Björn Larsson
Le rêve du philologue
Björn Larsson est né en Suède en 1953.
Navigateur chevronné, il a parcouru les mers du Nord de l'Ecosse
à l'Irlande, du pays de Galles à la Bretagne et à
la Galice. Professeur de langue et de littérature française
à l'Université de Lund, traducteur, philologue et
critique, il est également l'auteur de plusieurs romans.
Long John Silver, paru en 1995 , en a fait l'un des écrivains
suédois contemporains les plus connus à l'étranger.
En 1999, il est récompensé par le prix Médicis
étranger pour Le capitaine et les rêves.
l'âge de cinquante-cinq
ans, et à dix de la retraite, le philologue Knut Stenlund
avait compris que la discipline à laquelle il avait consacré
sa vie entière était sur le point de disparaître
calmement mais inexorablement. Il avait commencé à
se douter de quelque chose le jour où il avait vu par hasard
à la télévision un sketch du célèbre
duo comique Hasse Alfredson et Tage Danielsson dans lequel ce dernier
interviewait des candidats à un poste dans un jardin d'enfants,
tous interprétés par le premier. L'un d'eux, le type
de l'universitaire arrogant, avait fait état dans son curriculum
vitae de diplômes en phonétique de l'ancien français.
Le public avait éclaté de rire en entendant cette
précision complètement farfelue. Knut Stenlund n'avait
pas trouvé cela drôle. Il s'était au contraire
senti humilié, lui qui connaissait cette spécialité
sur le bout des doigts, pouvait retracer sans hésiter l'évolution
phonétique depuis le latin vulgaire jusqu'à nos jours
et avait précisément voué une grande partie
de son existence adulte à l'étude de l'ancien français.
Un tel savoir n'était sûrement pas un sujet de plaisanterie.
A la suite de cela, il décida de se vouer corps et âme
- et même un peu plus encore - à persuader ses étudiants
que l'ancien français était une discipline riche d'avenir,
en dépit du nombre de siècles qu'elle affichait au
compteur. Il suffisait de penser aux textes qu'elle rendait accessibles
à ceux qui la maîtrisaient : ne serait-ce que Tristan
et Iseult, Le Roman du Graal et La Chanson de Roland, autant de
chefs-d'uvre indéniables, quoiqu'il ne se considérât
pas comme compétent pour parler de leur valeur littéraire
ou de leurs qualités de documents historiques sur les mythes
et réalités d'une époque révolue. Son
domaine, c'était la langue, sa morphologie, sa grammaire
et ses particularités phonétiques. Il n'avait nullement
l'intention de jouer les charlatans sur des questions touchant à
la chevalerie, l'amour et la vie en général, à
seule fin de flatter son auditoire. C'était à d'autres
que revenait cette tâche. A lui de faire en sorte qu'ils sachent
de quoi ils parlaient. Il y avait là de quoi occuper son
homme.
Mais il avait beau déployer tous ses efforts pour attirer
des étudiants et renouveler son enseignement, les chaises
vides se multipliaient, dans ses cours, et ses collègues
commençaient à suggérer - loin d'eux l'idée
de lui passer sur le corps en matière d'éthique professionnelle
- que les étudiants de français n'avaient peut-être
pas besoin de connaissances aussi poussées dans la langue
des siècles passés. On ne tarda donc pas, arguant
bien entendu de la réduction des crédits, à
diminuer le nombre d'heures de cours mises à sa disposition.
Il répliqua en continuant à en délivrer autant,
sur la base du bénévolat intégral.
