Premiers chapitres
Benoîte Groult

Ainsi soit-elle

Née en 1920, Benoîte Groult est l’auteure d’une œuvre importante et fondatrice d’un féminisme moderne. On citera, entre autres : Le Journal à quatre mains, avec sa sœur Flora Groult (aux Editions Denoël). Puis chez Grasset Ainsi soit-elle (1975), Les Trois quarts du temps (1983), Les Vaisseaux du cœur (1988), Histoire d’une évasion (avec l’intervention de Josyane Savigneau, 1997) et La Touche étoile (2006).
FRANÇOISE GUIENNE

uelles raisons peuvent inciter une femme totalement inconnue du monde féministe et littéraire à se lancer dans l’organisation d’un tel colloque ?
L’élément déclencheur est le souvenir de l’absence de Simone de Beauvoir lors des journées des « 50 ans du Deuxième sexe ». Il lui avait été rendu hommage de son vivant. Mais ces journées à la Sorbonne, sans elle, me semblaient d’une injustice... Le souvenir très vivace d’ « Ainsi soit-elle » m’est apparu... Pourquoi attendre 50 ans ? 25 ans serait un anniversaire tout aussi valable... J’étais dans les temps, « un peu juste », me dit Boris Cyrulnik, premier complice qui trouva belle l’idée. Cet aval n’était pas suffisant, Benoîte si claire et directe d’habitude se dérobait, cherchait à me dissuader : « Tu veux m’embaumer de mon vivant »..., « Tu aurais pu attendre que je sois morte »... Josyane Savigneau trouva l’idée excellente et emporta l’adhésion de Benoîte : « Si vous ne voulez pas être là, on n’a pas besoin de vous pour se remémorer dans un collectif les années “ Ainsi-soit-Elle ” et ce qu’elles ont représenté pour nous ! ». Rire de Benoîte, c’était gagné. Florence Montreynaud me déclara : « Ce sera votre légitimité dans le monde féministe que d’avoir organisé ce colloque » ; toutes ces « paroles comme une molécule », selon le beau titre d’un ouvrage de Boris Cyrulnik, firent le reste.
Célébrer les vivants joyeusement, leur dire qu’on les apprécie, que leurs idées nous font penser ou nous donnent un supplément de lucidité, quelle perspective stimulante... Comme d’autres auteur-e-s tu m’as donné à penser Benoîte, mais toi, tu m’as donné à penser ma condition de femme : féministe et féminine. C’est ce que nous attendions toutes, les « mères des filles de Simone », nous que la radicalité de Simone de Beauvoir avait effrayées dans une première approche. Nous venons de très loin comme tu sais. Et c’est mon admiration et ma reconnaissance pour toi, essentielles dans ma vie de jeune femme qui s’expriment ici.
Nous nous sommes rencontrées chez des amis communs voilà presque trente ans. J’ai constaté la permanence de ton engagement, ton exigence, ta vigilance, ta constance. Jamais je ne t’ai vue fléchir, j’admirais ton courage lorsqu’au cours des dîners quelqu’un te demandait où tu en étais et qu’invariablement la question féministe apparaissait au cœur de tes réponses. Dans mes souvenirs tes propos ne soulevaient pas l’enthousiasme, certains semblaient se demander où tu allais. Après tes premiers romans à succès où allais-tu Benoîte ?...
Ta réponse fut « Ainsi-soit-Elle » qui eut l’écho que l’on sait et provoqua l’enthousiasme des femmes qui ne savaient comment sortir de leur état. Subitement tu leur donnais les moyens de le faire. C’est ainsi que pour moi, il y eut la vie avant et la vie après « Ainsi soit-Elle ». Ce qui me fit dire lors d’un raout Hyérois : « Si nous n’étions pas toutes des salopes, nous élèverions un monument à la gloire de Benoîte ». Eclat de rire de l’entourage. Le « manifeste des 343 salopes » était encore présent à l’esprit de chacune.
L’énormité de mon propos « libéré » me surprend encore et ce colloque est probablement mon « monument à la gloire de Benoîte », en fidélité à mes convictions de jeune femme.
Passons à la mise en place : Je souquais ferme et toi Benoîte, discrètement tu godillais à l’envers... Mais plus obstinée que toi, ce doit être moi. Toutes celles et ceux que je contactais me le confirmaient jour après jour : ils seraient là. Les féministes historiques dont nous savons toutes l’exigence, sont présentes aujourd’hui, même le plus jeune mouvement féministe, un mouvement mixte, Mix-Cité. Leurs jeunes cofondateurs, ont accepté d’intervenir dans ce colloque pour tenter de tirer des bords en direction de l’avenir. C’est te dire Benoîte combien tu comptes d’alliées(és), d’amies(is) et tellement différentes(ts) les unes(ns) des autres. La vitalité qui irriguait le projet a eu raison de toi, Benoîte. Nos convictions et le travail ont fait le reste. A la fin de la journée tu auras compris mon insistance et peut-être une part de la joie qui fut la mienne de pouvoir mettre en place avec d’autres cette « merveilleuse idée pour une merveilleuse amie », aurait dit « un de nos merveilleux amis » – disparu, pas oublié – Merci Benoîte.
