Premiers chapitres
Michel Orcel
Verdi
La vie, la mélodrame
biographie

 

Michel Orcel, maître de conférence à l'Université et historien de l'opéra, est également poète, romancier (Le sentiment du fer, Grasset) et traducteur des grands Italiens (Michel-Ange, Da Ponte, Leopardi). Il vient de publier aux Editions du Seuil une version intégrale et très remarquée du Roland furieux de L'Arioste et, aux Editions Belin, des essais intitulés Italie obscure.

  

CHAPITRE I
" Devenir quelqu'un parmi les hommes"

ne des légendes les plus défavorables à la connaissance critique de l'œuvre de Verdi touche à l'origine sociale et à la formation du compositeur. Cette légende, en partie nourrie par le musicien lui-même - chez qui l'on flaire, comme chez le grand dramaturge Vittorio Alfieri, l'un de ses maîtres, le souci de s'autogénérer -, voudrait que Verdi fût né dans un milieu paysan d'une grande pauvreté et n'eût reçu qu'une éducation élémentaire. En vérité, la figure hagiographique du génie naissant tout armé, et presque sans géniteur, ne sert en rien le décryptage de l'œuvre verdien et doit être abandonnée au profit d'une histoire et d'un portrait plus subtils.
Giuseppe Verdi (dont l'acte de naissance fut rédigé en français, par suite du rattachement du nord de l'Italie à la France napoléonienne) naquit - une incertitude demeure3 - le 9 ou le 10 octobre de l'an 1813, dans le village de ou des Roncole (aujourd'hui Roncole Verdi), près de l'antique bourgade de Busseto, capitale de l'Etat souverain des Pallavicini jusqu'à la fin du xvi e siècle. Son père, Carlo Verdi, était aubergiste et petit propriétaire foncier. Le portrait de lui qui se forme à l'étude des documents ne le rend guère sympathique (malgré les larmes qu'il versa lorsque, à la représentation de Nabucco à Parme, il assista pour la première fois au triomphe de son fils), et Verdi n'eut jamais des rapports faciles avec lui. Sa mère, Luigia Uttini, semble, en revanche, avoir été une excellente femme ; elle tenait le ménage et filait. Si l'on en croit une de ces anecdotes à demi fabuleuses qui entourent l'enfance du compositeur, en 1814, la jeune mère sauva le nourrisson de la barbarie des troupes russes en se réfugiant avec lui dans le clocher de l'église du village. L'enfant n'avait pas cinq mois. Selon les biographes les plus récents, l'événement est fort plausible, à cela près que les armées étrangères qui se battirent contre les Français dans la zone des Roncole (entre février et mars 1814) ne semblent pas avoir compté de contingents russes.
La branche maternelle du musicien, lointainement originaire des Alpes suisses, avait compté au xviii e siècle deux cantatrices de renom, un ténor qui se produisit avec Mozart lors d'un concert donné en 1770 à l'Académie royale de Mantoue, et surtout un compositeur, Francesco Antonio Uttini, qui avait épousé une nièce d'Alessandro Scarlatti et composé la musique du couronnement de Gustave III de Suède, ce même monarque dont l'assassinat servira bien plus tard d'argument à l'un des chefs-d'œuvre de Verdi (Un bal masqué). Le compositeur ignorait très probablement ces détails, qui montrent cependant que, du côté maternel, l'enfant n'était pas né de rien. Du côté paternel, la filiation est beaucoup plus obscure, mais les Verdi appartenaient depuis plusieurs générations à la petite bourgeoisie paysanne ; et il faut au moins redire avec force que le père de Verdi eut le mérite de faire donner à son fils - que, tout austère que fut son enfance, il faut imaginer dans le monde un peu pittoresque des auberges de campagne - l'éducation la meilleure qui se pouvait alors concevoir dans le contado, la province paysanne, de Parme. Dès l'âge de quatre ans, l'enfant reçut des leçons particulières d'italien et de latin, et entra à l'école du village à l'âge de six ans, s'initiant en même temps (orgue et, peut-être, direction chorale) à la musique, laquelle, au dire des contemporains, provoquait déjà chez lui une sorte d'extase. Cette attraction poussa les Verdi à acheter à leur fils une petite épinette, instrument auquel le compositeur resta fort attaché et qui se trouve aujourd'hui au Musée de la Scala. C'est à peu près à cette époque que se situe une seconde anecdote chère à l'hagiographie verdienne. Un jour qu'il servait la messe à l'église du village, captivé par la musique de l'orgue, le petit Verdi n'entendit pas le prêtre lui demander les burettes. Le curé donna une bourrade à l'enfant, qui roula au pied de l'autel et, humilié et furieux, lui lança en dialecte : " Dio t'manda 'na sajetta ! ", entendez : " Que Dieu te foudroie ! " Si elle s'arrêtait là, l'anecdote ne ferait guère qu'illustrer l'empire que la musique exerçait déjà sur l'enfant, sa promptitude de caractère, et les racines de son futur anticléricalisme. Mais le fait est que, huit ans plus tard, le curé, en même temps que quatre autres prêtres et deux choristes, fut réellement tué par la foudre dans une église du pays. Verdi échappa fortuitement à la catastrophe, mais la vision qui s'offrit à lui quand il arriva dans l'église - horreur et grotesque mêlés, le prêtre avait été foudroyé en train de priser du tabac - le marqua si fort que, bien des années plus tard, il se le rappelait comme un événement presque onirique. La malédiction - qui était appelée à jouer un rôle si grand dans la mécanique du mélodrame verdien (dans Nabucco, où le roi est, justement, foudroyé, dans Macbeth, Rigoletto, Simon Boccanegra, La Force du destin) - semble ainsi trouver une troublante origine dans la vie même du compositeur, chez lequel on peut aussi bien voir un héros doté de pouvoirs divins que le coupable d'un meurtre magique.
