Premiers chapitres
Jean-Pierre Soisson
Marguerite, duchesse de Bourgogne

Biographie
Passionné d'histoire, amoureux des archives, Jean-Pierre Soisson préside le Conseil régional de Bourgogne.
Après Charles le Téméraire (Grasset, 1997) et Charles Quint (Grasset, 2000), Jean-Pierre Soisson clôt sa « trilogie de Bourgogne ».
L’héritage
de
Bourgogne  

anvier 1477 : la nouvelle parvient progressivement à Gand, par petites touches, de manière diffuse et incertaine. C’est d’abord une rumeur, qui s’amplifie : le duc de Bourgogne a été battu à Nancy, le duc est mort.
A Gand résident son épouse Marguerite et sa fille Marie, qui devient « Mademoiselle de Bourgogne ». Les deux femmes sont unies dans la même attente et partagent la même inquiétude. Le 24 janvier 1477, la nouvelle de la mort de Charles le Téméraire leur parvient : le lendemain, elles prennent le deuil  [1] .
A Plessis-lès-Tours, Louis XI est plus vite et mieux informé qu’elles. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, des chevaucheurs arrivent et annoncent la défaite bourguignonne. Cette nouvelle cause au roi une si grande joie qu’il ne sait « quelle contenance tenir  [2]  ».
Il rassemble son monde, entend la messe, fait dresser une table dans sa chambre, décide aussitôt d’envoyer en Lorraine ses meilleurs capitaines. Il écrit à Georges de La Trémoille une lettre demeurée célèbre : « Il est temps d’employer vos cinq sens de nature à mettre le duché et le comté de Bourgogne en mes mains. Entrez dans le pays, prenez-le ! » Et il donne ordre au maréchal de Crèvecœur d’envahir l’Artois.
Dans les Pays-Bas, « tout laisse présager un terrible avenir ». Les villes grondent. La Cour s’interroge sur les intentions du duc de Lorraine, des Suisses et, plus encore, du roi de France. Malgré la trêve de 1475, les armées de Louis XI se sont mises en marche : jusqu’où iront-elles ? Elles ont pénétré en Bourgogne et en Picardie. Les duchesses écrivent au roi, en appellent à sa bonté et à sa clémence, lui qui s’est réfugié en Bourgogne dans sa jeunesse et a porté Marie sur les fonts baptismaux !
Louis XI a souvent évoqué devant Commynes ce qu’il ferait si Charles le Téméraire venait à disparaître. Tenant un langage de modération, il donnait sa préférence au mariage du dauphin avec l’héritière de Bourgogne, malgré la différence d’âge : Marie a vingt ans, le dauphin à peine sept. Mais le jour où il apprend la mort de Charles le Téméraire, il abandonne ce « sage projet » et cesse de « prendre les choses par le bout où il devrait les prendre ». Il rêve de conquêtes militaires.
Quelle instance peut décider de l’avenir des pays bourguignons ? A Dijon, le débat s’engage devant les Etats de Bourgogne dès le 25 janvier. L’évêque de Langres, dont dépend Dijon, appuie la cause royale ; Jean de Chalon, prince d’Orange, l’un des plus grands noms du duché, se rallie à Louis XI à la suite d’une décision de justice dans une affaire de succession qui lui est défavorable. Les troupes françaises campent devant les murs de la ville. Le clergé hésite et la noblesse, divisée, s’agite. Les assemblées du tiers état sont passionnées : elles s’interrogent sur l’avenir des « franchises bourguignonnes ». Une majorité se rallie à Louis XI en y mettant quelques formes : si le duc n’est pas mort, comme le prétend la rumeur, le roi devra lui rendre son duché !
Pour les pays « de par-deçà », les Etats généraux se rassemblent à Gand le 3 février : Marie les a convoqués le 26 janvier – dès l’annonce du décès de son père  [3] . Pas un instant, elle n’a songé à différer leur réunion : au contraire, elle en a avancé la date. Elle va affronter une révolution à laquelle elle n’est pas préparée. Elle jouera de sa jeunesse, de son inexpérience, lâchera du lest quand il le faudra et laissera la révolution brûler sa poudre.
Les députés flamands, en particulier ceux de Gand, aspirent à la paix. Le conflit avec Louis XI n’a jamais été le leur. Le duc Charles voulait la guerre ; eux ne la souhaitaient pas : lui mort, tout devrait s’arranger ! Ils ne pensent qu’à régler de vieux comptes, revenir sur les humiliations passées, retrouver les voies d’une expansion paisible. Ils vont légiférer, empiéter sur les pouvoirs de la nouvelle duchesse, mettre à mal la centralisation conduite par Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Devant eux, Marie se présente en souveraine, analyse les conséquences de l’offensive fran­çaise, dénonce les dangers qui menacent l’Artois et la Flandre. Elle confie aux Etats généraux le soin d’organiser la défense des Pays-Bas.
