Premiers chapitres
Laurent Joly
Xavier Vallat (1891-1872)
Du nationalisme chrétien à l'antisémitisme d'Etat
Essai
Préface de Philippe Burrin

 

Laurent Joly est professeur agrégé d'histoire. Allocataire au centre d'histoire sociale du XX° siècle de Paris 1, il prépare une thèse de doctorat sur le Commissariat général aux questions juives, sous la direction du professeur Pascal Ory.

 

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UNE ENFANCE RÉACTIONNAIRE

urablement marqué par l'enseignement catholique et traditionnel que lui ont inculqué ses parents et par l'environnement rural dans lequel il a grandi, Xavier Vallat est avant tout un enfant des luttes anticléricales du début du siècle. Traumatisé par le « combisme », il a été profondément influencé par la lecture d'un journal catholique, violemment antisémite, le Pèlerin.

UNE ENFANCE CATHOLIQUE ET RURALE

Il faut que le lecteur connaisse l'homme et son milieu familial pour mieux comprendre son action.
Charles Maurras à Xavier Vallat, 1948116.

L'originalité de Xavier Vallat est d'être un chrétien et un Français d'Autrefois.
François Léger, 1969117.

SES PARENTS

Le père de Xavier Vallat est né en 1844 à Pailharès, petit village montagnard de l'Ardèche. Les frères qui tenaient l'école du village remarquèrent cet enfant vif d'esprit et l'encouragèrent, lui, le fils d'une vieille lignée de paysans, à devenir instituteur. Sa carrière débuta dans la Nièvre, où il rencontra sa femme, et se poursuivit dans le Vaucluse. Les convictions réactionnaires de Cyprien Vallat - qu'il ne cachait pas et dont il tirait même une certaine fierté - lui valurent d'être déplacé une dizaine de fois au cours des trente années qu'il passa dans le Vaucluse : « Des déménagements fréquents, surtout pour une famille nombreuse, étaient un moyen facile de brimer un fonctionnaire mal vu de ses chefs hiérarchiques. Ce fut le cas pour mon père118. »
Cela ne l'empêchait ni d'aller à la messe ni de fréquenter ostensiblement le curé : « Chrétien solide et pratiquant, ignorant le respect humain, il ne se contentait pas de remplir fidèlement ses devoirs religieux : partout, il garda l'habitude d'aller chanter la grand'messe au lutrin, et, dans tous les villages où il fut appelé à enseigner, il fut le meilleur ami du curé. Mieux : s'il y avait une école tenue par des religieuses, il ne manquait pas d'y envoyer mes sœurs119. »
Mais, même s'il ne se plaindra jamais de ces coups du sort, il semble qu'il ait mal vécu une carrière chaotique menée sans espoir de promotion : « bien plus tard, le jour où j'eus achevé mes études secondaires grâce à une bourse de l'enseignement libre et où se posa pour moi le choix d'une carrière, mon père me dit simplement : " Choisis la profession que tu voudras, mais n'entre pas dans l'enseignement d'État : j'en ai trop souffert à cause de mes convictions120 ! " »
Néanmoins, « son honnêteté foncière, son inépuisable obligeance lui avaient fait, partout où il était passé, des amis solides, et l'estime de tous l'entourait121 ». Aussi, dans tous les villages où il fut instituteur, Cyprien Vallat exerça-t-il les fonctions de secrétaire de mairie.
Il fut ainsi pour ses enfants « le plus admirable des modèles122 », leur transmettant sa foi profonde et son amour passionné de la patrie : « Le patriotisme de sa génération, surtout chez les réactionnaires de son espèce, ne rusait pas avec les sacrifices qu'exige le devoir123. »
Une fois sa carrière terminée, Cyprien Vallat décida, en 1900, d'amener sa famille dans son village natal de Pailharès. Après un temps d'adaptation, la famille reprit rapidement ses pieuses habitudes : « Tous les matins, bien que l'heure en fût matinale [...] une quarantaine de paroissiens assistaient à la messe, qui était toujours une messe de Requiem chantée pour telle ou telle famille. Mon frère et moi la servions, et mon père la chantait, avec Victor le clocheron et Henri dit de Bouchet [...]. Le reste de la famille assistait aussi à la messe quotidienne, et nous n'y avons pas grand mérite puisque la porte de notre maison était à moins de vingt pas de celle de l'église124. »
Thérèse Victorine Morlat était elle aussi fille de paysans. Née en 1854 dans le Nivernais, elle incarnait toutes les vertus de la femme chrétienne. Se cantonnant aux tâches ménagères, elle restait, silencieuse, dans l'ombre de son mari, dont elle partageait toutes les convictions en plus tranchées. Le mot républicain venait dans sa bouche comme une insulte : « Quand elle me disait : " tu sais, celui-là, c'est un républicain ! ", l'excellente femme ne voulait nullement dire que l'individu visé préférait la République à la Monarchie ; cela signifiait simplement qu'il était à ses yeux, un homme de sac et de corde ! Mais il y avait très peu de républicains à Pailharès125 ! »
Vouée à Dieu et à sa famille, sa vie était parfaitement ordonnée. Des 37 années qu'elle passa à Pailharès, elle ne sortit du petit périmètre maison-église-cimetière qu'à quatre reprises126. Tous les jours, elle se rendait aux matines, puis vaquait à ses tâches ménagères. Après le décès de son mari, elle allait tous les après-midi au cimetière, munie de son chapelet, et restait de longs moments à soliloquer sur sa tombe. Lorsqu'elle mourut en 1937, Xavier Vallat ressentit la plus grande douleur de sa vie.
La vénération qu'il vouait à ses parents, « le plus honnête homme et la plus courageuse femme qu'il soit127 », et les valeurs qui lui ont été transmises par eux, sont à l'origine de son engagement politique. Lorsqu'il fut élu député, le 16 novembre 1919, son père connut la dernière joie de sa vie : son fils allait pouvoir défendre, comme représentant du peuple, les idées pour lesquelles il s'était battu toute sa vie128.
Néanmoins, cette éducation « édifiante » allait de pair avec un conditionnement moral oppressant. Adolphine, l'une de ses cinq sœurs, sombra dans la folie après s'être persuadée d'avoir commis un irrémissible péché. Ce péché n'était qu'un modeste bisou, donné avec insouciance par un ami de la famille un peu trop familier : « Ce baiser de camarade, bien innocent, allait déclencher dans cette âme d'adolescente, un véritable drame [...]. Mes parents se trouvèrent dans l'heure devant un être aux yeux vides et aux propos incohérents. » Il n'y avait plus qu'à attendre un « miracle », qui survint dix mois plus tard après un pèlerinage à Lourdes129.

