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Ernst Glaeser
Le dernier civil
Ernst Glaeser (1902-1963) a grandi dans la vallée
du Rhin, paysage qui a servi de modèle à la ville
de Siebenwasser du Dernier civil. Auteur d'un roman sur la grande
guerre vue par des adolescents (Classe 22), il a également
écrit La Paix sur la chute de la monarchie en Allemagne.
Son chef-d'uvre reste Le Dernier civil où, dès
1936, il évoque la menace que représente le régime
nazi.
CHAPITRE PREMIER
l était trois
heures de l'après-midi quand les enfants des écoles
se réunirent sur la place de l'Hôtel de Ville. En longues
colonnes bien ordonnées, fifres et tambours en tête,
ils passaient sur les ponts de la vallée et montaient vers
l'intérieur de la ville.
Les enfants chantaient. Ils portaient des petits drapeaux de papier,
aux couleurs de la République et du Wurtemberg. Les tambours
battaient et les fifres sifflaient.
Des guirlandes et des drapeaux tachaient de couleurs vives les jeux
de la lumière. Musique, chants et rires de la jeunesse montaient
la colline en cortège serré, passaient devant l'église
principale, devant les façades rococo, et si, du bastion
couronnant la colline, on regardait le pays, il s'étalait
dans la maturité fastueuse d'un été comme on
en voit rarement.
Les vignobles montaient en terrasses légères. Leur
terre avait des lueurs de carmin. Le ruban éternel des champs
aux diverses couleurs se nouait sur le pays. Les arbres bougeaient
à peine sous le poids de leurs fruits. Amoureusement la lumière
se jouait, bleue, sur le fleuve, le ciel était vide de nuages
et sans fin.
Les drapeaux se mêlaient aux couleurs mûres du paysage.
Ils claquaient sur les tours de garde à la périphérie
de la ville, flottaient sur les pavillons au sommet des collines,
brillaient sur les berges du fleuve et s'assemblaient sur la prairie,
où luisait la tache blanche du stade, en une mouvante forêt.
Des banderoles bruyamment colorées étaient tendues
au-dessus des ponts. Des détachements de gymnastes, en tricots
clairs, sillonnaient les rues. Des villages environnants accouraient
par essaims les sociétés cyclistes, les rayons des
roues enveloppées de papier de couleur ; des camions chargés
de vin, de bière, de saucisses et de pain frais roulaient
vers la prairie où la fête avait lieu, et l'on entendait
dans tout cela la musique des orphéons qui approchaient,
les chants des enfants, les bourgeois qui s'interpellaient, la ville
vivait dans la plénitude colorée de sa force d'Allemagne
méridionale et la fête qui s'apprêtait était
celle du 11 août de l'an 1927.
Les enfants des écoles avaient atteint l'Hôtel de Ville.
Les classes du lycée marchaient en tête, cent vingt
garçons en tricots blancs et culottes bleues, costumes stricts,
musique stricte. Deux ordres brefs, les files firent un " à
gauche " et se trouvèrent alignées en une ligne
raide, immobile, face à l'Hôtel de Ville.
Le directeur Holzapfel , accompagné par deux messieurs de
son collège, passa en revue le mur de jeunes gens. "
Repos ! "
Les garçons avancèrent une jambe. " Une belle
journée, ce petit vent frais ! " dit le directeur Holzapfel
à ses collègues.
" On disait autrefois un temps pour l'Empereur ", dit
en riant le professeur Voss.
Holzapfel cligna vers le soleil, se lissa la barbe et alluma un
cigare.
La place s'emplissait de plus en plus. Le lycée de jeunes
filles arrivait. Les habits des fillettes brillaient clair dans
le soleil d'août, comme si elles étaient en fleurs.
Les classes des cinq écoles primaires suivirent, en tête
une musique avec tambours, fifres, trompettes et une grosse caisse.
