| Quartiers de gares: bars borgnes, sex-shops
aux vitres aveuglées, arcades de jeux comme autant de cavernes béantes.
La plus obscure de toutes était un antre ouvert sur la rue et dont
même le ventÊ de l'hiver engouffrant des tourbillons de neige
jusqu'au pied de la première rangée de consoles et de flippers
était impuissant à dissiper la puanteur de clopes grillant
éternellement au coin de lèvres desséchées,
les remugles de sueur et de carie, les relents d'alcool éventé
qui stagnaient entre les trois murs de béton brut, sous le plafond
bas. Cendre et poisse troublent jusqu'aux vitres, aux écrans des
machines. Les mégots croupissent dans les flaques, s'y gorgent de
boue, de bière avant de s'éventrer sous le piétinement
des joueurs. |
| La nuit, du dehors, on ne voit dans des lueurs
de forge et de fournaise que des ombres s'agiter au fond de la caverne.
Obscurité mouvante, inquiète, traversée d'éclairs,
de clignotements, d'incendies réverbérés sur les murs,
les visages. Éclats stroboscopiques, flammes livides, fumées:
l'apocalypse au fond d'un aquarium. |
| Au dedans, Babel enroule tournoyant en une
double révolution, flux de langues, flux d'électrons. Toutes
les machines rugissent en même temps, voix sardoniques et désincarnées:
injonctions, prophéties, menaces venues du tréfonds des cercueils
de bois alignés debout, rangés couchés contre les
murs. A ces proférations d'outremonde, les enfants errants et brutaux
qui viennent, le visage perdu dans l'ombre de leur capuche monacale, nourrir
les machines de leur obole -- ou parfois leur ouvrir sauvagement les entrailles
à coup de tournevis --, répondent par des obscénités,
des insultes et des jurements, des claques et des coups de pieds. |
| Entre deux falaises de façades à
la perspective épurée, entre les carcasses de voitures carbonisées,
dans le lancinement des sirènes, des brutes casquées courent,
slaloment, bondissent... !! ... larguent grenades,
bombes incendiaires, balles traçantes......
la maison hantée va fermer; le portillon des montagnes russes se
referme; Minotaure s'endort au centre de son labyrinthe, gueule ouverte,
mâchoire décrochée, digérant ses billes; le
billard vibre et trépide à ses ronflements... ! ... doigt sur la gâchette,
ce sont des chargeurs entiers de balles que l'on vide... ...
des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs
superbes... fauche les hordes à l'assaut... ... mugissement du F-15 Strike
Eagle catapulté par la fronde... ... le moment de
lui en coller une dans le mufle; tir tendu... ! ... toboggan pour l'enfer...
Pédé!...
!!
... cabrer la bête... !! ... l'azur, l'azur... mais
la ligne d'horizon partage un unique azur, en haut et en bas... la vague
de plein fouet... ...
de près on leur voit le blanc des yeux quand ils déferlent
avant d'exploser en charpie de chair inhumaine... ... |
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FINISH HIM!Ê
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| Dehors dans la nuit rouge, un réverbère
à arc soudain disjoncte et engloutit des pans entiers de la rue...
...
bille à bille, animez la statue, cette extraterrestre sensualiste
moulée nue dans une armure de métal éblouissant...
...dont
la bouche est un trou, l'oeil un trou encore... ... collimateur, ratatatatat
du canon... ...
traînée fulgurante dans l'azur; un vers à soie qui
se décoconne... Ariane ma soeur... l'impact a troué l'empennage,
vrille mortelle et stridente... !
! ...
grimpe la rampe, fonce dans le labyrinthe des glissières, la toile,
le chateau de l'araignée... ! ... au bazooka contre le flanc
des chars... ... |
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What do I love?ÊÊ
And where are you?Ê
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| Les façades sont en feu, les cadavres
jonchent les trottoirs grêlés de mines, les morts pendent,
penchés à mi-corps aux fenêtres... !
... elle sent, elle ouvre les yeux, elle ouït, elle se meut... ... la créature nourrie
de vos précieuses billes vous les rend toutes, au centuple, lorsqu'à
l'ultime coup tiré dans la cave ouverte entre ses cuisses d'acier...
...
un séisme secoue la machine et fait flasher spasmodiques les étoiles
au ciel naïf où sont comptabilisés vos exploits... ... un vaisseau spatial explose
au ralenti dans l'éther -- et l'Aquilon encore sur les débris...