Mais à quoi bon ? Le dernier en date - et sûrement
dernier tout court - de ses thésards avait soutenu dix ans
auparavant et il n'y en avait pas eu de nouveau depuis. Lui permettrait-on
même d'en accepter un nouveau, s'il s'en présentait
? Il était désormais le seul philologue en Scandinavie
à éditer encore des manuscrits. Imaginons que cette
science n'ait pas rendu Tristan et Iseult accessible au commun des
mortels et n'ait pas inspiré écrivains et compositeurs
! Qu'en aurait-il été du rêve romantique de
la passion amoureuse dévorante ? Il serait parti en fumée
sans laisser trace dans l'Histoire. Le Seigneur des anneaux n'aurait
pas été écrit - et encore moins lu - si des
chercheurs tels que lui n'avaient pas exhumé et publié
ces textes anciens. Dan Brown ne serait qu'un polémiste parmi
tant d'autres et non un écrivain ayant fait ses choux gras
aux dépens des philologues. Si la justice n'était
pas un vain mot, c'est lui qui aurait dû verser des droits
à tous les chercheurs qui lui avaient déblayé
le terrain. C'était à eux et à nul autre que
revenait le mérite de l'existence de la légende et
de l'énigme du Graal. Indiana Jones n'aurait jamais été
imaginé, pas plus que tous ces films sans génie sur
le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde.
Plus Stenlund y pensait, plus il était convaincu que la philologie
de l'ancien français était l'un des fondements, et
peut-être le plus important, sur lesquels reposait l'Europe.
Mais le monde est ingrat. Personne ne prêtait attention, quand
il clamait les lois de l'évolution phonétique dans
des salles de cours à moitié vides. Il était
hélas obligé de reconnaître, en son for intérieur,
que la plupart des textes anciens étaient maintenant décryptés
et publiés. Combien de manuscrits restait-il à mettre
entre les mains fiévreuses des philologues ? Une ou deux
centaines, au plus, mais aucun qui soit capable de rivaliser avec
les grands textes déjà rendus disponibles et traduits
en langue moderne.
Pourtant, il ne renonça pas. Il défendit de son mieux
sa discipline à l'intérieur de l'université
et rédigea des articles soulignant entre autres choses que,
sans l'ancien français, on ne saurait où tracer la
limite de la Bretagne actuelle. Or, les nationalistes celtes se
souciaient peu de vérités qui ne caressaient pas leurs
buts politiques dans le sens du poil et depuis quand les universités
suédoises se mêlaient-elles du tracé des frontières
en territoire étranger ?
Lorsque le Da Vinci code eut dépassé le demi-million
d'exemplaires en Suède, Knut Stenlund prit la parole dans
le cadre des journées de l'humanisme de son université.
Pour la première fois, il consentait à ce à
quoi il s'était toujours refusé, pour ne pas transiger
avec son honneur professionnel : il allait parler non seulement
de grammaire et morphologie d'un texte en ancien français,
mais aussi de son contenu. Il avait en effet choisi pour thème
de sa conférence : " La Quête du Graal. La solution
de l'énigme. "
" Le Graal, commença-t-il devant un amphithéâtre
bondé, apparaît pour la première fois dans le
Perceval de Chrétien de Troyes, ou, pour lui donner son titre
exact Le Conte du Graal. De l'auteur, nous ne savons à peu
près rien. C'est lui-même qui affirme s'appeler ainsi,
mais nous ne possédons aucune preuve irréfutable qu'il
ait existé une personne portant ce nom. Dans son prologue,
il déclare qu'il va mettre en vers la meilleure histoire
qui ait jamais été écrite dans une cour royale
et que c'est le duc Philippe de Flandre qui - je cite - "lui
a donné ce livre". En d'autres termes, il ne fait pas
mystère qu'il se contente de réécrire un texte
préexistant. Pourtant, aucune version préalable du
Conte du Graal, daté de 1190, n'a jamais été
retrouvée. En revanche, on possède plusieurs manuscrits
de la sienne, quatre très exactement. La question de savoir
quel texte est à considérer comme l'original ou le
plus proche de celui-ci reste un point très controversé
de littérature médiévale. Pour ne donner qu'un
simple exemple, on ne possède aucun manuscrit narrant dans
sa totalité l'histoire de Tristan et Iseult. Le mot Graal
revient dix-neuf fois sous la plume de Chrétien de Troyes.
Mais ce n'est que lors de la première et de la dernière
de ces occurrences qu'il est décrit avec quelque détail.
