Annette Lévy-Willard
Chroniques de Los Angeles
récit
Annette-Lévy-Willard est journaliste et romancière. Grand
reporter à Libération, elle s’est spécialisée dans les grands
faits de société, les tendances d’époque, les moeurs des nouvelles
tribus… Elle est l’auteur de Moi, Jane, cherche Tarzan (Flammarion,
1988).
1
Hollywood, nous voilà
ous
habitons depuis un mois à l’hôtel. Le Loews sur la plage de Santa
Monica, avec vue sur le Pacifique. Un hôtel kitsch aux palmiers
en plastique vert et l’indispensable jacuzzi californien. Je tape
mes articles en regardant passer les jeunes gens en rollers qui
évoluent avec l’élégance des professionnels du patin sur la longue
piste qui suit la mer, de Venice à Malibu. Certaines créatures aux
jambes musclées, dans une forme étonnante, patinent en poussant
leurs nouveau-nés dans des landaus sur roues avec parasol : les
bébés sont les seuls sans lunettes de soleil à Los Angeles.
– On ne fait pas la rentrée scolaire des enfants
en habitant à l’hôtel, assène Linda, l’avocate hollywoodienne, d’un
ton définitif.
– Pourquoi pas ?
Je me vois bien rester dans la chambre avec room service,
les petits faisant leurs devoirs sur un coin de table. Le valet
parking – spécialité locale – m’apporte avec un sourire la voiture
dès que je mets le nez dehors. Je peux lire le journal en pédalant
sur les machines de la salle de gym pendant que les news
défilent sur les écrans de télé. Le bonheur.
– On ne peut pas rester à l’hôtel, répète aussi le père
au bord de la crise de nerfs et du dépassement de budget. Les enfants
ont besoin de stabilité.
Lui qui nous a entraînés dans cette aventure exotique.
Stabilité plutôt que de piscine et de l’air de la mer ? Le Loews,
avec les hamburgers toujours prêts (pour les enfants) et des margaritas
glacées (pour la mère) qu’on sirote en regardant le coucher du soleil
rouge entre les palmiers sur le Pacifique, est décadent, mais paradisiaque.
La culpabilité gagne la bataille, la mère indigne se jette enfin
dans la recherche d’une « vraie » maison. Mais où ? La ville est
immense et cryptée.
On adopte une routine. Nous jetons le fils récalcitrant à l’arrière
de l’auto avec un paquet de BD françaises et partons visiter des
maisons, activité essentielle pour les nouveaux arrivés dans la
ville. J’ignorais que cela resterait, plus tard et enfin logés,
une occupation permanente, une drogue, le rendez-vous hebdomadaire
des open houses du dimanche après-midi.
A l’heure du déjeuner, le dimanche, les agents immobiliers sont
sur le pont. Ils plantent un drapeau dans la rue et une pancarte
pour rabattre le client vers l’open house, la maison ouverte
qui s’offre à ses futurs acheteurs ou locataires, telle une prostituée
qui se veut alléchante. Entrée libre. Le passant, le professionnel
ou l’amateur peuvent ainsi pénétrer dans l’intimité de gens parce
qu’ils ont mis leur maison en vente. Pour que nous puissions imaginer
notre future vie entre ces murs étrangers les bougies parfumées
diffusent une lumière érotique, des savons raffinés disposés autour
de la baignoire, les jets bouillonnants si c’est un jacuzzi. La
fausse bûche à gaz brûle dans la cheminée.
Après quelques semaines mon oreille avertie remarque la musique
d’ambiance dans les haut-parleurs et la fontaine qui coule dans
le jardin quand la propriété est à deux mètres de l’autoroute.
Et, surtout, les superbes agentes immobilières – au T-shirt
presque mouillé sur de gigantesques seins inamovibles, fixes, suspendus
dans le vide – nous attendent.
Le fils a horreur de visiter des maisons : « J’espère qu’on n’est
pas dimanche ! » hurle-t-il, désespéré. Il refuse de sortir de la
voiture, malgré l’attrait, pour un jeune garçon, de la vue imprenable
sur les agentes siliconées.