Cependant, grâce à l'épinette, aux leçons du maître d'école et au caractère sérieux de l'enfant, " peu enclin au divertissement " et, selon les souvenirs de certains, déjà doté d'une aura d'autorité, les dons musicaux de Verdi faisaient merveille, si bien que le conseil de fabrique le nomma, à douze ans à peine, organiste titulaire de l'église du village. Entre-temps, ses parents l'avaient envoyé à Busseto pour poursuivre son éducation au Gymnasium, école secondaire dont il suivit le cycle normal. L'adolescent s'éloigna ainsi de la maison familiale et de sa petite sœur, Giuseppa Francesca, qu'il chérissait, dit-on, comme lui-même, et qui mourut en 18334. Le directeur du Gymnasium, don Pietro Seletti, était, dans les limites de la province et de l'époque, un intellectuel curieux, passionné de lettres grecques et hébraïques, évidemment bon latiniste, philologue et même astronome amateur. Musicien, enfin, cela va de soi dans une des provinces les plus naturellement musiciennes de l'Italie, où verront plus tard le jour Toscanini et Respighi. Toutefois, du point de vue musical, c'est à Antonio Provesi, organiste de Busseto, qui avait été l'élève d'Alessandro Rolla (lui-même maître de Paganini et de Paer), ainsi qu'à Antonio Barezzi, un des premiers commerçants de la ville5, que l'adolescent dut la poursuite de sa formation musicale. Provesi était doté d'une nature rebelle et poétique. Barezzi, quant à lui, était un dilettante passionné et, comme toute une partie de sa famille, un bon musicien, pratiquant plusieurs instruments à vent. Bien longtemps avant de devenir son beau-père, il fut pour Verdi un véritable mécène, dont le compositeur répéta souvent qu'il lui devait " absolument tout " et qu'il l'avait aimé " comme un père6 ". Les deux hommes, Barezzi et Provesi, régnaient sur la Société philharmonique de la ville, bastion de la musique profane et foyer de l'anticléricalisme local. C'est donc tout en travaillant l'harmonie et la composition que Verdi poursuivit ses études littéraires, au cours desquelles il fréquenta notamment, et non sans succès, Virgile, Juvénal, Pline, Cicéron... Avant d'attaquer, entre seize et dix-sept ans, Alfieri, Manzoni et (si l'on en croit sa plus récente biographie) Shakespeare. Chacun sait l'adoration qu'il portait aux Fiancés et à son auteur (" le Saint "), auquel il dédia bien plus tard son Requiem, et, plus profondément encore, au dramaturge anglais, qu'il connaissait à fond et avec lequel il se colleta sa vie durant. Mais on ignore, ou l'on sous-estime le plus souvent, l'influence qu'eut sur lui le théâtre d'Alfieri, dont, jusqu'à l'époque de l'indépendance italienne, il allait en quelque sorte devenir, du double point de vue esthétique et politique, le vrai successeur. La vitesse de l'action, l'âpreté phonique, la grandeur barbare des personnages, la soif de liberté unie au pessimisme le plus amer sont autant de points, non exhaustifs, qui apparentent les deux œuvres. Malgré les sources européennes du mélodrame verdien, apparemment si éloigné du néoclassiscime presque étouffant d'Alfieri, Nabucco, I due Foscari, Attila, Don Carlos et jusqu'à Aida témoigneront, chacun à sa manière, fût-ce de façon de plus en plus labile, de la permanence de cet intertexte. Disons déjà que, d'après les jugements enthousiastes de Barezzi et de son cousin Giuseppe Demaldè, une des toutes premières compositions vraiment notables du musicien encore adolescent (il avait quinze ans) fut une cantate pour baryton et orchestre en huit mouvements intitulée Les Délires de Saül, pièce, hélas perdue, directement inspirée d'un des chefs-d'œuvre du dramaturge piémontais (Saul). En 1830, du reste, au milieu de mille autres travaux, le jeune Verdi composa, à l'occasion de la Semaine sainte, des Lamentations de Jérémie pour baryton et orchestre. Ce qui nous donne l'occasion d'ajouter l'Ancien Testament aux grandes lectures formatrices du musicien.
Verdi avait fini ses études secondaires en 1827 avec la mention " Très bien " et achevé sa formation musicale à l'école de Provesi en 1829. Son premier concert public, donné au pied levé, à l'âge de treize ans, dans l'église du Gymnasium, avait révélé à tous son talent ; d'autres concerts confirmèrent sa gloire locale. Durant les trois années suivantes, il continua à tenir l'orgue des Roncole, à aider son maître de musique et à écrire une foule de compositions (" des marches par centaines ", selon ses propres mots, des sinfonie, des variations pour divers instruments, des pièces religieuses, parmi lesquelles un Stabat Mater et une Messe à quatre voix), compositions sans aucune valeur, au dire même du compositeur, mais techniquement utiles, destinées à la Société philharmonique, à l'église et au théâtre de Busseto. C'est pour cet établissement qu'il écrivit en 1828 une ouverture pour le Barbier de Séville, qui suscita l'enthousiasme de ses concitoyens. Il donnait également des leçons de musique à la fille de son protecteur, Margherita Barezzi, qui deviendra quelques années plus tard sa première épouse. Barezzi, non content de soutenir le jeune homme, lui avait ouvert sa maison, laissé la libre disposition de son piano à queue viennois, et confié l'éducation musicale de sa fille. Entre le jeune maître, ardent sous sa sévérité, et une tendre jeune fille à la splendide chevelure, dont la douceur et les dons musicaux dissimulaient