Premiers chapitres
Dany Laferrière
Le goût des jeunes filles


Dany Laferrière est né à Port-au-Prince en 1953. Devenu critique littéraire, il quitte Haïti quand, en juin 1976, un journaliste influent est assassiné par les " tontons macoutes ", marquant le début de la dérive ubuesque de la tyrannie des Duvalier. Etabli à Montréal, puis à Miami, c'est là qu'il a écrit dix romans qui, de son point de vue, forment un seul livre : son " autobiographie américaine. " On se rappelle l'un des plus connus, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (Le Serpent à plumes).
Dany Laferrière a déjà été salué par la critique française : " une " du Monde des Livres, portrait de Libération, Double jeu de Bernard Pivot. Il vient d'adapter Le Goût des jeunes filles au cinéma, et un autre de ses livres, La Chair du maître, est actuellement adapté au cinéma par Laurent Cantet, Charlotte Rampling tenant le premier rôle.
OPUS I

Vingt-cinq ans plus tard, une petite maison à Miami


e suis descendu à Little Haïti chercher le paquet chez mes tantes. J'ai deux tantes qui vivent à Miami (tante Raymonde et tante Ninine). Le reste de la famille est encore à Port-au-Prince. Mes tantes habitent près de North Miami Avenue, à dix minutes (à pied) de l'église Notre-Dame. Tante Ninine travaille dans une petite boutique de souvenirs à l'aéroport et tante Raymonde passe ses nuits avec les malades en phase terminale de l'hôpital Jackson. Tante Ninine n'est pas encore revenue de l'aéroport et tante Raymonde s'apprête déjà à partir travailler. Elle m'a remis le paquet que ma mère m'a envoyé. Ma mère connaît mon adresse à Miami, mais tout ce qu'elle m'expédie doit nécessairement transiter chez ses sœurs. Comme ça, elle est sûre que je garde le contact avec elles. Une fois par semaine, le mercredi ou le vendredi, je passe les voir. Aucun être humain normalement constitué ne peut affronter tante Raymonde plus d'une fois par semaine.
- Je ne vais pas travailler tout de suite, me dit-elle tout en continuant à mettre de l'ordre dans sa minuscule chambre pleine à craquer d'objets hétéroclites.
- Tante Raymonde...
- J'ai trop de choses à faire... (Un long soupir.) Il faut d'abord que je passe chez Hall faire mon dernier paiement et prendre la robe, c'est une robe de tergal jaune que j'ai achetée pour Renée, elle m'a écrit le mois dernier qu'elle n'avait plus rien à mettre pour aller à l'église, alors que moi, je n'ai même pas le temps d'aller à l'église, que Dieu me pardonne (elle fait un rapide signe de croix), je n'ai même pas besoin de Lui demander ça. Il sait, Il voit la vie que je mène ici, à Miami, dans l'enfer de Miami...
Des images de fusillade à la télé. Une petite télé en noir et blanc juchée au sommet d'une montagne de journaux (The Miami Herald, Ebony, The Amsterdam News, Free Black Press). Tante Raymonde se nourrit d'informations et de café. Elle avale une centaine de tasses de café brûlant par jour.
- ... Tu vois, c'est arrivé ce matin, dit-elle en pointant du doigt la télé, la femme était chez elle quand deux types sont entrés dans sa cuisine, elle n'a pas eu le temps de dire quoi que ce soit qu'ils lui logeaient une balle dans la tête. Ensuite, ils l'ont arrosée de gazoline et y ont mis le feu. Des voisins ont appelé la police. Quand on l'a amenée à l'hôpital Jackson, elle était encore vivante, disons, ce qui restait d'elle n'arrêtait pas de tressauter... Trois heures de souffrance, et il paraît qu'ils n'ont rien trouvé à voler, peut-être qu'ils n'étaient pas venus pour ça... C'est Satan qui opère, Satan s'est emparé de l'âme de ce pays, ô Babylone, trois fois Babylone, quand est-ce que cette épreuve va prendre fin ?
