Christophe Barbier
Les derniers jours de François Mitterrand
Christophe Barbier dirige actuellement le service politique de L'Express. On lui doit aussi, chez Grasset, La comédie des orphelins (2000) et La guerre de l'Elysée n'aura pas lieu (2001). Les derniers jours de François Mitterrand a été publié en janvier 1998.
ne main pleine de grâce, quelques pétales de rose et un slogan : " Dix ans qu'on sème... " Ainsi le Parti socialiste célébra-t-il, en 1991, les dix ans de l'accession au pouvoir de François Mitterrand. Pour le dixième anniversaire de sa mort, en revanche, aucune manifestation majeure n'a été envisagée rue de Solferino. Dans cette cour pavée où il vint voir ses amis dès sa sortie de l'Elysée, le 17 mai 1995, l'ancien président socialiste est devenu un fantôme bien encombrant.
Que reste-t-il de François Mitterrand ? Le temps des historiens s'ouvre à peine, celui des témoins se prolonge, s'étire à l'infini, de confidences en choses vues. Mazarine, en toute pudeur, a conté ce que signifiait grandir en fille clandestine du Président. Ministres et apparatchiks ont narré " leur " Mitterrand. Avec force colloques, l'expertise éclaire les replis de l'époque et les interstices de l'homme. Mais au terme de tous ces bavardages, vains ou précieux, ce qui reste de Mitterrand, c'est son absence, cette béance d'homme en une période où les vivants sont plus translucides que les spectres. Lionel Jospin se crut l'héritier de François Mitterrand, il n'en fut que le croque-mort. Laurent Fabius se veut sa réincarnation, il n'en sera peut-être que le clone infécond. Les autres, formés dans les années quatre-vingt, à l'école du pouvoir mitterrandien, sont des élèves sans maître, réduits aux peignées de cour de récréation.
L'après-Mitterrand n'a pas vraiment commencé. Même l'aventure chiraquienne, avec ses embardées, ses charges héroïques et ses piteuses déroutes, appartient à l'ère du doge rose. La France refuse l'obstacle et s'obstine à ne pas entrer dans le XXIe siècle, accrochée à ses conforts d'un autre temps, celui où " Tonton " protégeait le peuple d'une mondialisation encore souterraine. Le dégoût des politiques, né des arsouilleries de la mitterrandie, prolonge aussi cette époque. Les désillusions qu'enfanta le 10 mai sont désormais pérennes, passacaille de chaque bal électoral. Que la Bastille est triste, temple d'une duperie tant dupliquée depuis !
Dans quelques semaines, sans flonflon, le 10 mai fêtera justement ses 25 ans. Un quart de siècle... Au sens des démographes, toute une génération sera donc née depuis que François Mitterrand, apprenant sa victoire, murmura : " Quelle histoire, hein ? Quelle histoire... " La génération Mitterrand, la voici, pour laquelle il n'est qu'un fantôme. Mais l'histoire, elle, continue.
Décembre 2005
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