PAILHARÈS

Tout comme le premier homme fut pétri du limon de la terre, nous sommes tous façonnés par le terrain qui nous a vu naître.
Xavier Vallat, 1972130.
 
Si c'est à Saumanes qu'il a « découvert la nature, la vie d'un village, les travaux des champs131 », c'est à Pailharès, au contact de la montagne et de ses rudes paysans, que sa mentalité s'est façonnée.
Les villages des montagnes du Haut-Vivarais étaient, au début du siècle, les seuls endroits de l'Ardèche à être totalement imperméables à l'influence de la ville : « C'était simplement un village de montagne où n'arrivaient guère les bruits de la ville, qui gardait ses traditions, vivait pauvrement, travaillait dur et arrivait ainsi à nourrir des familles nombreuses qui, pour leur bonheur, ignoraient le " planning familial "132. »
Si l'on ajoute à cet isolement une rudesse de vie due à un hiver interminable et à un sol assez peu favorable à la culture, il est possible, selon André Siegfried, de comprendre et d'expliquer la mentalité du Vivarois : « Éleveur, rustre, méfiant et rancunier, intelligent ». La description des paysans ardéchois des montagnes du Vivarais que fait l'éminent politologue est particulièrement éclairante : « sérieux, travailleurs, isolés, conservateurs, ils sont attachés à l'argent, aux traditions, ils aiment ce qui est solide et durable comme ces roches primaires sur lesquelles ils vivent133 ».
Aussi, l'adoption de la famille Vallat par le village prit-elle un certain temps : « Le montagnard, taciturne et méfiant, attendait en se tenant sur la réserve134. » Malgré l'attachement sentimental qu'il éprouvait pour Saumanes et sa Provence natale, c'est à l'Ardèche que Vallat se sentait par le sang attaché. Toute sa vie, il louera les qualités du paysan vivarois : son honnêteté foncière, son sens de l'économie et de l'épargne, sa foi. Dans un discours prononcé à la Chambre en 1933, Xavier Vallat se décrira dans ces termes : « Moi homme de droite et fils de petites gens, élu de montagnards cévenols, qui savent, dans leur pauvreté laborieuse, quel est le prix de l'argent honnêtement et durement gagné135. »
Ce n'est pas sans surprise que les Vallat constatèrent, en arrivant à Pailharès, la vigueur de la pratique religieuse dans ce village : même les hommes - Cyprien Vallat allait pouvoir se sentir moins seul - assistaient à la messe136. Cette foi populaire se manifestait essentiellement par un culte des saints : culte de la Sainte Vierge - patronne de Pailharès ; culte de saint François Régis à Lalouvesc ; culte de saint Roch, qui passait pour protéger de la rage et des maladies contagieuses propres au bétail, à Vaudevant137. Cette vigueur du sentiment religieux s'explique par la persistance d'un climat de guerre religieuse entre catholiques et protestants. Le temps de l'hérésie albigeoise, les guerres de religions, la lutte contre la Réforme dans la région et les persécutions des xviie et xviiie siècles ne sont pas oubliés. La rivalité religieuse, qui demeure par la présence d'une forte minorité protestante, stimule la pratique religieuse. S'il est conscient que ce climat confine au fanatisme, Xavier Vallat n'en considère pas moins le protestantisme comme une hérésie.
Cette rivalité religieuse détermine les clivages politiques et explique la coexistence de deux tempéraments politiques opposés : « Le protestantisme correspond à la pente révolutionnaire au sens de 1789, à la tendance de gauche ; le catholicisme représenta la résistance à cette révolution, orienté à droite138. » De fait, le ralliement à la République prônée par le pape Léon XIII, à partir de février 1892, rencontre l'indifférence des masses catholiques du Vivarais. La droite politique locale reste royaliste de cœur. Si elle ne s'attaque plus directement au régime républicain, la défense de la religion catholique demeure l'axe central de son programme, et passe par la lutte contre les « ennemis », protestants et francs-maçons - le franc-maçon radical étant l'ennemi numéro un du conservateur vivarois. Xavier Vallat sera, comme député, le digne héritier de ces représentants de la droite ardéchoise de la fin du xixe siècle : Blachère139, Bernis140, Montgolfier141, Gailhard-Bancel.
Enfin, il ne fait aucun doute que Xavier Vallat a été marqué par le système d'organisation agricole de son village. À Pailharès, les propriétés sont morcelées, chaque famille se contente de cultiver ses dix ou quinze hectares de terre : « L'Ardéchois est avant tout un petit propriétaire autonome142. » Il n'y a pas, dans le monde rural vivarois, de coexistence entre une élite de grands propriétaires terriens et une masse de prolétaires ruraux. On se trouve ainsi devant une sorte de « démocratie agraire143 ». De fait, s'il est sans aucun doute réactionnaire, le paysan vivarois n'est pas forcément un conservateur, et le catholicisme social trouve de très nombreux adeptes dans la région. Cette doctrine fut incarnée, en Ardèche, à la fin du siècle dernier et au début du xx e siècle, par Hyacinthe de Gailhard-Bancel. Le député de Tournon a eu sur Xavier Vallat une influence déterminante, et peut être considéré comme son père spirituel en politique144.
Une foi catholique profonde, des convictions royalistes, une méfiance instinctive à l'égard de tout ce qui vient de la ville, un attachement à des valeurs simples comme le travail et l'honnêteté, voilà tout ce que Xavier Vallat doit à sa famille et à l'environnement de son enfance. Ce n'est pas a priori dans un tel cadre qu'il a pu être sensibilisé au « problème juif ». Lors d'une conférence prononcée en 1942 sur le sujet, il expliquera « qu'il ne [lui] serait jamais venu à l'idée de parler du problème juif à [ses] paysans des Cévennes », pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de Juifs dans la région145. Manifestement, l'antisémitisme est venu se greffer sur les valeurs qui lui ont été transmises par les siens.