Dès le premier jour nous avons raté notre entrée à Hollywood.
C’est vrai mais nous ne le savions pas, debout, perplexes, devant
une petite maison basse et sombre dans une rue majestueuse où les
palmiers font une haie impeccable dans le ciel.
– Vous êtes dans la rue la plus chic de Los Angeles ! nous
annonce l’agente. Cette maison appartient... je n’ai pas le droit
de vous le dire...
Elle baisse la voix, telle une espionne vendant le plan de la dernière
usine nucléaire aux Soviétiques.
– Les propriétaires sont... (elle respire une dernière fois
avant de dégoupiller la grenade)... les parents de... Gwyneth Paltrow.
Ouah ! Une personne normale, à Hollywood, empoignerait son
stylo et signerait, sur le capot de la voiture, le contrat de location.
Elle se précipiterait pour emménager dans la cabane de jardinier
des parents d’une célébrité.
– Ce sera l’occasion de faire des rencontres, de vous lier...,
poursuit l’agente sur un ton qui évoque maintenant le club échangiste.
Locataires d’une petite maison chère sans piscine, sans palmiers,
sans jacuzzi, sans vue – sans ce minimum pour ne pas être considéré
comme un sous-humain dans cette ville. Mais dans la rue la plus
chic, où nous aurions une très vague chance de croiser les acteurs
de la liste A. Les Américains préférant les lettres aux chiffres
– on n’a pas 20/20 à l’école mais A, et on ne joue pas en do ré
mi mais des gammes en alphabet – l’acteur sur la liste A est au
sommet de la ville. « A » c’est le maximum de « talent » : à partir
de dix millions de dollars par film.
Un mur de château fort médiéval cache le palais de la famille de
la star, le protégeant des regards des passants, des photographes
et, bien sûr, des futurs voisins – nous, donc.
– Pourquoi ont-ils acheté cette maison minable, quand ils ont
déjà une gigantesque demeure ? dis-je en contemplant le trois-pièces
sombre qu’on nous « offre ». Je n’ose pas demander si la star habite
encore avec sa famille.
– Pour éviter que quelqu’un d’autre ne l’achète. Ils sauvegardent
ainsi leur vie privée. Aujourd’hui ils la louent. Plus tard ils
la raseront – à Hollywood on rase beaucoup – et agrandiront leur
parc ou leur piscine.
Nous refusons, à la surprise générale, d’emménager dans le trou
programmé de la piscine.
Linda, qui fait aussi partie d’une « liste A », celle des avocats
les plus puissants du cinéma américain, patronne notre mise sur
orbite hollywoodienne. Elle ne cache pas sa déception :
– Habiter à côté des parents de Gwyneth Paltrow est une chance...
qui ne se reproduira pas, nous prévient-elle, menaçante – je sens
qu’elle s’inquiète déjà de notre capacité à réussir dans cette ville.
Notre cas s’aggrave. Nous rejetons successivement la maison où Kevin
Kline a dormi quelques semaines – recouverte de moquette violette
fluo du sol au plafond, avec de fausses cheminées en fausses pierres
avec de fausses flammes, mais du vrai gaz. Puis une maison où l’une
des sœurs Arquette a divorcé : les fenêtres sont cachées derrière
des rideaux noirs et des caméras au plafond vous surveillent dans
chaque pièce, on comprend que le mec ait pris la fuite. On a aussi
laissé passer une autre chance d’être à côté de... en emménageant
dans un quartier où, disent les agentes immobilières, flotte l’aura
de la célébrité – même si la star, Whoppi Goldberg, a déménagé depuis
longtemps de la maison voisine-de-celle-que-nous-devrions-louer
immédiatement si nous étions raisonnables.
Nous n’arrivons pas à nous décider. La ville reste insaisissable,
pas comme les agentes immobilières. Nous découvrons que Los Angeles
est une ville qui n’existe pas.
