Clive Cussler & Paul Kemprecos
Le Navigateur
Clive Cussler est l’auteur de nombreux romans dont, chez Grasset, L’Or des Incas, Sahara, Dragon, Atlantide, Odyssée et Pierre sacrée. Découvreur de nombreuses épaves, il est membre de la Société Géographique Royale de Londres, du Club des explorateurs de New York et préside l’Agence nationale maritime et sous-marine (NUMA).
Paul Kemprecos est journaliste et auteur de plusieurs thrillers, pour lesquels il a reçu le prix Shamus. Publié en France par Grasset, il est l'auteur du Meurtre du Mayflower (2002), et de Blues à Cape Cod (2003), romans qui mettent en scène le détective Aristote Socaridès. Il co-écrit également la série des aventures de Kurt Austin avec Clive Cussler.
Prologue
Une terre lointaine, vers 900 av. J.-C.
E MONSTRE EMERGEA de la brume matinale dans la lumière nacrée de l’aurore. L’énorme tête au museau allongé et aux naseaux dilatés se rapprochait du rivage où le chasseur, agenouillé, arc bandé, guettait le cerf qui broutait paisiblement la végétation marécageuse. En percevant le clapotis des vagues, l’homme tourna la tête vers la mer. Il poussa un cri de terreur, lâcha son arc et se releva d’un bond. Le cerf, effarouché, s’enfuit dans les bois, suivi de près par le chasseur affolé.
Le rideau de brume s’écarta, laissant apparaître la masse impressionnante d’un gigantesque bateau à voiles. Des franges d’algues flottaient autour de la coque acajou, longue de deux cents pieds. Un homme était debout à l’avant, derrière la figure de proue représentant un cheval écumant. Il regardait depuis un moment un petit boîtier en bois qu’il tenait dans sa main. Dès que la côte apparut, il releva la tête et pointa son doigt vers la gauche.
Les deux timoniers firent virer le vaisseau dans un mouvement gracieux pour lui faire poursuivre sa course parallèlement au rivage. Des hommes d’équipage réglèrent aussitôt la voile carrée à rayures rouges et blanches pour l’adapter au changement de direction.
Le capitaine n’avait que vingt-cinq ans, mais la gravité de son beau visage lui en faisait paraître davantage. Son nez à l’arête à peine creusée était fort et sa bouche charnue. Une barbe noire fournie soulignait sa mâchoire carrée. Sa peau tannée par le soleil et la mer avait une teinte cuivrée. Ses yeux au regard profond étaient si noirs qu’on distinguait à peine ses pupilles.
Ses origines aristocratiques lui auraient permis de porter une toge pourpre, teinte avec la précieuse poudre du murex, mais il était vêtu de la même tunique courte en coton que son équipage et préférait rester torse nu. Sur ses cheveux courts, noirs et ondulés, était enfoncé un bonnet en laine souple de forme conique.
L’odeur saumâtre du large n’était plus perceptible depuis que le voilier était entré dans la large baie. Le capitaine emplit ses pou-mons des senteurs florales et végétales qui lui parvenaient de la côte. Il se réjouissait de trouver enfin de l’eau douce et brûlait d’impatience de descendre à terre.
Le voyage, pourtant très long, s’était déroulé sans encombre, grâce à l’expérience des marins phéniciens qu’il avait lui-même choisis un à un. Tous étaient accoutumés à la navigation en haute mer. L’équipage comprenait aussi quelques matelots venus d’Egypte, de Libye ou d’autres pays du pourtour méditerranéen. Une équipe de mercenaires scythes assurait la protection du bateau.
Les Phéniciens étaient les meilleurs marins du monde, d’auda-cieux explorateurs et des commerçants hors pair. Leur empire maritime s’étendait dans toute la Méditerranée et même au-delà des Colonnes d’Hercule à l’ouest, et de la mer Rouge à l’est. Contrairement aux Grecs et aux Egyptiens, dont les navires lon-geaient les côtes et jetaient l’ancre dès le coucher du soleil, les intrépides Phéniciens naviguaient à la voile en haute mer de nuit comme de jour. Avec un bon vent arrière, leurs gros navires de commerce pouvaient parcourir plus de cent milles en une journée.
