Premiers chapitres
Robert Ludlum
& James Cobb


Le danger Arctique

Ecrivain, comédien et metteur en scène américain, né en 1927, Robert Ludlum est entré dans le cercle restreint des romancier à succès avec L'héritage Scarlatti, publié en 1971, premier volume d'une série ininterrompue de triomphes internationaux. Il est décédé en 2001. A sa mort, un certain nombre d'écrivains se chargent d'achever et de mettre au goût du jour des manuscrits non encore publiés.
James Cobb est un passionné d'histoire militaire. Il est membre de l'Académie de marine et de la Ligue marine.
Chapitre 1

De nos jours
Arctique canadien



MMITOUFLES DANS DES PARKAS orange et des tenues adaptées à la marche dans la neige, les trois silhouettes encordées, penchées sur leurs piolets, luttaient pour franchir les derniers mètres qui les séparaient du but. Les alpinistes avaient fait l'ascension par la face sud de la chaîne dont la masse les protégeait des vents dominants. Mais à présent, dans leur dernier effort pour franchir le rebord du petit plateau de rocher nu qui culminait là, ils prenaient de plein fouet les rafales d'un vent venu du Pôle. La température apparente, déjà très peu élevée, était tombée bien en dessous de zéro.
Encore un agréable après-midi d'automne sur Mercredi.
A l'horizon sud, on devinait un disque pâle et froid, le soleil. Il jetait sur le paysage une étrange lumière grise qui ne disparaissait jamais au cours de ce crépuscule qui durait plusieurs semaines.
Lorsque l'on tournait les yeux vers l'océan qui s'étendait tout autour, il était difficile de distinguer l'île de la mer. Le pack se renforçait autour de Mercredi, des glaces vivantes qui se tordaient et se bousculaient sur les plages. Les seuls endroits où l'eau froide et sombre était encore libre se dessinaient derrière les icebergs qui dérivaient à l'horizon. La mer tentait de résister à l'emprise glacée, prémices de l'hiver.
Dans l'est, le vent balayait la neige depuis une extrémité de l'île, voilant le second pic qui formait une énorme forme sombre et sinistre noyée dans le brouillard.
C'était un paysage d'enfer, un enfer dans lequel on aurait éteint les fourneaux, mais les trois spectateurs trouvaient ce genre de spectacle plutôt amusant.
Le premier de cordée rejeta la tête en arrière comme pour défier le vent et se mit à hurler à la manière d'un loup.
- Je prends possession de cette montagne par droit de conquête et par conséquent décide de l'appeler... putain, et comment est-ce qu'on va l'appeler ?
- Ian, tu es arrivé le premier, dit le plus petit des trois grimpeurs d'une voix assourdie par son masque. Par conséquent et de plein droit, cette montagne sera dorénavant le mont Rutherford.
- Ah non, je m'y oppose ! protesta le troisième membre de l'expédition. Notre ravissante Miss Brown est la première femme à atteindre le sommet de ce pic formidable. Ce sera le mont Kayla.
- C'est très gentil à toi, Stefan, mais ça ne te rapportera jamais qu'une bonne poignée de main au retour à la station.
Ian Rutherford, éminent biologiste d'Oxford, se mit à rire doucement.
- J'imagine que cela n'a aucune importance. On peut bien l'appeler comme on veut, pour moi, cela restera le pic Ouest comme depuis toujours.
- Tu es trop terre à terre, Ian.
Stefan Kropodkin était physicien, spécialiste des rayons cosmiques à McGill. Il eut un large sourire sous le passe-montagne en laine qui lui couvrait tout le bas du visage.
- Je crois que c'est le moment de faire preuve d'un peu de réalisme.
Kayla Brown était géophysicienne à Purdue.
- Nous avons déjà une heure de retard et le docteur Creston n'était pas ravi de nous voir entreprendre cette ascension.
- Encore un qui n'est pas très poète, grommela Kropodkin.
- Nous avons tout de même le temps de prendre quelques photos, répondit Rutherford en se défaisant de son sac. Cresty ne peut pas nous refuser ça.
Ils découvrirent la chose en arpentant avec précaution le petit plateau, et c'est l'apprentie géophysicienne de Purdue qui la trouva la première.
- Hé, les gars, regardez. En bas, sur le glacier.
Rutherford explora le paysage au-dessus du col, entre les deux pics. Il y avait quelque chose, à peine visible au milieu des tourbillons de neige. Il remonta ses lunettes sur son front et sortit ses jumelles de leur étui. Prenant bien soin de ne pas mettre en contact le métal glacé avec la peau, il commença à regarder.
- Bon sang ! Il y a quelque chose, plus bas !
Et passant ses jumelles à Stefan :
- Qu'en penses-tu ?
Stefan, originaire d'Europe de l'Est, regarda pendant un bon moment avant de laisser retomber l'instrument.
- C'est un avion, dit-il d'un ton pensif, un avion posé sur la glace.



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