Voulons-nous habiter à l’ouest, sur la rive du Pacifique, à Santa
Monica, malgré les couples sportifs obsédés du jogging dont l’air
trop sain nous déprime ? Ou à l’est, vers le vieil Hollywood, pollué,
urbain et noctambule ? Au nord, sur les collines sauvages ? Au sud,
dans les plaines de banlieues propres et ennuyeuses à l’américaine
? A Venice, remake miniature de l’Italie inventé par un promoteur
délirant, avec des canaux boueux sympathiques comme dans l’authentique
Venezia ?
La fille n’arrivera jamais à comprendre le langage codé qui fonctionne
ici sur les points cardinaux. A Paris elle était déjà incapable
de savoir si la Seine coulait vers l’est ou vers l’ouest, alors
quand une copine de Los Angeles lui explique : « Tu prends la rue
au sud de Sunset Boulevard, et ensuite deux blocs à l’ouest, et
ma maison c’est au coin nord du croisement », il faudra aller la
chercher à l’autre bout de la ville ou procéder à un téléguidage
minuté.
Dans l’espoir qu’elle ne se perde pas je lui rappelle que la mer
est à l’ouest – direction Japon – et si elle tourne la tête dans
l’autre sens et voit des montagnes, c’est l’est – direction New
York. En vain.
Quant au père, il est heureux. Au volant de sa 4 ´ 4 Bronco blanche
de livreur de troncs d’arbres – très à la mode à L.A. – il frôle
l’orgasme quand il tourne le dos à la plage et s’élance sur Pico
dans une chevauchée à travers la ville : des motels rose et vert,
des bagnoles, beaucoup de bagnoles à vendre, neuves ou « ayant déjà
connu des propriétaires » – pour ne pas dire d’occasion –, une curieuse
tour du Moyen Age ( ?), un restaurant en forme de côte de porc qui
annonce d’ailleurs sur son toit côtes de porcs à volonté, des salles
d’art martial coréen, des hangars pour stocker vos meubles – on
déménage beaucoup à L.A. –, des motels, encore des motels glauques,
des stations-service, une intrigante clinique de planning familial
pour animaux. Et l’« Apple Pan », le berceau historique du hamburger
à Los Angeles – où le père mange chaque jour ses frites à la mayonnaise.
Après la traversée de l’enfer, Pico se civilise. A gauche les magnifiques
studios de la Twentieth Century Fox, avec ses décors de cinéma qui
font rêver, à droite le superbe golf municipal et gratuit, en pleine
ville.
Puis Pico devient Brooklyn, des dizaines de synagogues, d’écoles
juives, de delicatessen casher, les familles habillées qui sortent
de la prière le jour du Shabbat.
Plus à l’est encore Pico change de couleur, passant du Coréen à
l’Hispanique puis au Black, s’enfonçant dans les ghettos des gangs,
du crack et des policiers pourris.
Le père aime Pico : « C’est Los Angeles, c’est l’Amérique », dit-il.
Ce qui énerve évidemment notre famille et nos amis parisiens frappés
de stupeur à l’annonce de notre départ.
Ma cousine Martine, médecin et femme politique, ex-communiste, ex-militante
écolo, passée à droite, s’est écriée : « quelle horreur! Vous ne
pouvez pas aller habiter à Los Angeles, il n’y a que des cons !
»
New York on adore, ce n’est pas l’Amérique. Ou San Francisco, bien
sûr, magnifique dans le brouillard romantique – ses ponts, ses collines,
ses spaghettis, ses cappuccinos. Les deux villes adulées par les
Français parce qu’elles leur ressemblent, avec leurs marchands de
légumes frais, leurs trottoirs à piétons et, suprême expérience
exotique en Amérique, un vrai métro.
Mais pas Los Angeles-la-ville-des-cons ! Ses palmiers répétitifs,
ses éternelles dents blanches, ses décapotables par milliers, ses
vieilles stars, et ses jeunes vedettes, ses psys pour chiens et
ses chirurgiens esthétiques. Son soleil et son ciel bleu qui rongent
les neurones.
J’ai entendu plusieurs versions de la même incrédulité quand nous
avons parlé de notre futur bond vers l’Ouest.