L'AFFAIRE DREYFUS

Xavier Vallat est-il un enfant de l'affaire Dreyfus ? Il serait tentant de voir dans cet événement qui l'a « durablement marqué » l'origine de sa haine du Juif.
Antidreyfusard, on l'était sans aucun doute chez les Vallat. Mais on l'était comme par réflexe. D'abord, le catholicisme fondamentalement contre-révolutionnaire qui était celui de Cyprien et Thérèse Vallat est le plus souvent hostile aux Juifs. Monarchisme, catholicisme et antisémitisme sont trois idéologies étroitement mêlées à cette époque : la « question juive » était une évidence pour les partisans du duc d'Orléans146 et le va-et-vient entre le catholicisme et l'antisémitisme ordurier de la Libre Parole normal.
Xavier Vallat se rappelle qu'au moment de l'affaire Dreyfus, son « esprit d'enfant s'était enthousiasmé pour l'histoire de Guérin, enfermé dans son fort Chabrol147 ». Fondateur de la Ligue antisémite française en 1897148, Jules Guérin s'était séparé de Drumont en 1898 et avait fondé son propre journal l'Antijuif. À la pointe du combat antidreyfusard il put, à partir du mois d'août 1898, compter sur le soutien financier du mouvement royaliste149. Soupçonnés de vouloir contribuer au renversement du régime, les principaux dirigeants furent arrêtés, mais Jules Guérin s'échappa et se barricada pendant un mois et demi au siège de la ligue, rue Chabrol à Paris. Que cet épisode grotesque et anecdotique de l'affaire Dreyfus ait été conté au petit Xavier comme une aventure héroïque est révélateur.
Mais c'est surtout par le biais du Pèlerin, l'hebdomadaire illustré des assomptionnistes qu'il commence à lire vers 1898150, que Xavier Vallat a été sensibilisé à l'affaire. Le rôle joué par ce journal dans la diffusion de l'antisémitisme dans les milieux ruraux est un fait incontestable. Or, on peut remarquer qu'en 1898, si les caricatures, notamment celles de la dernière page, sont le plus souvent à connotation antisémite, le journal ne s'étend pas exagérément sur l'affaire, si ce n'est pour glorifier de temps à autre les antidreyfusards. Le Juif est certes un ennemi de la Vérité, mais il l'est au même titre que l'Anglais ou que le franc-maçon. La campagne de révision est, pour le Pèlerin, œuvre inutile ; les dreyfusards perdent leur temps. Jusqu'au mois d'août 1899, l'affaire est quasi absente des colonnes et des caricatures du journal ; l'antisémitisme se fait plus rare. La rédaction préfère stigmatiser les fléaux qui s'abattent sur l'Église et qui sont tous l'œuvre du démon. Ainsi, l'affaire Dreyfus est considérée dans un ensemble de malheurs dont les plus notables sont la guerre en général, l'incident de Fachoda151, les lois anticléricales ou la frénésie laïque. Certes, si le procès de Rennes est l'occasion pour le fameux caricaturiste maison Lemot de déchaîner sa haine du Juif152, le lecteur reste assez peu informé. Plus étonnant, la grâce du « traître » est peu commentée, et, en 1900, l'antisémitisme, bien que toujours présent, est un fait rare dans le journal. Ainsi, le Pèlerin n'a-t-il pas perçu l'enjeu historique de l'affaire, traitée comme un simple fait divers.
Un fait divers l'affaire Dreyfus ? C'est l'impression qu'elle a, en tous cas, laissée chez Xavier Vallat. Pour lui, elle n'est qu'« un lointain fait divers153 » qui pourtant obsède la génération de ses aînés : « Nous reparlons de l'affaire Dreyfus. En écoutant Maurras, je comprends à quel point, pour les hommes de sa génération, l'affaire fut une ligne de partage des eaux politiques. Pour moi, dont l'enfance en recueillit les échos violents, elle s'estompe pourtant déjà dans une grisaille qui en amortit singulièrement les couleurs154. » Le dernier jour de son procès, le 27 janvier 1945, Charles Maurras, après que sa condamnation à la peine de réclusion à perpétuité eut été prononcée, avait lancé le fameux et pathétique : « C'est la revanche de Dreyfus. » Ce sont les derniers remous de l'affaire Dreyfus, la défense du colonel Henry et la certitude d'œuvrer pour l'intérêt supérieur de l'État qui avaient été à l'origine de la création de la ligue d'Action française155 : « D'un côté la vraie France et l'Armée, de l'autre la République et les Juifs156 ». C'est dans cet esprit qu'avait été lancé le journal l'Action Française en 1908.
Xavier Vallat est l'un des premiers fidèles du journal. Ce que l'adolescent peut y lire sur Dreyfus est sans ambiguïté : le Juif Dreyfus est un traître ; la raison d'État exigeait qu'il fût condamné. Ce point de vue, cette obsession l'ont peu influencé. Et s'il participe, un peu par hasard, en novembre 1911, avec la fougue de ses vingt ans, à une manifestation plus bruyante que violente à la fin de la cérémonie d'inauguration d'un buste du dreyfusard Émile Zola à Aix-en-Provence, c'est moins par nostalgie antidreyfusarde que par réflexe partisan : « Cette glorification du publiciste qui avait plus bruyamment que personne pris la défense du capitaine Dreyfus et aussi du romancier stercoraire qui avait écrit des œuvres d'un naturalisme nauséeux, ne pouvait qu'indigner un jeune nationaliste. Cependant il ne m'était pas venu à l'idée de traduire publiquement cette indignation157. »
De plus, durant toute sa carrière il ne fera que très rarement référence à l'affaire. En 1924, dans un éditorial à la Gazette d'Annonay, il fait une allusion discrète à la trahison de Dreyfus : « Par quel sort de malédiction, les chambres radicales et socialistes sont-elles donc comme obligées de prendre la protection de quelques traîtres. Ce fut jadis la tendresse pour Dreyfus qui fut le signe de l'intégrité républicaine ; aujourd'hui on ne peut être un pur si on n'admet l'innocence de Caillaux, de Malvy158. » On peut difficilement tirer une conclusion de tels propos. Plus sûrement, Vallat estimait que la Ligue des droits de l'homme avait été « spécialement créée pour travailler à la révision de l'affaire Dreyfus159 ». Une fois la victoire acquise, dénonce-t-il, les « internationalistes » ont exploité l'affaire et orienté la IIIe République « vers une politique passionnément anticléricale et antimilitariste160 ». Mais l'innocence du capitaine Dreyfus ne fait pour lui aucun doute. En effet, selon le témoignage d'un de ses amis, « il a même, à l'occasion, étudié l'affaire Dreyfus et est arrivé à la conclusion - dont peu de ses proches se doutent - de l'innocence du Capitaine161 ! ».
Parce qu'il était trop jeune, mais surtout parce qu'il eut entre les mains un journal peu tourmenté par l'affaire Dreyfus, Xavier Vallat n'a pas gardé de séquelles idéologiques de cette crise qui a divisé la France. Elle n'a pas été, comme il l'est dit parfois162, l'occasion de l'éveil de sa conscience politique. Ce sont la lecture du Pèlerin, à l'époque du combisme, et la politique anticléricale du début du siècle qui vont le sensibiliser à l'action politique et le marquer - si ce n'est le traumatiser - à vie.

