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TOBIE NATHAN
QUI A TUÉ ARLOZOROFF ?
Tobie Nathan est un ethno-psychiatre de grande réputation. Ses ouvrages (« La Folie des autres », « Le Divan et le grigri », « Le Sperme du diable »…) ont fait de lui un habitué des colloques et des Universités Françaises et étrangères où il a souvent enseigné. Il est, par ailleurs, l’auteur de plusieurs romans policiers (parus aux Editions Rivages) et mène, depuis six ans, une carrière diplomatique de Conseiller Culturel (d’abord à Jérusalem et, aujourd’hui, à Conakry).
PARIS
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
Il est des humains dont l’accouplement peut bouleverser l’ordre du monde.
Ceci est un roman librement inspiré de la vie de personnages historiques qui ont ébranlé leur temps et qui n’ont pas épargné le nôtre.
Dans la moiteur d’une nuit d’été
Jaffa-Tel-Aviv, la nuit du 16 juin 1933
n ne pouvait pas distinguer son ombre en cette nuit de juin. Les deux hommes étaient assis par terre, le dos contre le mur de l’hôpital. Le petit tenait entre ses cuisses une bouteille de zebib, de l’alcool fort au goût d’anis.
— Passe-moi la bouteille… Fawzi, allez, passe-moi la bouteille !
— Ya Ali ! Je te croyais musulman.
— Oui, mais ce que tu m’as appris m’a rendu fou. L’argent qu’ils t’ont promis… C’est vrai ?
— Au nom de Dieu, miséricordieux entre les miséricordieux, tout ce que je te dis, Ali, c’est exactement ce que l’homme et la femme m’ont promis.
— Ce n’est pas possible ! Mille guinées ? Tu imagines ce qu’on pourrait s’acheter avec mille livres ?
— Tu en auras seulement la moitié, ne rêve pas !
— Cinq cents, que Dieu les bénisse ! Et tu me dis que tu as parlé avec la femme…
— Ah ! Je te le jure sur la tête de mon fils, comme une princesse !
— Raconte !
— Que ta mère soit maudite à me poser mille et une questions, fils de pute ! Je te l’ai dit : comme une princesse ! Ça veut dire avec des bijoux, des cheveux jaunes, et un sac…
Fawzi avala une longue rasade à même le goulot. On se moquait d’Ali depuis l’enfance parce qu’il avait l’air idiot. Grand, trop grand, à tel point qu’on lui disait que sa tête était trop loin de ses pieds pour les diriger. C’était pour ça qu’il avait cette drôle d’allure, comme s’il pataugeait en marchant. Mais il était fort, Ali, très fort ! Debba, « l’Ours », c’est ainsi qu’on le surnommait. Il pouvait porter à lui seul deux sacs de farine de vingt kilos, un au bout de chaque bras. Et puis il posait toujours des questions, comme s’il ne comprenait rien. Peut-être qu’il comprenait quelque chose, après tout. Lorsqu’ils finirent la bouteille, Fawzi se leva avec difficulté. Ils marchèrent le long de la rue Yerushalaïm jusqu’à l’horloge. Il n’y avait pas âme qui vive en ce vendredi soir dans les rues de Jaffa.
— Fawzi ?… Fawzi ? Pourquoi tu marches si vite ?… Attends ! Dis-moi, avec quoi tu vas le faire ?
— L’homme m’a donné un revolver.
Ali s’arrêta, interloqué.
— Un revolver ? Tu as déjà tiré avec un revolver ?
— Mais oui !
Il retint Fawzi par l’épaule.
— Attends ! Montre-le-moi ! Je veux le voir !
— Avance, espèce d’idiot ! Quel putain d’âne tu fais. Tu crois que je vais sortir un revolver juste devant le commissariat de police ?
