé comme une comète sensuelle dans
le ciel de la littérature française. " L'innocence
est dans le désir. La passion humaine sur terre exige un
équivalent de pureté au ciel, et quand on aime ici
on plaît là-haut. " Dieu est partout dans
J'adore, mais c'est un dieu insolent et intime.
Nadine Gordimer
Le conservateur
Le début du Conservateur (le cadavre d'un Noir trouvé
dans la propriété agricole d'un industriel blanc nommé
Mehring) ressemble à un fait divers, mais c'est encore l'occasion
pour Nadine Gordimer, Prix Nobel de littérature en 1991,
de développer une analyse spectrale de l'histoire et des
mentalités de son pays. Mehring est un pur produit de la
société blanche sud-africaine des années 60-70,
un homme par qui la politique de l'apartheid se perpétue,
à bout de souffle. A l'image d'un système schizophrénique,
Mehring va sombrer sous le poids de sa propre histoire, de ses contradictions,
de sa vacuité. Il verra son fils rebelle et sa maîtresse
gauchiste s'éloigner de lui et le laisser avec ses fantômes.
Ce roman, parmi les plus élaborés et les plus poétiques
de Gordimer, a obtenu le Booker Prize en 1974. On y retrouve l'un
de ses thèmes favoris : la bonne conscience, les mensonges
qui aident certains à vivre et qui forcent d'autres à
mourir.
Grasset-Jeunesse
Janvier
Frank ANDRIAT
A moitié vide
Lampe de poche ados
Frank Andriat est né à Bruxelles en 1958. Après
un premier recueil de poèmes couronné par l'Académie
Royale de langue et de littérature françaises de Belgique
et des études à l'Université Libre de Bruxelles,
il est depuis 1980 professeur de français dans un lycée
bruxellois. Auteur de romans, de nouvelles, d'essais ou de polars,
il a notamment publié La remplaçante et Journal de
Jamila (Éditions Mijade), succès de littérature
de jeunesse en Belgique francophone.
Chez Grasset-Jeunesse, il est l'auteur des romans " Lampe de
poche ados " Depuis ta mort et Mon pire ami, et du roman Grand
Format Voleur de vies.
Lorsque Violaine, 15 ans, découvre sur le portable de son
père un texto d'une autre femme que sa mère, tout
son univers bascule. Elle tente tout d'abord de garder cette atroce
découverte pour elle, mais sa vie comme son cur sont
désormais " à moitié vides "...
Elle se met alors à manger bien plus qu'il ne faudrait, se
rendant malade, vomissant après chaque repas pour faire taire
sa colère et se vider du trop plein de rancur qu'elle
ressent. Comment accepter l'idée que son père veuille
vivre sa vie ailleurs, comment combler son absence ?
Quand la vérité sortira, elle viendra remettre en
question les relations de l'ensemble de la famille
Au travers de personnages sans demi-teinte et d'échanges
cinglants, soutenus par un rythme dense, Frank Andriat s'attache,
dans ce texte beau et fort, aux réactions que peut susciter,
chez les uns et les autres, une brusque et violente remise en question
de tout un équilibre familial.
Un roman poignant et percutant, dont le sujet, délicat, touche
malheureusement de nombreuses familles, et qui met en regard, de
manière habile et utile, un trouble comportemental de la
nourriture et les perturbations familiales qui l'ont suscité.
Anne Thévenin
Le samovar et autres histoires
Lampe de poche 9 ans et +
Anne Thévenin habite en région parisienne. Elle a
publié des ouvrages historiques, ou relatifs à l'école
et l'enseignement, chez Milan, Hatier ou Perrin ; Le Samovar et
autres histoires est son premier livre chez Grasset-Jeunesse.
