Premiers chapitres

FERNANDO SAVATER
Mon dictionnaire philosophique
essai
Fernando Savater est né à San Sebastian en 1947. Philosophe traduit dans une douzaine de langues, dont le français, avec Éthique pour mon fils, Politique pour mon fils (Seuil), deux volumes de vulgarisation adressés à un adolescent, et Pour l'éducation (Payot).

A. Ce que j'entends par philosophie


enter une fois encore (une fois pour toutes ?) de définir la philosophie est une entreprise propre à décourager par avance l'homme le plus vaillant, en raison non pas de son impossibilité mais, au contraire, de l'abondance des possibilités qui s'offrent à nous et rivalisent farouchement entre elles. Si l'on considère, comme Nietzsche, que ce qui a une histoire ne peut avoir de définition, on choisira de retracer chronologiquement l'évolution de cette tâche humaine singulière : ses origines grecques (autrement dit paradisiaques), son long exil sous l'Empire romain et à l'époque de la féodalité chrétienne, sa renaissance coïncidant avec celle de l'humanisme, son parcours en compagnie de la science moderne et en opposition avec elle, ses efforts obstinés pour réformer la société, les grands systèmes et les réactions résolument antisystématiques qu'ils provoquèrent, la dislocation progressive en savoirs particuliers de ce qui, en son principe, constituait un tout, le questionnement social et psychologique de la transparence de la raison, la perplexité et la fatuité académique propres à l'époque contemporaine… jusqu'au désintérêt actuel à son égard et à sa survie plaintive mais tenace que beaucoup, avec non moins de ténacité, qualifient rituellement de mort. Ce pourrait être là une première manière de définir la philosophie : rappeler en quoi elle a consisté et juger si elle est encore un tant soit peu viable aujourd'hui ou s'il s'agit d'une affaire définitivement classée.
Et si nous préférons la définition à l'histoire ? Ici encore, nous ne nous écarterons pas des schémas canoniques. La philosophie est un mode de connaissance caractérisé par l'universalité de son objet : elle ne porte pas sur tel ou tel aspect de la réalité mais sur la réalité dans son ensemble. Elle se compose d'un certain type de questions plutôt que d'une liste de réponses toutes prêtes. Les questions qu'elle pose se caractérisent par leur généralité maximale et par deux autres traits indispensables : elles ne sont jamais strictement pratiques et les spécialistes des différentes sciences particulières sont incapables d'y répondre de façon satisfaisante. Les réponses philosophiques à ces questions n'ont pas de valeur prédictive au sens où les affirmations scientifiques dûment vérifiées en ont une : il est difficile d'invoquer un seul fait ou ensemble de faits qui les confirment de manière irréfutable ou les invalident totalement. On pourrait dire, en s'inspirant d'un proverbe bien connu, que les réponses philosophiques embrassent plus qu'elles n'étreignent. La satisfaction qu'elles procurent est plus subjective qu'objective et a donc une composante fondamentalement psychologique. Elles portent moins sur le type de monde dans lequel nous vivons que sur le type d'homme que nous sommes (et donc sur la conception du monde qui nous convient le mieux intellectuellement parlant). Ce qui ne revient pas à dire qu'il s'agit d'affirmations purement capricieuses ou poétiques et qu'elles échappent à la controverse rationnelle. Elles se veulent des efforts rationnels pour aller au-delà de ce qui est accessible aux raisonnements scientifiques particuliers. Elles constituent, d'une certaine manière, des visions d'ensemble, qui néanmoins ne peuvent ni ne veulent renoncer à répondre de façon intelligible aux objections particulières qui se présentent à elles : je souscris, en ce sens, à la définition que Julián Marías donne de la philosophie comme « vision responsable ». On pourrait conclure cette tentative de description de l'entreprise philosophique en signalant qu'une bonne part des questions et des réponses que nous propose la philosophie portent sur la manière d'affronter la vie humaine, tant du point de vue individuel que social. Ceci nous autorise à parler du caractère pratique de la philosophie : si elle ne nous donne pas d'instructions concrètes nous permettant d'atteindre tel ou tel objectif particulier ou de résoudre l'un ou l'autre problème bien précis du vivre humain, elle constitue une réflexion sur les attitudes globales à adopter face à la vie humaine comme telle.
Les deux approches complémentaires (quoi qu'en dise Nietzsche) de la philosophie que nous venons d'évoquer appellent assurément de très nombreuses critiques et non moins de précisions et d'additions. Si, à propos du passé de la philosophie, il existe globalement un certain consensus, celui-ci se réduit à mesure que l'on se rapproche de l'époque contemporaine et devient impensable quand il s'agit d'entrevoir son avenir. Je me propose donc de préciser ici, dans une perspective à la fois historique et théorique, ce que j'entends personnellement par philosophie, sans prétendre que cette conception soit acceptée par la majorité des philosophes actuels et sans considérer qu'elle est la seule valable. Aussi insignifiant qu'il puisse être jugé au regard de paramètres plus exigeants, ce point de vue présente un intérêt évident pour le lecteur du présent dictionnaire, puisqu'il a présidé à sa rédaction et à l'ensemble du travail intellectuel de son auteur. Pour ce qui est des autres critères qui sont entrés en ligne de compte dans la composition de cet ouvrage, de sa spécificité, de son ambition et - surtout - de sa modestie, j'y reviendrai dans la seconde partie de mon introduction.
