Premiers chapitres
Matthieu Aron et Marie-France Etchegoin
Le bûcher de Toulouse
D'Alègre à Baudis : histoire d'une mystification



Marie-France Etchegoin, 43 ans, est grand reporter au Nouvel Observateur. Matthieu Aron, 42 ans, est chef du service police-justice à France-Info. Ils sont les auteurs de Eva Joly ou la vie est un roman (Robert Laffont, 2003). Marie France Etchegoin est aussi l'auteur, avec Frédéric Lenoir, de Code Da Vinci, l'enquête (Robert Laffont, 2004).
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Le secret

Le notable, l'assassin, le mac et la tapineuse


a chaleur est insupportable. Et l'atmosphère électrique. Dans la pièce confinée, tout le monde sue à grosses gouttes. Ce 17 juin 2004, la scène qui se déroule dans le cabinet du juge est un résumé saisissant de l'affaire qui secoue Toulouse depuis un an. Presque tous les acteurs du scandale sont là, entassés dans quelques mètres carrés. En comptant les gendarmes de l'escorte, les deux juges chargés de l'enquête et leurs greffières, les avocats, les mis en examen, les témoins, dix-neuf personnes se bousculent entre quatre murs ! Les nerfs à vif. Voici quatorze mois que leur existence a basculé. Accusés, accusateurs, observateurs, enquêteurs... ils ont été emportés dans un tourbillon dévastateur.
Dominique Baudis est assis bien droit sur sa chaise. Le président du CSA s'efforce de ne rien laisser transparaître. Depuis mai 2003, il porte sur son visage un masque d'impassibilité. Sa manière de résister. A quelques centimètres de lui se tient un homme menotté, en survêtement et chaussures de sport, considéré comme l'un des plus grands serial killers français : Patrice Alègre. Sur un autre siège a pris place un Algérien, condamné dans des affaires de proxénétisme : Lakhdar Messaoudène. Enfin, une jeune femme brune, en chemisier blanc, ex-prostituée, complète cette hétéroclite assemblée : Patricia. L'édile toulousain, le meurtrier, le maquereau et la fille des rues. Tous doivent être confrontés sur un point essentiel de l'instruction : Patricia affirme, depuis maintenant un an, que l'ex-maire l'a violée à plusieurs reprises. Elle se souvient d'une séance particulièrement pénible, le jour de ses vingt ans, c'est-à-dire le 20 novembre 1990, en présence de Patrice Alègre et de Lakhdar Messaoudène. C'est dans l'appartement des parents de Messaoudène, dit-elle encore, qu'elle a subi tous ces sévices. Les investigations des enquêteurs, menées depuis des mois, ont déjà démoli les allégations de l'ex-prostituée. Notamment parce que le 20 novembre 1990, Dominique Baudis n'était pas à Toulouse... mais à Paris !
Malgré tout, cet après-midi de juin, Patricia campe sur ses positions sans se démonter. Ajoutant encore quelques détails supplémentaires. Des accusations de l'ancienne prostituée, la presse n'a toujours donné que des morceaux choisis. Il faut pourtant les connaître de bout en bout pour mesurer à quel point elles sont peu crédibles. Et pour réaliser ce que Dominique Baudis et d'autres mis en cause ont dû endurer... Car il s'agit ici de diffamations hors du commun, sur fond de meurtres, de violences, d'atrocités en tous genres. Il s'agit d'une logorrhée obscène, d'une litanie de vulgarités répétées à longueur d'interrogatoires, de procès-verbaux, de confrontations.

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