une vraie force de caractère (la vie du couple à Milan le montrera7), tout était en place pour une idylle. La romance, découverte par la mère de Margherita, aurait pu choquer la famille, mais le lien qui unissait Barezzi à Verdi (on n'insistera jamais assez sur cette paternité de substitution) était déjà trop puissant, et, bien qu'on ait alors mis un peu de surveillance dans les entrevues, le compositeur, loin d'être inquiété, continua d'habiter chez son protecteur, où il jouissait d'une grande et belle chambre depuis le mois de mai 1831. L'année suivante, Verdi obtint, du Mont-de-Piété de Busseto, une petite bourse pour poursuivre ses études musicales, et partit durant l'été pour Milan dans l'espoir d'être reçu au Conservatoire. Son passeport le décrit " de haute stature " (et, en 1867, Jules Claretie le décrira de " haute taille8 " ; mais c'est une appréciation très dépendante de l'époque et des lieux : un journaliste allemand dira plus tard de lui qu'il était " de taille moyenne " ; en réalité, il devait mesurer environ un mètre soixante-quinze) ; les yeux gris - bien que certains portraits des années 40 le dotent d'un regard franchement noir, pour accentuer peut-être son physique un peu fatal9 ; une abondante chevelure châtain foncé ; un visage maigre et pâle, une barbe épaisse, le nez aquilin, les lèvres fines. Ce physique plutôt avantageux est tout de même gâté par la timidité farouche du jeune homme. Et, en déployant chronologiquement les portraits et photographies que nous possédons de lui, on constate que sa beauté s'assombrira dans les années 1840-1860 pour s'épanouir ensuite avec les ans, jusqu'à culminer dans le masque batailleur aux yeux gris et à la barbe hérissée, sous le haut-de-forme luisant et l'écharpe de soie, que lui donna Boldini dans le magnifique portrait de 1886, aujourd'hui visible à la Galerie nationale d'art moderne de Rome.
A la veille de l'été 1832, Verdi, accompagné de son père et de son vieux maître Provesi, fit donc son entrée dans la capitale lombarde, avec, on l'imagine, les sentiments d'un jeune homme de la campagne à la fois craintif et conscient de sa valeur. Hélas, le 22 juin, bien qu'il ait été recommandé au violoniste et compositeur Alessandro Rolla, qui le soutint, il fut refusé au Conservatoire pour des raisons de technique pianistique (la position de la main était défectueuse) longtemps jugées injustes, mais qui, aujourd'hui, ne semblent pas incompréhensibles vu son âge, supérieur à la limite officielle, et sa condition d'" étranger " puisqu'il était sujet du duché de Parme. Ce refus humilia l'ombrageux et timide jeune homme, qui, sur le conseil de Rolla, prit alors pour maître privé Vincenzo Lavigna, ancien élève de Paisiello, compositeur et maestro al cembalo, c'est-à-dire claveciniste et directeur d'orchestre, à la Scala (où il avait autrefois dirigé la première italienne de Don Juan et préparé, l'année précédente, la création de la Norma de Bellini). On observait alors en Italie une nette coupure entre l'enseignement académique (harmonie, contrepoint et composition) et l'apprentissage de la scène, où les compositeurs se formaient sur le tas. Lavigna, s'il laissa en friche le domaine de l'instrumentation - dont Verdi devra explorer plus tard par lui-même les possibilités dramatiques - donna au jeune musicien des leçons de composition et une solide formation contrapuntique (Verdi se plaignit plus tard de n'avoir cessé d'écrire sous sa dictée " des canons et des fugues, des fugues et des canons à toutes les sauces "), lui fit étudier à fond Don Juan et le poussa à prendre un abonnement à la Scala. Verdi put y entendre des œuvres de Luigi Ricci, Mercadante, Donizetti (de ce dernier, notons la belle et sévère Fausta, variation sur le thème de Phèdre, qui avait été créée à Naples en 1831) ; un an plus tard, dans le même théâtre, il admira certainement le duel vocal auquel se livrèrent la Pasta et la Malibran (de cette dernière, il avait à la fin de sa vie le souvenir d'une artiste " inégale ", mais " vraiment merveilleuse "). Il put ainsi découvrir la Norma, La Somnambule, Les Capulets et les Montaigus de Bellini et l'Otello de Rossini. Parallèlement, il étudiait des compositions de maîtres anciens et modernes, italiens (Carissimi, Corelli, Marcello) ou germaniques (Haendel, Haydn, Mozart, Beethoven et même Mendelssohn, qui était son contemporain) ; études qui furent sans doute très profitables au renouvellement constant de ses formes musicales, et qu'il enrichit de lui-même, après les œuvres de la maturité, jusqu'à se passionner au soir de sa vie pour l'écriture contrapuntique.
La première année de cet enseignement, Verdi fit preuve du plus grand sérieux. Mais, l'année suivante, il dut déménager de chez le neveu de don Pietro Seletti (son ancien directeur au Gymnasium), qui l'hébergeait à Milan et se plaignait de sa conduite. Il était indiscipliné, impertinent, incivil même, se relâchait dans ses études, et flirtait, probablement, avec la fille du maître de maison, avec laquelle il se rendit d'ailleurs à Busseto en 1833, alors que tout le monde le tenait déjà pour fiancé à Margherita Barezzi. Même en réajustant la portée des critiques acerbes de son logeur, force est de constater qu'il dut déménager une seconde fois pour les mêmes raisons, ce qui apporte un sérieux correctif au portrait de l'austère jeune homme peint par l'hagiographie verdienne. Enfant studieux de la campagne, Verdi découvrait la liberté ; papillon des champs, il se laissa éblouir par la vie frivole