Bien que n’étant pas phénicien de naissance, le capitaine maîtri-sait parfaitement l’art de la navigation. Son habileté dans la ma-nœuvre et son sang-froid remarquable face aux tempêtes essuyées pendant le voyage lui avaient rapidement valu le respect de son équipage.
La galère qu’il commandait était un de ces « vaisseaux de Tar-sis » construits spécialement pour le négoce avec les pays loin-tains. Mais, contrairement aux autres navires de commerce ronds et trapus, il était long et effilé. Le pont et la coque étaient faits de cèdre du Liban, et le mât court et solide supportait une voile carrée en toile de lin égyptien, renforcée par des lanières de cuir. C’était le plus efficace des gréements existants pour la navigation maritime. La quille incurvée, la proue et la poupe très relevées annonçaient déjà les vaisseaux vikings qui ne seraient construits que plusieurs siècles plus tard.
L’incroyable maîtrise de la mer propre aux Phéniciens ne tenait pas seulement à leur technique de navigation. Leur organisation à bord était elle-même légendaire. Chaque homme avait une fonc-tion bien précise et contribuait à la bonne marche du navire. Le gréement était soigneusement rangé dans un réduit facilement accessible, placé sous la responsabilité du second. Le maître de manœuvre savait où trouver tous les éléments dont il pouvait avoir besoin et vérifiait en permanence l’état du matériel.
Le capitaine sentit une fourrure soyeuse glisser contre sa jambe. S’autorisant un rare sourire, il remit le boîtier en bois dans son réceptacle et se pencha pour attraper le chat du navire. Les chats phéniciens venaient d’Egypte, où les animaux étaient adorés comme des dieux. Les marins phéniciens les prenaient à bord à la fois comme marchandise échangeable et pour chasser les rats. Le capitaine caressa un instant le pelage tigré jaune et roux, puis reposa doucement sur le pont le chat qui ronronnait. La galère approchait de la large embouchure d’un fleuve.
Le capitaine lança un ordre au maître de manœuvre.
— Affalez la voile ; rameurs à leurs bancs.
L’homme transmit le premier ordre à deux des matelots, qui grimpèrent au mât jusqu’à la vergue avec une agilité de singes. Deux autres marins lancèrent les drisses accrochées aux angles inférieurs de la grande voile carrée aux gréeurs chargés de l’affaler.
Les rameurs musclés, disposés en deux rangées de vingt, étaient déjà à leur poste. Contrairement à ceux qui servaient sur de nom-breuses galères, ces hommes aux mouvements rapides et précis n’étaient pas des esclaves, mais des professionnels bien entraînés.
Les timoniers amenèrent le vaisseau face au fleuve. Bien que ses eaux fussent grossies par les torrents qui dévalaient des collines et montagnes environnantes à la fonte des neiges, le niveau d’eau et le courant ne permettraient pas au navire de remonter son cours.
Les mercenaires scythes se placèrent des deux côtés du bastin-gage, leurs armes à la main. Le capitaine, debout à la proue, scrutait la côte. Dès qu’il eut repéré un promontoire herbeux à l’embouchure du fleuve, il donna l’ordre aux rameurs de lutter contre le courant pour maintenir la galère sur place pendant que les marins du pont jetaient l’ancre.
Un homme musclé aux pommettes saillantes et au visage tanné comme du vieux cuir, s’approcha du capitaine.
Tarsa commandait l’équipe de Scythes chargée de la protection du bateau et de sa cargaison. Apparentés aux Mongols, les Scythes étaient connus pour leurs talents de cavaliers et d’archers, mais aussi pour leurs mœurs très particulières.