Quelques mots encore pour vous dire le plaisir que j’ai à vous remercier, toutes celles et ceux présents malgré le mauvais temps et celles et ceux sans lesquels cette journée n’aurait pas pu être.
D’abord vous, les membres du comité de parrainage. Merci d’avoir accepté notre invitation, de nous offrir votre temps, votre notoriété, votre présence.
Michelle Perrot historienne, dont l’attention, les suggestions et les propositions durant toute la préparation du colloque s’avérèrent aussi précieuses qu’efficaces.
Elisabeth Badinter, malgré l’importance de votre travail en cours, vous avez accepté d’intervenir ce matin et nous vous en sommes reconnaissants.
Certaines n’ont pas pu nous rejoindre. C’est le cas de Sylviane Agacinski. Cette semaine en tant qu’épouse du premier ministre elle est en voyage officiel en Allemagne. Je lui ai proposé d’écrire un mot et elle a éclaté de rire : « Ah non, ça fait président. Vous direz à Benoîte que j’avais beaucoup aimé “ Ainsi soit-elle ” mais qu’à l’époque je n’étais pas d’accord avec elle sur la féminisation des noms de métiers. Plus tard j’ai su qu’elle avait raison. Dites-le-lui, c’est important. »
Yvette Roudy, solidaire dès l’origine du projet, n’a pas pu échapper à son calendrier officiel puisqu’elle représente l’Europe pour le rendez-vous mondial des femmes à PEKIN+5. Vous nous manquez Madame Roudy. Votre aide a été précieuse.
Sophie Chauveau, féministe historique, première informée de mes intentions, me dit après m’avoir écoutée attentivement : « Ne bouge pas, je me renseigne ». Après enquête elle me dit : « Vas-y, fonce, c’est incroyable, mais Benoîte n’a pas d’ennemies à Paris !... » Ensuite Sophie m’a ouvert son carnet d’adresses, a décroché son téléphone, me présentant, facilitant les passages. Merci pour tout, Sophie.
Et toi, mon compagnon au long cours, rigoureux et exigeant comme d’habitude, tu as toujours cru en ce projet. Tu m’as aidée à garder le cap. Ta patience surprenante a été un encouragement : il est vrai que pour Benoîte, admirée comme intellectuelle féministe et comme femme, cela semblait aller de soi. Merci Daniel.
La Société des Gens de Lettres, vous êtes nos premiers partenaires. Vous m’avez offert non seulement le meilleur accueil que l’on puisse imaginer, mais aussi votre compétence, votre efficacité, remarquables à tous les niveaux et ce, en tout temps. Des actions les plus modestes aux actions les plus importantes, comme celle de nous offrir gracieusement votre bel Hôtel de Massa, la sonorisation de la salle, l’enregistrement des débats... Votre carnet d’adresses s’est lui aussi ouvert comme si la confiance allait de soi. Merci à vous ici présents : Arlette Stroumza directrice, qui m’avez confiée à Cristina Campodonico chargée de la Communication : quelle agréable découverte, Patricia Di Giulio en charge des questions comptables et Zahia Zeboudj assistante de chacun, relais essentiel. Trio d’une efficacité et d’un enthousiasme remarquables. Soutenu par le président François Coupry et les membres du Conseil d’administration représentés par leur Secrétaire générale, Christiane Baroche.
Les Editions Grasset et Fasquelle sont représentées par Jean-Claude Fasquelle, président jusqu’à une date récente. Votre participation a permis, Monsieur Fasquelle, que ce débat d’idées puisse avoir lieu et nous vous en remercions ainsi que votre successeur, le président Olivier Nora.
Le Centre National du Livre est représenté par Martine Grelle chargée de notre projet. Féministe, vous étiez désireuse qu’il soit accepté. Il l’a été : Merci, ainsi qu’à vous Olivia Gemain, responsable de la communication. Merci également à votre président Jean-Sébastien Dupuit et à son Conseil d’administration.
La participation demandée à la « Délégation aux droits des Femmes » est espérée et nous en remercions à l’avance Mme Péry et son ministère.
Josyane Savigneau, rédactrice en chef à la Culture au Monde. Vous avez accepté le projet comme une évidence et ce fut un moment essentiel. Je n’oublie pas que c’est à vous que nous devons la reddition de Benoîte. Moment décisif et drôle. Aujourd’hui vous présenterez les intervenants et animerez les débats. Vous prenez votre première journée de vacances avec nous. Merci encore.



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