Perceval vient d'arriver dans un grand château. Dans la grande
salle, capable de contenir sans peine jusqu'à quatre cents
chevaliers, il est accueilli par l'un d'eux, assez âgé,
qui le prie de l'excuser de ne pouvoir se lever pour lui souhaiter
la bienvenue et lui remet une épée. Pendant que les
deux hommes s'entretiennent de divers sujets, arrive un laquais
qui tient dans sa main une lance étincelante. "
Stenlund leva un instant les yeux avant de poursuivre :
" Et maintenant, je vais vous donner lecture du texte lui-même
pour que vous sachiez exactement ce qu'il est dit du Graal lorsqu'il
apparaît pour la première fois :
Comme ils parlaient de choses et d'autres, un valet d'une chambre
vint, qui lance brillante tenait, empoignée par le milieu.
Il passa à côté du feu et de ceux qui étaient
assis. Coulait une goutte de sang de la pointe du fer de lance et
jusqu'à la main du valet coulait cette goutte vermeille.
Le jeune hôte voit la merveille et se roidit pour n'en point
demander le sens. C'est qu'il se souvient des paroles de son maître
en chevalerie. Ne lui a-t-il pas enseigné que jamais ne faut
trop parler ? Poser question c'est vilenie. Il ne dit mot.
Deux valets s'en viennent alors, tenant en main des chandeliers
d'or fin uvré en nielle. Très beaux hommes étaient
ces valets qui portaient les chandeliers. En chaque chandelier brûlaient
dix chandelles à tout le moins. Une demoiselle très
belle, et élancée et bien parée qui avec les
valets venait, tenait un graal entre ses mains. Quand en salle elle
fut entrée avec le Graal qu'elle tenait, une si grande lumière
en vint que les chandelles en perdirent leur clarté comme
les étoiles quand se lève soleil ou lune. Derrière
elle une autre pucelle qui apportait un plat d'argent. Le Graal
qui allait devant était fait de l'or le plus pur. Des pierres
y étaient serties, pierres de maintes espèces, des
plus riches et des plus précieuses qui soient en la mer ou
sur terre. Nulle autre ne pourrait se comparer aux pierres sertissant
le Graal. Ainsi qu'avait passé la lance, devant lui les pierres
passèrent. D'une chambre en une autre allèrent. Le
jeune homme les vit passer, mais à nul n'osa demander à
qui l'on présentait ce Graal dans l'autre chambre, car toujours
il avait au cur les paroles de l'homme sage, son maître
en chevalerie *.
" Voilà ce que dit le conte, très littéralement.
Après cela vient un passage qui explique que le seigneur
fait dresser la table pour un succulent repas. L'auteur décrit
avec minutie la façon dont celui-ci est servi et ce qu'il
y a à manger, avant que le Graal ne soit cité à
nouveau. Je vous lis encore une fois le texte tel qu'il se présente.
Alors, devant les deux convives une autre fois passe le Graal, mais
le jeune homme ne demande à qui l'on en sert. Toujours se
souvient du prud'homme l'engageant à ne trop parler. Mais
il se tait plus qu'il ne faudrait.
A chaque mets que l'on servait, il voit repasser par-devant lui
le Graal tout découvert. Mais ne sait à qui l'on en
sert. Point n'a désir de le savoir. Il sera temps de demander
à l'un des valets de la cour le lendemain dès le matin
quand il quittera le seigneur et tous ses gens.
" Voilà ! conclut Stenlund sur un geste un peu théâtral.
Vous venez d'entendre à peu près tout ce que Chrétien
de Troyes nous dit du Graal. Lorsque Perceval se réveille,
le lendemain matin, le château est abandonné. Il appelle
et va frapper à plusieurs portes, mais nul ne lui répond.
Pensant que la domesticité est partie chasser et pêcher,
il enfourche son cheval pour se porter à sa rencontre et
lui demander, et je cite à nouveau "où l'on porte
ce Graal et pourquoi cette lance saigne", fin de citation.