Ils marchèrent ainsi jusqu’à Tel-Aviv, en suivant la mer. Lorsqu’ils passèrent devant la maison qui leur avait été indiquée, dans les premiers quartiers de Tel-Aviv, ils aperçurent un homme qui déambulait, seul. La rue était déserte. Ils le suivirent. L’homme était de grande taille, il marchait tête nue, vêtu comme un Occidental. Fawzi chuchota :
— C’est lui, j’en suis certain ! Dieu est avec nous ! La première personne qu’on croise et c’est lui !
— T’es sûr ? Comment tu peux savoir que c’est lui ?
— La ferme ! chuchota Fawzi, ils me l’ont décrit. Ils m’ont même montré sa photo. Je le reconnais, je te dis !
— Comment peux-tu le reconnaître, on ne l’a vu que de dos ?
L’homme entendit derrière lui le pas pesant d’Ali ; il se retourna, inquiet. Fawzi serra la crosse du revolver dans sa poche. Ali et Fawzi se pressèrent. L’homme se retourna une nouvelle fois et les attendit. Lorsqu’ils furent à deux mètres de lui, il les apostropha, en arabe :
— Qu’avez-vous à me suivre comme des chiens ? Savez-vous qui je suis ?
— Non, monsieur, dit Fawzi en tremblant, nous ne le savons pas !
— Muhammad ibn Suleiman el Shiqaqi ! Si vous ne me connaissez pas, vous allez me connaître, espèce de paysans !
Et l’homme agitait sa canne sous le nez de Fawzi.
— Mais… murmura Ali, mais… vous êtes arabe !
— Bien sûr que je suis arabe, et toi aussi, espèce d’imbécile, et Dieu aussi est arabe !
Ils dépassèrent l’homme sans lui répondre, sans même avoir l’idée de s’excuser. Ils empruntèrent la première ruelle sur la droite et se mirent à courir comme des dératés. Ils ont couru longtemps, jusqu’à la hauteur de l’hôtel Kate Dan.
— On n’est jamais sûr de rien, Fawzi, haleta Ali lorsqu’ils parvinrent devant l’entrée de l’hôtel.
— Non, lui répondit l’autre dans un souffle, on n’est jamais sûr de rien… sauf de l’existence de Dieu.
Ils étaient là, dans la pénombre, sur le bord de mer, appuyés contre un mur, fascinés par les lumières de l’hôtel. Ali pensait que Fawzi s’imaginait nabab avec femmes et serviteurs accueillis par le groom. Et c’était ce à quoi pensait Fawzi. Il se voyait roi d’Egypte, une reine à son bras, couverte de fourrures et de bijoux. A cet instant, un couple sortit de l’hôtel. L’homme était grand, un Européen. Il portait d’épaisses lunettes d’écaille. La femme était plus petite ; elle se tenait bien droite, le menton en avant. Ils semblaient se disputer. Fawzi donna un coup de coude dans le ventre d’Ali.
— Chut ! lui dit-il, cette fois c’est notre homme.
— Tu m’as déjà dit ça tout à l’heure…
Ils se rapprochèrent de l’entrée de l’hôtel. Protégés par l’obscurité, ils les entendirent parler et c’était en yiddish. Le couple hésitait. L’homme prit la femme par la main et l’entraîna vers la plage. Ils passèrent à deux mètres de Fawzi qui perçut les effluves d’un parfum de riches. Ils se dirigeaient lentement vers le nord, vers la nouvelle ville de Tel-Aviv.
— Qu’est-ce qu’on fait, Fawzi ? chuchota Ali.
— On va les suivre, mais pas sur la plage. On se ferait repérer.
— Par le chemin des dunes ?
— Oui ! Grouille-toi ! On risque de les perdre…
Les deux hommes remontèrent par Frishman, prirent d’abord la rue Hayarkon, se guidant aux échos lointains de la conversation que le vent ramenait vers eux. Ils marchèrent ainsi longtemps, l’âme étreinte.
— T’as peur ? demanda Ali…
Parvenus au niveau de la rue Keren Kayemet, ils commencèrent à grimper sur les dunes et passèrent devant le vieux cimetière musulman. De là, ils apercevaient un peu mieux les deux silhouettes qui se déplaçaient au bord de l’eau.