La situation dépend de Louis XI. Dès sa prise de fonctions, Marie lui a envoyé une ambassade composée de ses principaux conseillers, Guillaume Hugonet et Guy de Brimeu. A Péronne, le roi les reçoit et déploie sa séduction. Son objectif, le seul dans l’immé­diat, est la prise d’Arras. Il va l’atteindre : la ville lui ouvre ses portes le 4 mars.
Les Etats généraux ne veulent pas laisser la duchesse négocier seule : ils décident le 28 février d’envoyer au roi, à leur tour, une délégation que conduit l’abbé de Saint-Pierre-lès-Gand. Commynes décrit l’entrevue :
« Marie de Bourgogne, déclarent les délégués, a la volonté de se conduire en toutes choses selon le conseil des Etats de son pays.
— Ah, leur répond Louis XI, vous êtes mal informés ! Votre duchesse entend conduire ses affaires non par votre intermédiaire, mais par d’autres, qui ne veulent pas la paix comme vous-mêmes : vous serez désavoués. »
Le roi leur apprend que Guillaume Hugonet et Guy de Brimeu lui ont remis une lettre écrite pour partie de la main de Marie, pour partie de celle de sa belle-mère, pour partie de celle d’Adolphe de Clèves.
Les ambassadeurs n’ont qu’une hâte : regagner Gand, qu’ils trouvent en ébullition. Les Etats généraux ont pris la décision d’éloigner la duchesse douairière pour cause de trahison. Là encore, Louis XI a fait répandre la rumeur que les Anglais voulaient enlever Marie, que Marguerite d’York était chargée de mener l’entreprise. La duchesse douairière s’est défendue : « Si je suis étrangère de naissance, je ne le suis pas de cœur ! » Mais elle doit s’incliner et quitter Gand ; elle gagne Audenarde, qui constitue son douaire, avec Malines et Termonde.
Le jour du retour des ambassadeurs, des messagers annoncent la reprise des hostilités dans l’Artois : Louis XI n’a guère tardé. A cette nouvelle, la duchesse envoie Jean de La Bouverie, président du Parlement de Malines, demander l’aide des Etats généraux. La guerre, que les Flamands espéraient éviter par la négociation, reprend. L’Artois va être occupé ; on ne sait comment résistera le Hainaut ; les frontières de la Flandre sont découvertes.
Le 13 mars, Marie se rend dans la salle des Etats ; Jean de La Bouverie l’accompagne. Guillaume Hugonet est resté chez lui et Guy de Brimeu a quitté la ville. Ils savent, l’un et l’autre, que leur vie est en danger. Les ambassadeurs rendent compte de leur mission. Lorsque des précisions leur sont demandées, ils évoquent une lettre confidentielle que la duchesse aurait adressée à Louis XI sans l’accord des Etats. Marie se lève : cette lettre n’existe pas, je ne l’ai pas écrite ! Un délégué de Gand lui fait face. Selon Commynes, c’est « un homme de peu d’honneur » : il sort la lettre, la lit, la tend à la duchesse. Dans le tumulte, Marie bredouille, appelle à la pitié, « cherche refuge dans sa jeunesse, son inexpérience et ses malheurs  [4]  ». En vain ! Les députés crient à la trahison, s’indignent du mensonge de leur souveraine.
Une équipe nouvelle prend le pouvoir à Gand : elle chasse les échevins, décide d’arrêter le chancelier Hugonet dans son hôtel et Guy de Brimeu dans la chartreuse où il s’est réfugié. Tous deux sont incarcérés, comme Guillaume de Clugny, coadjuteur de l’évêque de Thérouanne, et Jean de Melle, trésorier de Gand. L’ordre d’arrestation est établi à la requête des Etats de Flandre, de Brabant, de Hollande et de Zélande.
Cette journée capitale ouvre la révolte municipale, journée de haine, de rancœur et de méfiance mêlées. Quoi qu’il advienne désormais, Marie restera fidèle à la mémoire de son père. Elle écrit à l’archiduc Maximilien, lui confirme son intention de l’épouser et lui rappelle l’engagement pris par le duc Charles. Les événements du 13 mars 1477 expliquent ainsi l’arrivée à Gand, le 18 août suivant, d’un jeune homme de dix-neuf ans, fils d’empereur, qui sera lui-même empereur : Maximilien d’Autriche.
Dans l’immédiat, que peut décider Marie ? Si elle remet ses conseillers à leurs juges naturels, ce sera l’acquittement, qui déchaînera la violence : Hugonet et Brimeu sont d’avance condamnés à payer de leur vie l’apaisement des esprits. Commynes évoque à leur sujet une possible concussion : contre la promesse du mariage de Marie avec le dauphin, Louis XI les aurait achetés, et ils auraient promis de le servir. Mais aucun document ne prouve leur trahison. L’un et l’autre ont servi l’Etat bourguignon avec une grande fidélité ; la dignité de leur mort impose le respect.
