Jean-Noël
Liaut
Les anges du bizarre
Un siècle
d'excentricité
Essai
Jean-Noël Liaut, 33 ans, est
l'auteur d'une biographie de la princesse russe
Natalie Paley en 1996 et chez Grasset d'une
biographie de Hubert de Givenchy (2000).
xcentricité
et instinct maternel ont souvent fait figure
d'ennemis jurés. La cruauté et
l'inquiétante diversité des
récits liés à
cette alliance délicate ont
enchanté des
générations d'excentrophiles. En
effet, certaines femmes, sitôt devenues
mères, considèrent leurs enfants
comme les simples accessoires d'un spectacle
dominé par elles seules. Avec les
conséquences que l'on imagine car tel
un ouragan leur irrépressible
individualité dévaste tout sur leur
passage. Méprisant l'idée même
de respectabilité familiale, elles feraient
aisément passer la Folcoche d'Hervé
Bazin pour un modèle de compassion. A ce
titre, personne n'aura plus souffert que Edward
James. Poète, peintre, mécène
et collectionneur, cet excentrique de premier plan,
décédé en 1984, ne s'est
jamais remis des inconséquences de sa
mère. Fille illégitime du roi Edward
VII, cette dernière pensait être la
réincarnation de Marie-Antoinette - au point
d'imiter ses moindres faits et gestes - et
haïssait son fils car il avait
hérité de la fortune familiale
à l'âge de cinq ans. Un jour que la
gouvernante lui demandait lequel de ses enfants
l'accompagnerait en promenade, elle lança
d'une voix agacée ce mot resté
célèbre, qui donne amplement la
mesure du personnage : « Peu
importe ! Celui qui ira le mieux avec ma
robe ! »
Difficile de ne pas compatir... Par la suite James,
traumatisé, et reproduisant un schéma
éternel, épousa pour son plus grand
malheur la vénéneuse Tilly Losch,
actrice et danseuse de renom au cours des
années trente. Edward commandita des ballets
pour son épouse - Bertold Brecht et Kurt
Weill imaginèrent Les Sept
Péchés capitaux à son
intention -, alors qu'elle le trompait sans
cesse, transformant chacune de ses humiliations en
un chef-d'uvre de perversité mentale.
Ainsi, durant leur très court mariage
(1931-1934), la volcanique Autrichienne
préféra avorter plusieurs fois afin
de ne pas perdre la ligne. « Mon pauvre
ami... et pourtant ils étaient bien de
toi ! » Fuyant ces gorgones
- auxquelles se joignirent ses surs qui
le persécutèrent sans
relâche -, James se réfugia
à corps perdu dans l'art. Il finança
John Betjeman et Dylan Thomas, fonda une maison
d'édition, James Press - dont le
symbole était un poing fermé -,
dans le seul but de publier ses propres
poèmes, et soutint Magritte, Ernst et
surtout Dali, dont il fut à la fois le
meilleur ami et le protecteur
indéfectible.
Tous deux capricieux, imaginatifs et
paranoïaques, James et Dali étaient
faits pour se rencontrer. La jeunesse de Salvador
n'avait-elle pas été hantée
par le fantôme d'un frère
aîné disparu peu avant sa
naissance ? Sa mère ne l'avait-elle pas
persuadé qu'il en était le
clone ? Au point de le baptiser du même
prénom. S'étonnera-t-on alors s'ils
furent inséparables pendant des
années ? On les retrouva même,
bras dessus bras dessous, chez Sigmund Freud, ravi
de leur visite, cela va sans dire. James, qui mit
sa fortune à la disposition du peintre
catalan, était remercié en
nature ; il possédait ainsi une
cinquantaine de ses meilleurs tableaux. Une
collection inestimable. Ne s'épanouissant
que dans l'outrance, leur duo ne se fixa aucune
limite dans l'insolite. Ainsi, Dali et James
conçurent ensemble un salon imitant les
entrailles d'un chien, dont les murs se dilataient
et se contractaient suivant le rythme
respiratoire ; l'animal étant
souffrant, Dali souhaitait que l'on entendît
son halètement !