— Moi, j’ai peur, reprit Ali. Pas des gens, tu sais ; c’est pas des gens que j’ai peur…
— Tais-toi donc, Ali ! Tu vas nous porter malheur.
— C’est de Dieu que j’ai peur…
Fawzi trébucha alors sur un vieux bidon abandonné sur le chemin. Il balança un grand coup de pied dedans et ne put réprimer un juron :
— Maudit soit le pédé qui a planté là ce foutu bidon d’essence.
Les silhouettes s’étaient immobilisées. Le couple avait sans doute entendu leurs imprécations. Puis l’homme et la femme se remirent en marche jusqu’à l’extrémité de la plage, jusqu’au nouveau quartier Hayarkon. Fawzi connaissait bien l’endroit. Il savait qu’ils ne pourraient aller plus loin. Il leur faudrait nécessairement revenir.
— Je t’avais dit de la fermer, murmura Fawzi.
— Mais c’est toi ! C’est toi qui as crié…
Le couple se hâtait maintenant en sens inverse et les deux comparses le guettaient, accroupis dans l’obscurité, en surplomb, près du cimetière musulman, là où un sentier redescend vers la plage. Entouré de tombes, Ali crevait de trouille. Ils entendirent l’homme et la femme qui s’approchaient. Ils avaient pressé le pas et se serraient l’un contre l’autre. Ali et Fawzi s’élancèrent pour les dépasser et surgirent devant eux, de la nuit. L’homme et la femme sursautèrent.
— C’est toi, docteur Arlozoroff ? demanda Fawzi en hébreu à l’homme aux lunettes.
Ali se tenait en arrière. Il se récitait intérieurement : bismillah, bismillah… « au nom de Dieu… au nom de Dieu »…
— Kama sha’a ? demanda encore Fawzi dans un hébreu approximatif (« Combien est l’heure ? »).
Ali entendit l’homme répondre et, tout de suite après, les deux coups de feu que tira Fawzi le firent tressaillir. L’homme s’effondra en se tenant le ventre. La femme se mit à hurler. Ali écarquilla les yeux juste à temps pour apercevoir Fawzi détaler par le chemin qui remontait à travers les dunes. Ali pensa en un éclair que s’il ne le suivait pas, il ne verrait jamais l’argent. Alertés par les cris, des gens se précipitaient vers la femme. Il courait à perdre haleine pour rattraper son complice. Il accéléra. Ils s’enfonçaient dans la garrigue, en direction de l’est, des terrains vagues et l’on n’y voyait goutte. Il pensa que certains s’étaient peut-être lancés à leur poursuite. Il accéléra encore. Son sang battait à sa tempe. Et puis, il n’entendit plus les pas de Fawzi. Il hésita, tourna, changea de direction, trébucha sur quelque chose et tomba de tout son long dans des buissons. Il regarda, essayant de percer l’obscurité, palpa la forme étendue sur le sol. C’était sur la jambe du petit Fawzi qu’il venait de buter ; son ami Fawzi, étendu de tout son long. Il se releva, se pencha, le saisissant par sa chemise pour le secouer. Et c’était tout gluant ; chaud et gluant. Il approcha ses mains de son visage ; elles étaient poisseuses du sang de son complice. « Au nom de Dieu, maugréa Ali. Au nom de Dieu… Ils l’ont égorgé… » Avant de fuir, il prit le temps de fouiller les poches du malheureux. Le revolver avait disparu. Il trouva seulement trois billets d’une livre et quelques piastres et puis une montre au bout de sa chaîne en or. Il empocha l’argent et la montre et fila dans la nuit, plus loin, vers les champs.
Zizi Weiss
« Après le meurtre de Moïse, un temps assez long s’écoula avant que les passions ne s’apaisassent chez les Juifs… Deux générations, soixante années, ont pu suffire, mais ce laps de temps paraît un peu juste. »
SIGMUND FREUD,
Moïse et le monothéisme
(Paris, Gallimard, 1948, p. 36.)
