Philippe Jaenada
Plage de Manaccora, 16 h 30
Né le 25 mai 1964 à Saint-Germain en Laye.
Après avoir fait des petits boulots (de rédacteur
de fausses lettres " porno " à pigiste pour Voici),
il devient écrivain. Il est l'auteur, entre autres, de Le
Chameau sauvage (Julliard, 2001) et chez Grasset, Le Cosmonaute
(2002) et Vie et mort de la jeune fille blonde (2004).
Arrivée
es chaussures étaient
dans le coffre de la voiture. J'avais acheté de jolies chaussures
japonaises pour l'anniversaire d'Oum, et en sortant les sacs et
les valises de la Focus que je venais de garer après trois
jours de route devant le petit appartement que nous avions loué
en Italie, je les avais laissées au fond du coffre, dans
leur paquet rouge et noir : je voulais être sûr qu'Oum
n'allait pas les trouver avant le 5 août, et je n'avais pas
une chance de réussir à garder le secret dans les
trois pièces à peine meublées où nous
allions vivre pendant les deux prochaines semaines. Le secret des
chaussures japonaises, au fond du coffre.
Nous sommes arrivés le samedi vers 16 heures (Géo
sautait et criait de joie), accueillis dans une lumière aveuglante
par Tanja (Tania), son mari Michele et la sur de celui-ci,
Maria, puis pendant qu'Oum vidait les bagages et préparait
l'appartement, je suis parti à Peschici (qu'on prononce Pes-ki-tchi,
avec l'accent sur la première syllabe) en voiture avec Géo,
qui chantait, faire les courses qu'on fait le premier jour des vacances,
pimpant dans les rayons inconnus du petit supermarché local
(du pain, des trucs pour le petit déjeuner, café,
lait, corn-flakes, beurre, ufs, fromage, jambon, jus d'orange,
du sopalin, du PQ, du produit vaisselle, six bouteilles d'eau, une
bougie antimoustiques et une bouteille de whisky). Géo courait
partout.
Le soir, nous avons mangé des pizzas sous les étoiles,
puis nous sommes rentrés vacillants à l'appartement,
nous avons couché Géo dans sa chambre et nous nous
sommes installés sur les chaises en plastique de la terrasse,
avec nos livres, la bougie antimoustiques entre nous. Depuis plusieurs
mois, nous ne lisions que des romans policiers américains
des années 40 et 50. Ici, dans le sud de l'Italie, c'était
encore mieux. Nous sommes restés un peu plus d'une heure
dans le silence et la chaleur nocturnes, la lueur orangée
de la bougie, à lire, à boire du whisky et à
fumer. Géo dormait.
Les deux premiers jours, tout s'est bien passé. Le troisième,
non.
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