Raffaëla
Anderson
Hard
Document
Raffaëla Anderson, née en
1976, a été hardeuse pendant 4
ans. Elle a arrêté le X en 1998.
Depuis, elle a joué le rôle de Manu
dans le film Baise-moi, de Virginie
Despentes.
« Gun » au poing, figure du
féminisme radical à la Virginie
Despentes, Raffaëla Anderson mettait une
rage particulière à incarner Manu
dans Baise-moi, le film. Pourquoi ?
Quand on a lu Hard, on le comprend mieux.
amedi
18 mars 1994.
8 heures du matin.
Bip, bip, bip, le réveil sonne, c'est
l'heure. Je me lève, douche, café, je
prépare mon nécessaire de travail,
plus une minute à perdre, faut y aller.
Direction Paris, le train entre en gare, je
l'attrape de justesse, vingt minutes de trajet
avant la gare de l'Est, ensuite le métro, me
voilà dans le 16e et dans la
bonne rue. Jeans dix fois trop grands, grosses
pompes, casquette sur la tête et un sac
à dos avec jupes, chaussures à talons
hauts, maquillage, et tout l'attirail.
10 heures, je suis toujours en bas de l'immeuble
où j'avais rendez-vous il y a une heure. Je
ne veux plus, demi-tour.
Deux jours plus tôt.
Journal Paris Boum Boum. Rubrique Casting
:
Agence de Casting recherche personnes majeures
pour tourner dans films. Débutants
acceptés, annonce sérieuse.
Téléphonez-nous au 01 40
35...
- Tiffany Studio, bonjour !
- Bonjour, j'appelle pour l'annonce dans le
journal, elle m'intéresse, sur quels
critères vous basez-vous ?
- Nous recherchons uniquement des personnes
majeures, vous l'êtes ?
- Euh, oui.
- Quel âge avez-vous, votre taille,
votre poids ?
- J'ai 18 ans, mais je ne suis pas très
grande et un peu bouboule - 1,55 m pour 62
kilos.
Rire derrière le combiné.
- C'est pas grave. Je vous propose de venir
nous voir, cet après-midi par exemple.
- A quelle heure ?
- 15 heures, ça vous va ?
- Parfait. Quelle adresse ?
- C'est au 54, rue David d'Angers, Angers,
comme la ville, vous avez une voiture ?
- Non.
- Si vous venez en métro, descendez
à la station Danube, c'est la ligne 7 bis,
c'est juste à la sortie du métro. OK
?
15 heures, 54, rue David d'Angers. Il y a deux
petites pièces. L'une fait office de bureau.
Dans l'autre, un canapé, un halogène,
une petite télé et un
magnétoscope. Je frappe à la porte,
une grande Black est au téléphone,
elle s'appelle Diane. Elle me fait signe d'entrer,
je m'assois sur une chaise et j'attends. Elle
raccroche et ne me dit pas un mot, alors j'engage
:
- Bonjour, j'ai rendez-vous avec un monsieur
à 15 heures, il n'est pas là ?
- Il ne va pas tarder.
Sur le bureau, il y a des papiers en pagaille, et
par terre, plein de revues bizarres - BD
érotiques, photos de filles nues. Toujours
dans mon trip :
- Vous pensez que j'ai une chance d'être
prise ?
- Ici, tout le monde a une chance,
répond-elle un petit sourire en coin.
Une demi-heure s'écoule, mon rendez-vous
arrive.
- Bonjour, désolé pour le
retard, j'ai eu un contretemps.
Je ne réponds pas, j'ai toujours
détesté les gens en retard. On entre
tout de suite dans le vif du sujet.
- Bon, comme vous le savez, nous recherchons
des personnes majeures, vous avez une pièce
d'identité ?
Je lui présente. Il ne sait pas comment
commencer. Il prend une grande inspiration et se
lance :
- Voilà, nous recherchons des personnes
qui n'ont pas peur de se déshabiller devant
un objectif et de faire des choses avec d'autres
personnes.
J'enchaîne direct, ça le
déstabilise :
- C'est payé combien ?
Il se détend tout de suite. Le but, c'est de
gagner de l'argent très vite, peu m'importe
comment.
- Tout dépend pour quoi t'es
payée, on va d'abord remplir le formulaire,
après, on passera dans la pièce
à côté.
Mon visage se fige d'un coup. Quand je vois sa sale
gueule, direct, je me dis que ce gros lard ne me
touchera pas. Il a compris. Il reprend :
- On ne peut pas prendre des personnes qui ne
sont pas sûres d'elles.
- La question n'est pas de savoir si on est
sûr ou pas, je suis vierge et...
Il ne me laisse pas le temps de finir.