et mondaine de la capitale lombarde. Et ce, non sans profit. C'est ainsi qu'en 1834, il entra en contact avec Pietro Massini, directeur de la très bourgeoise Société philharmonique de Milan, qui abritait en son sein d'ardents libéraux, admirateurs d'Alfieri, parmi lesquels le comte Pompeo Belgiojoso, beau-frère de la célèbre princesse. La chance voulut qu'on lui proposât un jour de remplacer le maestro al cembalo lors d'une répétition de La Création de Haydn. Il se tira si brillamment de l'épreuve (Verdi évoquera dans sa vieillesse " les petits sourires ironiques de messieurs les dilettantes10 " qui avaient précédé l'exécution) qu'on finit par lui confier la direction de la première, unanimement fêtée, puis celle d'une représentation de La Cenerentola (Cendrillon) de Rossini, non moins bien accueillie. Dans ses souvenirs, Verdi se garda bien de (se) rappeler que c'était en l'honneur de l'empereur Ferdinand Ier d'Autriche qu'à la même époque le comte Borromeo lui avait commandé une cantate. Dissimulation volontaire ou omission de la mémoire, le compositeur parla d'une cantate de mariage. Anecdote significative, qui illustre la duplicité souvent inconsciente dont Verdi fit preuve maintes fois dans la reconstruction de ses souvenirs. Son tempérament introverti lui fit toujours haïr les confidences, mais d'autres ressorts, plus archaïques, plus secrets (un puissant conflit affectif avec son père, sans doute, et un douloureux sentiment d'infériorité qui le hantera toute sa vie), lui firent souvent exagérer l'humilité de ses origines et de sa formation pour accentuer, nous l'avons dit, les traits magiques d'une autogénération.
Cependant, alors qu'il avait déjà un élève dont les leçons étaient payées par Antonio Barezzi, qu'il se transformait au contact du monde milanais et songeait à exploiter ces succès en usant de ses nouvelles relations, il dut rentrer à Busseto, où son protecteur, son père et ses partisans voulaient qu'il prît la place de maître de chapelle laissée vacante, l'année précédente, par la mort d'Antonio Provesi. Le poste devint alors l'enjeu d'une véritable guerre communale - tractations infinies, pamphlets, querelles et même coups de poing - entre partisans (libéraux) et adversaires (cléricaux) de Verdi, une guerre qui dura près de deux ans et contraignit le gouvernement ducal de Parme à prendre des mesures draconiennes. Enfin, muni d'un certificat de Lavigna (qui, devant ses difficultés, lui préparait sa nomination au poste de maître de chapelle de Monza), il se rendit à Parme pour passer les épreuves du concours devant le maestro Giuseppe Alinovi, organiste à la cour et musicien de qualité, dont Paganini, qui allait prendre pour peu de temps la direction du théâtre ducal, avait fait un grand éloge11. Il réussit sans difficulté, n'ayant qu'un concurrent, mais il fit surtout l'admiration d'Alinovi, qui, à la fin des épreuves, lui aurait déclaré : " Jusqu'à présent, j'ai rempli mon rôle d'examinateur sans faiblesse, mais, maintenant, j'endosse celui d'admirateur. Cette fugue est digne d'un maître consommé : elle mérite d'être publiée. Vous possédez une telle science que ce n'est pas seulement à Busseto que vous devriez être maestro, mais à Paris ou à Londres. "
Le 5 mars 1836, Verdi fut nommé maître de chapelle à Busseto. A son grand dam, car il plaçait désormais ses ambitions beaucoup plus haut et travaillait déjà à un opéra destiné à la Société philharmonique de Milan. Le compositeur épousa deux mois plus tard Margherita Barezzi et assuma, en rongeant son frein mais avec gravité, sa lourde et frustrante tâche.
Bien que sa célébrité ait rapidement franchi les limites de Busseto pour s'étendre à toute la région et qu'il fût partout fêté comme un dieu, le jeune compositeur rêvait toujours plus de la " grande ville " et d'une carrière théâtrale. D'autant que sa jeune épouse, qui l'encourageait dans cette direction, attendait un enfant et que son salaire de maître de musique était misérable. Dans les années qui viennent, il recourra du reste plusieurs fois à la générosité de son protecteur. Le mystère continue d'envelopper la gestation du premier mélodrame de Verdi. On sait seulement qu'entre 1836 et 1838 le compositeur tenta, mais en vain, de faire représenter une œuvre à Milan et à Parme. Selon l'hypothèse la plus vraisemblable, cet opéra s'intitulait initialement Rochester (italianisé en Rocester sous la plume de Verdi). Néanmoins, quarante ans plus tard, le compositeur en personne raconta dans une lettre12 que, pour écrire le livret d'Oberto, conte di San Bonifacio, son premier opéra représenté, Temistocle Solera s'était servi d'une œuvre précédente, intitulée Lord Hamilton, dont le livret était d'un certain Piazza. De cet imbroglio on peut seulement déduire que Rocester et Lord Hamilton n'étaient peut-être que deux états d'une même œuvre et/ou qu'ils furent refondus pour devenir Oberto.
L'année 1838 fut, pour Verdi, funeste mais décisive. Père, depuis mars 1837, d'une petite Virginia (du nom d'une héroïne romaine immortalisée par Alfieri dans sa tragédie homonyme13) et, depuis juillet 1838, d'un garçon baptisé Icilio Romano (autre souvenir de la même tragédie), le jeune homme dut, un mois plus tard, assister impuissant à la mort de sa fille âgée de seize mois. Malgré ses échecs à faire représenter un opéra, Verdi, sous le coup de ce chagrin, se décida à partir pour Milan. Il est vrai que c'est là que devaient paraître à l'hiver les Six Romances qu'il avait composées entre janvier et février.