Mes amis écrivains toujours au Flore (depuis Sartre) : « Toi, une
intellectuelle, comment peux-tu aller vivre dans ce désert culturel
? »
Mes copines, encore déchaînées (depuis 68) : « N’y va pas ! A partir
de trente ans, là-bas, tu es périmée sur le marché du sexe. »
Le chef du service étranger de Libération (songeur) : « Il
ne se passe pas grand-chose à l’Ouest du point de vue de l’actualité
américaine. A moins d’une guerre... (prémonitoire). Le Pentagone
c’est à l’Est, mais les bombardiers et les porte-avions partent
du Pacifique. Problème : avec le décalage horaire, tu n’as que deux
heures pour nous faire un papier hot. Tu vas te lever à six heures
du matin ? (sceptique).
Mon banquier (préoccupé) : « Vous paierez vos impôts en France ou
aux Etats-Unis ? »
Ma chère esthéticienne : « Très mauvais pour la peau, Los Angeles,
il faut hydrater, hydrater. »
Les parents des copains des enfants (aigres) : « Super, tes mômes
vont être bilingues. Cela leur donnera de l’avance pour les concours
des grandes écoles. »
Madame le proviseur du collège Jean-Baptiste-Say (enthousiaste)
: « C’est bien pour les enfants d’aller vivre ailleurs, en Amérique...
s’ils passent leur bac! »
Les enfants : « Et le chien ? »
Mon amant : « Quand reviendras-tu ?... » (je n’ai pas d’amant).
Tous : « C’est une blague ? »
Moi-même je n’y ai pas cru. Empaqueter la famille et quitter notre
tranquillité parisienne ? Le père voulait affronter Hollywood, faire
du cinéma en Amérique, changer d’air. Il avait trouvé le point faible
: « Si on ne vit pas des aventures aujourd’hui, on ne bougera jamais
plus. Imagine : cinquante ans dans la même rue, les mêmes
cafés, les mêmes restaurants, les mêmes gens... »
La menace de vieillir poussiéreux avait marché.
La Californie, le Retour. La côte Ouest c’était les années 70 de
ma jeunesse radicale : révolution, féminisme, rock, sexe, drogues
et autres expériences inutiles... Puis les années 90, relookée en
respectable professeur, invitée à faire des conférences sur les
campus américains devant des étudiants pacifiés. Enfin l’Amérique
des reportages pour le journal : de la Silicon Valley aux condamnés
à mort du Texas, en passant par Philip Roth, le mutique désagréable
et génial, ou William Styron, l’ancien déprimé si sympathique, les
néo-nazis révisionnistes au coin de Disneyland, les milliardaires
de Dallas avec Philippe Starck, les clubs de sexe échangiste à New
York (sans Philippe Starck), les enfants inséminés des lesbiennes
juives à San Francisco, les boat people de Cuba arrivant
sur leurs bouées et leurs planches à voile à Key West...
Et Los Angeles. Une nuit historique de novembre 1980 : je suis au
milieu d’une foule debout dans la grande salle du Century Plaza
Hotel, à Los Angeles, quand, soudain, la carte des Etats-Unis projetée
sur un écran géant vire au rouge républicain. L’acteur de série
B Ronald Reagan écrase le président sortant Jimmy Carter – qui prendra
sa revanche avec un prix Nobel de la paix plus classe que la vulgaire
étiquette d’ex-président.
J’avais été envoyée à la dernière minute au QG de Reagan à Los Angeles.
Un second rôle : les spécialistes de l’Amérique au Libération
de l’époque ne pariaient pas un dollar sur l’acteur raté. Les journalistes
sérieux suivaient Carter.
A minuit je trouve difficilement une cabine téléphonique au Century
Plaza et j’appelle Paris pour leur donner l’info :
– reagan a gagné !
– Un cow-boy à la tête de l’empire américain. C’est la Troisième
Guerre mondiale ! affirme sèchement le rédacteur en chef – celui
qui m’a envoyée à Los Angeles couvrir Reagan-le-loser, sans
prendre la peine de m’accréditer auprès du FBI pour la nuit des
élections au QG républicain. Débrouille-toi, avait-il dit, pour
justifier sa paresse, c’est ton boulot de journaliste d’entrer même
si on te l’interdit.