Les enfants restèrent longtemps debout. Quatre heures sonnaient
à la petite tour de l'Hôtel de Ville, quand soudain,
du bastion sur la colline, un appel de trompette retentit, dont
la vallée renvoya trois fois l'écho. Les professeurs
se précipitèrent à la tête de leurs troupes.
Coups de sifflet, battements de mains imposèrent le silence
; des ordres redressèrent les files.
Les baguettes reposaient sur la peau des tambours, prêtes
au roulement. Les lèvres serraient l'anche des fifres. Le
tonnerre de trois mortiers monta de la vallée et le drapeau
de la République fut hissé sur l'Hôtel de Ville.
D'un coup sourd, la grosse caisse se réveilla, les tambours
grondèrent en rafales, les fifres retentirent, les cuivres
mugirent, les drapeaux claquèrent au-dessus des escouades
et aux sons d'une marche le cortège se mit en mouvement.
" Je chasse le cerf dans la forêt sauvage... " Une
file d'enfants qui chantaient coula dans les rues ombreuses de la
vieille ville.
En bas, la vallée étincelait dans la lumière.
Des barques pavoisées traversaient le fleuve. Des fanfares
passaient dans les rues. Les mortiers claquaient dans les vignobles
et sur la splendeur du pays planaient, tel un nuage clair, les chants
de la jeunesse.
" O terre natale, ô Wurtemberg ", pensa le directeur
Holzapfel, à la tête de sa première, tout subjugué
par le visage de la nature et l'ivresse des couleurs. Et tandis
qu'il fermait les yeux et que la pureté de l'air emplissait
son cur de douceur, il chantait, une larme pudique sous la
paupière, à voix haute et forte :
Et j'ai pourtant, homme endurci,
Connu, senti l'amour aussi...
Le cortège solennel des enfants avait depuis longtemps atteint
la vallée, quand par le portail de l'Hôtel de Ville,
suivi du Conseil et de la majorité des conseillers municipaux,
le Premier Bourgmestre apparut sur la place.
Prätorius s'arrêta. Ses yeux lourds et fatigués
clignaient péniblement dans le soleil. Il respira profondément.
Mais son visage resta gris.
" Dr Kalahne ", dit-il, " a-t-on pris toutes dispositions
pour que les rues soient libres sur notre passage ? " Le secrétaire,
le Dr Kalahne, debout à la gauche du Premier Bourgmestre,
s'inclina : " On a pris toutes dispositions, Monsieur le Premier
Bourgmestre. Dès que la dernière formation sera entrée
dans le stade et s'y sera alignée, on tirera un coup de mortier,
pour nous signifier que le passage est libre. "
Le Premier Bourgmestre ne répondit pas. " Quel bon air
", pensait-il, " quelles couleurs ! "
Les conseillers municipaux prirent place dans les autobus. Ils étaient
assis sur les banquettes, groupés par fractions politiques.
Derrière les voitures s'alignait une demi-centurie de police
montée.
Le Premier Bourgmestre, un homme de cinquante-cinq ans, descendant
d'une riche famille huguenote, depuis vingt ans au service de la
ville, démocrate wurtembergeois, ami de Frédéric
Naumann, capitaine de réserve, docteur de trois facultés,
hésitait à monter en voiture.
" Attendons le coup de mortier ", dit-il au Dr Kalahne.
Le secrétaire s'inclina.
Prätorius fit quelques pas vers la droite. La verdure du jardin
de l'Hôtel de Ville s'étendait devant lui. Il passa
la porte. Des hêtres pourpres et des peupliers blancs étaient
groupés sur le gazon. Au milieu du jardin, un vieux puits
à chaîne en grès rouge, depuis longtemps éboulé,
était couvert de planches mal dégrossies. Les chemins
étaient bordés de buis. Le mur tombait à pic
de dix-huit mètres, du côté de la vieille ville.
Prätorius regarda la vallée. Les drapeaux flottaient
sur le stade. Il respira profondément. Il se sentait mal.
Allait-il se récuser ? Son cur flancherait-il ? Mais
là-bas ils attendaient son discours pour l'inauguration du
nouveau stade. Son discours... Prätorius se mit à rire.