Tel-Aviv, de nos jours, le 3 octobre…
Chaque fois que je mets les pieds dans cette ville, j’éprouve une sensation de liberté, dans ce pays plus inspiré que ses habitants, à Tel-Aviv, qui est plus un Etat qu’une ville, dans ces rues où à chaque pas, sous chaque pierre, je sens vibrer l’Histoire. Elucider un meurtre commis ici, sur cette plage, il y a plus de soixante-quinze ans… Je renifle les lieux comme un chien affamé. Je lève les yeux, cette inscription me frappe, qu’on lit partout sur les murs : ‘am israël haï, « le peuple d’Israël est vivant ». Aujourd’hui, je me sens désigné par le destin, à la recherche d’un meurtrier disparu, avec la certitude que je reconstituerai le mythe de fondation. Un petit bistrot dans une rue proche de la mer, une rue qui porte un nom biblique. Je ne sais comment j’y arrive ; en me promenant à travers les ruelles, en les enfilant sans me rendre compte de rien.
— Mitz gezer, « un jus de carotte »…
Boire du jus de carotte en lisant son journal, lever les yeux à chaque déhanchement féminin… je goûte à nouveau cette ville qui rape à mon palais.
— Pourquoi tu bois du jus de carotte ? me demande mon voisin en hébreu. Tu crois aux vitamines ? Il n’y a rien là-dedans. C’est neutre ; une boisson neutre, pour des gens neutres, qui ne pensent pas. Tu ne penses donc rien, toi aussi ?
C’est un vieux, petit, comme on l’était par ici avant-guerre ; vraiment petit, avec un chapeau vissé sur la tête, un feutre et une barbe blanche clairsemée. Dans ce pays où il se balade comme chez lui, qui sait si le premier passant qui vous adresse la parole n’est pas Dieu en personne. Bien sûr que le vieux me raconte sa vie ! Ils la racontent volontiers, les gens d’ici. Il a immigré en 1923 ; il était âgé de trois ans. Sa famille venait d’Autriche. « Tu sais, dans les années 20, me dit-il, Tel-Aviv était vide ! Il n’y avait rien ; un seul lampadaire et il se trouvait à l’angle de Hertzl. C’était vide et c’était beau ; beau comme la mort qu’on sentait arriver. » Il y a à peine trois heures que je suis sorti de l’avion. J’ai voulu m’imprégner de l’ambiance, me promener le long d’Allenby, fouiner dans le shouk HaCarmel, le marché de tous les paumés, errer dans ses ruelles. C’est la première personne avec qui je parle et voilà qu’elle me jette l’Histoire au visage. Je veux y voir un signe. Je lui réponds en anglais :
— Tu me demandes si je pense… Je veux seulement laisser venir les idées. Les idées, on ne les pense pas, on les invite ! On les accueille.
Il la trouve bonne, ma remarque.
— Nahon ! s’exclame-t-il, « c’est vrai » ! Pourquoi dit-on toujours qu’on pense ? C’est sûr qu’on ne pense pas… Ce sont les idées qui viennent, on ne sait pas vraiment d’où, des mots qu’on saisit çà et là, de quelqu’un qui vous les souffle, parfois. Est-ce qu’il existe une seule personne qui a déjà pensé par elle-même ? Ne fait-on pas toujours que répéter ce qu’on a entendu ?
Je lui apparais sympathique. Il se demande d’où je sors. Ils vous posent tous cette question…
— De France ; je viens de France… de Paris !