LE PÈLERIN ET LE « COMBISME »

Les cinq premières années de ce siècle sont marquées en France par l'adoption d'une législation anticléricale. La loi sur les associations du 9 juillet 1901 touche indirectement les congrégations : leur autorisation est suspendue à l'approbation du Parlement et leur dissolution rendue possible par simple décret. Le législateur laisse trois mois aux congrégations pour solliciter une autorisation (accordée ou non par le parlement). Les élections de 1902 pour le renouvellement de la Chambre des députés se déroulent dans un climat de haine anticléricale : croix brisées, insultes, processions religieuses perturbées sont monnaie courante. Finalement, le Bloc des gauches l'emporte de justesse. Ses soutiens, francs-maçons et libres penseurs, exigent une vigoureuse politique anticléricale... Avec Émile Combes, ils vont trouver leur homme. Ancien séminariste, celui que ses ennemis présentent comme un « cocu de la soutane » est président du Conseil de juin 1902 à janvier 1905. Il inaugure son ministère par une décision propre à satisfaire les anticléricaux les plus virulents : revenant sur un engagement de Waldeck-Rousseau, il fait fermer les 3 000 écoles non autorisées des congrégations autorisées. En mars 1903, toutes les demandes d'autorisation déposées par les congrégations d'hommes sont, à l'exception de cinq, rejetées par les deux Chambres. En juin 1903, les congrégations féminines subissent le même sort. La loi du 7 juillet 1905 complète l'œuvre de Combes en interdisant l'enseignement aux membres des congrégations. Le tout baignant dans une ambiance de haine anticléricale - l'année 1903 bat tous les records dans ce domaine -, mais aussi de corruption et de suspicion (l'affaire des fiches). Amer, Péguy définit ainsi le combisme : « Un système de contrainte et de raison d'État, un système de mensonge politique, un système de faveur, d'oppression, d'iniquité ; un système aussi de corruption ; et un système de fraudes et un système de turpitudes » qui a dévoyé l'idéal de laïcité : « Le laïcisme, qui était un système de neutralité en matière de foi [...] est devenu [...] un des plus redoutables systèmes d'oppression des consciences163. »
Cette période constitue l'éveil de la conscience politique du jeune Xavier. Son père, scandalisé par les « persécutions » anticléricales, transmet à son fils sa révolte : « le goût de la politique [...] m'avait été instillé dès mon plus jeune âge, par les propos de mon père, profondément catholique, et royaliste avec ferveur, que l'anticléricalisme sectaire de la IIIe République révoltait164 ». C'est à l'occasion du premier pèlerinage des hommes organisé par Hyacinthe de Gailhard-Bancel en 1902 à Lalouvesc qu'il s'initie à l'action politique. Hyacinthe de Gailhard-Bancel, ami d'Albert de Mun, devait sa renommée à la création des Syndicats agricoles du Sud-Ouest qu'il avait lancés, profitant du vote de la loi sur les Syndicats, à partir de 1884. Depuis 1899, il était député de l'Ardèche165. Pour protester contre la loi sur les associations, il eut l'idée d'une manifestation réservée aux hommes à Lalouvesc, lieu de pèlerinage séculaire de l'Ardèche. Celle-ci eut lieu le premier dimanche du mois d'août 1902166. Cyprien Vallat y alla, accompagné de son fils. La foule rassemblée comprenait bien 10 000 paysans167 et fut un succès. Le discours prononcé par Hyacinthe de Gailhard-Bancel pour l'occasion impressionna le jeune Xavier : « Il avait une éloquence enflammée où l'on sentait une telle ardeur de conviction qu'on était emporté par sa parole [...]. Ce fut ma première initiation à la vie publique, et il est certain que je dois à l'impression faite par M. de Gailhard-Bancel sur mon esprit d'enfant une large part de ma vocation politique168. »
Mais ce qui dans le combisme révoltait le plus Cyprien Vallat, c'est que les brimades anticléricales dont il avait été, durant toute sa carrière, l'objet pussent frapper ses propres enfants. Il avait, en effet, placé deux de ses fils, Alphonse et Xavier, dans des écoles religieuses qui n'allaient pas tarder à être les victimes des lois anticléricales votées par la Chambre.
En 1900, Alphonse était, à l'âge de dix ans, entré dans l'école des Jésuites de la région. La loi de 1901 obligea les frères jésuites à s'exiler en Italie dans le petit village de Salussola près de Turin, et ils emmenèrent avec eux le jeune Alphonse. Quant à Xavier, il put bénéficier d'une bourse créée cent ans plus tôt par le chanoine Polly et rejoindre, à l'automne 1902, le petit séminaire de Vernoux. En décembre 1905, la loi de Séparation venait d'être votée lorsque, quelques jours avant Noël, un commissaire de police se présenta à la porte du petit séminaire et signifia l'ordre d'expulsion : « Le règlement de Vernoux ne prévoyait pas de vacances de Noël, et voici que tout à coup l'anticléricalisme officiel nous octroyait quinze jours de congé169. » Malgré la neige et le froid, les élèves furent contraints de retourner chez eux ; Xavier fit à pied les quarante kilomètres qui séparaient Vernoux de Pailharès :