Il eut peur. " Fumisterie ! ", avait-il dit à haute
voix. Mais il était seul.
Dix feuilles d'une écriture serrée, voilà le
discours qu'il avait rédigé pour la fête de
la Constitution, à l'occasion de l'inauguration du nouveau
stade. Ce n'est pas beaucoup, ce n'est pas négligeable non
plus, avait pensé Prätorius en relisant son travail
ce soir-là. Les phrases étaient bien frappées,
dans cet allemand un peu apprêté qu'il aimait. Mais
il avait réussi, pensait-il, à dégager pour
la jeunesse, devant laquelle il devait parler, l'image de la constitution
de telle sorte qu'elle apparut bien comme ce qu'elle était
réellement : l'héritage imposant de la liberté
bourgeoise. Prätorius connaissait cette jeunesse. Il la voyait
grandir dans cet Etat, s'y installer peu à peu avec un esprit
étranger, avec ce refus instinctif de ce qui prétendait
aujourd'hui être la politique : ce mélange d'indécision,
de trafic sordide, et de lâcheté. Et personne ne voyait
plus nettement que lui ce que cela signifierait pour cet Etat, s'il
perdait la jeunesse. Sans doute, lui non plus ne tenait pas essentiellement
à cet Etat. Quatre ans comme député au Parlement,
huit ans comme Premier Bourgmestre, ce calvaire de désillusions
l'avait guéri. Mais il savait que quelque chose de plus précieux
était en jeu. La liberté était en jeu, la base
spirituelle et morale de tout un siècle, le rêve de
trois générations. Si ce fondement s'effondrait, un
monde s'effondrait avec lui, et ce qui suivrait ne vaudrait plus
la peine d'être vécu.
Il était longtemps resté dans sa bibliothèque,
cette nuit-là, et s'était grisé des grands
précurseurs de la liberté bourgeoise, de ceux qui
avaient combattu pour l'Humain. Et quand il avait trouvé
dans son cher Heine cette phrase du Voyage en Angleterre : "
Si jamais - Dieu nous en garde ! - la liberté avait disparu
de toute notre terre, un rêveur allemand la redécouvrirait
dans ses rêves ", il l'avait rapidement écrite
en épigraphe au début de son discours, comme consolation
contre l'obscurité qu'il sentait approcher.
Quand il soumit son travail au Conseil municipal - il avait besoin
de son approbation parce qu'il parlait au nom de la ville - les
premières critiques s'élevèrent. Poliment,
les fractions politiques formulèrent leurs exigences. Le
centre demanda un passage sur l'école et la famille chrétienne.
Les sociaux-démocrates exigèrent une profession de
foi formelle en faveur du pacifisme et de la politique sociale.
Le Parti des artisans s'éleva en faveur des classes moyennes
et contre les grands magasins. Les syndics du Parti populaire demandèrent
une condamnation catégorique du mensonge de la responsabilité
allemande dans la guerre de 14 et une appréciation élogieuse
de l'initiative privée. Cependant lorsque le baron von Iltzenstein,
commandant le bataillon de la Reichswehr, lui fit savoir par un
intermédiaire qu'il ne pouvait promettre la participation
de la musique militaire si l'on ne soulignait fortement l'idée
de défense nationale, en condamnant explicitement le pacifisme,
Prätorius avait pris son manuscrit, l'avait jeté dans
le tiroir de sa table de travail et avait chargé le Dr Kalahne
de la rédaction d'un nouveau discours.
Prätorius sentait battre son cur. Il s'était surmené
ces dernières semaines. Il aurait dû obéir au
médecin et aller faire sa cure à Bad Nauheim. Horrible,
ce léger bourdonnement dans les oreilles, ce manque d'air.