Un projet très caractéristique de la
sensibilité d'Edward James, connu pour
l'étrangeté de ses goûts en
matière de décoration
intérieure. Un rien morbide, il avait
dessiné son lit à baldaquin
d'après le catafalque crÉ pour les
obsèques de lord Nelson, en 1805. Au
plafond, une voûte céleste en verre
noir, seule teinte autorisée dans sa chambre
à coucher, reproduisait la configuration
stellaire de sa nuit de naissance. Il quittait ce
sanctuaire pour promener son bébé
lama ou poster des lettres de plus de cent pages,
véritables collages surréalistes
destinés à des amis dont la patience
n'était pas la moindre des vertus. Sa
rupture avec Dali, en 1937, ne mit en rien un frein
à ses lubies. James publia la même
année son seul roman, Le Jardinier qui vit
Dieu - portrait d'un aristocrate qui disperse
des pianos et des fourmis en plastique dans le parc
de son manoir gothique - et, après bien
des périples, il fut même
soupçonné d'espionnage au cours de la
dernière guerre. On le retrouva au
début des années soixante en pleine
forêt vierge mexicaine, attelé
à la construction d'un palais
étrange, sans cesse envahi par la jungle
luxuriante. La nuit, il errait comme une âme
inconsolable, des bougies autour du cou afin de
faire fuir les vampires. Fidèle à
lui-même, James écrivit un recueil de
souvenirs au titre énigmatique, Cygnes
reflétant des éléphants, pour
ceux qui ignorent qu'il s'agit d'un hommage
à une toile de Salvador Dali.
La seule vocation de l'honorable Daisy Fellowes,
arbitre des élégances et
romancière très mineure - pour
ne pas dire plus -, fut de devenir
inoubliable. Elle consacra à cette
tâche chaque seconde de son existence, et ce
jusqu'à sa disparition en 1962. Petite-fille
d'Isaac Singer, l'inventeur de la machine à
coudre, elle ne gardait aucun souvenir de sa
mère, qui s'était suicidée
alors qu'elle avait quatre ans. Imprévisible
et élitiste, autant que séduisante et
fortunée, Daisy, qui s'autorisa très
vite à distiller son sadisme naturel avec
jubilation, n'aimait rien tant que tendre des
embuscades. On parle encore de l'un de ses
dîners - donné en pleine canicule
dans une pièce surchauffée et
hermétiquement close - où elle
n'avait rassemblé que des convives se
haïssant : une épouse et la
maîtresse en titre de son mari, un couple de
divorcés ou encore un écrivain et un
critique littéraire ayant assassiné
son dernier ouvrage. Logique venant d'une femme qui
trouvait seyante la couleur mauve des
hématomes et offrait de la cocaïne en
guise d'aspirine à ses femmes de chambre
migraineuses.
Estimant n'avoir aucune justification à
fournir - l'une des clés psychologiques
de l'excentricité -, guidée par
son seul plaisir, elle adorait apparaître
détestable et, manipulant choses et gens au
gré de ses impulsions, collectionnait maris,
courtisans, génies, maisons et uvres
d'art. Pour certains, Daisy n'était qu'une
héritière
désuvrée, toujours à la
recherche de sensations inédites, quel qu'en
fût le prix, et dont les actes
n'étaient qu'un tissu d'absurdités.