- C'est pas grave, tu vas y aller seule, je
branche la caméra et je te laisse libre de
faire ce que tu veux. Mais attention, si tu ne le
fais pas, je le saurai, tu t'en doutes.
- OK, pas de problème. On peut y aller
maintenant ?
- Il faut savoir que le jour où je
t'appelle, t'es là, je ne peux pas me
permettre de caster des personnes
indécises.
Style, il emploie des grands mots. « Caster.
» Pour qui il se prend
laüsse1. Le moment venu, je ferai
avec, dans l'immédiat, j'ai pas envie. Qu'il
sache à qui il s'adresse.
On passe dans l'autre pièce, il fait ses
pseudo-branchements et c'est parti. La porte se
referme. Déshabillage, caresse devant
derrière, jeux de langue, une petite
levrette, la traditionnelle et basta. Je l'entends
ouvrir la porte, regard assassin, il ressort. Je me
rhabille et passe dans le bureau. J'ai envie de
l'insulter mais je n'en fais rien.
- Je regarde la cassette et je t'appelle. Les
nouvelles vont arriver. Si tu veux, reste un peu,
elles pourront te renseigner sur le travail.
J'accepte. Il me met une cassette vidéo de
la fille la plus en vogue du moment : Olivia, belle
Brésilienne à la chevelure longue et
brune. Elle est en train de se branler devant
moi.
Petit à petit, les filles arrivent. Elles
sont environ une vingtaine, toutes à poil ou
en train de se déshabiller. Les unes se
maquillent, les autres se rasent, cherchent des
tenues : aujourd'hui, il y a une soirée
spéciale. La promo d'une boîte
échangiste parisienne. Je pense : putain
quelle pub, j'en rêverais ! Bien sûr,
c'est ironique. Pour qui elles se prennent ces
connasses ? « Tu me prêtes ton rimmel ?
Oh ! j'aime pas comme ma chatte est rasée,
fait chier. » Pauvres pouffes ! L'une d'elles
ne me quitte pas des yeux, je ne me sens pas
à l'aise, j'ai envie de fuir. Pour la
première fois de ma vie, je suis
entourée, cernée par des « putes
». Quand j'étais gosse, j'étais
fascinée par elles, et là tout d'un
coup, je suis choquée. Je me lève, il
est temps de partir. Au passage, le Boss
m'arrête :
- Viens, un type a sa propre boîte de
prod, je vais te le présenter.
L'autre me regarde de haut en bas et me dit enfin
:
- T'as quel âge toi ?
Je lui réponds toute fière et gros
sourire :
- J'en ai dix-huit.
- A cet âge-là, on reste à
l'école, salut. Luna t'es prête,
dépêche-toi ou j'en prends une
autre.
Pauvre connard ! pour qui tu te prends, fils de
pute ? Les insultes fusent dans ma tête. Je
reprends, tout sourire :
- Je n'ai jamais dit que je souhaitais «
travailler » pour toi. Salut.
Dans le métro, je me sens mal, je repense
à la cassette que j'ai laissée, si
ça passe à la télé, et
si ceci et si cela, je titube. J'arrive pas
à soutenir le regard des autres.
Peut-être savent-ils ce que j'ai fait. Un
bras me retient. J'ai failli tomber sous la rame.
Une bonne femme :
- Ça ne va pas ?
- Si, si, je ne l'ai pas vue, merci
madame.
Chez moi, je me couche immédiatement, il
n'est même pas 20 heures. J'ai beaucoup de
mal à m'endormir. Je me dis que ça ne
vaut pas le coup d'en arriver là pour de
l'argent.
9 h 30, le téléphone sonne, c'est mon
proxo10 :
- Bonjour Raphaella. Je t'appelle à
cause d'hier, le prends pas mal, faut que je
t'explique, le milieu a un gros souci avec les
flics à cause d'une mineure qu'a
trafiqué ses papiers, ils sont tous un peu
dans la merde, je lui ai certifié que t'es
bien majeure, je lui ai montré ta
pièce d'identité. Il est
désolé pour hier, mais il n'a pas
trop apprécié comment tu lui as
répondu. Enfin bref. T'es toujours
prête à faire partie de
l'équipe ? Parce que j'ai un super-plan pour
toi, ça commence demain, t'es d'accord ?
- C'est quoi ton super-plan ?
- Une série de photos avec l'un des
plus grands du milieu, il paie bien les filles. Il
enchaîne sur cinq jours de tournage.
- Payé combien ?
- 1 500 la journée pour les photos et 2
000 balles par jour pour le tournage.
Calcul rapide, 2 000 fois cinq, dix mille, plus 1
500, onze mille cinq cents balles la semaine.
- C'est où ?
- Sur Paris, t'as de quoi noter ?
- Je t'écoute.
Samedi 18 mars 1994, 11 h 30.