« Lorsque mes parents, qui venaient de souper, me virent devant la porte, ils furent frappés de stupeur, et me demandèrent si j'avais été renvoyé de Vernoux. Lorsque j'eus expliqué qu'on venait de nous expulser du Petit-Séminaire, je vis, pour la première fois et la dernière fois de ma vie, mon père entrer dans une colère effrayante. Lui, si calme et si paisible, en bégayait de fureur : " Mettre des enfants à la rue par un pied de neige ! ce sont des bandits ! " Et brusquement il explosa : " Ah si je tenais la Marianne au bout de mon fusil170 ! " »
En plus de cette expérience personnelle, on sait que Vallat fut très tôt accoutumé à la lecture d'un journal catholique et satirique, violemment opposé à la politique du « petit père Combes » et à ceux qui dans les coulisses tiraient les ficelles (les Juifs et les francs-maçons), le Pèlerin : « Et puis j'étais le lecteur assidu du Pèlerin des Pères Bailly, hebdomadaire illustré dont mon père gardait jalousement la collection et qui menait vigoureusement campagne - comme La Croix de cette époque - contre les Juifs et les Francs-maçons171. »
Ce n'est pas faire injure au père de Xavier Vallat que d'affirmer qu'il était représentatif du public visé par la maison de la Bonne Presse lorsqu'elle lança le Pèlerin en 1873 : le R. P. Bailly (son directeur) ne cachait pas que l'objectif était d'atteindre les classes populaires.
Hebdomadaire illustré172, de seize pages (et même davantage au moment du combisme), d'un format agréable173, le Pèlerin contient un maximum de caricatures et un minimum de textes. Les articles sont courts et rédigés dans un style vivant et incisif. La première page est édifiante et, à partir de 1901, illustrée. La double page centrale est une illustration de l'actualité censée marquer les esprits. Enfin, il semble que la rubrique «Promenade à travers le monde des nouvelles » et les caricatures de Lemot ou Henriot en dernière page assurent le succès et la réputation du journal. En adoptant en 1896 le tirage en couleurs, le Pèlerin redouble de succès. En 1897, il tire à 140 000 numéros. Naturellement, l'hebdomadaire des assomptionnistes n'a aucune prétention intellectuelle : « N'oublions pas, note le père d'Alzon, que le Pèlerin plaît parce qu'il donne dans le genre zozo... Il suit par un côté une pente déplorable, l'abaissement de l'esprit, tout en en dépensant beaucoup. Les Français ne sont pas capables de plus174. »
Jusqu'en 1886, la Bonne Presse s'abstient de tout antisémitisme. Mais, après la publication de la France juive d'Édouard Drumont, le journal commence à envisager le « problème juif » comme un problème « d'étrangers » : « Israël est bien un peuple. [...] Par le fait même de sa nationalité distincte, il n'a aucun titre à partager la nôtre. [...] Laissons-leur [aux Juifs] leur nationalité, et refusons-leur la nôtre175. » Puis, l'antisémitisme du Pèlerin, qui va se développant avec les années, repose essentiellement « sur un préjugé économique176 ». « L'or juif » est constamment dénoncé. Les malheurs et la pauvreté du chrétien s'expliquent par la mainmise juive sur les finances du pays. Le Juif est donc le bouc émissaire des malheurs et de la misère dans lesquels sont plongés la majorité des lecteurs du journal. Leur ressentiment à l'égard des Juifs est habilement entretenu par des caricatures et des petites histoires177 qui les rendent détestables. Cet antisémitisme économique se double d'un antisémitisme religieux. L'or attire les ennemis du Christ. Le Juif déicide a été condamné à errer sur terre et à se vautrer, par amour des délices et de la luxure, dans les désirs insatiables de l'or : « La revanche du Ressuscité contre la victoire de l'or a été éclatante, elle dure depuis 2 000 ans ; le juif déicide en est le monument vivant : il a été condamné à la soif de l'or, il en est dévoré, il doit le ramasser avec ses doigts crochus et plus il en amasse, plus la soif grandit [...]. Il suce la fortune d'autrui178. »
Dans la lutte que le journal mène contre le combisme, on peut discerner, dans le flot des sentences, des injures et des caricatures, deux thèmes principaux : le complot judéo-maçonnique - dont l'objectif est de terrasser la France chrétienne - et la démagogie anticléricale et socialiste.
-  Dans l'ombre, francs-maçons et Juifs, par haine de la religion catholique et pour humilier les catholiques, souhaitent la destruction de la France chrétienne. Cette haine du catholicisme179 s'explique par la jalousie qu'ils éprouvent pour les défenseurs de la Vérité. Ces ennemis sont d'autant plus dangereux qu'ils agissent en sous-main, sournoisement. Émile Combes est ainsi, par exemple, représenté dans une caricature de Lemot sur une estrade tentant de capter l'attention de la foule. Derrière lui, en coulisse, se tiennent le Juif, voûté, lèvres lippues et nez crochu, et le franc-maçon, affublé d'un grotesque accoutrement de cérémonie180.