Pour d'autres, elle faisait « penser
à quelque divinité du monde grec ou
romain dont les amours, les caprices, voire les
cruautés suscitent plus d'admiration que
d'indignation. Etre distingué par elle est
une faveur ; devenir sa victime est une
façon de ne pas être tout à
fait inconnu 1. » Bien entendu, ses
enfants n'échappèrent pas au jeu de
massacre. A tel point qu'un jour, se promenant au
bois de Boulogne avec un ami, Daisy remarqua un
groupe de petites filles exquises et
s'écria : « Qu'elles sont
élégantes ! Connaît-on
leurs parents ? » La nurse, à
qui elle s'empressa de poser la question, lui
répondit : « Ce sont les
vôtres, madame. » Elles
survécurent tant bien que mal.
La plus connue, Isabelle, écrivit un roman
onirique, Maldonne, des poèmes et une
biographie de l'énigmatique
« Masque de Fer », consacrant
de longues heures à des séances de
spiritisme avec une voyante afin d'entrer en
contact avec lui dans l'au-delà. La jeune
femme, dont la grande fierté était de
descendre, par son père, de madame de
Staël, pensait que de sa tombe son illustre
ancêtre guidait sa plume et l'aiderait
à devenir une artiste accomplie.
Agacée par les prétentions bas-bleu
de sa fille, Daisy - un sourire aux
lèvres - lui avoua ne plus savoir
très bien qui était son
géniteur. « J'ai eu tant
d'amants... » Cette pensée tortura
Isabelle jour et nuit. Son sang pouvait-il ne pas
être celui de l'auteur de
Corinne ? Elle en perdit la raison. Un
matin à l'aube, la police la
découvrit, hagarde et pieds nus, errant dans
les rues de Paris en chemise de nuit. On l'interna
peu après.
En 1987, la duchesse de Sabran-Pontevès
offrait à ses lecteurs un exemple saisissant
de bizarrerie maternelle dans ses Mémoires
Bon sang ne peut mentir. Elle se souvenait que sa
mère, naturellement macabre, les
réunissait souvent afin de leur montrer une
enveloppe bordée de noir contenant son
testament... pleurs garantis. Apparemment, ce sens
du drame avait toujours été la
facette dominante de sa personnalité
tourmentée. « Encore tout enfant,
n'enfermait-elle pas déjà, par
devoir, sa poupée dans un placard qu'elle
assimilait à l'école, pour sangloter
devant les portes closes aussi longtemps que durait
"la classe" imaginaire 2 ? »
Une atmosphère d'hystérie familiale
que l'on retrouvait également chez le
poète-dandy Robert de Montesquiou, qui
inspira le personnage de Charlus à Marcel
Proust. L'auteur des Hortensias bleus aimait
retrouver ses petites-nièces à qui,
inévitablement, il proposait de
« jouer aux faux sanglots ». Il
fondait alors en larmes, et les petites filles
l'imitaient, dans un premier temps pour s'amuser,
puis très vite, incapables de se
contrôler, elles devenaient les victimes de
leur oncle, qui plus que tout détestait le
raisonnable. Ces réunions pour le moins
curieuses s'achevaient par d'irrépressibles
crises de nerfs ! Famille, famille.