Le vieux et sympathique Hérodote, que l'on évoque presque toujours avec plaisir, raconte que lorsque Crésus reçut à Sardes Solon le voyageur, il lui souhaita la bienvenue en ces termes : « Mon hôte athénien, le bruit de ta sagesse, de tes voyages, est arrivé jusqu'à nous ; on nous a dit que le goût du savoir et la curiosité t'ont fait visiter maint pays » (Histoires, i, 30, 2). J'avoue que cette image d'un travail philosophique indissociablement lié au vagabondage et à la curiosité cosmopolite m'agrée davantage que la classique scène primitive pythagoricienne selon laquelle le monde est un stade où certains vont combattre, d'autres faire du commerce, d'autres encore assister aux épreuves et encourager les participants, tandis qu'un petit nombre d'individus - les philosophes - viennent contempler le spectacle et les spectateurs. Il convient d'insister sur l'importance du voyage dans la conformation intellectuelle des premiers philosophes (c'est-à-dire des plus anciens de ceux que les histoires de la philosophie nous présentent comme tels) : nous savons que Pythagore en personne fut un grand voyageur et on nous dit la même chose de Thalès, d'Anaximandre, d'Anaximène, de Xénophane de Colophon et de Démocrite. Aristote a quitté Stagire et la Macédoine pour s'installer à Athènes et il semble que Pyrrhon, qui devint l'un des maîtres les plus respectés de l'école sceptique, ait voyagé en Inde en compagnie d'un disciple de Démocrite et qu'il y ait rencontré les gymnosophistes, ces sages nus de l'hindouisme (déjà connus à l'époque grâce aux campagnes d'Alexandre en Orient) dont la provocante imperturbabilité précéda et inspira certainement le comportement histrionique de Diogène. Voyageurs, exilés, vagabonds, militaires participant à des expéditions… ou habitants de cités frontalières comme les Ioniens qui étaient habitués à vivre en bonne entente avec les Perses, les Grecs et les Égyptiens. La philosophie n'a certainement pas été inventée par des gens qui restaient chez eux et n'éprouvaient aucune curiosité à l'égard des étrangers. Pío Baroja a dit un jour que le nationalisme est une maladie qui se soigne en voyageant : la philosophie, quant à elle, semble bien être une maladie qui se contracte en voyageant ou en rencontrant des voyageurs… En sorte que les débats auxquels on assiste encore parfois à propos de l'existence de philosophies nationales - peut-on véritablement parler d'une philosophie espagnole, allemande ou italienne ou ne s'agit-il que du nom que l'on donne à l'ensemble des œuvres philosophiques écrites par des habitants de chacun de ces pays ? - m'ont toujours paru particulièrement oiseux. La philosophie est une activité inventée par des Grecs voyageurs, par des Grecs planétaires (rappelons qu'en grec « planète » signifie « vagabond ») ; toute philosophie est donc grecque dans un certain sens, sans cesser par ailleurs d'être cosmopolite.
Si j'insiste sur le fait que les premiers philosophes furent des voyageurs ou des exilés, des déracinés en somme, c'est que cette caractéristique me semble primordiale pour comprendre en quoi consiste la philosophie et mérite tout particulièrement d'être rappelée aujourd'hui pour des raisons d'opportunité morale et politique. Le philosophe est, par excellence, l'homme qui arrive d'ailleurs, cet étranger inconnu qui apparaît dans certains dialogues platoniciens et aussi dans différentes tragédies. Comme il vient du dehors, seule la prudence l'oblige envers les croyances traditionnelles et l'autorité établie ; il est extérieur aux rivalités entre clans et n'a pas à s'occuper des affaires de la famille. Il observe d'un œil critique les routines de ceux qui l'entourent parce qu'elles n'en sont pas encore pour lui. S'il s'intéresse à la politique, bien souvent (Aristote !) il ne jouit pas même de droits civiques dans la polis où il réside. Il apporte des nouvelles de l'extérieur et compare les raisons du lieu avec celles qu'il a entendues ailleurs, fort loin. Il se rend compte que les hommes et les femmes de partout se ressemblent fondamentalement bien plus que les particularités locales ne le laissent paraître à première vue : la nature humaine est commune à tous, seules les lois et les coutumes varient. Il lui arrive d'ironiser avec plus ou moins d'impertinence à propos de l'orgueil patriotique. C'est ainsi que l'un d'eux ridiculisa ceux qui se vantaient d'être nés à Athènes en faisant observer qu'ils partageaient ce privilège avec de nombreux escargots et diverses espèces de champignons. Les premiers philosophes ont presque toujours un côté métis, ils sont tous un peu basanés… L'obéissant fils de famille patricien, le plébéien qui se méfie de tout ce qui vient du dehors, le pur-sang [en français dans le texte], qu'il accepte ou non sa condition, ne vivent jamais rien de nouveau. Ce philosophe qui a une mémoire mais pas de racines, ce penseur qui a rompu les amarres, n'exprime jamais une perplexité nationale ou une question de nature collective mais la stupeur et le malaise de l'homme seul face à l'immensité bigarrée du monde et à son hétérogénéité, de l'homme assiégé par des mythes et par des lois, par des superstitions et par des connaissances pratiques de toutes sortes.
