Françoise Verny
Serons-nous vivantes le 2 janvier 1950 ?
Françoise Verny, née en 1928, est morte à Paris le 14 décembre 2004. Editeur célèbre, elle a écrit plusieurs ouvrages : Le plus beau métier du monde (1990), Dieu existe, je L'ai toujours trahi (1992), Dieu n'a pas fait la mort (1994), Mais si, messieurs, les femmes ont une âme (1995) et Pourquoi m'as-tu abandonnée ? (1998).
Elle travaillait à ce récit que la maladie l'a empêchée de relire.
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Serons-nous vivantes le 2 janvier 1950 ? "
Cette phrase, Nicole Alexandre l'a écrite en post-scriptum à la lettre qu'elle m'adresse de Paris, l'été 1942. Elle doit avoir près de quinze ans, j'en ai bientôt quatorze. Je viens de quitter Auxerre où mes parents m'ont " exilée " chez mon oncle Louis et ma tante Mimi_; j'ai rejoint mon frère Jean-Pierre, ma sœur Martine et notre gouvernante, Mademoiselle Lartigau, à Triel, dans la ferme des Darin, des amis de la famille.
Nicole, juive, demeure à Paris dans son appartement du square de Tocqueville, seule avec sa mère qui l'empêche de sortir et l'occupe comme elle peut, avec des essayages.
Nicole n'est pas dupe mais, touchée par les attentions de sa mère, elle se rapproche d'elle.
Je l'ai connue coquette l'espace d'un été, préoccupée exclusivement, semble-t-il, d'une jupe plissée, d'une robe bleue à pois rouges et d'une robe de chambre bordeaux.
" Serons-nous vivantes le 2 janvier 1950 ? "
Nicole me fait la grâce d'unir nos destinées. Je ne cours aucun risque, elle ne le sait pas.
Le 2 janvier 1950, je suis vivante. Nicole a été gazée six ans auparavant. Je me refuse alors à évoquer ceux qui ont été sacrifiés et je ne pense qu'à l'avenir radieux de l'humanité.
Il me faudra des années pour faire revivre la petite morte, ressuscitée par la Shoah, oui, ressuscitée par la Shoah.
Le 2 janvier 1950, j'ai effacé Nicole. Elle est anéantie. Françoise Sigwalt et Claire Schiff l'ont remplacée dans mon cœur.
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