Daniel
Boulanger
Le tremble et l'acacia
Retouches
poèmes
Le tremble et l'acacia fait
suite aux premières
« retouches » parues chez
Grasset en novembre 1999 : Images, mes
catins. Il s'agit de courts poèmes
libres, étranges, intérieurs,
magnifiques.
retouche à l'abandon
le fil de l'horizon
sur les rails qui s'écartent
en diabolo lance la terre vide
à quel temps revenir
l'heure n'a plus de porte
le ciel aux couleurs de tes robes
paraît se souvenir
retouche à l'absence
seule et qui brûle
dans le pays plus mince qu'une image
une rose
retouche à l'accommodement
sur ta mer torturée
douleur j'ai fait mes barques de tes cernes
retouche à l'amarrage
au fleuve atteint du mal des
réverbères
le pont fait un bond de voleur
et les ondines à miroir
fleuries d'obscurs bijoux
chancellent
au clos d'une péniche noire
un homme apprend à lire
près d'une femme à sa dentelle
un étroit feu danse en lambeaux
retouche à l'âme
du noir de l'il des masques
la porte s'entrebâille
paraît un chat de plusieurs
siècles
le jour en planches
posé contre le mur
s'effondre
retouche à l'amnésie
marelle de l'oubli
des ombres posent leurs lanternes sourdes
sur les cases d'un jeu sans paradis
retouche à l'amour
torrent des corps
dans la vallée des lampes
le plaisir le remonte à bonds de truite
retouche à l'amour (2)
du livre à l'abandon
la violette entre les pages
dit le mieux en moins long
retouche à l'amoureux
le jour est simple avec ses longs cheveux
sa courte veste
son soleil à la main
au-delà de la haie la terre s'est
ouverte
et la mer dans la baie me monte jusqu'aux yeux
retouche à l'atelier
mes désirs contre le mur
je ne veux plus que la toile à l'envers
et les splendeurs sans majuscules
la table où veille un verre
ton blanc maintien fenêtre à
l'éternel dimanche
et le hamac du ciel entre les
crépuscules
retouche à l'attente
entre miroirs qui se répondent
les mains sentent pousser leurs ongles
retouche à l'aube
enrubanné
dans les embrasses transparentes
mol et de soudaines détentes
le paysage nouveau-né
retouche à l'aube (2)
lumière au doigt
la joie en robe simple
dans la première allée du jour
passe entre les tombeaux des philosophes
qui lui apprennent comment vivre
retouche à l'aube (3)
le paysage dort dans le duvet du ciel
des maisons sont nées dans la nuit
ardoise et craie dessins d'enfant
le vent pour les flaques des cours
on devine pudique une âme de retour
de la terre promise
|
Copyright © Éditions Grasset & Fasquelle
61, rue des Saints-Pères 75006 Paris
Tel: 01 44 39 22 00 - Fax: 01 42 22 64 18
|