Il semble bien que Démocrite ait été le premier à définir l'ami de la sagesse comme « cosmopolite », citoyen du monde qui comme tel n'est jamais complètement ou principalement « citoyen » de nulle part. Il est significatif que la tradition se souvienne de lui comme du philosophe qui rit, peut-être par opposition à Héraclite, prince d'Éphèse, qui pour des raisons obscures (comme toujours avec Héraclite) avait acquis la réputation d'être un pleurnicheur. Nous reviendrons sur l'eutimia démocritéenne à l'article joie de ce dictionnaire, mais il convient d'insister dès à présent sur le fait que Démocrite fut un penseur résolument ouvert, utilitariste, antireligieux, qui défendit une métaphysique non seulement matérialiste (ce n'est pas là le plus important, puisque le matérialisme est une idée ou un ensemble d'idées, comme l'idéalisme ou comme toute autre philosophie), mais avant tout remarquablement économe quant au nombre de ses principes cosmologiques. Cette volonté de rendre compte du plus de choses possible à l'aide du plus petit nombre d'idées possible situe Démocrite parmi les philosophes qui cherchent à démêler et à simplifier au maximum l'écheveau des mythes et des idéologies au lieu d'augmenter leur volume gazeux en y ajoutant de nouveaux leurres : il appartient à la race de ceux qui recourent à la philosophie pour se protéger contre la prolifération étouffante des doctrines de toutes sortes sans renoncer pour autant à comprendre le monde, c'est-à-dire à celle d'Épicure, de Lucrèce, de Montaigne et de Spinoza. Pour comprendre ce que ce naturalisme philosophique primitif a dû représenter à son époque, à la fin du ve siècle avant notre ère, il suffit de comparer les récits que les mythologies et les religions de toutes les cultures consacrent à l'origine de l'homme et de la société aux idées de Démocrite que l'historien Diodore de Sicile transcrivit des siècles plus tard. Pas question ici de dieux, de monstres ni de héros : la terre est une masse de boue humide que le soleil durcit et fait fermenter ; dans ce bouillon de culture apparaissent les embryons de tous les êtres vivants, qui se transforment progressivement, en fonction de la quantité de chaleur ou d'humidité qu'ils ont reçue au cours de la solidification de la fange terrestre. Les hommes proviennent d'êtres vivants inférieurs, comme n'importe quelle espèce animale ; au début, leur existence fut « pauvre, rude, brutale et brève », selon les mots célèbres de Hobbes qui font écho à ceux de Démocrite à plus de deux mille ans de distance. Ni l'origine conventionnelle du langage ni la diversité accidentelle des langues que parlaient et parlent encore les différentes tribus humaines n'échappent au vieil atomiste grec. Peu à peu, les hommes apprennent à vivre dans des cavernes, ils découvrent le feu, établissent les premières règles sociales et s'y conforment. Mais ces réussites ne sont ni présents divins, ni surprenante conquête d'un héros fondateur : elles sont le fruit douloureux de l'expérience collective affrontant un monde hostile : « L'homme n'apprend rien que par nécessité. La nécessité est le guide qui le conduit et elle trouve en lui un élève naturellement bien armé, puisqu'il dispose de ses mains, du langage et de son intelligence naturelle. »
Cette vigoureuse entreprise de démythification trouva son prolongement sur un plan plus strictement politique chez Protagoras, Antiphon et les autres sophistes. Tous insistèrent sur le caractère conventionnel des normes et des habitudes sociales et mirent l'accent sur le fait que l'homme est la mesure de toutes choses (c'est-à-dire que l'on ne considère jamais le monde qu'à l'échelle de la subjectivité humaine) et que les légendes religieuses portant sur l'au-delà n'ont d'autre fin que de renforcer l'obéissance des individus timorés au pouvoir en place. Les sophistes eux aussi étaient des voyageurs qui déambulaient entre les villes qui les recevaient et les rétribuaient le mieux : ils mettaient en regard la diversité des lois et l'unicité de la nature humaine et aventuraient des conclusions d'une inquiétante impiété. Ils étudiaient, en outre, les mécanismes de la persuasion et du langage et apprenaient aux citoyens libres de communautés égalitaires et discursives à se débrouiller par eux-mêmes dans la vie