Charles Dantzig
Je m'appelle François
Charles Dantzig est l'auteur chez Grasset de deux romans,
Nos vies hâtives (2001, Prix Jean Freustié,
Prix Roger Nimier), Un film d'amour, et du Dictionnaire
égoïste de la littérature française (2005,
Prix Décembre, Grand Prix des Lectrices de Elle, Prix de
l'Essai de l'Académie Française) qui fut un grand
succès en librairie.
François Darré, " l'homme qui a volé trois milliards "
a première fois
que vous l'avez vu, c'était à la télévision.
Il était vêtu d'une combinaison orange, assis à
une table blanche, dans une pièce beige. " François
Darré, le
" Cette émission de télévision
devint " culte " sur-le-champ, comme le reportage sur
le travesti de Montmartre qui priait la Sainte Vierge : le lendemain,
la moitié du pays en parla, même ceux qui ne l'avaient
pas vue. On dira : tout a tenu à une séduction physique
; mais qu'est-ce qu'un physique ? Sur une autre chaîne, un
acteur australien dont le buste splendide giclait comme une banane
d'une combinaison de caoutchouc noir peinait à intéresser
les spectateurs d'une série qui n'avait pas dépassé
la saison 2 dans son pays d'origine. D'hésitant, François
devint bavard. Assuré, même. Un rien péremptoire.
" Ce que j'ai fait, personne n'aurait pu le faire. " Débarrassé
de sa prostration initiale, il s'animait de gestes lents et gracieux.
Sa voix avait une nuance parigote. Est-ce ce démodé,
et la simplicité de son nom, Darré, François
Darré, qui semble avoir été porté par
des millions de personnes depuis le Moyen Âge, faisant de
lui notre égal, égalité rendue flatteuse par
la beauté de son visage, qui finirent de charmer les téléspectateurs
? Un conseiller en communication ne lui aurait pas donné
de meilleur conseil que sa raie sur le côté. Elle lui
gagna les dames bien élevées en plus des hommes admiratifs
de son astuce. Le grand public, éveillé par la phrase
: " Je suis parti de rien ", apprécia : "
J'ai effectué le tour du monde dans des jets privés.
" Le commentateur l'appela " le petit prince de Hollywood
". On montra des photographies de lui à Los Angeles
en compagnie d'acteurs connus, on diffusa des extraits d'un reportage
où des gens du show-business entrent dans un hôtel
de Las Vegas, arrêtant l'image sur une voiture, à l'arrière-plan,
d'où il sort, son visage, flou mais reconnaissable, entouré
d'un cercle rouge. Il parla avec je ne sais quoi de posé,
de sérieux, de réfléchi, avec des éclats
de vantardise. Les vingt minutes de sa confession achevées,
il était devenu aussi durable dans l'imagination du public
qu'un personnage de légende. Arsène Lupin, Robin des
Bois, François Darré. Sous le défilé
du générique de fin, on le vit se frotter les cuisses
sous la table, se lever, faire quelques pas malaisés dans
sa combinaison trop grande, puis tendre en triangle ses bras nus
qui dépassaient des manches courtes de la camisole. Un gardien
moustachu lui mit des menottes. " François Darré,
l'homme qui a volé trois milliards ! "
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