" Le samovar ", " Le petit pois bouilli ",
" Dans la lune ", " Escapade ", " Le secret
"
dans la dizaine d'histoires courtes, écrites
dans l'art de la nouvelle, que comprend ce recueil, on croise un
autiste qui n'arrive pas à parler, un garçon amoureux
de la fille d'une dresseuse de puces, un jeune violoniste issu d'une
famille pauvre, une petite fille qui ne veut tout simplement pas
ranger sa chambre
A travers des personnages et des sujets variés, toujours
abordés de façon fragile et tendre, ces nouvelles
rythmées s'attardent sur des moments charnière de
l'enfance, des instants de transitions et de changements, où,
au fil de petits détails, la vision que les enfants qu'elles
mettent en scène ont d'eux-mêmes et la façon
dont les autres les perçoivent se transforment.
Pour la première fois, la collection " lampe de poche
" s'adresse aux 9 ans et + sous la forme de nouvelles.
Dans un genre rarement représenté en littérature
jeunesse pour ce lectorat, Anne Thévenin sait trouver le
rythme et les mots pour aborder, à travers le prisme de l'enfance,
des sujets importants et proches des enfants, traités avec
sensibilité et délicatesse.
Les différentes histoires courtes et emplies de force et
de charme de ce recueil, admirablement menées et d'une lecture
facile et agréable, ouvrent à la réflexion
et invitent à la discussion, pour mieux grandir, et se construire.
Février
Bérénice Capatti et Eva Adami
Gauguin et les couleurs des tropiques
Illustrations d'Octavia Monaco
Collection Lecteurs en herbe
Bérénice Capatti, de mère française
et de père italien, vit à Milan, où elle est
née en 1973. Après une maîtrise de Lettres en
Italie et un DEA en Histoire de l'Art à la Sorbonne, elle
est aujourd'hui auteur et traductrice de livres pour enfants. Avec
Le Chat de Gustav Klimt, Gauguin et les couleurs des tropiques est
son deuxième album publié chez Grasset-Jeunesse.
Née en France à Thionville, en 1963, Octavia Monaco
vit aujourd'hui en Italie, à Bologne, où elle a obtenu
un diplôme d'orfèvrerie avant de s'inscrire à
l'Académie des Beaux-Arts. Depuis une dizaine d'années,
elle illustre des livres pour enfants, publiés en plusieurs
langues, et entame incontestablement une carrière internationale.
Elle est aussi animatrice d'ateliers pour enfants et organise des
cours pour adultes. Outre Le Chat de Gustav Klimt, elle a illustré,
chez Grasset-Jeunesse, La Légende du roi Arthur, Guenièvre
et Lancelot, et La Naissance des Saisons, le mythe de Demeter et
Perséphone. Elle a reçu en 2005 le Prix Andersen (meilleure
illustratrice) pour l'Italie.
Né à Paris en 1848, Gauguin passe son enfance au Pérou,
avant de parcourir les mers sur un navire marchand. À vingt-trois
ans, de retour à Paris, il découvre la peinture
et c'est la révélation ; il se consacrera désormais
entièrement à l'art.
Après ses séjours en Bretagne, puis à Arles,
il va ressentir le besoin de quitter la France, " pour être
débarrassé de l'influence de la civilisation ",
mû par la volonté de " ne faire que de l'art simple
".
À Tahiti, il trouve la Terre délicieuse, Te nave nave
fenua, et tombe sous le charme de la beauté sauvage de l'île
et son explosion de couleurs
Le duo Bérénice Capatti / Octavia Monaco, déjà
brillamment remarqué en France avec leur album Le Chat de
Gustav Klimt, ici complété par Eva Adami, co-signe
ici une fois encore, à travers un très bel album,
une initiation artistique haute en couleurs.
Une adaptation originale des réflexions tahitiennes exprimées
par Paul Gauguin dans Noa-Noa, où sont donnés à
voir les choix, les imprégnations et le cheminement du peintre,
de son départ pour les tropiques jusqu'à son retour
en France, ouvrant la voie à l'art moderne.
|