Les Six Romances de 1838

Deux des poèmes retenus par Verdi sont des extraits de Faust (médiocrement traduits par un notable de Busseto), deux autres sont de Jacopo Vittorelli, petit maître de la fin du xviii e, et les deux derniers sont dus à des poètes de second ordre. Même dans les deux pièces tirées de Goethe ( " Perduta ho la pace ", qui correspond à la scène de " Marguerite au rouet ", et " Deh, pietosa, o Addolorata ", qui n'est autre que la prière de Marguerite à la Vierge), où s'esquisse une complicité entre l'instrument et la voix, le piano, conformément à la musique italienne de l'époque, n'a qu'une fonction d'accompagnement qui peut paraître très décevante aux amateurs de lieder. En revanche, l'écriture vocale des six premières romances, déjà très dramatique, est réellement inspirée. A partir d'une matrice plutôt bellinienne que donizettienne, Verdi dessine un paysage vocal tout à fait personnel et même étonnamment prophétique, si l'on songe aux préfigurations mélodiques d'œuvres de la maturité que ces romances donnent à entendre. On peut ainsi entrevoir la cavatine de Leonora au premier acte du Trouvère dans la troisième pièce (" In solitaria stanza "), l'air de Gilda " Tutte le sere al tempio " de Rigoletto dans la cinquième (" Perduta ho la pace "), ou encore un bref fragment du finale du deuxième acte de Nabucco dans la sixième (" Deh, pietosa "). Au demeurant, on observera que, par rapport à Oberto, les Six Romances sont nettement en avance du point de vue de la conception dramatique et du raffinement musical.