Marie ne les abandonne pas – bien au contraire. Alors que leur procès se déroule, le lundi 31 mars, elle part seule vers l’hôtel de ville en longue robe noire de deuil : elle réclame son droit souverain de faire grâce. Les échevins ne l’écoutent pas. Elle gagne la place du Marché du Vendredi, s’adresse à la foule du balcon où son père se tenait en juin 1467 lors de la révolte de Gand. Scène prodigieuse : cette jeune fille de vingt ans, héritière des grands ducs d’Occident, supplie ses sujets de ne pas condamner à mort ses conseillers ! Elle a les larmes aux yeux, sa voix se brise : « Une partie du peuple souhaite, note Commynes, que son plaisir soit fait et qu’ils ne meurent pas » ; d’autres, plus nombreux, abaissent leurs piques les unes contre les autres « comme pour combattre  [5]  ». Le procès se poursuivra : Hugonet, Brimeu, Melle sont condamnés à mort.
La question leur est appliquée. Les membres disloqués, ils sont conduits au lieu de leur supplice le jeudi 3 avril 1477 à quinze heures, l’heure de la mort du Christ : le xve siècle aime les symboles. Hugonet, le matin même, a écrit à sa femme l’une des plus belles lettres de l’époque, d’amour, de réconfort et de confiance en Dieu :
« La mort est commune à toutes gens... La mienne est sans cause ! Sachez, ma mie, que je suis résolu à la recevoir sans aucun regret. Ecrit ce jeudi saint, que je crois être mon dernier jour. »
Dans les mois qui suivent la mort de Charles le Téméraire, Louis XI agit comme s’il faisait « siennes la précipitation et la cruauté » de son adversaire, comme s’il voulait, selon l’usage primitif, le manger « pour s’approprier sa force  [6]  ». Le roi a vaincu le duc Charles, il l’a détruit mais, dans les régions les plus secrètes de son cœur, il veut lui ressembler. De diplomate, il devient l’homme de guerre qu’il a rarement été : il conduit lui-même ses troupes au combat ; il est blessé devant Arras. Il fait passer par l’épée les habitants d’Avesnes et détruit la ville. En juin 1478, pour réduire Douai et Valenciennes, il lance des milliers de faucheurs « à l’assaut des blés mûrissants  [7]  ». En juin 1479, il ordonne le bannissement de la population d’Arras, hommes, femmes et enfants : trois mille familles doivent quitter la capitale de l’Artois, à laquelle le roi donne, par dérision, le nom de « Franchise  [8]  ».
Partout, dans l’Artois comme en Bourgogne, Louis XI applique « le même système de corruption, de répression, de terreur  [9]  ». Beaune ne cède qu’à la force, Dole et Vesoul sont brûlées, leurs habitants massacrés ; longtemps, des maquis résisteront dans le Charolais. La guerre, coupée de périodes de trêves, durera jusqu’à la paix d’Arras de décembre 1482.
La grande affaire devient le mariage de Marie de Bourgogne. Dans ses Mémoires, La Marche décrit en une phrase l’empressement de toute l’Europe : « Ma­da­­me était requise du roi d’Angleterre pour lord Scales, frère de la reine ; le roi de France voulait l’avoir pour Monseigneur le dauphin, Monseigneur de Clèves pour son fils et Monseigneur de Ravenstein pour le sien  [10]
Les Etats, eux-mêmes, sont partagés. Après leur rencontre avec Louis XI, les députés de Bruges ont rédigé un compte rendu qui témoigne de leurs hésitations. Marie est-elle tenue par les engagements de son père ? Leur réponse est négative. Quelle alliance est la plus profitable aux inté­rêts de l’Etat bourguignon ? Les possessions de l’empereur Frédéric III sont bien éloignées et de « faible secours ». L’alliance anglaise serait mal acceptée par le roi de France et « il en résulterait une guerre perpétuelle ». Le mariage de Made­moiselle de Bourgogne avec le dauphin est la seule solution qui peut conduire à la paix : « Le pays n’est pas en état de faire grande résistance. » Mais les députés partagent le sentiment que « jamais l’on n’obtiendra du roi un traité favorable à moins qu’on ne lève la main et que l’on ne présente le visage ! ».
Louis XI rejette l’offre d’un mariage français et, par son refus, justifie l’attitude de Marie. Pour s’opposer au danger que représentent les armées françaises, l’alliance impériale devient le seul choix qui puisse préserver l’intégrité de l’Etat bourguignon.
La duchesse reprend la politique de Charles le Téméraire : « Mon père a souhaité mon mariage avec le fils de l’empereur. Il s’est engagé et m’a engagée avec lui. Je n’aurai pas d’autre mari que Maximilien ! »
Frédéric III envoie une ambassade à Bruxelles et à Bruges. L’évêque de Metz, qui la conduit, demande le 16 avril 1477 au nom de l’empereur la main de Marie pour Maximilien. Le 18 avril, le Conseil ducal donne son accord et, le dimanche 27 avril, Marie s’unit par procuration à Maximilien d’Autriche, que représente le duc de Bavière. Reste à obtenir le consentement des Etats réunis à Louvain pour une session extraordinaire. Marie se rend devant eux le 14 mai, plaide son choix, confirme leurs privilèges, s’engage à ce que son mari les respecte également. Elle appelle à l’union sacrée pour la défense des Pays-Bas. En deux mois, la situation s’est renversée : Marie ne rencontre pas d’opposition.