Tante Raymonde marche dans la chambre en jupon et soutien-gorge. Elle cherche frénétiquement une paire de bas.
- Tu vois, la police les a retrouvés dans une petite maison près de Miami Beach. Il paraît que ce sont des Cubains qui sont arrivés la semaine dernière... C'est normal que ça arrive : les gens viennent dans ce pays et, après une semaine, on les jette dans la rue comme un paquet de linge sale. C'est arrivé dernièrement...
Elle s'arrête pour enfiler ses bas blancs d'infirmière. Les chaussures attendent sur la petite table de chevet.
- ... L'homme, un type du Maryland, un père de famille, il paraît qu'il a perdu son travail... Il est rentré chez lui... Oh, merde, j'ai oublié le fer sur la planche...
D'un bond, tante Raymonde arrache le fer à repasser juste à temps.
- Oui, qu'est-ce que je disais ?... Ah oui, l'homme a embrassé sa femme et ses enfants comme si de rien n'était, il a pris une douche, s'est changé, a soupé avec sa famille et s'est couché...
- Sait-on aussi s'il a fait l'amour avec sa femme ? je demande d'un air candide.
- On ne m'a pas dit ça..., commence tante Raymonde avant de remarquer que c'était un piège. Pourquoi tu me demandes ça, petit chenapan ? dit-elle avec un sourire en coin. Laisse-moi finir : le lendemain, il est sorti de chez lui comme pour aller travailler, à l'heure quoi ! Il s'est plutôt rendu à la banque pour retirer assez d'argent pour s'acheter une mitraillette... Il est allé ensuite dans un McDonald's et a fait feu sur tout le monde...
Un long silence.
- C'est ça, les États-Unis, mon fils...
Elle a maintenant fini de repasser sa robe blanche et on change de pièce. Tante Raymonde enfile une vieille robe grise.
- Regarde cette vaisselle, si je ne la fais pas, elle restera là jusqu'à la fin des temps. Je dois tout faire dans cette maison. Je travaille douze heures par jour à Jackson et ça me permet uniquement de manger, d'acheter une robe - quand on travaille à l'hôpital, il faut être toujours impeccable (elle branle légèrement la tête en signe de fierté) - et d'envoyer un peu d'argent à Port-au-Prince... Tout le reste sert à payer les factures... Regarde ça (elle me montre une liasse d'enveloppes brunes bien ficelées), c'est pour payer ça que je donne mon sang au Blanc, et dis-toi que je ne fais jamais de dépenses inutiles... Juste le nécessaire. Je ne peux pas rester sans manger, ni boire, ni sans électricité, et il me faut les nouvelles à la télé, les journaux surtout, heureusement que ça ne me coûte pas un sou, je les prends à l'hôpital... On reçoit tous les journaux du pays, enfin une bonne quantité, mais moi, je les lis tous sans manquer un seul...
- Et vous les ramenez à la maison.
Elle se retourne, comme étonnée d'entendre ma voix.
- Quand il y a un article qui m'intéresse vraiment, dit-elle vivement en jetant un rapide coup d'œil à sa pile de journaux sous le téléviseur... À l'hôpital, les gens n'écoutent que les soap operas, je ne sais pas comment ils font, mais moi, il faut que je sache ce qui se passe en Russie, en Allemagne ou en Afrique du Sud... J'ai une malade, cancer généralisé, elle me dit toujours : " Ray ", elle m'appelle Ray, " je ne vois pas ce que ça change à ta vie d'écouter les nouvelles comme ça, à part un ulcère que tu peux attraper... " Elle a raison, regarde, hier, je suis arrivée ici fatiguée, je me couche, j'ouvre la télé, et bang, des images de réfugiés haïtiens... Le propriétaire du bateau avait pris leur argent en leur promettant de les amener ici et quand il a vu les garde-côtes américains, il les a laissés en pleine mer...
