Premiers chapitres
Jean Delumeau
Guetter l'aurore
Un christianisme pour demain

Essai

Jean Delumeau, né à Nantes en 1923, est historien, professeur au Collège de France, où il est titulaire de la chaire d'histoire des mentalités religieuses dans l'Occident moderne, et membre de l'Institut. Son œuvre universitaire est importante. On retiendra, entre autres, son Histoire de la peur en Occident (XIV ème- XVIII ème siècle) et son Histoire du paradis.
 

INTRODUCTION

e présent ouvrage constitue dans mon esprit une suite au Ce que je crois publié en 1985. Il y affirme les mêmes convictions et la même espérance mais dans un contexte partiellement nouveau : celui de critiques sans cesse croissantes contre le christianisme en général et le catholicisme en particulier. Comme vous tous, j'entends et je lis les objections formulées contre les croyances chrétiennes et les reproches faits aux Eglises. Je voudrais donc les prendre en compte et les affronter, sans esprit polémique. Mon but avoué est double : tenter à la fois de montrer la permanente actualité du mystère chrétien et l'absolue nécessité de le rendre crédible dans la société sécularisée d'aujourd'hui. J'assume seul la responsabilité de mes analyses et de mes propositions. Mais, par l'habitude que j'ai de fréquenter des publics variés, je sais que mon propos n'est pas celui d'un auteur isolé, ni en marge du monde contemporain.
En tant qu'historien, je m'efforce d'être à l'écoute de mon temps. L'histoire doit nous aider à aborder les problèmes d'aujourd'hui. Elle permet notamment d'apercevoir que le christianisme a su et pu constamment s'adapter aux conditions changeantes du temps et de l'espace. Contrairement aux autres religions de la planète, il a été mouvement et innovation. Ce fut sa force. Il doit continuer dans cette voie. Je fais miennes les formules percutantes de Mgr Favreau : " (Pour l'Eglise) il ne suffit plus d'" aménager ", il faut " déménager ". Autrement dit, il devient nécessaire d'habiter autrement un monde devenu autre... Il n'y a de fidélité que dans le courage des évolutions 1. " Cette conviction est aussi la mienne et elle est l'une des clés de lecture de mon livre.
Celui-ci voudrait rendre service en montrant aux chrétiens par des raisons sérieuses que les portes de l'avenir leur restent ouvertes, et aux non-chrétiens ou aux ex-chrétiens que le message tiré de l'enseignement de Jésus par les apôtres peut s'intégrer à notre civilisation laïque, scientifique et technique. J'essaie d'être constructif et d'apporter l'espérance et, comme beaucoup de chrétiens, je guette l'aurore.

Pour rendre plus aisée la lecture de cet essai je crois bon de dessiner dès le départ la démarche qui a été la mienne :
Les chapitres I et II s'efforcent de dresser un " état des lieux " du christianisme dans le monde d'aujourd'hui.
Les chapitres III et IV mettent en cause la pertinence scientifique du rejet de la transcendance formulé avec une nouvelle vigueur par le néo-positivisme actuel.
Les chapitres V et VI entrent à l'intérieur du christianisme. Ils refusent la notion de culpabilité héréditaire, abordent de front l'énigme du mal, mais font ressortir, à contre-courant, la réalité quotidienne du bien constamment occultée dans les médias et le discours philosophique actuel.
Les chapitres VII et VIII s'adressent plus particulièrement aux autorités chrétiennes pour leur demander de ne plus opérer de fixation sur de faux problèmes exégétiques et de trouver - enfin - les bases œcuméniques durables d'une entente entre les grandes Eglises.
Le chapitre IX, faisant logiquement suite au précédent, est consacré à l'interreligieux, une question devenue particulièrement importante aujourd'hui.
Enfin les chapitres X et XI s'efforcent d'ouvrir des chemins au christianisme de demain et soulignent l'originalité et la permanence du message religieux issu de Jésus.

Avant de passer à l'écriture du présent essai j'ai consulté plusieurs personnes que j'ai plaisir à remercier : André Caquot, éminent spécialiste de l'hébreu et de l'araméen, et les PP. Gustave Martelet, Claude Geffré et Jacques Arnoul. Puis, le P. Francesco Chiovaro, Nicole Lemaître et Sabine Melchior Bonnet ont bien voulu lire une première rédaction de mon manuscrit et m'apporter leurs remarques et leurs critiques. A eux trois va aussi ma vive gratitude. Mais il doit être clair - je tiens à le redire - que mon propos n'engage que moi.

1. Dans La Croix des 28-29 septembre 2002.

 



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