Gaspard Koenig
Octave avait vingt ans
Gaspard Koenig est né en 1982. Normalien, étudiant en philosophie, il collabore régulièrement au Magazine Littéraire. Octave avait vingt ans est son premier roman.
CHAP1
ctave surgit au beau milieu d'A l'ombre des jeunes filles en fleurs, une raquette de tennis sous le bras. Il se comporte en jeune dandy, frivole et arrogant. Fils d'un riche industriel, il s'applique à suivre toutes les modes et adopte avec succès les usages sportifs ou vestimentaires de son milieu. Assorti de dépenses fastueuses, ce conformisme le condamne aux yeux des jeunes filles en fleurs, et l'exclut de la mondanité raffinée que le Narrateur cherche à approcher. Octave et ses amis incarnent un monde nanti et heureux, ignorant de son passé, insouciant de son avenir. Ils dépensent leur fortune au casino et dansent le tango, pendant que les duchesses et les artistes du Faubourg Saint-Germain causent littérature et généalogies.
Octave revient de manière inattendue dans les deux derniers tomes de la Recherche, Albertine disparue et Le Temps retrouvé, sans qu'il lui soit dévolu plus de quelques pages. Devenu un écrivain de génie, il garde le goût des smokings et des attelages, mais consacre désormais la plupart de son temps à son œuvre.
Proust imagine qu'Octave n'ait pas tant changé. Sa nouvelle vocation ferait écho à sa manière de vivre, à cette élégance si particulière qui semble s'interdire la subtilité. Mais l'auteur paraît avoir douté de la réalité de son personnage. Il émet toujours un doute discret sur le génie d'Octave. Peut-être... Presque... Proust ne semble pas très convaincu par les talents littéraires du joueur dépensier de Balbec. Il n'oublie pas qu'Octave est le Neveu de Verdurin.
Si Octave devait exister, il lui faudrait composer avec ses paradoxes. D'abord en prouvant que le chic clinquant de la jeunesse dorée dépasse infiniment, en matière de distinction, les manières des gens du Faubourg. Puis en réalisant avec élégance quelque œuvre de génie. Une œuvre directement sortie " de la fréquentation des pesages et des grands bars " (Albertine disparue).
Le présent livre donne sa chance à Octave. Il lui trouve une histoire et le saisit au moment de sa jeunesse, d'une jeunesse qui pourrait être la nôtre. A lui de nous montrer qu'il sait vivre.
Il faut entrer dans ce roman comme dans une cathédrale - qu'on ne s'étonne pas, une fois franchi le vieux porche, de trouver une plage du Nord, encadrée de rochers, où passe et repasse Octave en attendant la fin.
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Les phrases en caractère italique sont extraites des rares pages de la Recherche consacrées à Octave. Elles ont parfois été très légèrement modifiées, afin d'adapter les prénoms à ce récit et d'éviter les anachronismes.
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