" Il convient de noter que, dès ce moment, Perceval
s'intéresse moins au Graal qu'à la personne à
laquelle il est destiné. Ce n'est donc pas l'objet lui-même
qui constitue une énigme. Il est au contraire mentionné
par l'auteur comme s'il était déjà familier
au lecteur. Il n'est rien dit, non plus, de sa forme ni de sa taille.
Tout ce qu'on sait c'est qu'il est en or, orné de pierres
précieuses de diverses sortes et émet une vive lumière.
Il est de ce fait évident que nombre des objets avec lesquels
on a voulu l'identifier, que ce soit le chaudron de Gundestrup au
Musée national de Copenhague ou les ufs originels,
sont exclus. Aucun des objets connus prétendant à
ce titre ne sont en or pur ni couvert de pierres nobles. "
A ce moment, Stenlund fut interrompu par une dame à bout
de souffle qui ouvrit la porte et entra dans la salle à grand
bruit.
" Désolée d'être en retard, dit-elle d'une
voix forte. Le train n'était pas à l'heure et j'ai
couru depuis la gare jusqu'ici.
- Je vous en prie, lui répondit aimablement l'orateur.
- Vous n'avez pas encore expliqué ce qu'est le Graal, n'est-ce
pas ? Parce que je suis venue exprès pour connaître
son secret. "
Stenlund resta un instant muet de stupéfaction. Puis il s'avisa
que cette auditrice tardive n'était peut-être pas la
seule, parmi son auditoire, à être là dans ce
but et non pour s'entendre dire que la réponse qu'ils cherchaient
était enfouie dans les mystères d'un texte difficile
à interpréter. N'était-ce pas le souhait de
tous de voir lever le voile dissimulant la réponse à
la question primordiale, celle sur le sens de la vie ?
" Non, répondit-il. Je n'ai pas abordé ce point.
Pas encore. "
Dire dès maintenant la vérité, à savoir
qu'il n'y avait toujours pas de réponse à cette énigme,
aurait mis en péril l'intérêt de ses auditeurs.
Il poursuivit donc.
" Le lendemain, Perceval rencontre une jeune dame qui lui demande
d'où il vient. Quand il lui répond qu'il a passé
la nuit dans un château, non loin de là, elle se met
à l'interroger sur ce qu'il a vu. Il est clair qu'elle le
sait déjà. C'est d'ailleurs elle qui l'informe que
ce château appartient au Roi Pêcheur, qui l'a accueilli
en personne. Là se place, hélas, l'un des passages
les plus difficiles à interpréter du livre. La femme
veut d'abord savoir comment s'appelle le héros et, sous le
coup d'une soudaine inspiration, sans être capable de dire
d'où il tire ce nom ni même si c'est le vrai, celui-ci
lui répond : Perceval le Gallois. Puis elle s'irrite fort
de ce qu'il n'ait pas posé la question de savoir à
qui on apportait le Graal.
" Voici d'ailleurs ce qu'elle lui dit, très littéralement
:
Ah, malheureux Perceval, tu as connu male aventure de n'avoir jamais
demandé cela qui eût fait tant de bien à ce
bon roi qui est blessé ! Bien vite il aurait retrouvé
usage des membres et sa terre. Si grand bien en fut advenu ! Mais
sache que malheur en viendra, à toi et à autrui pour
ce péché, sache-le bien ! Fut ainsi déjà
pour ta mère, car elle est morte de douleur pour toi. Je
te connais mieux que tu te connais, car toi, tu ne sais qui je suis.
Pourtant en la maison de ta mère longtemps je fus élevée
avec toi. Je suis ta cousine germaine et tu es mon cousin germain.
Mais il ne me pèse pas moins, ce malheur qui t'est advenu.
De n'avoir pas du Graal su ce qu'on en fait, à qui on le
porte ; que d'avoir vu ta mère qui est morte et mort aussi
ce chevalier que j'aimais si vivement et qui m'aimait en me disant
sa chère amie.