Et cette nouvelle attaque, ce matin. Il avait, selon son habitude,
pris son petit déjeuner dans la bibliothèque, avec
Max, qui était à la maison pour les vacances de fin
de semestre. Jamais Prätorius n'avait tenté d'exercer
une influence décisive sur les opinions de ses enfants. C'était
contraire à ses principes. Mais cette fois-ci, il n'avait
pu se retenir de lire à son Max un article de la Frankfurter
Zeitung, son journal favori, qu'il aimait par-dessus tout. Dans
cet allemand digne et soigné, qui, Dieu du ciel, était
devenu si rare dans le pays, on y entreprenait une étude
de la responsabilité démocratique, sans aucune exagération,
aucune afféterie de littérateur, basée sur
une éthique qui rappelait la plus belle époque de
la bourgeoisie. On y lisait que la vraie démocratie exigeait
des hommes à l'esprit bien formé, d'une grande tenue
intellectuelle, des hommes d'une haute moralité, d'une conduite
exemplaire, et que la liberté ne pouvait être conquise
que par la discipline de soi-même, la maîtrise de soi.
Seul un peuple à l'éducation élevée
était mûr pour la démocratie, et capable de
se diriger lui-même. Voilà pourquoi tout le travail
devait se concentrer sur l'éducation, il fallait dire à
l'homme dès sa prime jeunesse : ton exemple est valable pour
tous. C'est ainsi seulement que de l'obscurité des instincts,
des entraves de l'égoïsme, de l'orgueil et de la violence
naissait la vraie liberté.
Empoigné par les mots qui lui étaient familiers depuis
la maison paternelle, depuis l'école, le vieux avait lu,
et l'éclat d'une rougeur attardée avait passé
sur ses joues, lorsque le jeune Prätorius se leva. Il alla
vers son père en souriant, lui caressa les cheveux contre
toute habitude et lui dit presque tendrement : " Mais, papa,
tout ceci est aujourd'hui dépassé. "
Le vieux le vit encore quitter la chambre, puis un tremblement le
saisit, qui le tint captif plusieurs minutes.
Prätorius regarda longuement le paysage. En bas, sur la prairie,
se massaient les carrés blancs des enfants. Ils l'attendaient.
Mais qu'avait-il à leur dire ? Un mortier claqua. Le Dr Kalahne
apparut au portillon du jardin. " C'est bon ", dit Prätorius.
En montant dans l'auto, il eut une sensation de vertige.
Quand les voitures de ces messieurs entrèrent dans le stade,
les enfants chantèrent :
Je t'ai abandonné,
Mon cur et ma vie,
O Pays bien-aimé,
Ma chère patrie...
La tribune du nouveau stade regorgeait d'invités officiels.
Prätorius prit place à côté de l'estrade
réservée à l'orateur. " Un verre d'eau
", dit-il à Kalahne, à voix basse. On le lui
apporta.
Les gymnastes défilaient en chantant dans l'ovale du stade,
sous les applaudissements rythmés de la foule. Prätorius
sentit de la sueur à son front. Il avait le manuscrit dans
les mains. Ce bourdonnement dans les oreilles ! Est-ce le vent ?
Il fait plus froid. Un peu plus sombre aussi. La musique vient de
loin. Je me coucherai tôt ce soir. Et demain je prendrai huit
jours de congé.
Qui parle ? Ah oui, c'est Holzapfel du lycée. Un brave homme.
Que dit-il ? " La jeunesse est notre avenir. " Très
original, Monsieur le Directeur. Et maintenant ? Carpe diem. Oui,
carpe diem - jouis de l'heure fugitive. L'avons-nous fait ? Non
! voulut crier Prätorius, quand le hourra retentit. Prätorius
baissa la tête. Crise cardiaque ? pensa-t-il. Hourra ! Hourra
! Musique.
Prätorius se réveilla. Tout était de nouveau
tout près de lui. Je suis malade, dit-il. Le Dr Kalahne se
leva. Prätorius était debout devant son pupitre. Toute
la tribune se leva. A côté de lui cet imbécile
de Kalahne. Les hommes deviennent toujours plus méchants.
Quel profit tire-t-on d'avoir voulu les aider ? Dépassé,
Max, tu as dit dépassé ? Peut-être, peut-être,
mais c'est mieux ainsi.