A la fin d’un combat, ils buvaient le sang de leurs ennemis vaincus et les scalpaient, puis s’essuyaient la bouche avec ces trophées. Tarsa et ses hommes se peignaient le corps en rouge et bleu, prenaient des bains de vapeur pour se laver et étaient vêtus de tuniques et pantalons de cuir assortis, qu’ils rentraient dans leurs bottes souples. Le plus pauvre des Scythes arborait des ornements en or sur sa tenue. Tarsa, par exemple, portait un petit pendentif représentant un cheval, que le capitaine lui avait offert.
— Je vais emmener une équipe de reconnaissance à terre.
Le capitaine acquiesça.
— Je vous accompagne.
Le visage de marbre du Scythe s’éclaira d’un sourire. En vieux mercenaire qu’il était, il n’aurait pas cru le jeune capitaine capable d’amener son bateau à destination. Mais, très vite, en le voyant le diriger d’une main de maître, il avait découvert une volonté de fer derrière les traits aristocratiques et le langage posé du jeune homme.
La grosse chaloupe attachée en temps normal à l’arrière du voi-lier fut amenée contre son flanc. Le Scythe et trois de ses meilleurs guerriers y embarquèrent avec le capitaine et deux robustes rameurs.
Quelques minutes plus tard, la chaloupe heurta le promontoire avec un raclement bruyant. Sous la végétation envahissante se trouvait un quai en pierre. Le capitaine amarra l’embarcation à un bollard à peine visible. Tarsa donna ordre à l’un de ses hommes de rester sur place avec les rameurs. Puis il se mit en route avec le capitaine et les deux autres Scythes sur le chemin pavé, envahi d’herbes folles, qui menait du quai vers l’intérieur des terres. Après des semaines passées à bord, ils commencèrent par avancer en tanguant mais, très vite, leur démarche devint plus assurée. A quelques centaines de mètres du fleuve, ils arrivèrent sur une place centrale, elle aussi envahie d’herbes, et bordée des quatre côtés par des bâtiments en ruine. On ne voyait rien d’autre, à travers les ouvertures béantes et dans les allées, que des hautes herbes.
Le capitaine se représenta mentalement le campement tel qu’il l’avait vu pour la première fois. Une activité intense régnait alors sur la place. Des centaines d’hommes vivaient dans les dortoirs à toit plat et travaillaient dans les entrepôts.
Le petit groupe d’éclaireurs fouilla méthodiquement chacun des bâtiments. Après s’être assuré que les lieux étaient déserts, le capitaine repartit avec ses hommes vers le fleuve. Arrivé au bout du promontoire, il fit un signe aux marins restés à bord. Pendant que l’équipage levait l’ancre et que les rameurs propulsaient la galère vers le quai, le capitaine se tourna vers le chef des Scythes.
— Es-tu sûr que tes hommes sont prêts pour la tâche qui les attend ?
La question tira au Scythe un grognement méprisant.
— Mes hommes sont prêts à tout.
Cette réponse ne surprit pas le capitaine, qui avait souvent discuté avec Tarsa au cours du long voyage. Poussé par son désir de connaître les peuples d’autres races ou cultures, il l’avait maintes fois questionné sur son pays natal et ses coutumes. Et il s’était bientôt pris d’amitié pour le vieux guerrier, en dépit de sa peau peinte en rouge et bleu et de ses mœurs bizarres.
Une fois le navire amarré au quai, les matelots abaissèrent une large passerelle en bois. Deux chevaux de trait sortis de leurs stalles sous la poupe traversèrent le pont dans un claquement de sabots et furent conduits à terre. Le fait de se trouver soudain à l’air libre les rendait nerveux, mais les Scythes les calmèrent vite avec des paroles apaisantes et des poignées de grain trempé dans du miel.
Le capitaine fit préparer des réserves d’eau douce et de vivres. Puis il descendit dans la cale et s’immobilisa à côté d’une caisse en cèdre du Liban, sur laquelle se reflétait la lumière entrant par l’écoutille. Il donna l’ordre à son équipage de la sortir avec le plus grand soin.
Des cordes solides furent passées tout autour et fixées par un crochet à la bôme. Celle-ci gémit sous son poids, mais la caisse fut lentement hissée hors de la cale, puis placée sur le pont. Quand elle fut détachée du crochet, des rames furent glissées dans les ouvertures prévues sur les côtés. Des hommes la chargèrent sur leurs épaules, descendirent la passerelle et la déposèrent sur le quai.