Le Pèlerin dénonce avec autant de force la double démagogie anticléricale et socialiste. L'anticléricalisme n'est en fait qu'une diversion destinée à tromper l'électeur, à lui faire oublier sa condition de pauvre et de miséreux. Pourquoi réclamerait-il davantage de pain puisqu'on lui donne des prêtres à manger ? Lorsque le peuple a faim, on pense le calmer en agitant le spectre clérical. Quant à l'idéologie socialiste, elle est présentée comme une immense escroquerie destinée à soutirer de l'argent à un maximum de personnes pour le profit d'une minorité d'accapareurs. Jaurès et Combes sont régulièrement associés dans les caricatures du journal : le premier chantant l'Internationale sur une musique anticléricale jouée par le second. Pendant ce temps, les vrais problèmes du brave peuple ne sont pas résolus.
L'influence que le Pèlerin a jouée dans l'engagement politique de Xavier Vallat et dans la naissance de son antisémitisme est évidente. De cette lecture hebdomadaire, il gardera toute sa vie un souvenir ému : « À dix ans (et même avant !), j'attendais avec impatience le Pèlerin avec ses dessins vengeurs contre le " petit père Combes ", incarnation de Satan, et contre la judéo-maçonnerie181. » En 1957, dans Aspects de la France, il réagit durement contre un article rédigé dans le Pèlerin par Roger Guichardan, dans lequel l'éditorialiste du journal condamne l'antisémitisme et prend la défense de « ce peuple d'où est sorti Notre Seigneur ». Vallat s'insurge contre cette présentation simplifiée de l'histoire : « Notre Seigneur est bien sorti du peuple juif, mais il a aussi été crucifié par lui [...]. Il ne peut avoir oublié l'imprécation de la foule juive exigeant la mort du Nazaréen : " Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! " Peut-être pourrait-il trouver dans ce vœu terrible, et trop régulièrement exaucé, l'explication des cruelles épreuves que, depuis deux millénaires, Israël a connues dans tous les pays, sans exception. »
Il va de soi qu'aucun chrétien ne peut souhaiter l'extermination des Juifs mais, « il faut que M. Guichardan soit bien jeune, ou bien peu informé des problèmes qu'il tranche si péremptoirement, pour ignorer qu'il y a eu, en France comme ailleurs, et tout au long de notre histoire, un antijudaïsme, qui n'avait rien de passionnel, qui n'avait rien de sanguinaire, et qui n'était qu'un réflexe de défense politique contre un élément étranger inassimilable et envahissant. » Ceci est une évidence pour les lecteurs du Pèlerin de sa génération ! Enfin, il ne faut pas oublier que le « R. P. Bailly, fondateur de La Croix et du Pèlerin, tenait les Juifs pour un danger national. M. Guichardan va-t-il le renier ? »
Si l'antisémitisme du Pèlerin était absurde, si le « problème juif » n'était qu'un fantasme, le combat que Vallat a mené pour le résoudre serait sans fondement... Ce qu'il ne peut concevoir une seule seconde. Aussi, se permet-il l'ironie d'imaginer la défense qui eût pu être la sienne lors de son procès en Haute Cour :
« Messieurs, aurai-je dit, je reconnais que j'ai eu tort de tenir l'influence juive pour tellement funeste à mon pays qu'il convenait de la limiter par un statut spécial. Mais je vous demande de ne pas accabler un malheureux qui a subi, dans son âge le plus tendre, la plus pernicieuse déformation d'esprit. Songez que, dès que j'ai su lire - et je fus, hélas ! précoce - le périodique Le Pèlerin m'a injecté, chaque dimanche et à haute dose, l'antijudaïsme le plus virulent !
« Chaque semaine, mon cerveau d'enfant, prêt à recevoir toutes les empreintes, a dû enregistrer les images caricaturales, signées Lemot ou Henriot, dans lesquelles des Juifs au nez crochu, aux yeux saillants, aux oreilles en chou-fleur, bardés d'insignes maçonniques, jetaient à la porte des couvents des Filles de la Charité ou chassaient de l'armée des officiers qui se refusaient à crocheter des églises [...]. C'est dans les commentaires de ces images et de ces croquis, sous l'influence de la plume incisive de religieux qui tenaient le Petit Père Combes pour un suppôt du diable [...] que j'ai trouvé ma première formation politique182. »
Le Pèlerin
a donné à Xavier Vallat les stéréotypes du Juif : inassimilable, financier cosmopolite, venin instillé dans le sang de la France, dominateur-né, etc. Et il est évident que le jeune enfant qu'il fut a été fortement marqué par la lecture de ce journal.
Curieusement, Xavier Vallat, dans un curriculum vitae rédigé le 9 juillet 1947 pour sa défense, s'étend largement sur cette influence : « Les premières images que j'ai feuilletées, ce sont les gravures du Pèlerin. On y voyait des dessins de Damblans183 représentant les premiers camps de concentration de la guerre anglo-boer ; on y voyait des caricatures de la perfide Albion ; on y voyait des soldats allemands au casque à pointe ; on y voyait des caricatures de Jenio représentant des Juifs sanglés dans des tabliers maçonniques et torturant la liberté ; nous arrivions à la période combiste, à la persécution religieuse184. » Cette insistance à mettre en avant ce souvenir - la note biographique ne fait que deux pages - laisse penser que Xavier Vallat a réellement manifesté la volonté de trouver des circonstances atténuantes à son antisémitisme !