Qu'est-ce qu'ils jouent là ? Je la connais pourtant, cette
marche. Bien sûr, 1914, c'était beau. Beaucoup de drapeaux.
Fini ! Qu'est-ce que ce papier ? Ah oui, le discours. Kalahne, un
verre d'eau. Et la musique se tait. Ils me regardent tous. Mais
je parle déjà ! Mais bien entendu, c'est bien moi.
N'est-ce pas ? C'est bien moi, celui qui parle. Et là-bas
le pasteur de la ville. Et le Iltzenstein à côté
de lui. Et voilà le stade. Comment ferai-je pour sortir ça
du budget ? Qu'est-ce que je viens de dire ? Ah, c'est écrit
là. Notre peuple est pacifique, mais viril. La honte du traité
de Versailles ne nous atteint pas. Qu'est-ce qu'il vient faire au
juste dans ce stade, le traité de Versailles ? Mais Kalahne
doit le savoir. La famille chrétienne, les vertus éternelles...,
ça, c'était pour le centre. Mais jamais notre peuple
n'aurait mené à bien tout cela sans sa saine classe
moyenne et la splendide initiative privée de ses entrepreneurs.
Arrière la lâche soumission, arrière l'esprit
de servitude... J'inaugure donc ce stade au nom de nos concitoyens,
je le prends sous ma garde pour le bien de la jeunesse, l'honneur
de notre ville, la force et la gloire de la patrie. Et je prie toute
l'assistance, ces messieurs du Conseil municipal, de l'Eglise, de
l'Armée, tous les citoyens solennellement réunis ici
et particulièrement notre jeunesse de s'écrier avec
moi : Que notre patrie, bien-aimée vive, vive, vive !
L'écho répéta : vive, vive, vive ! Prätorius
se retint au pupitre, les mains crispées. Des ombres volaient
en lambeaux devant ses yeux. Il entendit l'hymne national, très
loin. Quand l'hymne fut fini, il descendit de la tribune. Kalahne
marchait à côté de lui. Il vit les visages.
Il atteignit la voiture, souriant poliment. " A la maison ",
chuchota-t-il. Il tomba sur les coussins et comme les enfants, contents
de la fin rapide de la cérémonie, couraient dans le
stade vers les jeux et les concours, Prätorius se redressa,
avec un gargouillement sourd, roula rapidement les yeux et tomba,
la tête en avant, sur la traverse qui séparait le coupé
et le siège du chauffeur.
" Monsieur le Premier Bourgmestre ", cria le Dr Kalahne,
" voyons, Monsieur le Premier Bourgmestre. "
Mais Prätorius ne répondit plus.
Lorsque la nouvelle de la mort du Premier Bourgmestre arriva au
stade, la fête fut aussitôt arrêtée. Les
drapeaux de la ville furent mis en berne. Les orphéons jouèrent
en sourdine la chanson du Bon Camarade. Les enfants rentrèrent
silencieux, sous les roulements sourds des tambours. L'heure de
fermeture des établissements publics fut fixée à
dix heures.
Dans le compte rendu des journaux du matin, on lisait comme cause
de cette mort subite : " Crise cardiaque, provoquée
par l'émotion à l'occasion d'une cérémonie.
"
Les conseillers municipaux se réunirent le soir même
en séance extraordinaire. Ils écoutèrent debout
l'éloge funèbre, prononcé par le conseiller
Schrader. Ils votèrent à l'unanimité l'enterrement
officiel aux frais de la ville.
Le cercueil resta deux jours dans le hall de l'Hôtel de Ville.
Drapé des couleurs de la République. Le troisième
jour, ils le mirent dans la fosse. Et quand la terre tomba, les
enfants chantèrent :
" Prends-moi les mains, Seigneur - Et conduis-moi - Jusqu'à
ma mort bienheureuse - Et dans l'éternité. "
Alors les tireurs avancèrent jusqu'à la tombe. La
salve roula. L'écho dans la vallée répondit
trois fois.
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