Maximilien quitte Vienne pour rejoindre Gand le 21 mai. Herman Vander Linden a publié des documents qui décrivent, jour après jour, le voyage du jeune prince autrichien  [11] . En juillet, Maximilien arrive à Cologne, où une ambassade bourguignonne l’attend. Le 5 août, à la tête de sept cents cavaliers, qui arborent des queues de renard à la pointe de leurs lances, il entre aux Pays-Bas par Maastricht. A Louvain, Bruxelles, Termonde, la foule l’acclame comme un sauveur. Il est jeune, beau ; il apporte une réponse au double danger qui menace le pays : le désordre intérieur et l’invasion étrangère. Marie va devenir d’Empire « par le cœur et par la chair », soutenue, à l’instant décisif de son mariage, par tout son peuple.
Le lundi 18 août dans la soirée, Maximilien arrive à Gand, se fraye un passage jusqu’à la place du Marché du Vendredi, se repose quelques instants dans l’auberge qui lui a été réservée. A la lueur des torches, il gagne le palais de Ten Walle. Dans une chambre de parade, ayant à ses côtés sa belle-mère Marguerite d’York et les membres de son Conseil, Marie l’attend. Maximilien et Marie ne parlent pas la même langue : ils s’entendent « assez par signes », note La Marche. Leur mariage est célébré le lendemain dans la chapelle du palais : le mardi 19 août 1477, à six heures du matin, à l’heure du mariage de son père, Marie de Bourgogne s’unit à Maximilien d’Autriche.
Ce ne sera plus la Bourgogne seule que la France trouvera désormais devant elle : ce seront, alliés à l’Etat bourguignon, d’abord l’Empire d’Allemagne, puis les royaumes d’Espagne. Maximilien écrit à Louis XI pour protester contre les destructions opérées par les troupes françaises dans les Etats de sa femme, lui fait grief d’avoir rompu la trêve de Soleuvre  [12] . « Licitement et sans autre réquisition », il prend les armes pour la défense des pays bourguignons. Le contrat de mariage, délibéré par le Conseil, règle la succession de Marie. Son fils aîné deviendra duc de Bourgogne et héritera de l’ensemble de ses possessions : l’indépendance de l’Etat bourguignon est assurée.
Maximilien et Marie forment un couple très uni : toutes les chroniques l’attestent. Pour Commynes, Marie « aimait fort son mari et était dame de bonne renommée  [13]  ». Vivre auprès d’elle devient ce que Maximilien désire le plus au monde. Cinq siècles après, leur union dégage encore « le parfum délicat du bonheur  [14]  ». Avec ses longs cheveux blonds, Maximilien est beau : pour Molinet, c’est même « Narcisse ressuscité ». Gai, sportif, il chante et se mêle aux fêtes populaires. Maximilien et Marie font chambre commune ; le soir, ils écoutent de la musique et jouent aux échecs. L’hiver, ils patinent sur les prairies gelées des environs de Bruges. Marie apprend à Maximilien le français, Maximilien à Marie le vieil allemand. Ce sont des souverains, comme la Flandre et le Brabant les aiment, proches, menant la vie d’une famille bourgeoise. Ils résident à Bruges, à Bruxelles dans le château où Marie est née, puis de nouveau à Bruges.
Marie donne naissance à trois enfants : Philippe à Bruges le lundi 22 juin 1478, Marguerite à Bruxelles le lundi 10 janvier 1480 et François à Bruxelles le lundi 10 septembre 1481. Trois fois un lundi ! L’aîné, Philippe, reçoit le prénom de son arrière-grand-père, comme une évocation des temps heureux de la paix ; Marguerite celui de la duchesse douairière, Marguerite d’York, qui a élevé sa mère ; le dernier, François, celui du duc de Bretagne, l’allié du Téméraire. François meurt en décembre 1481.
Quelques mois plus tard à Bruges, en mars 1482, c’est l’accident de chasse, la mort de Marie, la fin d’un bonheur simple et, plus encore, celle d’une époque : les Pays-Bas connaîtront de nouveau la guerre civile, qui s’ajoutera à la guerre contre la France.
L’air est pur et limpide ; Marie, « folâtre et gaie », chasse l’épervier. En traversant un canal, elle tombe de cheval. Commynes commente : « Elle chevauchait un cheval ardent. Il la fit tomber sur une grande pièce de bois.  [15]  » Elle est écrasée, la cage thoracique est défoncée, les mains sont disloquées et même retournées. Elle est ramenée à Bruges : jour après jour, son état empire. La fièvre la prend et ne la quitte plus. Elle meurt le 27 mars 1482. De son lit, malgré sa souffrance, elle a dicté son testament : elle confie à son mari la tutelle de ses enfants et le gouvernement de ses pays.
Les Etats généraux n’acceptent pas cette décision, qui ouvre une crise, dans laquelle Louis XI interviendra à nouveau et dont la conclusion par le traité d’Arras marquera sa dernière victoire.




