Philippe Gaumont
Prisonnier du dopage
Philippe Gaumont, trente-deux ans, a été coureur professionnel de 1994 à 2004 dans les équipes Castorama, Gan et Cofidis. Il a été médaillé de bronze des cent kilomètres contre la montre aux Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992 ; deux fois champion de France sur piste, en 2000 et 2002 (poursuite individuelle) et il a remporté la classique belge Gand-Wevelgem en 1997.
rly, 20 janvier 2004. Il est environ dix-huit heures, les policiers sont là, près du tapis à bagages, ils me désignent discrètement et je comprends que Robert Sassone, mon ancien coéquipier, a parlé. Il a dû dire que je lui avais fourni des ampoules d'EPO en 2003 et, d'un seul coup, c'est l'évidence : je ne ferai plus jamais de vélo. Ma femme est là, qui s'approche pour me dire bonjour ; les inspecteurs de la brigade des stupéfiants nous entourent. Dans mon regard, Elise comprend que c'est fini, que je ne veux plus de cette vie-là. C'est comme si je lui faisais passer un message : " Tu peux y aller, tu peux dire la vérité toi aussi. "
Jusque-là, j'avais essayé de repousser l'idée de ma fin. Je ne voulais pas y croire. Je revenais d'un stage en Espagne, à Calpe, avec l'équipe cycliste Cofidis. Le 13 janvier, avant de partir à l'entraînement, nous avions appris qu'un de nos anciens camarades, le Polonais Marek Rutkiewicz , s'était fait interpeller la veille, à Roissy, en possession de produits dopants. Et que Bob Madejak, un des soigneurs de l'équipe, polonais lui aussi, était également impliqué dans l'affaire. Au sein du groupe, la tension montait. Bob ne voulait pas reconnaître ses torts, se renfermait sur lui-même. " Mais qu'est-ce que Marek a pu raconter comme bêtises ? Je n'y suis pour rien. " Puis sa femme et sa fille ont été embarquées pour être interrogées par la brigade des stupéfiants .
Tous les jours, les dirigeants de Cofidis nous réunissaient pour nous tenir au courant de l'évolution de l'affaire. Dans les couloirs de l'hôtel, il se disait tout et n'importe quoi ; les infos arrivaient de toutes parts, amplifiées, déformées. Nous, les coureurs, nous en parlions autour d'un verre, par petits groupes, mais jamais à table. Quand on a su que Robert Sassone s'était fait arrêter à son tour et qu'une grande quantité de produits dopants avait été saisie chez lui, à Hyères, j'ai commencé à m'inquiéter. Je l'avais dépanné de quelques boîtes d'EPO, en 2003, mais j'essayais de me persuader qu'il ne les avait pas gardées et, surtout, qu'il ne dirait rien.
Le stage à l'étranger nous coupait du monde et on ne se rendait pas vraiment compte de l'ampleur que prenait l'affaire. Pourtant, quand le médecin de l'équipe, Jean-Jacques Menuet, nous a rejoints à Calpe, j'ai compris que c'était grave. J'ai eu l'impression de voir un zombie. Sa maigreur m'a tout de suite frappé. Il était plus pâle que d'habitude et avait les traits tirés. Son cabinet et son domicile avaient été perquisitionnés, plusieurs dossiers médicaux avaient été saisis. Son inquiétude majeure, c'était que Robert Sassone coopère avec la police.
Un journaliste avait appelé Cédric Vasseur, le coureur avec qui je partageais ma chambre, pour lui dire qu'il serait entendu à la brigade des stupéfiants, en raison d'un taux hématocrite élevé . Plus tard, nous avons appris qu'il figurait aussi sur les écoutes téléphoniques effectuées par la police depuis mars 2003 . Mais il n'avait pas l'air inquiet.
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