Encouragé par ses connaissances milanaises, Verdi, à son retour, donna sa démission et, en février 1839, quitta Busseto pour Milan, avec Margherita et leur fils. Pour oser un tel geste et miser sur une création de son opéra à la Scala, le plus prestigieux théâtre d'Italie avec le San Carlo de Naples, il fallait qu'il fût assez sûr, non seulement de son génie, mais de son réseau de relations. Toujours est-il qu'au printemps le musicien put à la fois voir publier trois nouvelles pièces pour chant et piano (L'Esule, une véritable scène d'opéra sur un texte de Temistocle Solera, La seduzione et le nocturne pour trois voix " Guarda che bianca luna ") et recevoir de l'imprésario du théâtre, Bartolomeo Merelli, la nouvelle tant attendue : Oberto, conte di San Bonifacio avait été inscrit au programme de la saison, et, qui plus est, avec un admirable quatuor de voix. A l'inverse de maints imprésarios italiens de l'époque, et bien qu'il ne fût pas un mécène mais un homme d'affaires, Merelli était un homme distingué, vrai musicien (il avait été formé par Giovanni Simone Mayr), librettiste et ami de Donizetti, dont il avait été l'agent. Ces qualités ne furent certes pas étrangères à la confiance dont il fit preuve envers le jeune compositeur inconnu. Mais l'appui de Giuseppina Strepponi, qui deviendra plus tard sa compagne et sa seconde épouse, et du grand baryton Giorgio Ronconi, qui créera trois ans plus tard le rôle-titre de Nabucco, fut déterminant : c'est en pensant à eux que Verdi avait conçu son œuvre, et l'audition qu'il leur en avait donnée les avait convaincus du talent du jeune maître. Malheureusement, Verdi dut patienter jusqu'à l'automne et, par suite d'un malheureux concours de circonstances, renoncer à la distribution initiale, qui lui était très favorable, puisqu'on y comptait en effet, outre la Strepponi et Ronconi, Napoleone Moriani, dit " le ténor de la belle mort " pour son art à mourir en scène, et une autre soprano de qualité, Adelaïde Kemble. Mais ce désagrément fut effacé par un autre événement : le petit Icilio Romano, deuxième enfant de Verdi et Margherita, mourut en quelques jours d'une pneumonie, un peu plus d'un an après sa sœur Virginia. Un mois plus tard, le 17 novembre 1839, Oberto fut créé avec d'excellents chanteurs (pour qui Verdi retoucha sa partition14) et remporta un succès assez vif pour que Merelli jugeât bon d'augmenter le nombre de représentations. Signalons, à propos de la distribution, que, dès sa première œuvre, Verdi, était prêt à retirer son ouvrage plutôt que d'accepter des chanteurs qui ne le satisfassent pas. Nous n'y sommes pas encore, mais la révolution idéologique et vocale qui, avec l'exaltation romantique de la subjectivité créatrice, va être marquée par la domination du compositeur sur les chanteurs, est en marche. Il était alors d'usage que le compositeur écrive directement en fonction des chanteurs engagés pour la saison et qu'en conséquence il transpose ou récrive souvent des parties entières lorsqu'une reprise ou un changement de distribution le nécessitait. Tant bien que mal, Verdi se pliera longtemps à cette pratique et composera parfois avec les chanteurs, mais il ne transigera jamais sur le but qu'il poursuit. Et il finira, comme son contemporain Wagner, par créer de toutes pièces les voix dont il avait besoin.



Oberto, conte di San Bonifacio

Dans un Moyen Age de convention (bien que le livret situe précisément l'histoire en 1228 dans le château du cruel Ezzelino da Romano, que Dante avait jeté dans le cercle des Violents de son Enfer15), le comte Oberto di San Bonifacio apprend que Riccardo di Salinguerra, qui s'apprête à épouser Cuniza, a naguère séduit et abandonné sa fille, Leonora. Celle-ci obtient le pardon du comte, et père et fille alertent la future épousée, qui renonce à son fiancé et lui impose d'épouser Leonora. Oberto n'en provoque pas moins en duel Riccardo, qui le tue et s'enfuit en proie au remords. Leonora, désespérée, prendra le voile.

Malgré un livret banal - auquel Merelli mit la main en suggérant avec intelligence l'insertion du beau quatuor du second acte - et beaucoup de gaucheries (parfois productrices d'effets imprévus), la première œuvre dramatique de Verdi, sans laisser augurer du destin du compositeur, révèle des accents tout personnels dans l'atmosphère, les situations (le duo père/fille), la nervosité rythmique, la ligne vocale, déjà marquée par des tensions et de larges intervalles qui seront bientôt comme la signature du compositeur. Certains ne s'y méprirent pas, tel cet obscur critique qui, dans " La Moda " en date du 21 novembre écrivait : " [Verdi] s'est formé un style qui n'est qu'à lui. (...) Il a cherché l'alliance de la poésie et de la musique ; il a établi un lien entre la note et la pensée, et cette alliance, ce lien, ne peuvent jamais relever de l'imitation, car, si l'impression est individuelle, sa manifestation doit fatalement posséder le même caractère. " L'influence de Bellini est en effet sensible ici et là, et bien des pages sont communes, mais, outre une ouverture dont l'ingénuité charme encore (notamment dans sa première section), on ne peut rester insensible au personnage de Leonora, soprano spinto qui annonce déjà les grandes sopranos verdiennes, ni au registre (tendu vers l'aigu) et à la couleur si typiques du baryton d'où naîtra peu à peu la configuration du " baryton Verdi ". On observera néanmoins que le jeune compositeur semble presque plus à l'aise dans les récitatifs et les ensembles que dans les airs proprement dits et les chœurs, où il ne fait pas encore preuve de cette verve mélodique qui signera bientôt ses mélodrames. On en voudra pour exemples la belle introduction orchestrale et la construction du récitatif de Leonora au premier acte, bien plus inspiré que l'air lui-même, ou les deux finales et le quatuor du deuxième acte, dont le Verdi de la maturité, pourtant peu enclin à l'autosatisfaction (" Imaginez si notre public (...) pourrait avoir la patience d'écouter les deux longs actes d'Oberto ? ", disait-il à la fin de sa carrière), reconnaissait la validité.