« J'aime beaucoup les enfants, surtout
quand ils pleurent, parce qu'on les
emmène », écrivit Sacha
Guitry. D'où le rôle essentiel
joué par les nannies auprès de
parents bien trop absorbés par
eux-mêmes pour daigner s'occuper de leur
descendance. Dans certains cas, l'expérience
pouvait laisser des séquelles. Ainsi, la
créatrice italienne Elsa Schiaparelli avait
été confiée à une nurse
zoulou, engagée par son père,
orientaliste de renom, afin qu'il pût
étudier cette langue rare. La petite fille,
qui avait alors quatre ans, et dont la santé
mentale comptait peu aux yeux d'un homme qui lui
préférait les subtilités de
l'écriture sanscrite, était
terrifiée par cette créature
étrange qui, le soir, lui murmurait en guise
de bonne nuit : « Je t'aime
beaucoup. J'ai enterré tous ceux que
j'aimais. Et je veux t'enterrer, toi
aussi ! » Quant à Elsa
Maxwell - pianiste, compositeur, actrice et
journaliste -, son ange gardien n'était
autre qu'un bandit chinois, Hi Foo, qui la
promenait dans les quartiers les plus dangereux de
San Francisco, où il se livrait à des
négociations douteuses. Finalement, la
police l'arrêta pour avoir été
mêlé aux luttes de clans qui
déchiraient la communauté asiatique
de la ville, et il fut pendu pour meurtre. Des
années plus tard, miss Maxwell, devenue
l'amuseuse la plus recherchée du globe,
passa à la postérité
grâce à ses
« soirées-meurtres »
(Murder-parties). Une étape capitale dans
l'histoire du jeu de société. Cet
esprit ludico-sinistre devait habiter Picasso
lorsqu'il inventa le plus atroce des
divertissements. A l'époque où il
vivait avec Fernande, le peintre avait
adopté une orpheline, qu'il choya un temps
sans compter. Puis, six mois plus tard,
lassé par ce nouveau jouet dont il avait
épuisé tous les charmes, Pablo
l'abandonna sur un banc public et partit sans un
regard.
Luchino Visconti, metteur en scène insoumis
et flamboyant, faisait partie de « ces
êtres excessifs et passionnés qui sont
seuls à valoir la peine d'être
connus » (Jean Cocteau). Son uvre,
essentielle pour l'histoire du cinéma, qui
atteignit grâce à lui les plus hauts
degrés de civilisation, fut
incontestablement influencée par une famille
unique en son genre. Son ami le photographe Horst
n'a-t-il pas dit que Visconti avait
transformé son passé en art ?
« Vivre, c'est aussi se
souvenir », aimait à
répéter Luchino, dont l'enfance porta
le sceau de l'originalité la plus absolue.
Son père, don Giuseppe, qui
préférait l'architecture et la
décoration à son encombrante
progéniture, envisageait l'existence comme
un opéra. Pour preuve, la restauration de
son domaine de Grazzano. Ne fit-il pas
détruire les maisons insalubres avoisinantes
afin de reconstruire, face aux grilles du parc, un
village médiéval complet, assorti au
château familial ? Tout, jusqu'au
mobilier gothique des habitations, devait porter sa
griffe. Il conçut même à
l'intention des villageois un costume de velours
rouge et blanc, que l'on aurait dit tiré
d'une emluminure du Moyen Age. Rappelons qu'en
1973, Visconti consacra l'un de ses plus beaux
films au roi Louis II de Bavière, qui
fuyait la vulgarité quotidienne en
édifiant de somptueux décors
wagnériens.
La mère de Luchino était
également un personnage on ne peut plus
fantasque. A Milan, dans leur palais de la via
Cerva, doté de tant de fenêtres que
plusieurs valets avaient pour seule fonction de les
ouvrir et de les fermer, l'envoûtante donna
Carla s'était fait aménager une
pièce secrète, où
s'amoncelaient des rouleaux de tulle multicolores.
Chaque jour, selon l'humeur et les circonstances,
elle adoptait une teinte différente et se
métamorphosait en nuage. Des
décennies plus tard, son fils fut,
jusqu'à l'obsession, hanté par des
héroïnes voilées et
inaccessibles. La comtesse Serpieri de Senso, la
mère de Tadzio dans Mort à Venise,
l'impératrice Elisabeth de Ludwig, la
mère du professeur dans Violence et
Passion... Pour Les Nuits blanches, Visconti
utilisa des kilomètres de tulle pour simuler
le brouillard enveloppant Mario et Natalia.
Donna Carla, dont l'excentricité
s'appliquait aussi à l'éducation de
ses nombreux enfants, les avait confiés
à deux personnalités pour le moins
déroutantes. Ainsi, leur nourrice les
emmenait toujours en promenade au cimetière
de la ville, en pèlerinage sur la tombe de
leur frère Giorgio. Quant au
précepteur, choisi avec soin, il refusait
à ses protégés l'usage des
escaliers pour regagner leurs chambres, au dernier
étage. Les petits Visconti, qui le
détestaient, étaient contraints
d'entrer par la fenêtre à l'aide d'une
corde, en escaladant la façade, même
sous une pluie diluvienne.