[1] . Selon le témoignage de Jean le Doulx, président de la Chambre des comptes (Maurice Arnould, Les lendemains de Nancy dans les « pays de par deçà », p. 10-11).

[2] . Philippe de Commynes, Mémoires (Paris, Imprimerie Nationale, 1994), p. 324.

[3] . L’expression « de par-deçà » désigne tantôt la Bourgogne et la Franche-Comté, tantôt les Pays-Bas : en réalité, écrit Pierre Cockshaw, « par-deçà » signifie « ici » et « par-delà », « là-bas » (« A propos des pays de par-deçà et des pays de par-delà », p. 387).

[4] . Yves Cazaux, Marie de Bourgogne, p. 210.

[5] . Philippe de Commynes, Mémoires, p. 350.

[6] . Paul Murray Kendall, Louis XI, p. 378.

[7] . Idem, p. 377.

[8] . Dans le beau livre qu’il vient de consacrer à Louis XI, Jean Favier note que « le roi avait la vindicte longue » (Jean Favier, Louis XI, p. 749).

[9] . Jean-Philippe Lecat, Quand flamboyait la Toison d’or, p. 372.

[10] . Olivier de La Marche, Mémoires (éd. H. Beaune et J. d’Arbaumont, 1883-1888), t. III, p. 243. Le duc de Clèves est alors Jean ; son frère cadet, Adolphe, porte le titre de seigneur de Ravenstein.

[11] . Herman Vander Linden, Itinéraires de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche, p. 118-125.

[12] . Le traité de Soleuvre, en septembre 1475, a décidé une trêve de neuf ans entre la France et l’Etat bourguignon.

[13] . Philippe de Commynes, Mémoires, p. 387.

[14] . Yves Cazaux, Marie de Bourgogne, p. 306.

[15] . Philippe de Commynes, Mémoires, p. 404.


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