...
munitions, kérosène embrasent le désert, calcinent
l'air... ...
peut-on s'extasier dans la destruction... ... se rajeunir par la cruauté? |
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ZAP!Ê
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| Chacun, perdu dans son corps à corps,
est seul et l'horreur ou le triomphe qu'il fomente dans le secret des circuits
ou sous vitre ne lui est pas spectacle. Il est personne et c'est à
lui que parle la voix, pour lui que sifflent sur sa tête ces bombes
et ces balles. Il aime les tableaux hallucinés, fantasmes, écrans
vidéos souillés de crachats, bannières alphanumériques
flashant contre la nuit, enluminures fluorescentes; les scénarios
éculés, l'anglais de rengaine, clips pornos sans con ni tête,
illustrés de caserne, contes initiatiques, BD de l'enfance, refrains
obscènes, rythmes obsédants. Flippers, simulateurs de combats
aériens, de match de base-ball, guérillas célestes,
blitzkriege urbains, quêtes et duels jasent ensemble et déflagrent
à jets continus autour de lui. Voix, bruits, échos du dedans,
d'alentours, du dehors, partition d'opéra fabuleux, reflets étales,
éclairs par vagues le touchent, refluent, ricochent et ripent dans
son crâne où la rumeur enfle, martèlement sourd, écume. |
| Les hélicoptères bombinent,
se dérobent derrière les gratte-ciel, surgissent vrombissants
crachant des roquettes... ...
les basses continues des boites à rythmes ébranlent le béton
sous nos pieds... !
... au delà de notre monde il en existe un autre, sa doublure, dans
lequel les lois de celui-ci n'ont plus cours... ! ... où les aiguilles
des horloges... ...
Pute!... tournent
à l'envers, où un piano mécanique... ! ... convenablement déglingué...
...
Fuck you!...
à la rengaine aigrelette, vous accordera des millions innombrables...
...
l'accès au Nirvana par une rampe dérobée, un ressort
caché qui vous propulse dans un kaléïdoscope fantastique...
...
ou encore, que dalle, zilch, rien, niet, zip, nihil, des nèfles,
nada de nada... Enculé!...
dehors des voitures passent, radio à fond la caisse, à faire
trembler la caisse, à ébranler toutes les vitres des cercueils
peinturlurés d'inscriptions mystiques, de pictogrammes ésotériques,
icônes primitives -- ou encore un ghetto blaster porté à
bout de bras... !un moteur de grosse cylindrée
que l'impatience du feu rouge emballe... ... un chapelet
de bombes à fragmentation, cratères, corps carbonisés...
...
sillage lumineux... !
... étincelles et fumée dans le cockpit... !
! |
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HIT!Ê
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| Graal! ce claquement sec dans le ventre de
la caisse... une seconde vie, qui sait, cette promesse électronique
faite à notre corps et à notre âme virtuels: cette
promesse, cette démence!... l'élégance, la science,
la violence... ...
mais c'est le sol qui monte... !! ... accélération,
écran noir du black out... !
... 3 minutes de vie éternelle, conquises
dans le déluge de balles d'acier prises au piège d'un nid
de bumpers... ! ...
ou encore acquises par couloirs engouffrés, cibles dégommées...
! ...
la somme des péchés qui s'affiche au tableau tout enluminé
de la vision infernale qui préside à cette quête...
...
dehors les néons clignotent, les écrans publicitaires géants,
les loupiotes des devantures... un homme, le visage caché
dans l'ombre de son capuchon de moine... ,! ... défonce
à coups de batte de base-ball la vitrine d'un prêteur sur
gages... ... cascade
cristalline du verre brisé et l'alarme déclenchée
qui hulule, stridente dans la nuit... |
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Top of the fourth cantoÊ
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| A force de lui bourrer le buffet la machine
a tilté avec un éraillement de pick-up dérapant sur
les sillons d'un vieux vinyle... ... à moins que touché
de la grâce mystérieuse accordée par le fantôme
tapi dans les entrailles de la machine, inscrutable loterie... !
... nettoyage des rues au lance-flammes... !
... commandos traqués dans les entrepôts, les palais ruineux...
! ...
carnage cosmique... !
... sauvés quels que soient vos mérites, sauvés ou
damnés par vos mérites... |
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PLAY AGAINÊ
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| Mais les tourments de la prédestination
et les scrupules de la balle qui hésite à l'orée du
couloir de la mort... ...
et les affres de l'enfer où toutes sont recueillies, recyclées
et réinjectées pour une rédemption prochaine... ! ... à la pointe
du diamant, l'arc décrit par la batte, -- et la parabole de la balle
qu'elle décoche... !
... la foule hurle... !
... longtemps demeure errant dans Ilion en flammes, palais dans la lumière
fuligineuse... !
... hurlements quand la viande saigne, que le blindage, l'armure se trouent
sous la morsure répétée des impacts... ... au long
des toboggans, aux détours des labyrinthes, à la croisée
des trajectoires se rencontrent d'étranges messagers de l'envers
du monde... ...
du dehors, du fond de la nuit vient l'écho de sirènes qui
en se rapprochant se décalent du grave vers l'aigu; freins qui crissent,
tôles entrechoquées; illuminations des gyrophares rouges,
bleus, blancs jusqu'au fond de l'antre... ...
des flics, flingues de gros calibres au poing, matraque à la ceinture,
accroupis derrière leurs portières, encerclent la carcasse
emplâtrée dans la façade, aboient des ordres dans le
haut parleur de leur voiture... |
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Ê
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© Anne F. Garréta & Éditions
Grasset.Ê
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