- Comment a-t-il fait pour disparaître si le bateau était en pleine mer ? Il s'est sauvé à la nage ou il s'est désintégré ?
Tante Raymonde fait un geste de la main pour me faire comprendre que ma question est idiote.
- ... Quand on les a repêchés, ils étaient à moitié morts de soif... Ce qui fait que je n'ai rien mangé depuis hier soir... Je ne peux pas manger, moi, quand je vois d'autres qui ont faim... Peux-tu me dire pourquoi il n'y a que ces nouvelles à la télé ?
Elle me regarde droit dans les yeux. Attend-elle vraiment une réponse ? J'en doute fort. Tante Raymonde n'a jamais rien accepté de personne. Elle se plaint, mais il ne faut pas la consoler.
- Tout ce que je fais, c'est travailler. Je vais travailler, je rentre à la maison, je mange un morceau, d'ailleurs je n'ai plus d'appétit, ça me reste là, sur l'estomac, bon, je fais un effort pour manger quelque chose, après je prends un laxatif et je me couche, mais non, je ne me couche pas, je n'ai pas le temps, je dois tout faire dans cette maison comme tu le vois. Il n'y a pas d'homme ici, je suis seule avec Ninine et je dois m'occuper de tout, regarde, j'ai fait venir un réfrigérateur, avant-hier, parce que l'autre était trop vieux, il ne faisait plus de glace, c'était pourtant un Westinghouse, une bonne marque, mais que veux-tu, tout a une fin... Moi aussi d'ailleurs, je vais mourir bientôt, je me sens lasse, mes bras n'ont plus de force, c'est normal, ils ont trop travaillé, je travaille comme une bête... Mes jambes ne tiennent plus... Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Je n'ai tué personne pourtant. J'ai passé ma vie à faire le bien... Tout ce que j'ai, c'est simple, je le donne... Maintenant, je n'ai plus rien à moi, sauf ce pauvre corps... Des fois, je me demande si on ne peut pas échanger une vieille Raymonde contre une neuve...
Elle éclate de rire. Un rire frais, presque enfantin.
- Qu'est-ce que je disais ?... Oui, eh bien, le type est venu et a flanqué le réfrigérateur juste devant la maison, alors que je lui avais bien dit de passer par la cour, j'avais laissé la barrière ouverte exprès pour lui, mais lui, il s'en fout, je l'avais payé et c'est ce qu'il ne fallait pas faire... C'était une grossière erreur...
- Et c'est vous qui avez installé le réfrigérateur dans la maison ?
- J'allais le faire (un sourire coquin), mais quand les types qui travaillent dans le garage en face m'ont vue faire, ils se sont précipités pour m'aider... Pourquoi ? Eh bien, parce que je sais vivre, je parle à tout le monde, je ne suis pas snob, je dis ça tout le temps à Ninine, mais Ninine a toujours été comme ça, elle choisit les gens à qui elle doit adresser la parole, moi, je suis une démocrate, comme ton père, je connais les affaires de tout le monde et tout le monde connaît ma vie... Ma vie est un livre ouvert. Il n'y a pas de secret (elle dit ça en me regardant droit dans les yeux)... Écoute, hier, j'ai envoyé de l'argent à Gilberte parce qu'elle a des problèmes, et quand elle a des problèmes, devine à qui elle s'adresse. Remarque, je n'ai rien contre, je n'ai pas envie qu'elle aille mendier à un homme, ça, c'est impossible, aucune fille de Da ne s'est jamais humiliée ainsi. Résultat : il n'y a pas d'homme dans cette famille, d'accord, il y en a eu un et c'était ton père, pas n'importe qui... Les hommes, nous, on n'en a pas besoin. D'ailleurs à quoi ça sert, hein ? Qu'est-ce que je ferais d'un homme ? J'aurais plutôt besoin d'un petit vieux millionnaire, non, milliardaire, parce que millionnaire aujourd'hui ça ne veut rien dire, et en plus il faudrait qu'il soit presque mort, deux ou trois ans à vivre, pas plus, parce que ça peut devenir lassant, tout ce qui dure trop longtemps devient lassant à la fin...