Ils la mirent sur un chariot surbaissé aux grandes roues de bois renforcées de métal. Les chevaux furent attelés au chariot, puis, bouclier et arc en bandoulière et leur lance à la main, les Scythes se placèrent de part et d’autre de l’attelage. Le capitaine et leur chef prirent la tête du convoi, qui s’ébranla dans un cliquetis d’armes.
Ils dépassèrent le campement abandonné et s’enfoncèrent à travers bois parallèlement au fleuve. Malgré l’herbe haute qui encombrait la piste, ils avançaient assez rapidement. Ils s’arrêtèrent en fin de journée, installèrent un campement provisoire pour la nuit, et repartirent le lendemain de très bonne heure. Au matin du troisième jour, ils débouchèrent dans une vallée encaissée entre deux collines.
Le capitaine arrêta la colonne et sortit de son paquetage le même boîtier qu’il avait utilisé sur le navire. Pendant que les soldats se reposaient ou s’occupaient des chevaux, il en souleva le couvercle, y versa quelques gouttes d’eau et en scruta le fond. Puis il déroula un parchemin qu’il transportait dans un sac en tissu. Après avoir regardé attentivement l’un puis l’autre, il se remit en route avec la détermination d’un oiseau migrateur.
Le petit groupe traversa la vallée pour déboucher enfin sur un champ où l’on distinguait encore de grandes meules rondes sous les herbes hautes. Le capitaine revoyait les équipes d’hommes en sueur qui peinaient pour les faire tourner. Des mineurs y déver-saient des paniers remplis de pierres, qui y étaient broyées et réduites en poudre. Cette poudre était ensuite apportée aux forges rougeoyantes. Les forgerons retournaient les creusets en argile contenant le liquide jaune vif en fusion dans des moules en forme de briques.
Ils poursuivirent leur chemin et se trouvèrent bientôt face à deux immenses statues de pierre, deux fois plus grandes qu’eux. La partie représentant le corps avait une vague forme humaine, mais leur tête cauchemardesque tenait à la fois de la bête et de l’homme, empruntant à chacun ses traits les plus grossiers. On aurait dit que le sculpteur avait cherché à obtenir le faciès le plus effrayant et le plus hideux possible. Ces colosses étaient destinés à tenir à distance les indigènes. Même les mercenaires scythes se sentaient mal à l’aise. Ils passaient nerveusement leur lance d’une main à l’autre en jetant des regards méfiants vers les deux statues à l’expression maléfique.
Le capitaine consulta son boîtier magique et son parchemin, puis s’enfonça résolument dans les sous-bois, suivi de ses hommes. La voûte de feuillage au-dessus de leurs têtes créait une sorte de crépuscule artificiel. De grosses racines d’arbres ralentissaient leur marche, mais au bout d’une heure, ils débouchèrent sur une clairière entourée de collines dont la partie basse était constituée de rochers lisses. Deux colosses de pierre identiques aux premiers se dressaient face à eux comme pour leur barrer la route.
Partant des statues, le capitaine détermina par triangulation un point précis sur la paroi rocheuse. Il s’en approcha pour la tâter comme un aveugle rencontrant un obstacle inattendu, jusqu’à ce qu’il sente sous ses doigts deux prises presque invisibles, qu’il utilisa pour l’escalader.
Arrivé à trois mètres cinquante du sol, il se retourna et s’assit dans une anfractuosité. Il se fit passer une lance et l’introduisit dans une fente en haut du rocher qu’il dominait, pour s’en servir de levier. Les soldats lui lancèrent une corde, qu’il fixa sur la hampe de la lance. L’autre bout de la corde fut accroché au harnais d’un des chevaux. Au signal du capitaine, les hommes firent avancer le cheval en sens inverse de manière à détacher le pan de rocher que lui-même, calé contre une légère saillie, poussait avec ses pieds. Le bloc de trente centimètres d’épaisseur finit par céder et bascula en avant avec un bruit sourd, découvrant l’entrée d’une cavité de deux mètres de large sur trois mètres de haut.