Devenu adolescent, Luchino, qui alliait une
beauté étourdissante à un
esprit naturellement frondeur, cultiva cette
étrangeté héréditaire.
Selon l'un de ses biographes, il y avait au bord du
lac où s'élevait leur villa de
Cernobbio « une pelouse ornée de
statues néoclassiques que, dans les
années vingt, les chargements de
touristes en excursion avaient, avec un peu de
chance, la stupeur de voir soudain
s'animer : par les beaux
jours d'été, Luchino et Edoardo,
savourant d'avance leur effet, se mettaient nus, se
roulaient dans le talc ou la farine,
délogeaient sans façons les
héros de leur piédestal, grimpaient
sur leur socle et, après avoir un moment
imité leur pose, à l'instant
où le vaporetto passait le long de la berge,
ils plongeaient dans les eaux du
lac 3... »
Par la suite, son existence entière fut
dominée par un goût
immodéré pour l'insolite,
jusqu'à la démesure. Ne fit-il pas
appel, en 1948, au sorcier Salvador Dali pour
créer costumes et décors de Comme il
vous plaira, l'une de ses productions les plus
oniriques ? Personne n'a oublié
l'oppressante forêt géométrique
où évoluait l'androgyne Rosalind.
Agé, diminué, Visconti ne perdit
jamais son sens du panache. En 1972,
handicapé par une attaque
cérébrale, il accepta pourtant de
mettre en scène Manon Lescaut au festival de
Spolète. Dans cette perspective, Luchino fit
construire chez lui la réplique exacte de
l'escalier montant à la scène, afin
de s'entraîner à cette ascension
périlleuse, loin des regards indiscrets.
Si, au cours du XXe siècle,
l'excentricité en matière
d'éducation ne connut jamais de
frontières géographiques, comme nous
avons tenté de l'illustrer, il semblerait
néanmoins que l'Angleterre en
détienne le record absolu. Mitford, Sitwell,
Tennant... autant de clans célèbres,
de génération en
génération, pour l'art
consommé de goûter l'euphorie
ineffable de n'être pas comme tout le monde.
Un art que l'anticonformiste Vita Sackville-West
maîtrisait à la perfection. Ecrivain
prolifique et paysagiste émérite
- elle dessina le premier jardin blanc autour
de sa demeure, Sissinghurst Castle -, Vita,
bien qu'étant mariée et mère
de famille, défia les conventions en
assumant ostensiblement ses liaisons avec des
romancières comme Violet Trefusis (plume
mineure) ou Virginia Woolf (plume majeure). En
1928, elle inspira d'ailleurs à cette
dernière le roman Orlando,
considéré à juste titre comme
l'une des plus belles lettres d'amour jamais
écrites. Vita aimait à rappeler
l'influence déterminante exercée par
sa mère sur l'évolution de sa
personnalité. Lady Sackville, difficile
à l'extrême mais toujours inattendue
- n'envoyait-elle pas à sa fille des
missives rédigées sur du papier
hygiénique dérobé dans les
toilettes d'Harrods ? -, ignorait
jusqu'à l'orthographe du mot
« raisonnable ». Notons que ses
caprices les plus divers eurent pour toile de fond
le château de Knole, qui possédait
trois cent soixante-cinq pièces, à
l'image des jours de l'année. Un lieu
idéal pour cette femme qui, obnubilée
par les bienfaits du froid, obligeait sa
famille à dîner dans le parc
même lorsqu'il neigeait. Comment oublier ces
repas au cours desquels les convives,
terrifiés et frissonnants, maniaient
difficilement couteaux et fourchettes de leurs
mains gantées ?
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