Elle finit de s'habiller. Je ramasse le paquet que j'ai laissé sur la table de la salle à manger. Elle fait le salut militaire.
- C'est comme mon costume de soldat. Ce travail, c'est pire qu'à l'armée. On me réveille à n'importe quelle heure et il m'arrive de faire trois jours d'affilée... Bien sûr, on me paie, mais (sa voix devient ténue, au bord des larmes) je ne suis plus jeune, je n'ai plus la force pour faire un tel travail...
Elle s'approche de moi et me regarde encore une fois droit dans les yeux. Je baisse les yeux après un moment.
- Regarde-moi...
Elle me pointe son index au visage.
- Tu ne dis plus rien, hein ! Tu espères ma mort.
Je garde, un moment, la tête baissée. Ses yeux brûlants. Sa main osseuse me relève le menton d'un geste sec et précis.
- Comment ça, tante Raymonde ?
Le doigt se fait plus menaçant qu'un couteau mexicain sous ma gorge.
- Ton livre est faux de bout en bout.
Ah, j'aurais dû m'en douter... Tout ça n'était qu'une mise en scène pour en arriver à ce point précis. LE LIVRE. Je venais de publier, il y a quelques mois, un petit livre à propos de mon enfance et je lui en avais donné un exemplaire... Elle m'avait dit, il y a deux mois, qu'elle l'avait lu tout de suite, en trois jours. Un peu chez elle, un peu dans l'autobus, un peu à l'hôpital. Curieusement, elle ne m'a plus jamais reparlé du livre. J'ai essayé une ou deux fois de lui tirer les vers du nez. Rien. Et aujourd'hui, vlan !
- Rien n'est vrai dans ce livre.
- Rien ?
- Oui, rien, dit-elle avec un air de défi.
Tante Raymonde se lance en trois secondes vers une petite étagère où mon livre se trouve avec quelques bouquins de recettes de cuisine. Elle le prend, l'ouvre, le renifle comme s'il sentait mauvais. Je choisis d'éviter l'affrontement.
- Bien sûr, tante Raymonde, c'est de la fiction.
Naturellement, elle ne marche pas.
- Ah non, tu ne vas pas t'en tirer comme ça... Quand on ne sait pas quoi dire, on ne met pas le nom des gens dans son affaire...
- Au fond, c'est un mélange de fiction et de réalité...
- Je n'ai pas besoin de savoir ce que c'est ! Je peux encore lire, grâce à Dieu...
Elle feuillette fébrilement le livre.
- Où as-tu pris l'histoire de Timise ?
- En fait, cette histoire est arrivée à Oginé, mais pour mon récit, c'était mieux avec Timise.
- Bravo (avec un sourire de mépris)... Et si, en lisant ton livre, Timise...
- Tante Raymonde, Timise ne sait pas lire.
Elle éclate de rire. Le téléphone sonne au même moment. Elle court répondre. Conversation brève.
- C'était l'hôpital... Toujours l'hôpital, car qui d'autre songerait à appeler Raymonde. Le seul homme qui se rappelait mon anniversaire est mort et c'était mon père.
Terrain glissant, très glissant. Je reste silencieux, espérant que son monologue (un monologue en forme de dialogue) prenne une autre direction.
- Tu n'as écrit que des mensonges à propos de mon père...
Voilà, je n'y échapperai pas. Je me souviens d'avoir fait un portrait très juste de mon grand-père.
- C'était mon grand-père, tante Raymonde, finis-je par balbutier.
- Je le sais, mais tu ne le connais pas plus pour autant.
- Un grand-père est différent d'un père, je veux dire que c'est la même personne, mais deux fonctions différentes...
Elle me regarde un moment, un peu interloquée, comme si quelque chose lui avait échappé.