Il est clair que l'antisémitisme de Xavier Vallat est né d'un sentiment de révolte devant la lutte anticléricale menée par une IIIe République qui, avec le ministère Combes, prit, pour la première fois de son histoire, un visage persécuteur. L'antisémitisme de Vallat, comme celui du Pèlerin, s'explique par un sentiment d'agression. Les valeurs de Vallat sont celles d'une grande partie de la France catholique, elles sont issues de l'ancienne France : un modèle de société basé sur la hiérarchie, la famille, la prédominance du prêtre et sur l'économie agraire. Depuis la Révolution, ce monde a changé, l'évolution de la société est de plus en plus rapide (industrialisation croissante, naissance d'un prolétariat urbain, progrès du rationalisme), la primauté de l'Église est battue en brèche, les valeurs traditionnelles sont contestées. Or avant la Révolution, le Juif n'était rien. Depuis, citoyen à part entière, il est tenu pour responsable - comme s'il y avait une relation de cause à effet - des malheurs qui s'abattent sur la France. L'antisémitisme de Xavier Vallat est apparemment parfaitement rationnel : si la France n'est plus ce qu'elle était, il y a forcément des raisons, il y a forcément des explications, des causes, des responsables. Vallat croit les trouver dans le Juif qui, depuis 1789, poursuit un travail de sape contre la France traditionnelle et catholique. En un sens, son antisémitisme est un antisémitisme de « légitime défense ». Il va de soi que les catholiques de l'époque ne peuvent accepter les explications rationnelles de la déchristianisation de la France. Reconnaître que ce phénomène s'explique logiquement par l'évolution des structures sociales et économiques, par le progrès de la science et du savoir, etc., serait admettre que leur combat est un combat d'arrière-garde, voué à l'échec. Au contraire, le déclin religieux, phénomène contraire à la nature, trouve, pour eux, son origine dans les ambitions implacables d'une minorité puissante et soudée qui cherche à abattre la France chrétienne.
L'engagement politique de Vallat peut s'expliquer par la révolte d'un jeune catholique devant une politique qui, sous couvert d'anticléricalisme, s'attaque en fait à sa religion. Il provient d'un réflexe de défense contre les ennemis (principalement Juifs et francs-maçons, marionnettistes de la vie politique française) de la religion catholique, religion qui, outre le fait qu'elle soit celle d'une grande majorité de Français, a un droit historique, en France, à exercer sa primauté : « Il ne saurait être question d'opprimer les minorités religieuses, qui existent chez nous, mais il me paraît juste et nécessaire à la santé de mon pays, que le catholicisme qui est la religion de fait de la grande majorité des Français y jouisse d'une prééminence particulière185. »
116. Charles Maurras..., op. cit., p. 31.
117. Aspects de la France, 30 octobre 1969.
118. Le Nez de Cléopâtre, op. cit., p. 30.
119. Ibid.
120. Ibid., p. 31.
121. Ibid., p. 40.
122. Ibid.
123. Ibid., p. 38.
124. Le Grain de sable de Cromwell, Les Amis de Xavier Vallat, 1972, pp. 20-21.
125. Le Nez de Cléopâtre, op. cit., p. 42.
126. AML, fonds Vallat, 21ii-1, Pour la veillée, 1947, p. 159. Xavier Vallat a écrit ce livre à la prison de Fresnes. Il y raconte ses souvenirs d'enfance et de jeunesse. Imprimé à quelques exemplaires, ce livre a été diffusé dans sa famille après sa mort par Joseph Nicolas.
127. Ibid., p. 1.
128. Cyprien Vallat est décédé le 7 avril 1920.
129. Pour la veillée, pp. 66-67.
130. Le Grain de sable de Cromwell, op. cit., p. 2.
131. Ibid., p. 6.
132. Ibid., p. 27.
133. André Siegfried, Géographie électorale de l'Ardèche sous la Troisième République, A. Colin, 1949, p. 34.
134. Le Nez de Cléopâtre, op. cit., p. 34.
135. Journal officiel, séance du 2 décembre 1933, p. 4316.
136. Le Grain de sable de Cromwell, op. cit., p. 19.
137. Pour la veillée, op. cit., p. 78.
138. André Siegfried, op. cit., p. 62.
139. Henri Blachère, député de l'Ardèche (Largentière) : 1876-1881, 1885-1886, 1889-1893.
140. Comte de Bernis, député monarchiste et catholique du Gard : 1889-1898.
141. Auguste de Montgolfier, député de l'Ardèche : 1885, 1889-1893, partisan de la « liberté du père pour l'instruction de ses enfants » et du « respect de la protection de la religion ».
142. André Siegfried, op. cit., p. 27.
143. Ibid., p. 50.
144. Dans son ouvrage historique sur les projets sociaux de la droite catholique, Xavier Vallat consacre un chapitre à Hyacinthe de Gailhard-Bancel : La Croix, les Lys et la peine des hommes, Les Quatre Fils Aymon, 1960, pp. 183-206.
145. Le Problème juif, Secrétariat Général à l'Information et la Propagande, 1942, p. 2.