publique. Mais leur image nous est parvenue salie, en raison de la terrible inimitié de Platon à leur égard. Ce maître d'une subtilité prodigieuse détestait le naturalisme souriant de Démocrite, qu'il ne cite pratiquement jamais, et condamna le relativisme humaniste des sophistes avec une habileté intellectuelle qui n'avait d'égale que sa fréquente mauvaise foi. Comme Jean-François Revel l'observe très justement dans son Histoire de la philosophie occidentale, « alors que, dans la thèse opposant la Nature à la Loi, les sophistes avaient vu sans doute la source d'une fraternité humaine et d'une rationalisation de la politique, Platon, pour les discréditer, feint d'y voir de leur part une justification de la force pure. Il paraissait ainsi défendre la Justice alors qu'il défendait en fait la cité traditionnelle, antiégalitaire, intolérante, belliqueuse et xénophobe. » L'œuvre de Platon combine des éléments du passé, comme l'esprit religieux ou une récupération sui generis des mythes, à de formidables avancées sur le plan de l'analyse rationnelle des problèmes intellectuels. Ses idées politiques sont épouvantables, mais il les exprime de manière si fascinante que notre tradition intellectuelle n'a jamais osé les rejeter avec mépris. L'atmosphère de ses dialogues, où la légèreté de la peinture de mœurs se mêle à la tension intellectuelle la plus grande, représente à jamais pour nous le véritable climat dans lequel la philosophie s'épanouit. Avec peut-être autant de conséquences négatives que positives pour le développement ultérieur de la pensée occidentale.
La figure de Platon me permet d'aborder deux questions importantes relativement à ma conception de la philosophie : le rapport que celle-ci entretient avec la religion et avec l'humour. La philosophie s'oppose, depuis qu'elle existe, aux croyances religieuses traditionnelles et tend à substituer des explications de type naturaliste aux légendes surnaturelles qui portaient sur l'origine et le fondement de la réalité. Elle a pour objet non seulement le monde physique mais également l'espace social : pour justifier le pouvoir, les lois, les tabous et les coutumes, les philosophes n'en appellent ni aux dieux ni aux héros mais invoquent les forces politiques en conflit et la nécessité de recourir à la peur pour dissuader les citoyens récalcitrants de troubler l'ordre établi. La mise en évidence du caractère conventionnel et non sacré des lois qui régissent la société (et qui, dès lors, peuvent être bravées par ceux qui refusent et dénoncent ce conventionnalisme) constitue l'une des premières grandes idées subversives de la jeune pensée philosophique. Celle-ci allait jusqu'à nier l'existence des dieux ou à la considérer sans incidence sur le cours de la vie humaine (c'est la thèse d'Épicure). C'est nous, les hommes, qui façonnons les dieux à notre image, et non le contraire : cette opinion pleine de bon sens, qui fut défendue à l'époque moderne par Feuerbach, penseur lucide et éloquent, avait déjà été avancée par Xénophane de Colofon, lequel faisait observer que, dès lors que les dieux grecs étaient blancs et les dieux nubiens noirs, les lions et les ânes ne manqueraient pas, s'ils avaient leurs propres divinités, de se les représenter respectivement avec une crinière et avec de longues oreilles. La philosophie naît, pour bonne part, de la volonté de contrecarrer l'emprise considérable que la peur de l'au-delà exerce sur les individus les plus crédules ainsi que le malaise produit, chez l'homme intelligent, par l'enchevêtrement contradictoire de superstitions mythologiques prises au pied de la lettre. La croyance religieuse se caractérise par le fait qu'elle prétend être indiscutable, échapper à toute forme de controverse ou mise en question ultérieure et se fonder sur quelque chose qui se situe au-delà de toute compréhension humaine et dont la révélation provient d'un passé vénérable. Les premiers philosophes, par contre, débattent entre eux et parfois avec eux-mêmes et font preuve dans cet exercice d'une insolente liberté. Ils revendiquent comme spécifiquement humaine la faculté d'aboutir à des conclusions valables sur n'importe quelle question et considèrent que chacun peut, en raisonnant, découvrir aujourd'hui une vérité ignorée par les générations antérieures.
