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à Haïti en 1953 et vivant au Canada depuis plus de
trente ans, Dany Laferrière a publié trois romans
chez Grasset qui ont rencontré un grand succès critique
: Le Goût des jeunes filles (2005), Vers le Sud (2006),
Je suis un écrivain japonais (2008). Il pose d'une manière
toute personnelle la question de l'identité et de l'exil.
AU LECTEUR
n jeune homme de vingt-trois ans quitte son pays de manière
précipitée, un homme épuisé y retourne
trente-trois ans plus tard.
Il est passé de l'étouffante chaleur de Port-au-Prince
à l'interminable hiver de Montréal.
Du sud au nord. De la jeunesse à l'âge mûr. Entre
ces deux pôles s'est trouvé le temps pourri de l'exil.
Son départ a été provoqué par la politique.
Journaliste frondeur, il avait taquiné le régime autoritaire
et ombrageux de Bébé Doc. Sa vie était en danger.
A Montréal, seul et sans le sou, il est devenu écrivain.
En exil, on a la chance d'avoir un passé concret : le pays
natal, qui continue à nous hanter. Et un présent :
ce lieu indéfini où l'on est maintenant. Entre ces
deux trop vastes espaces, il a choisi une baignoire qui lui a permis
de n'être ni ici, ni là-bas. Et a ainsi rêvé
sa vie, dans l'eau chaude pendant qu'il gelait dehors, durant plus
de trente ans.
Et voilà qu'une nuit, le téléphone lui apprend
la mort de son père, qui vivait à New York depuis
plus de cinquante ans. Ce père, qui a un destin parallèle
au sien, avait été exilé par Papa Doc, père
de Bébé Doc. Ce père qu'il n'a vu qu'en photo.
La nouvelle le fait sortir de sa baignoire pour prendre la route.
D'abord n'importe où, vers le nord. Comme un adieu à
cet univers de glace qui l'a tenu au frais si longtemps. Puis il
finit par se rendre à New York aux funérailles de
son père.
Il compte le ramener à son village natal de Barradères,
dans le sud d'Haïti. Revenu à Port-au-Prince, il prend
une chambre à l'hôtel. Quand on a vécu seul
trop longtemps, on ne peut plus rejoindre la tribu. Mais sa mère
l'attend sur la petite galerie, près du massif de lauriers
roses, à la place où elle était lors de son
départ.
Le voilà qui se terre dans sa chambre d'hôtel, n'osant
regarder cette ville qu'il a tant rêvée là-bas,
dans sa baignoire, à Montréal. Tous ces gens qu'il
ne reconnaît plus, et ces autres qui ont poussé, comme
des plantes, en son absence. Ce qui l'effraie le plus est de découvrir
qu'il connaît mieux Montréal que Port-au-Prince. En
fait, qu'il n'a plus de passé.
On apprend mieux en bougeant. Il décide d'emmener son neveu,
qui porte le même nom que lui, sur les routes de l'île
natale. Commence un périple, doux, grave et rêveur
sur les traces du passé de son père, de son passé,
de ses origines. Revient-on jamais chez soi ?"
D.L.
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