Me demander de franchir les barrages de sécurité du FBI autour du
futur président des Etats-Unis, quand tous les journaux ont, depuis
des mois, obtenu les laissez-passer de presse officiels pour leurs
journalistes, c’est digne des épreuves stupides pour devenir Marine,
légionnaire ou Survivor.
J’avais dû fondre en larmes dans le bureau du chef du FBI pour récupérer
un badge de presse, tactique humiliante mais parfois efficace (pour
les femmes).
Reagan est élu président, il fait son premier discours devant ses
supporters au Century Plaza.
– Je le trouve plutôt bon sur scène, normal, c’est un acteur,
dis-je au stratège international à Paris qui ne daigne pas répondre
à une remarque aussi vaine.
Il ne m’écoute plus, préférant réfléchir à son éditorial vers la
troisième guerre mondiale.
Qui n’a pas eu lieu, mais personne n’est parfait.
Vingt ans plus tard. 7 novembre 2000. Nouvelle nuit historique à
Los Angeles, encore plus longue, encore plus palpitante. En direct,
avec en stéréo les commentaires astérixiens de nos amis de Paris
suspendus au téléphone : Ils sont fous ces Américains. Tétanisés
devant la télé, scotchés à l’écran, enfoncés dans les canapés de
notre nouvelle maison de L.A., avec le soutien d’une caisse de bouteilles
de vodka nous suivons le suspense du troisième millénaire : qui
a gagné les élections américaines ? Gore ? Bush ? – Bush. – Non
ce n’est pas possible, au secours.
Au milieu de la nuit good news : Gore est devenu président
des Etats-Unis. On avait heureusement prévu d’autres bouteilles
de vodka parce que le feuilleton rebondit. Bush Junior, « W », faux
Texan – la famille est originaire de la côte Est –, est repassé
devant Al Gore, le vice-président raide dans ses pompes. Les habitants
démocrates de Floride qui n’ont pas les yeux en face des trous ont
poinçonné n’importe quoi. Devant nous, toujours en direct, le système
électoral américain disjoncte. Nous frôlons le délire éthylique,
et Al Gore, peut-être, le suicide – ce qui aurait été plus élégant
que de jouer le mauvais perdant qui force des malheureux volontaires
à recompter à l’infini les bulletins au péril de leur santé.
Le suspense ne finit pas dans la nuit, il durera des semaines de
bataille juridique. Epuisés nous allons tous nous coucher. Bush
II deviendra président comme papa.
J’ai rencontré, à Los Angeles, le George W. quand il n’était que
candidat à la présidence. En chemise rose et l’œil plutôt malin,
Bush Junior n’avait pas l’air aussi crétin qu’on le disait. D’ailleurs
il s’était acharné, pendant la campagne présidentielle, sur la Californie
démocrate, espérant faire basculer dans son camp l’Etat qui a le
plus grand nombre d’électeurs : il partait à la pêche aux voix des
nouveaux citoyens hispaniques, ce qui lui avait réussi au Texas
où il avait été élu grâce aux Latinos catholiques et conservateurs.
Il devait se dire (je parle à sa place) : « Je rame en Californie,
cela ne marchera peut-être pas pour ces élections, mais je travaille
pour 2004 quand les Latinos seront majoritaires dans l’Etat californien.
» Pas faux. Aujourd’hui les prévisions pour la prochaine présidentielle
le donnent gagnant en Californie.
Les électeurs démocrates de Californie ont voté Gore, sans enthousiasme.
Ils auraient préféré réélire Bill (Clinton), malgré ses frasques
et ses cigares. Sur la scène de la convention démocrate à Los Angeles,
ce puritain de Gore a roulé une pelle à sa propre femme,
pas à une stagiaire de vingt ans, et il n’a pas osé appeler Clinton
à l’aide – il n’a pas compris que le peuple, moins coincé que lui,
avait pardonné. En plus, les stratèges du parti démocrate se sont
plantés, délaissant la Floride, alors que cet Etat allait élire
le futur président.
|