Le téléphone sonne, je
décroche, un homme énervé
:
- Allô ! Raphaella, c'est...
- Non, Raphaella n'est pas là, y a-t-il
un message ?
Il se calme direct, genre, c'est pas une
balance.
- Pourriez-vous lui dire de rappeler le studio
Tiffany d'urgence ? On avait rendez-vous, elle
n'est pas venue, je me demande ce qui se passe.
- Je lui ferai la commission quand elle sera
rentrée, c'est tout ?
- Oui, au revoir.
- Au revoir.
Je sais qu'il se doute que c'est moi. Je lui ai dit
que j'habitais seule. Mais franchement, je m'en
fous, j'ai d'autres choses en tête. Je suis
fière de ce que je n'ai pas fait. J'appelle
une copine, lui explique la situation en omettant
bien évidemment de lui dire qu'il s'agit de
porno. Elle me dit que c'est super, qu'il faut y
aller. N'importe qui aimerait faire des photos,
surtout pour 1 500 francs la journée. Tu te
fais pomponner aux frais de la princesse, vas-y, me
dit-elle. J'y retourne. J'ai une putain de trouille
au ventre, j'ose enfin frapper. On m'ouvre, c'est
la propriétaire de l'appartement.
- Bonjour, j'avais rendez-vous ce matin, je
n'ai pas pu venir avant, j'avais oublié le
code...
Plein de phrases me viennent à l'esprit. Je
meuble car j'ai peur d'entrer. Soudain, une voix
grave se fait entendre, c'est le
réalisateur, le Big Boss, un grand aux
cheveux longs, cigare à la bouche. Je
l'appellerai Big Boss.
- Entrez mademoiselle, c'est vous qui deviez
être là ce matin et qui n'êtes
pas venue ?
Il me serre la main, il est tout sourire. Il me met
à l'aise. Je sais déjà que
j'aimerai ce mec-là. Il fait rapidement les
présentations, m'emmène à la
salle de make-up, me propose de boire quelque chose
en attendant qu'il revienne. Il revient vite, me
demande de me déshabiller, de tourner sur
moi-même et me dit, un gros cigare à
la bouche :
- OK, j'aurai bientôt terminé le
set photo, tu enchaînes tout de suite
après, ça va ? Au fait, comment tu
t'appelles ?
- Raphaella.
- Enchanté Raphaella.
Il repart. Je me dis qu'il est cool ce gars. Je
fais connaissance avec l'équipe, la
maquilleuse, le chef-op, les acteurs et actrices.
Quand on frappe à la porte, c'est mon proxo,
je me dis qu'il est là pour vérifier
si j'y suis bien. Eh bien connard, j'y suis !
Soudain une fille en pleurs entre dans la
pièce, elle crie qu'elle ne veut pas partir,
qu'elle a besoin de cet argent, si elle rentre
sans, son copain la frappera. The Big Boss arrive,
lui tend l'argent en question et lui demande
gentiment de prendre ses affaires et de partir. Il
vient m'expliquer de quoi il retourne, par crainte
que je ne veuille m'en aller. J'apprends donc
qu'elle est mineure. Heureusement, il s'en est
aperçu avant qu'elle bosse.
L'heure fatidique approche, the Big Boss
prévient la make-up que ça va
être mon tour, qu'elle me prépare.
Elle me demande si j'ai apporté quelque
chose à me mettre. Il faut que je sois
teenage pour les photos. Elle me précise la
tenue que je dois porter et me maquille. Elle me
paraît froide, pas agréable, mais elle
m'explique qu'elle n'a pas quitté le
tournage depuis des jours, qu'elle en a marre. Elle
termine enfin de me maquiller. Quand je vois ce que
ça donne, je suis déçue. Je
ressemble à une gamine de douze ans. A quoi
ça sert d'être majeure ? Là, un
homme nu de taille moyenne, belle gueule, teint
bronzé, une bonne plaque abdominale, les
yeux clairs, fait son entrée la bite encore
en érection. J'ai honte de le regarder, en
même temps, je suis intriguée. Son
sexe, long, ni gros ni fin. Quelle attitude avoir
?
On me balance :
- Il te plaît ? C'est ton
partenaire.
Il engage la conversation. Pour lui, tout est
normal. Remarquez, quoi de plus naturel
qu'être à poil dans ce milieu ? Il me
lance deux petites vannes pour détendre
l'atmosphère, je ris avec lui. Il me pose
quelques questions : d'où je viens, quel
âge j'ai, des banalités. Il me regarde
me déshabiller et s'étonne que je
sois musclée, je lui réponds
simplement que je fais du sport. Il regarde ma
poitrine, il la trouve superbe. Il va se doucher,
j'en fais autant, pendant que la make-up
prépare une fille qui doit bosser avec
nous.