Sans connaître le triomphe, Oberto fut un vrai succès, et l'on vit même paraître, l'année suivante, des recensions favorables dans l'" Allgemeine Musikalische Zeitung " et la " Revue et Gazette musicale de Paris ". Du coup, Merelli proposa à Verdi un contrat fort avantageux pour l'époque, par lequel il lui commandait en deux ans trois nouveaux opéras, destinés à la Scala ou au Kärentertor Theater de Vienne, dont il était également l'imprésario. C'est aussi dès Oberto que la maison Ricordi devint l'éditeur officiel du compositeur, et ce, malgré une brève interruption, jusqu'à sa mort.
Le succès d'Oberto avait, si l'on peut dire, compensé pour un peu la disparition des deux enfants du jeune ménage. Mais l'année 1840 fut, pour Verdi, proprement tragique. Ayant assez vite refusé un livret - Il proscritto (Le Proscrit) - que lui proposait Merelli, il dut accepter d'écrire un opéra bouffe et choisit, selon ses dires, " le moins mauvais " des textes qu'on lui proposait : Il finto Stanislao (Le Faux Stanislas), de Felice Romani, le plus grand des librettistes italiens de la génération précédente, dont la plume élégante et la musicalité avaient magnifiquement servi Bellini. Ce livret avait déjà été mis en musique en 1818 par le compositeur bohémien Adalbert Gyrowetz. Verdi se mit au travail, mais, au mois de juin, Margherita tomba brusquement malade et fut emportée en quelques jours. En deux ans, Verdi avait donc perdu ses deux enfants et sa femme. On comprend (malgré la version qu'il en donna bien plus tard, version qui, resserrant à deux mois ces événements funèbres, leur donnait une couleur vraiment fatale) que cette succession de morts n'ait guère été favorable à la composition d'une œuvre bouffe. De fait, le 5 septembre 1840, la création d'Un giorno di regno (Un jour de règne), nouveau titre du Finto Stanislao, échouait lamentablement. Malgré les remaniements apportés au livret, l'opéra fut jugé banal, les chanteurs16, peu convaincus eux-mêmes, épargnèrent leur voix (la critique s'en fit l'écho), et l'on ne manqua pas de railler le titre de l'œuvre qui semblait prophétiser son fiasco. Et pourtant...



Un giorno di regno

Le livret prend prétexte d'un épisode historique : le retour incognito en Pologne de Stanislas Leszczynski en 1733. Au château du baron de Kelbar, près de Brest, le chevalier Belfiore, ex-amant de la marquise del Poggio, est chargé de se faire passer pour le roi afin de détourner l'attention sur les activités réelles de ce dernier. Le Chevalier empêchera ainsi le mariage de la fille du Baron, Giulietta, avec le cupide Trésorier La Rocca et favorisera l'union de la jeune fille avec son amoureux Edoardo di Sanval. Lui-même retrouvera in extremis l'amour de la Marquise, qui, par dépit, s'apprêtait à épouser le comte Ivrea.