" Fin de citation. Puis il se passe un certain temps, pendant
lequel Perceval vainc en duel un certain nombre de chevaliers qu'il
envoie ensuite à la cour d'Arthur. Celui-ci est naturellement
curieux de savoir qui est cet inconnu errant dans les bois et donnant
à sa cour, à intervalle régulier, le plaisir
de voir un chevalier vaincu venir s'agenouiller devant lui pour
lui jurer fidélité. Perceval finit d'ailleurs par
arriver en personne, accueilli en héros. Au milieu de cette
confusion surgit une autre femme, d'une laideur telle qu'on n'a
jamais vu son pareil, fût-ce en enfer. Elle répète
à peu de chose près ce qu'avait dit la belle vierge,
le lendemain de la procession, à savoir que Perceval aurait
dû demander pourquoi une goutte de sang coulait le long de
la lance et, je cite à nouveau, "quel riche homme on
en servait".
" Cette fois non plus, l'intérêt n'est pas centré
sur l'objet lui-même mais sur la lance ensanglantée
et la personne qui a le privilège de s'abreuver au Graal.
Lorsque Perceval quitte la cour, c'est donc bien pour obtenir la
réponse à ces questions et non pour trouver celui-ci.
" Ce n'est qu'à la fin de l'uvre inachevée
de Chrétien de Troyes que nous en apprenons un peu plus sur
le Graal. Ceci intervient au moment où Perceval va trouver
un ermite dans le but de demander l'absolution pour le péché
qu'il a commis en errant pendant cinq ans sans penser à Dieu.
Quand il en vient à l'épisode du château du
Roi Pêcheur, il parle soudain du Graal en le dénommant
le Saint Vase. L'ermite lui apprend alors que celui qui s'y nourrit
est le père du Roi Pêcheur. Ne crois pas, ajoute-t-il,
qu'on y trouve, je cite à nouveau, "brochet ni lamproie
ni saumon, mais seulement de l'hostie qu'on lui apporte dans ce
Graal. Cette hostie soutient et conforte sa vie, tant elle est sainte,
et lui-même est tellement saint que rien ne le fait vivre,
que cette hostie dans le Saint Graal. Voici douze ans qu'il vit
ainsi, que de sa chambre il ne sortit, où tu vis entrer le
Graal. Maintenant, je te donnerai pénitence pour ton péché".
Fin de citation.
" Ce n'est donc qu'au cours de cette scène finale que
le Graal se trouve relié à la tradition chrétienne.
Par ailleurs, il est difficile d'y voir un symbole chrétien.
On ne trouve rien qui puisse suggérer d'en faire ce que de
futurs auteurs en feront, à savoir la coupe dans laquelle
Marie Madeleine recueillit le sang du Christ. Rien n'indique, non
plus, que la lance ensanglantée soit celle avec laquelle
le soldat perça le flanc du Christ sur la croix. Tout laisse
penser, au contraire, que c'est l'Eglise qui fit en sorte que la
légende celtique et païenne originelle soit interprétée
d'une façon conforme à ses fins. En d'autres termes
la description que Dan Brown et consorts donnent du Graal n'est
que pure affaire de conjectures ne s'appuyant sur rien dans le texte
qui leur a servi de support.
- Mais que veut dire le mot Graal ? s'enquit de nouveau l'auditrice
tardive.
- Je croyais vous l'avoir expliqué. Nul ne sait ce qu'est
le Graal ni ce que signifie ce mot. Et il est probable que nul ne
le saura jamais. Sauf si, contre toute attente, on trouvait le texte
sur lequel Chrétien de Troyes déclare se baser. "
Stenlund nota la déception qui s'inscrivait sur le visage
de ses auditeurs et il comprit qu'ils n'étaient pas venus
là pour s'entendre expliquer, fût-ce par un philologue,
que tel ou tel texte était impossible à interpréter.
Ils voulaient obtenir une réponse, un peu comme les journalistes
de la télévision interviewant divers spécialistes
pour leur faire dire qui avait assassiné Olof Palme ou commis
tel attentat terroriste.
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