Dans la salle de bains, un autre acteur fait son
apparition. Il est plus âgé que le
premier, mais tout aussi mignon. Vêtu d'un
costard, portant le bouc, les yeux bleus, la
chevelure sombre, il me regarde prendre ma douche.
Il dit qu'il a aperçu ma poitrine, qu'il
l'adore, qu'il adore les gros seins en
général, ça lui vient de sa
mère qui les a gros elle aussi. Il commence
à m'embrasser, me caresse le corps, me
touche, je le laisse faire. A ce moment
précis, je me demande comment je vais leur
annoncer ma virginité. Je me confie à
lui.
- Ecoute, j'ai un problème, je suis
vierge. J'ai peur, je ne sais pas comment ça
va se passer. Tu crois que ça va rentrer ?
J'ai vu la quéquette de celui avec qui je
vais travailler, elle me paraît un peu trop
grosse pour moi. Le patron va se mettre en
pétard s'il perd encore du temps.
Il me dit de ne pas m'inquiéter, que tout va
bien se passer. Il sort. Je termine ma toilette,
c'est la première fois que je me rase, on
m'a demandé l'intégrale, ça me
choque, mais bon. L'autre fille a fait un scandale
à cause de ça. Elle a un petit copain
qui l'a vue poilue ce matin même. Qu'est-ce
qu'il dira si elle revient toute rasée ? La
maquilleuse a une idée : elle lui dira
qu'elle a posé pour une gamme de maillots de
bain. Elle trouve cette idée géniale,
ce qui clôt le débat. On est
prêtes à bosser. Je cherche une
cigarette, j'ai envie de fumer. On me demande sur
le plateau, ça y est, c'est parti. Le Big
Boss me prend à part, il sait que je suis
vierge. Il me propose de boire un verre, histoire
de me décontracter. Il dit que je n'ai rien
à craindre, je travaille avec des
professionnels qui ne sont pas là pour me
torturer. Tout se passera bien. On démarrera
gentiment. J'y vais, déterminée
à ce que tout se passe bien. Lorsque je mets
les pieds sur le plateau, une ambiance chaleureuse
règne. Je suis contente d'être
là, finalement. Début de
séance, deux filles, un garçon,
trois-quatre positions, jouissance, et
terminé. Ça ne me paraît pas
trop compliqué. Première position,
réglage des lumières, de nos places
respectives. On est toutes les deux assises sur un
canapé, le garçon debout
derrière nous, nous tenant par
l'épaule, première photo. Les deux
filles s'embrassent sur la bouche, photo. Le
garçon baisse son pantalon, l'une lui suce
la bite, l'autre l'embrasse. On enlève le
haut les deux filles, toi, tombe le pantalon
complètement, enlève les chaussures,
les chaussettes, déboutonne la chemise, les
deux filles sur la bite ! Une heure s'est
écoulée. Un des bons
côtés de ce boulot. Quand tu
travailles, le temps passe vite, tout
s'enchaîne. Le Big Boss réclame :
« Prends l'une des deux en levrette. »
Mon cur se met à battre très
fort. Il s'attaque à l'autre. Vaseline,
Sopalin sont de rigueur. Première position,
tête face caméra comme ils disent dans
leur langage, puis cul caméra. Moi, pendant
ce temps, je n'ai qu'à lui écarter
les fesses ou les jambes et sourire. Je dois dire
que ça me plaît. Mon tour arrive. Bon,
elle est vierge, ne la prends pas comme un sauvage,
dit-on derrière moi, une cul caméra
d'entrée. Finalement, je ne sens pas de
douleur alors j'y vais de bon cur. On
s'attaque à l'anal, si elle y arrive aussi
bien, on la prend sur les cinq jours de tournage.
Toute contente de mes performances, j'acquiesce.
Quand je prends réception du colis, je fais
une autre tête. Faut avouer que je ne sais
même pas ce que c'est l'anal. J'ai vite
compris.
22 heures. Après deux sets
consécutifs, je n'ai pas mal, mais je suis
soulagée que ça se termine. Une bonne
douche, puis le Big Boss nous invite dans un
restaurant à Saint-Germain-des-Prés.
C'est chez Gianni, un de ses potes, cuisine
italienne. On se croirait à Beverly Hills.
Par frime, le Big Boss file de la tune aux filles
pour le taxi. Il prend rendez-vous avec nous, comme
promis, pour son prochain tournage. Je trouve
ça classe le taxi. C'est mon premier.
Retour à la maison. Contente d'avoir
empoché 1 500 francs pour quelques heures de
travail, je m'endors aux anges, en rêvant au
Big Boss. Je suis amoureuse de lui : je n'ai qu'une
hâte, le revoir vite.
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