Même les philosophes qui invoquent la divinité ou reconstruisent des mythes pour appuyer leurs thèses, comme c'est le cas de Platon, se démarquent nettement de la tradition religieuse de leur temps : ils ne sont pas croyants mais théologiens. Je considère cependant qu'il est à la fois possible et opportun de tenter de préciser ce qui distingue la philosophie stricto sensu de l'utilisation théologique de la philosophie. Cette différence se manifeste clairement dans l'antagonisme qui oppose de grands philosophes qui furent aussi théologiens, comme Platon et Aristote, à des philosophes athéologiques tels que Démocrite ou les sophistes. En premier lieu, les théologiens témoignent généralement à l'égard du monde matériel qui nous est révélé par nos sens d'une méfiance mêlée d'insatisfaction qui peut aller jusqu'à la condamnation pure et simple : la réalité authentique, la réalité de première classe, n'est pas soumise au changement, elle est étrangère aux douloureux soucis et n'est pas promise à la disparition comme la réalité évidente qui nous entoure. L'intelligence humaine ne s'apparente nullement aux mécanismes transitoires de la matérialité observable ; elle démontre au contraire notre appartenance à un ordre immuable qui constitue la raison dernière de la malheureuse province où nous séjournons. Aussi la contemplation du réel est-elle une occupation plus noble que toute forme d'intervention sur la réalité contemplée : l'élément qui contemple est d'un rang supérieur à ce qui est contemplé. En second lieu, les théologiens soutiennent qu'il existe un plan parfaitement défini, un sens, une finalité ultime en direction de laquelle s'orientent les êtres naturels et vers laquelle les institutions sociales doivent être orientées. Les philosophes, au contraire, ne croient à aucun plan préétabli mais au hasard et à l'entrelacement contingent des nécessités. Il existe un certain ordre universel mais les philosophes s'inquiètent du comment de son fonctionnement et de son déploiement, tandis que les théologiens s'intéressent au pour quoi et au à partir de qui.
Au cours des siècles, la dialectique de la philosophie et de la théologie a connu de passionnants avatars (certains pathétiquement stériles, comme presque tout le Moyen Âge chrétien). Il ne s'agit pas d'un simple affrontement entre deux tendances représentées par des personnalités bien définies mais d'une ambiguïté intellectuelle fondamentale installée au cœur même de la pensée de certains grands raisonneurs. Il serait dès lors absurde de prétendre ici que philosophie et théologie ont été ou sont incompatibles, même si j'entends clairement me situer du côté de la philosophie athéologique et considère que la modernité philosophique tire ses meilleurs résultats du rejet résolu de toute théologie. Je ne me risquerais pas même à dire que la vocation philosophique est incompatible avec la religion comme telle, en tant qu'ensemble articulé de croyances et d'expériences transrationnelles portant sur l'infinité de l'existant et répondant à la question peut-être vaine de sa signification globale. Au fond, religion et philosophie s'accordent en ce qu'elles recherchent, l'une comme l'autre, une doctrine qui puisse servir de sédatif à l'accablante perplexité de la vie consciente. Tout le reste est science, technique ou savoirs instrumentaux. C'est peut-être Octavio Paz qui, avec une élégante concision, a le mieux défini les missions respectives de ces deux voies si fréquemment opposées : « Le baume qui cicatrise la blessure du temps se nomme religion ; le savoir qui nous amène à vivre avec notre blessure se nomme philosophie » (La Flamme double). Ce qui me paraît inadmissible, c'est que l'on use malhonnêtement de l'une et de l'autre et que l'on cherche à faire de la philosophie une sorte de religion qui aurait troqué la soutane pour le clergyman ou s'habillerait en civil avec un scapulaire sous sa chemise (rappelons-nous que Kierkegaard définissait le penseur comme un « agent secret de la religion »). Une même personne peut être religieuse et pratiquer la philosophie, mais la philosophie en tant que telle n'est pas religieuse. En tout cas, la philosophie comme tâche intellectuelle est l'ennemie mortelle de la foi, de l'irrationnel, de la superstition, des Églises en tant qu'institutions s'arrogeant le monopole de vérités indiscutables, de l'obéissance intellectuelle absolue et de l'obéissance intellectuelle à l'Absolu. L'attitude philosophique est incompatible avec l'ineffable, avec ce qui tire son prestige du renoncement à la parole, avec l'ésotérisme mystique : Ortega souligne (dans Qu'est-ce que la philosophie ?) que « face au mysticisme, la philosophie voudrait être secret que l'on crie sur les toits ». Le philosophe ne devient tel qu'en s'efforçant de se rendre compte du réel dans son ensemble ; mais il ne l'est pleinement que lorsqu'il en rend compte aux hommes qui sont disposés à l'écouter et à dialoguer avec lui, sans manières et sans corporatisme. La philosophie sait qu'elle n'est jamais à l'abri de l'erreur et a dès lors la volonté rationnelle de se corriger sans cesse : si sa vérité peut toujours être mise en doute, le philosophe est indubitablement sincère en tant qu'il parle en son propre nom (« c'est moi que vous écoutez, pas le Logos ») et s'astreint à être responsable, c'est-à-dire à répondre de façon raisonnée. La figure la plus opposée à celle du philosophe, parce qu'elle est la plus éloignée de la sincérité, est celle du prêtre, qui parle au nom de l'Ineffable et propose comme argument ultime la soumission à l'Énigme.