146. Le 16 février 1899, Philippe duc d'Orléans (1869-1926) publiait son manifeste le plus célèbre, le manifeste de San Remo, dans lequel il mettait en garde les Français sur la question juive. Bertrand Joly, « Le parti royaliste et l'affaire Dreyfus (1898-1900) », Revue historique, 546, 1983, p. 326.
147. Charles Maurras..., op. cit., p. 80.
148. Devenue en avril 1899 le Grand Occident de France.
149. Michel Winock (dir.), Histoire de l'extrême droite en France, Seuil, Points Histoire, 1994, p. 92.
150. Lettres passe-murailles, La Table ronde, 1966, p. 168.
151. Conflit colonial ayant opposé Français et Britanniques à Fachoda (aujourd'hui Kodok au Soudan) en 1898-1899.
152. Le 13 août 1899, est publié le dessin le plus violemment antisémite de l'auteur dans lequel les Juifs sont représentés en insectes pulluleux qu'il faut balayer hors de France. En outre, Joseph Reinach est régulièrement « croqué » en singe.
153. Charles Maurras..., op. cit., p. 53.
154. Ibid. « Maurras ne se doute pas que, même les jeunes nationalistes d'aujourd'hui ne voient dans ce drame judiciaire qu'un conflit violent entre la Justice et la Raison d'État », écrit Xavier Vallat plus loin. Ibid., p. 79.
155. Eugen Weber, L'Action française, Fayard, 1985, p. 22 et p. 33.
156. La Gazette de France, 10 décembre 1896, ibid., p. 42.
157. Le Grain de sable de Cromwell, op. cit., p. 40.
158. « L'amnistie criminelle », la Gazette d'Annonay, 19 juillet 1924.
159. « La DRAC et la Ligue des Droits de l'Homme », la Gazette d'Annonay, 19 février 1928.
160. La Croix, les Lys et la peine des hommes, op. cit., p. 159.
161. Xavier Vallat 1891-1972, Les Amis de Xavier Vallat, 1977, p. 29. C'est en effet une conclusion surprenante pour celui qui fut le directeur de l'hebdomadaire maurrassien Aspects de la France de 1962 à 1966. Son successeur, Pierre Pujo, fils de Maurice, continue à douter de l'innocence du capitaine Dreyfus. Voir l'Action Française Hebdo, 15 janvier 1998. Voir aussi le dossier « Vérités sur l'affaire Dreyfus », 5 février 1998.
162. Dominique Dabbah-Missika, Les Fondements de la politique antijuive de Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives 1941-1942, Mémoire de maîtrise d'histoire, Université Paris I, 1977, p. 7.
163. Charles Péguy, L'Argent suite, 1913, in åuvres en prose complètes, t. 3, La Pléiade, 1992, p. 943.
164. Le Grain de sable de Cromwell, op. cit., p. 212.
165. Élu député de Tournon jusqu'en 1924.
166. Xavier Vallat se trompe peut-être. Il semble que le premier rassemblement des hommes à Lalouvesc ait eu lieu en août 1903. Charles Molette, L'Association Catholique de la Jeunesse Française, 1886-1907. Une prise de conscience du laïcat catholique, A. Colin, 1968, p. 443.
167. Et non 15 000 comme l'estime Vallat.
168. Ce pèlerinage fut renouvelé l'année suivante et devint une tradition locale. Le Grain de sable de Cromwell, op. cit., p. 25.
169. Pour la veillée, p. 79.
170. Ibid., p. 80.
171. Le Grain de sable de Cromwell, op. cit., p. 212.
172. Le Pèlerin est l'un des premiers hebdomadaires populaires illustrés. Pierre Sorlin, « La Croix » et les Juifs (1880-1899), Grasset, 1967, p. 26.
173. Vingt-six centimètres de long pour dix-huit de large.
174. Pierre Sorlin, op. cit., pp. 27-28.
175. Ibid., p. 83.
176. Ibid., p. 97.
177. Ainsi cette anecdote intitulée « Le Perroquet du Banquier juif ». Il s'agit de l'histoire d'un « riche banquier israélite de Paris » qui décide d'offrir un superbe perroquet « à sa belle-sœur, à Francfort ». L'oiseau « fut confié à un domestique qui partit pour Francfort avec le précieux animal ». Or le perroquet était incapable de dire autre chose que « ferme ta g... sa.. juif ! ». « C'était la phrase qu'il avait entendue sortir, pendant le voyage, de la bouche du domestique que ses cris agaçaient... Ce qui prouve une fois de plus que les juifs n'aiment pas prendre leurs compatriotes pour serviteurs. » « Anecdotes », le Pèlerin, 24 août 1902. Cette anecdote est, pour le lecteur, pleine d'enseignements. Les Juifs forment une patrie, une patrie de banquiers. Le riche banquier parisien a un frère allemand (thème classique dans le journal). Certes, le Juif exploite un chrétien, mais tout dans cette anecdote vient confirmer l'abjection des Juifs, finalement ridiculisés. Car, le Pèlerin, destiné aux esprits simples, est résolument optimiste : Juifs et francs-maçons se sont coalisés pour abattre la France chrétienne, mais face à des adversaires si grotesques, la victoire de celle-ci est certaine.
178. Le Pèlerin, 30 mars 1902.
179. Dans les caricatures, Juifs et francs-maçons regardent avec mépris la croix du Christ.
180. Le Pèlerin, 24 juillet 1904.
181. « Pour avoir dit non », Aspects de la France, 17 novembre 1966.
182. « Plaidoyer pour les vieux lecteurs du " Pèlerin " », Aspects de la France, 27 septembre 1957.
183. Damblans illustrait la double page centrale.
184. AML, fonds Vallat, 21ii-48.
185. AML, fonds Vallat, 21ii-61, conférence « Du Souverain domaine de Dieu dans la Politique », 2 décembre 1922.



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