— D’accord, tu viens de France, me répond-il, ça je l’avais compris, je l’ai entendu tout de suite, à ton accent lorsque tu parlais en hébreu avec la serveuse, mais ce n’est pas ce que je te demandais. « D’où tu viens ? », c’est une question comme celle qu’on pourrait adresser à un ange, ou à un esprit, ou même à un démon. Je voulais dire : « De quel monde viens-tu ? Quelle est ta nature ? La France, c’est ta nature ? C’est ton origine ? »
Et il avale cul sec son verre d’arak. Leur première question porte sur les racines. Il faut dire qu’ici, c’est bien la ville des égarés, ils ont leur mémoire pour pendule. C’est pour ça qu’ils la remontent sans cesse, en se racontant au premier venu. Polaks et Russes, bien sûr, mais aussi Bulgares, Roumains, Allemands, Marocains, Persans, Yéménites, Turcs, Egyptiens, Ouzbeks, Ethiopiens, tous là pour une même raison qu’ils ne connaissent pas et pour toutes sortes d’explications qu’ils racontent. C’est dans une ville qu’il nomme déjà Tel-Aviv, qu’Ezéchiel a eu sa vision. Cette Tel-Aviv, autrefois située aux confins de Babylone, qu’il désignait déjà – il y a près de deux mille six cents ans –, comme « la ville des exilés ». L’actuelle l’est aussi. Une ville improbable, un peu irréelle. La ville des Juifs. Moi qui suis simple et rationnel, je me demande pour quelle raison les Juifs seraient allés se fourvoyer là, en plein centre d’un nœud de vipères, si leur Dieu n’y habitait ? C’est sûr qu’il habite ici ! Et pourtant, cette ville a renoncé à prier ; elle a même développé une sorte de rite phobique de son propre Dieu. Cette fois, je réponds au petit vieux en hébreu :
— Qu’importe d’où je viens, je suis à la recherche de quelqu’un…
— Peut-être que je peux t’aider, me propose-t-il, c’est une femme ? Tu cherches une femme ?
Je souris. Il a beau être vieux – je calcule, il a bientôt quatre-vingt-dix ans – il n’a pas oublié ce qui fait marcher les hommes. Je secoue la tête en souriant.
— La personne que je recherche, c’est un homme, et il est mort. Mais c’était un sacré bonhomme, tu peux me croire – un mensch !
— C’est donc que tu es certain d’être vivant ! Sinon, les morts, tu saurais où les trouver !
Il est drôle, le vieux. Je lui demande :
— Comment tu t’appelles ?
— Weiss, me répond-il, Zizi Weiss !
— Zizi, c’est un petit nom ?
— Ben oui, répond-il en haussant les épaules comme si j’étais demeuré, c’est le diminutif pour « Israël ». Je m’appelle Israël Weiss, mais tout le monde m’appelle Zizi… Zizi Weiss.
Tel-Aviv, ville des Juifs ; c’est ici que pour la première fois depuis deux millénaires on n’a plus eu besoin de se poser la question d’être juif ; où c’est devenu une évidence – ni une fierté ni une tare. En 1909, le 11 avril, sur cette plage, là où devait se creuser le boulevard Rothschild, soixante-six familles se sont partagé les lotissements. La photo de Suskin est célèbre, accrochée en bonne place dans le bureau du maire ! Cette photo résume le mythe : des habitants de Jaffa, las de la puanteur et de l’exiguïté des pierres séculaires, constitués en une société nommée a’huzat baït, ont décidé d’acheter des terres pour fonder une ville. Moi qui me suis beaucoup promené en Afrique, je sais que ce n’est pas ainsi ; que ce ne peut être ainsi. Ce n’est pas par un contrat, mais sur les traces d’une violence primordiale que s’établit la fondation. Un village africain porte souvent une dalle en son centre, un gros nombril de pierre sous lequel reposent les restes d’une première victime. Aux premiers temps, un chef allié à un magicien se sont retrouvés en ce lieu, en son centre, pour commettre le pire des sacrifices, celui d’un enfant qui passait là cueillant des baies sur les ronces. Tel est souvent le récit fait aux « initiés » de la naissance des villages africains, loin des niaiseries bien-pensantes véhiculées par la photographie mythique de Tel-Aviv. Les humains ne peuvent être liés que par un acte inexpiable. Si les habitants de Tel-Aviv persistent à se percevoir héritiers d’un contrat librement négocié, la mer finira par effacer ce qu’ils s’acharnent inlassablement à reconstruire chaque jour. Moi, je sais que tout a commencé par un meurtre, précisément sur cette plage.
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