L'autre sujet que je voudrais aborder ici est la relation que la philosophie entretient avec l'humour. Il y a un quart de siècle, quand j'ai commencé à écrire, j'ai placé en exergue de mon œuvre ces mots de Bernard Shaw : « Toute tâche intellectuelle est humoristique. » Dès lors, si l'on me fait remarquer que mes efforts théoriques ont été et sont encore risibles, je n'aurai aucune raison de mal le prendre. En matière de philosophie surtout, l'esprit de sérieux (sévérité dans la voix, grandiloquence, prétention au sublime, intimidation académique, autotransfiguration méprisante en messie de la pensée rigoureuse dans un monde de trivialités) m'est toujours apparu comme le pire des symptômes : il ne fait jamais défaut à ceux qui comprennent le moins.
Il me semblerait à la fois indigne et stupide (indigne parce que stupide) de renoncer à « l'atmosphère joviale et sportive que doit respirer toute philosophie qui entend être sérieusement philosophie et non pédanterie », comme dit Ortega dans son œuvre déjà citée. Et notre auteur de placer sa réflexion sous le plus noble des patronages : « Platon, dans ses dernières œuvres, s'amuse souvent à jouer sur le sens de deux mots qui, en grec, se prononcent presque de la même manière, paideia - culture, éducation - et paidia - enfantillage, jeu, plaisanterie, jovialité. » Observation pleine de perspicacité mais sans surprise pour le lecteur qui est déjà familiarisé avec le ton moqueur de Socrate et avec sa façon souriante et déconcertante à la fois de lancer la discussion sur les questions les plus essentielles. C'est d'ailleurs dans l'acceptation de ce jeu équivoque mais significatif entre paideia et paidia (la première débouche toujours sur la seconde ou y aspire), que réside la différence entre l'homme réellement cultivé et le mid-cult, l'individu à moitié cultivé : ce dernier est plus emphatique, plus méprisant à l'égard de tout ce qui est populaire (un roman est toujours meilleur que son adaptation cinématographique, la télévision est une invention lamentable) et croit qu'il suffit de se pâmer d'admiration pour faire preuve de discernement. Le philosophe sérieux (autrement dit borné) se méfie de toute forme de divertissement parce qu'il ignore que la connaissance, sous toutes ses formes, n'est jamais qu'un divertissement transcendantal. Il n'est qu'à voir comme il fait la fine bouche lorsqu'il se réfère à l'art dans son argumentation : il cite volontiers Paul Klee ou Musil, mais fait rarement preuve de la belle légèreté d'un Ernst Bloch, qui n'hésitait pas à placer côte à côte sur une même page des citations d'Hegel et de Karl May, ou d'un Clément Rosset, qui a souvent recours dans son travail au témoignage implacablement drôle de Tintin ou de Jacques Tati. La devise de celui qui pense peu ou mal tient en ces mots : « Que va-t-on penser de moi ? » Rien de moins respectable chez un philosophe que cette soif manifeste de respectabilité.
Il va de soi que la présence de l'humour - ou, pour être plus exact et plus radical, du rire - dans la philosophie ne tient pas seulement à son contenu intellectuel ni aux plaisanteries qui l'agrémentent, mais avant tout au style, qui en est l'expression privilégiée (n'oublions pas que la philosophie est, depuis de nombreux siècles déjà, un genre littéraire… à supposer qu'elle ait jamais été autre chose). Commentant, dans Sur Nietzsche, la formule oraculaire « écris avec ton sang », Georges Bataille en atténue la terrible rhétorique mais en accroît l'exigence stylistique en indiquant qu'il pousse à écrire de la même manière que l'on rit. C'est bien ainsi que je vois les choses : le philosophe, et surtout le philosophe contemporain, devrait écrire en proie à une perte, à un scandale semblables à ceux du rire. Écrire de manière contagieuse, aussi. Avec délectation, insolence et légèreté (Voltaire !). Que les probes fonctionnaires (« Quelle édition citez-vous ? ») et les partisans de l'attitude édifiante (presque toujours dramatique : « On ne peut pas continuer comme ça, la vraie vie est absente ! ») se rassurent : bien rares - à supposer qu'ils existent - sont les philosophes professionnels reconnus qui écrivent de si improbable manière. Certains de ceux qui s'y risquent optent plutôt pour l'essai littéraire ou produisent des œuvres plus inclassables encore, comme celles de Cioran ou comme Le Tombeau de Palinure de Cyril Connolly (exemplaire par ses citations, son rythme, son engagement spirituel, et cetera).
