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A V E C
Dominique Missika
Dominique Missika est rédactrice
en chef de la chaîne de
télévision Histoire. Elle a
publié chez Grasset, en 1998, un livre
consacré aux enfants juifs pendant
l'Occupation, Le Chagrin des Innocents
et, au printemps 2001, La guerre
sépare ceux qui s'aiment.
Lisez le
premier chapitre du livre de Dominique
Missika
Destinées
sentimentales
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Du lundi 27 au vendredi 31
août, de 9h à 10h30, France
culture diffusera la série
d'émissions « L'Amour
sous l'Occupation » produite par
Dominique Missika.
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Avec ce premier ouvrage, j'ai
réalisé qu'il ne suffisait pas de
survivre à la guerre pour que les blessures
se referment. On veut tourner la page, on
préfère oublier, on continue de
vivre. Mais on vit autrement. C'est sur cette
fracture entre l'avant et l'après que j'ai
voulu enquêter à nouveau. Après
les enfants victimes innocentes de la guerre, je me
suis intéressée à une autre
forme d'innocence passionnelle : l'amour, et
à tous ces couples qui, à la faveur
de l'Occupation, se sont unis ou
séparés. Pour le meilleur ou le
pire.
Votre livre, c'est un peu « les
destinées
sentimentales »
En effet, c'est la manière dont les
femmes et les hommes qui ont traversé
l'Occupation se sont aimés. Il y a un mythe
de l'amour pur, en dehors du monde. En temps de
guerre, c'est encore plus frappant. On rêve
de s'échapper, de mettre la
réalité entre parenthèses, de
se réfugier dans la passion. Et en
même temps, la guerre vous rattrape tôt
ou tard.
Au risque et péril de son couple, de sa
vie ?
Vous savez, nous connaissons la durée de
la guerre, mais quand elle éclate nul ne
sait quand elle se terminera. J'ai voulu me mettre
à la place de ceux qui ont vécu cette
époque et en particulier de celles qui ont
souffert de perdre un mari, un fiancé, un
petit ami. Il y a eu des fiançailles
rompues, des mariages annulés mais aussi des
histoires heureuses et des rencontres
magnifiques.
La défaite, c'est un million six cent
mille prisonniers en Allemagne. Vous montrez tout
d'abord, qu'en 1940, l'armée d'Occupation,
sans être accueillie à bras ouverts,
n'est pas considérée de la
façon la plus hostile.
IL faut se replacer dans le contexte de
l'époque. Les Français sont battus,
beaucoup de femmes ont en tête cette
armée en déroute. Les soldats
allemands qui occupent la France ont reçu
des consignes. Ils sont corrects, ils plaisent.
Malgré les exhortations de la
Résistance, qui encouragent les femmes
à rester dignes, certaines Françaises
vont s'abandonner dans les bras des vainqueurs.
C'est la « collaboration
sentimentale ». Mais il faut rappeler que
la guerre a fait volé en éclats les
habitudes et a séparé nombre de
couples. Souvent, on n'a aucune nouvelle des
prisonniers. Nombreuses sont les femmes, dites les
« oublieuses », qui se lassent
d'attendre et trompent leurs maris. Les unes vont
sincèrement tomber amoureuses de soldats
allemands, sacrifiant l'essentiel à leur
coup de foudre ; d'autres se laissent
séduire par intérêt, allant
jusqu'à trahir leur patrie. Je pense par
exemple à la « diabolique de
Caluire », et à son rôle
dans l'arrestation de Jean Moulin, comme l'a
montré Pierre Péan dans le livre
qu'il lui a consacré.
Mais en 1942 - 1943, les esprits changent. Vous
évoquez le témoignage d'Ernst
Jünger, à l'époque soldat
à Paris, sur ce nouveau regard porté
sur l'occupant.
En 1940, après la débâcle,
Ernst Jünger décrit l'attitude des
Parisiennes plutôt réservées,
polies voire courtoises à son égard.
Mais en 1942, alors que se multiplient les prises
d'otages et que commence la déportation des
juifs, il ne reçoit plus le même
accueil. Un jour, il entre dans une papeterie,
c'est un regard hostile, un regard de haine que lui
lance la jeune vendeuse.
Votre livre est aussi une succession d'histoires
d'amours magnifiques et impossibles
C'est « l'amour en fuite ».
Je pense à l'épouse de Boris
Vildé, grand résistant, fondateur du
« groupe du Musée de
l'Homme », qui voit, sans le savoir, son
mari pour la dernière fois. Celui-ci lui
tait le fait qu'il va être fusillé. Ce
sont ces couples de jeunes juifs qui en
dépit des déportations, au
mépris de toute prudence, s'aiment, et
veulent avoir des enfants. C'est Gilberte
Brossolette, la jeune et belle épouse de
Pierre Brossolette, à qui l'on n'ose pas
dire que son mari est mort, et qui l'apprendra par
Lucie Aubrac. Ce sont ces femmes et ces hommes qui,
impuissants face à la guerre, voient, tour
à tour, leur passion s'enflammer puis se
briser. Ce sont les instants tragiques ou
splendides de leurs vies portés par
l'Histoire au rang d'épopée.
On vit comme si demain n'existait pas ?
On vit dans l'exaltation de l'instant. A
Londres, les pilotes de la RAF brûlent leur
existence dans l'ivresse des boîtes de nuit
et dans le lit de jeunes Anglaises, sachant qu'ils
vont partir le lendemain en mission vers des
rivages sans retour
Et quand la guerre est finie, on rentre un peu
dans le rang ?
Des jeunes gens se sont émancipés
à la faveur de la guerre, ils ont
transgressé les règles, et se sont
aimés sans contrainte. Quand la paix
revient, on a l'impression que tout doit rentrer
dans l'ordre. Les passions semblent apaisées
mais laissent des bleus à l'âme.
Du
lundi 27 au vendredi 31 août, de 9h à
10h30, France culture diffusera la série
d'émissions « L'Amour sous
l'Occupation » produite par Dominique
Missika.
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