L'ouverture, dans les limites du genre, est d'une belle veine, allègre et piquante, qui mêle un ton presque français (Auber n'est pas loin) à des inventions tout à fait personnelles, comme l'usage bouffe des trombones. D'une seule pièce allegro, elle fait entendre des thèmes qu'on retrouvera dans l'œuvre, spécialement à l'ouverture du rideau et au finale, ce qui contribue très heureusement à l'homogénéité de l'ouvrage. En bref, elle compte parmi les meilleures pages de l'œuvre et mériterait d'être entendue en concert, comme on le faisait naguère encore avec ce genre de pièces. L'opéra lui-même, en deux actes, est, malgré les influences qu'on peut y déceler (Rossini, mais surtout Cimarosa et Donizetti), d'une excellente tenue, plus proche, il est vrai, de la comédie sentimentale que de l'opéra bouffe, malgré les excellents duos de basses (dont le premier semble être une parodie de toutes les pièces de ce genre) et l'entraînant sextuor, très rossinien, du premier acte. Les rares commentateurs de l'œuvre n'ont peut-être pas assez noté l'ombre de Mozart, qui semble planer ici ou là (le chœur " Sì festevola mattina ", par exemple, rappelle, au moins dramatiquement, le " Ricevete, o padroncina " des Noces, et en maints endroits on décèle la connaissance de Don Juan). Le climat de l'œuvre, qui tranche sur la veine absurde et échevelée de Rossini, dont Verdi semble soigneusement éviter les crescendos, peut être assez bien illustré par l'écriture du rôle de la Marquise, qui donne souvent l'impression de sortir d'un opéra seria, et les courbes élégiaques des envolées amoureuses. Frappante enfin, ici et là, l'écriture orchestrale, qui, par-delà les cadences déjà usées et le recours aux formules martiales (peut-être un premier signe de l'auto-ironie verdienne : voyez dans cet esprit la cabalette " Infiammato di spirto guerriero " du duo entre le Chevalier et Edoardo), montre parfois des transparences ou des ponctuations originales (ainsi dans le très amusant duo du second acte entre la Marquise et le Chevalier), peu prévisibles chez un compositeur qu'on ne tardera pas à caricaturer comme un " musicien casqué " (Rossini).
Ces quelques éléments permettent de revenir sur la question du fiasco qui marqua la création de l'œuvre et de l'oubli universel dans lequel elle allait sombrer (progressivement, car l'œuvre fut d'abord reprise dans plusieurs théâtres d'Italie, et même avec un réel succès à Venise). Outre l'indéniable mauvaise volonté de certains chanteurs, l'échec à la Scala fut peut-être dû aux influences multiples qu'un public assidu reconnut sur-le-champ, et que nous n'entendons plus aujourd'hui. Si nous décryptons aisément les réminiscences de Rossini ou de Donizetti, il est bien malaisé de déceler les traces des Nicolaï, Coccia et autres Ricci qui formaient l'ordinaire des répertoires italiens de l'époque. Mais l'ingénuité, relative, qui est la nôtre peut devenir un précieux instrument d'écoute. Non seulement pour jouir des qualités de cette œuvre secondaire, mais pour mieux comprendre comment, dans sa maturité, Verdi, sous la forme du grotesque ou de l'ironie, inclura le comique auquel, apparemment, le préparait si peu son pessimisme natif, avant que, par un retournement prodigieux, il n'opère, à l'âge de quatre-vingts ans, non pas un renouvellement, mais une véritable mutation du genre bouffe avec la merveilleuse conversation en musique de Falstaff.

2. Lettre à Antonio Barezzi du 4 septembre 1838.3. Si les actes de naissance et de baptême concordent sur la date du 10 octobre 1813, Verdi crut, jusque tard dans sa vie, être né le 9 octobre 1814, comme le lui avait toujours dit sa mère.
4. La déficience mentale attribuée par certains à la sœur de Verdi n'est attestée par aucun document.
5. Il était distillateur et épicier en gros.
6. Lettre à Clarina Maffei, de Sant'Agata, le 30 juin 1867 (d'après la reconstruction de M. Conati, in A. Oberdorfer, Verdi : autobiografia dalle lettere). Verdi ne ménagea jamais sa reconnaissance envers cet homme éminemment sympathique et généreux. Parmi les mille témoignages de cette gratitude, le compositeur, dans les années 50, écrivait à son librettiste Francesco Maria Piave à propos de notes autobiographiques qu'on lui avait demandées : " Je voudrais seulement que les éloges dus à mon beau-père [Barezzi] ne soient pas oubliés " (cité par F. Abbiati, Giuseppe Verdi, t. II, p. 240).
Les références des ouvrages cités dans les notes sont fournies dans les " Orientations bibliographiques " en fin de volume.
7. L'anecdote fut peut-être inventée par Verdi, mais le compositeur raconta qu'au printemps 1840, comme il n'arrivait pas à payer son loyer, la jeune femme alla de son propre chef vendre ses quelques bijoux en or. La très ferme déclaration qu'elle fit sur l'avenir de Verdi, promis à la musique théâtrale, au moment de la querelle pour la nomination du nouveau maître de chapelle de Busseto (G. Marchesi, Giuseppe Verdi, p. 22), en dit encore plus long sur le caractère de Margherita.
8. Une répétition de " Don Carlos ", in " Le Figaro " du 17 février 1867. Voir M. Conati, Interviste e incontri con Verdi, p. 55 et suiv. Le même article est ironiquement commenté par A. Savinio dans Hommes, racontez-vous, p. 135.
9. Portrait de Verdi par F. Torriani, Musée de la Scala.
10. Récit autobiographique adressé à Giulio Ricordi le 19 octobre 1879.
11. Il semble que Paganini ait eu l'intention de monter à Parme la première œuvre de Verdi. Voir à ce sujet M.J. Phillips-Matz, Giuseppe Verdi, p. 102.
12. Lettre à Emilio Seletti, en date du 14 mai 1871 (Musée de la Scala).
13. Pour l'histoire de l'imaginaire verdien, il n'est pas inintéressant de rappeler que, dans cette tragédie, Virginius tue sa fille Virginia pour la soustraire au tyran Appius Claudius. Voir, pour plus de détails, notre analyse de Rigoletto, ch. VII, p. 165.
14. Ignazio Marini (Oberto), Antonietta Marini (Leonora), Lorenzo Salvi (Riccardo), Maria Shaw (Cuniza).
15. Chant XII, v. 110.
16. Antonietta Marini (la marquise del Poggio), Luigia Abbadia (Giulietta), Lorenzo Salvi (Edoardo di Sanval), Raffaele Ferlotti (Belfiore), Agostino Rovere (le Trésorier), Raffaele Scalese (le baron de Kelbar) et Giuseppe Vaschetti (le comte Ivrea).



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