- Pourquoi tu n'as pas parlé de la solidarité de notre famille ?
- J'ai bien parlé de ma grand-mère...
J'ai eu honte un moment d'avoir dit ça. Tante Raymonde sourit. Radieuse. Comme elle a dû être belle !
- Oui, ça, c'était bien... Tu as toujours aimé ta grand-mère...
On est restés un moment sans parler. Da (ma grand-mère) est parmi nous. Courte trêve.
- Pourquoi n'as-tu pas dit que mon père s'était sacrifié pour faire notre éducation ? À une époque, à Petit-Goâve, où on envoyait les filles apprendre la couture chez Julie, mais que mon père...
- Oui, tante Raymonde...
- Laisse-moi terminer, jeune homme, tu as eu tout ton temps et tout le monde doit maintenant tout savoir de nous, tous ces gens que je ne connais même pas, que je ne connaîtrai jamais... Mon père a choisi de nous envoyer à Port-au-Prince faire nos études. Tu ne peux pas savoir ce que ça représentait à l'époque... Cet homme (une grande photo de mon grand-père est accrochée au-dessus du téléphone) s'est sacrifié pour ses filles et ça, ce n'est pas dans ton livre.
Elle donne une grande tape au livre : j'ai la curieuse sensation d'avoir été giflé. Pourtant, tante Raymonde m'avait raconté, il y a dix ans, une autre version, complètement différente de celle-là. Je ne pense pas que ce soit le moment de la contredire.
- Nous les filles de Da, on a toujours fait un seul bloc face à l'adversité, on a toujours été ensemble et on restera toujours ensemble... Aucun homme ne peut nous séparer, il y a eu un seul homme dans cette famille et c'est ton père, le seul... Je sais que Gilberte a eu des amants, et Ninine aussi quelquefois, mais c'était toujours passager, ce n'était pas vraiment important...
- Et tante Renée ?
Un cri.
- Jamais !
J'avais envie de lui dire que c'est à cause d'elle si tout ça s'est passé comme ça et qu'elle a empoisonné la vie de ses sœurs avec cette idée fixe d'un seul homme, mais à quoi bon...
- Moi aussi, ajoute-t-elle avec un petit air de défi, j'ai eu des demandes, mais j'ai choisi ma famille, et tant que mes sœurs auront besoin de moi, je serai là... Un bon capitaine n'abandonne jamais son navire en pleine tempête...
- Quelle tempête, tante Raymonde ?
- La tempête de la vie, monsieur.
Elle ramasse vivement ses factures qu'elle glisse dans sa poche avant droite. Elle attrape un foulard en passant (elle a un léger rhume) et traverse le salon sans un regard pour le miroir ovale. Le temps de comprendre la situation, tante Raymonde est déjà dans la rue. Je cours chercher ma voiture pour la rattraper au carrefour.
- Tante Raymonde, je peux vous déposer...
- Non merci.
- Je ne suis pas pressé...
- L'autobus passe devant mon hôpital.
- Ce n'est rien pour moi... Juste un petit détour.
- Tu n'auras pas à faire ce détour.
Je suis affolé.
- C'est sur mon chemin, tante Raymonde, j'aimerais vous conduire à votre travail... Ce serait un plaisir pour moi...
- Ne te dérange pas... Voilà mon autobus.
Je la regarde grimper dans l'autobus. Elle serre sa valise sous son aisselle droite. Pas un regard en arrière. Elle n'est même pas fâchée contre moi. Elle est simplement furieuse. Contre la vie.
Au dernier moment, elle se tourne vers moi : regard aigu, léger sourire.
- De toute façon, me lance-t-elle, tu as assez de matériau aujourd'hui pour pouvoir écrire pendant toute une semaine.
- Comment ça ! ? je crie au moment où l'autobus démarre.
Elle porte son index à sa tempe pour me rappeler qu'elle n'est pas encore folle.



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