Évoquons deux autres symptômes fréquents de l'absence d'humour en philosophie : le premier, aujourd'hui obsolète, est l'obstination systématique (Adorno nous avertit que « la philosophie qui se penserait encore comme totale, en tant que système, parviendrait certes à être un système, mais un système de délire ») ; le second, encore fréquent et qui a pris la place du premier, consiste à affirmer obstinément le caractère scientifique de la philosophie ou à rejeter celle-ci en raison de son manque total de scientificité. De la science sinon rien, insiste-t-on, sans voir qu'une complète identification à la science sonnerait le glas de la philosophie (je parle surtout de la philosophie moderne, indissociable d'une science disposant de méthodes qui lui sont propres et à laquelle elle ne cesse de s'affronter). Cette obstination est une faute de goût (manque d'humour, on l'a vu) comparable à celle qui consiste à croire que les confessions écrites d'un criminel valent mieux que Crime et Châtiment ou que le dossier complet d'un véritable adultère est plus digne d'intérêt que Madame Bovary. Ceux qui pensent ainsi n'ont pas compris que si Dostoïevski et Flaubert rejettent la transcription mimétique d'un fait divers authentique, ce n'est pas pour obéir aux caprices de leur imagination mais parce que leur exigence littéraire est pleinement réaliste. Il convient de rappeler aux médecins légistes qui s'obstinent à signer l'acte de décès d'une philosophie rendue caduque par la science, le judicieux diagnostic de Georg Simmel : « L'achèvement de l'expérience empirique remplacerait sans doute aussi peu la philosophie - entendue comme interprétation, coloration, accentuation sélective du réel par l'individu - que la perfection de la reproduction mécanique des phénomènes ne rendrait superflus les arts plastiques » (Philosophie de l'argent). Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que sa coexistence avec la science moderne n'ait pas radicalement transformé la tâche de la philosophie, tout comme l'invention de la photographie a profondément modifié la pratique des beaux-arts… En fin de compte, la plaisanterie suprême, celle qui scintille au plus profond du savoir philosophique, celle dont l'incessant clin d'œil stimule toutes les autres, tient en cette interrogation que nous lance José Bergamin dans l'une de ses fusées les moins « pyrotechniques » : « Que t'importe de ne pas savoir sur quel pied danser si, au bout du compte, tu devras quitter la piste ? »
Récapitulons. La tradition philosophique veut accéder à une connaissance globale et laïque du réel. Cette connaissance a pour but non pas tant d'établir tous les autres savoirs à la place qui leur revient que d'installer le sujet qui pratique la philosophie à travers ceux-ci et entre la vie et la mort. Installation fort incommode pour le sujet qui doit faire preuve d'une force de caractère hors du commun ou risque bien de voir ses efforts d'accommodation se résumer à de languissants clignements d'yeux. Une conviction philosophique se définit par trois traits fondamentaux : elle naît d'intuitions explicables à partir de raisonnements fondés sur l'observation et sur l'expérience intersubjective ; elle ne se transmet ni par simple imprégnation culturelle ni au travers de rites collectifs mais de personne à personne (c'est-à-dire au moyen d'un effort individuel indélébile) et tend à simplifier la mythologie luxuriante propre à chaque société, ou à y résister, plutôt qu'à l'enrichir. Je représenterai respectivement chacun de ces traits par les lettres A, B et C, afin de les commenter de manière un peu approfondie.
A met l'accent sur le lien nécessaire qui unit l'activité philosophique et la raison, comprise au sens le plus large et le plus imaginatif possible. J'entends par « raison » la faculté logique d'argumenter à partir de causes naturelles, en se fondant sur une suite patiente d'essais et d'erreurs et en allant de ce que l'on connaît le mieux vers ce que l'on ignore encore. Le postulat de base de la raison est que l'univers dans son ensemble est homogène et symétrique (c'est-à-dire que les lois qui permettent d'expliquer son fonctionnement s'appliquent en chacune de ses parties et qu'il n'y a pas en lui de zones qui échapperaient à la causalité, par exemple, ou dans lesquelles agiraient des forces contraires à toutes les autres), que l'on ne peut rien fonder sur la foi en des révélations surnaturelles ou en l'autorité d'une tradition indiscutable et qu'il faut établir ce qui est bon ou mauvais pour l'homme en fonction de repères pris dans son existence terrestre et non de la perspective d'une vie après la mort. Si les intuitions explicables de la philosophie transcendent les découvertes de la science moderne et bien souvent les remettent en cause, elles perdent toute validité lorsqu'elles les rejettent totalement ou prétendent provenir d'une source de connaissance ontologiquement supérieure. Malgré le dictum d'Unamuno selon lequel la philosophie « penche plus du côté de la poésie que de celui de la science » (Montaigne, plus catégorique, voyait dans la philosophie « une poésie sophistiquée »), la science comme la poésie doivent se trouver dans la couche de la philosophie, et si la demoiselle