Une fois redescendu, le capitaine confectionna un nid d’herbes sèches, y mit le feu et s’en servit pour enflammer un brandon fait de brindilles tressées. Tenant son flambeau très haut, il entra le premier dans la cavité rocheuse. Les Scythes s’étaient attelés eux-mêmes au chariot pour le tirer dans la galerie à parois lisses qui s’ouvrait devant eux et s’élargissait au bout de quinze mètres.
Le capitaine alluma plusieurs lampes à huile posées dans des anfractuosités le long des parois. La lumière éclaira une large salle circulaire d’où partaient plusieurs galeries. Au centre se trouvait une grande dalle de pierre ronde, mesurant environ deux mètres de large sur un mètre de haut. Le capitaine demanda aux Scythes de soulever la caisse pour la poser sur cette stèle. Sur ses ordres, ils en retirèrent le couvercle et reculèrent.
Le capitaine se pencha à l’intérieur et souleva le couvercle d’un coffre en bois sombre orné d’or. Son cœur battait à tout rompre tandis qu’il retirait le tissu de protection. Le regard fixe, comme hypnotisé, il contempla longuement le contenu du coffre, qui éclairait son visage d’une lueur dorée. Il remit soigneusement en place le tissu bleu et le couvercle. Puis les hommes de Tarsa refermèrent la caisse extérieure.
— Voilà. Nous avons accompli notre mission, annonça-t-il.
Ces paroles solennelles furent répétées par l’écho de la grande salle circulaire.
L’air frais du dehors fit du bien à son visage en sueur et ses poumons empoussiérés. Il donna l’ordre aux Scythes de redresser le pan de rocher, après quoi il examina la paroi. Personne ne pouvait deviner qu’elle cachait l’entrée d’une galerie souterraine.
La colonne rebroussa chemin. Le chariot étant maintenant plus léger, ils avançaient à un bon rythme et atteignirent le fleuve dans la soirée. Sur la berge en pente se trouvait une grande cabane en bois largement ouverte du côté de l’eau. Le capitaine en inspecta l’intérieur et ressortit avec un sourire de satisfaction. Il dit alors à Tarsa et ses hommes de préparer un bon repas, après quoi ils pourraient dormir.
L’infatigable capitaine les réveilla dès l’aube. Les chevaux tirè-rent jusqu’au fleuve l’embarcation en bois entreposée dans la cabane. Elle n’était pas pontée, devait mesurer quinze mètres de long sur près de quatre mètres de large et tenait à la fois du bateau et du radeau, avec son fond presque plat et sa longue barre de gouvernail.
Les hommes y firent monter les chevaux et la poussèrent de manière à la placer dans le courant. La descente du fleuve fut beaucoup plus effrayante que le voyage en mer, car l’embarcation rencontra de nombreux troncs d’arbres à la dérive, écueils, rochers, rapides et tourbillons. Aussi les Scythes poussèrent-ils des cris de joie quand, ballottée comme un bouchon de liège, elle parvint enfin à l’embouchure, et qu’ils aperçurent le navire au mouillage.
L’équipage resté à bord leur fit un accueil chaleureux et les aida à tirer leur embarcation au sec. Et, pendant que le capitaine rédi-geait son journal de bord, tous les hommes firent la fête jusque tard dans la nuit.
Bien avant l’aube, et alors que le soleil pointait à peine au-dessus de la cime des arbres, ils étaient déjà prêts à larguer les amarres. Propulsé par le vent et les vigoureux coups de rames, le navire sortit bientôt de l’embouchure du fleuve pour retrouver les eaux plus calmes de la baie. Les rameurs étaient, comme le reste de l’équipage, impatients de rentrer chez eux.
L’allégresse qui régnait à bord fut de courte durée. Alors qu’ils passaient près d’une île, un vaisseau surgit de derrière pour leur barrer la route.
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