ne veut pas demeurer mystiquement vierge, elle doit se laisser féconder alternativement par l'une et par l'autre. Il va de soi que la raison dont nous parlons n'est pas purement objective ; elle est aussi (de par sa pleine rationalité) subjective et tout ce qui est de l'ordre du symbolique, de l'émotionnel ou de l'instinctif mérite autant son attention que la loi de la gravité ou l'entropie. Il n'est nullement question ici de rationaliser à outrance la philosophie mais bien de rejeter tout baptême philosophique de l'irrationalité. En un mot, toute philosophie digne de ce nom doit nécessairement assumer l'héritage des Lumières. Tel était le point de vue de Nietzsche, génial continuateur de la pensée des Lumières (même si d'aucuns s'obstinent, envers et contre tout, à faire de lui tout le contraire), qui lançait cet avertissement : « Que les écrivains qui auront recours à la raison pour écrire contre la raison prennent garde de ne pas se dégoûter eux-mêmes. »
En second lieu, B renvoie à la transmission de la philosophie, non pas au moyen de cérémonies culturelles ni de rites collectifs, mais sur base de la relation de personne à personne et, surtout, de l'effort individuel. Disons un mot ici de l'orchestration académique de la philosophie, question que j'ai déjà abordée de manière particulièrement indirecte et perverse à propos de l'humour. La pratique philosophique actuelle s'inscrit dans le prolongement d'une tradition intellectuelle qui accorde une place importante à son propre passé dans le cadre de sa réflexion. Il serait prétentieux, et surtout ridicule et vain, de se mettre à philosopher sur un thème quelconque en oubliant ou en négligeant ce qui a déjà été pensé sur la question ou, dans ce qui a été pensé, ce qui peut être mis en rapport avec elle. Non seulement parce que nous nous appuyons toujours sur ce qui a été pensé pour avancer nos propres idées, mais surtout parce que le sujet philosophant lui-même, dans son geste d'impiété et d'autonomie, convoque ceux qui l'ont précédé comme son authentique fratrie. C'est le souvenir des efforts philosophiques passés qui légitime notre activité philosophique présente. Le conserver et le transmettre, en faire l'objet de commentaires, constitue une tâche qui, loin d'être oiseuse, est absolument indispensable. Toutefois, Ulysse nous l'a appris, les ombres des morts ne nous livrent leurs informations que si nous les attirons en versant notre propre sang. Connaître le nom des sages et les pages exactes où s'énonce leur savoir est la forme de connaissance la plus limitée qui soit et n'a assurément rien à voir avec ce qui mérite d'être dit « sagesse ». Il n'est guère préférable (même avec toute la finesse et tout l'esprit critique du monde) de faire des sages eux-mêmes et de leurs idées l'objet d'étude exclusif d'une philosophie byzantine, complexée face aux sciences expérimentales et craignant de se voir confondue avec les affirmations vagues et édifiantes de la religion. J'ai bien peur pourtant que, dans une large mesure, ce soient là les seules activités qui jouissent aujourd'hui d'une réelle respectabilité académique. La philosophie est devenue pure philologie dans nos amphithéâtres : parfois grecque ou latine, ce qui est un moindre mal, mais bien souvent exclusivement allemande. Celui qui pense directement (sans rejeter, bien entendu, ce qui a déjà été pensé avant lui, mais en l'intégrant à une dynamique intellectuelle propre) fait figure de naïf ou de simplificateur irresponsable. La mort, la liberté, les tentations et les dangers auxquels nous sommes exposés ne sont plus désormais que de simples prétextes à énumérer des références bibliographiques ou à réaliser des commentaires de texte. Si bien qu'il en va à peu près de la philosophie comme de l'opéra : à l'instar de ce dernier, elle ne consiste plus qu'à interpréter de vieux airs avec virtuosité, en les agrémentant tout au plus, de temps en temps, de cadences originales. Cette discipline a, certes, ses Pavarotti et ses Placido Domingo (sans oublier, pour être politiquement corrects, quelques Victoria de Los Angeles), qui nous offrent des interprétations extrêmement agréables et de très haute tenue, mais nous devons, la plupart du temps, nous contenter de sopranos et de ténors de seconde zone qui n'ajoutent rien ou fort peu au plaisir des enregistrements historiques connus de tous (dans certains cas, le seul intérêt qu'ils présentent tient à la sophistication des techniques phonographiques actuelles qui leur permet d'atteindre à une très haute qualité sonore… ou à une intelligibilité supérieure, mais au prix d'une plus grande froideur. Nous manquons en revanche de compositions nouvelles intégrant à un schéma classique les harmonies et les dissonances du temps présent ; nous manquons de ces aventuriers qui, portés par le vin et l'ambiance chaleureuse de la noce, se mettent spontanément à chanter les grands airs du répertoire sans trop se souvenir des paroles ; j'irais jusqu'à dire que nous manquons de chanteurs de rue passionnés de bon rock, ou d'une country aussi peu écologique que possible…
(...)

Haut de page

Copyright © Éditions Grasset & Fasquelle
61, rue des Saints-Pères 75006 Paris
Tel: 01 44 39 22 00 - Fax: 01 42 22 64 18