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à Rome en 1966, Niccolò Ammaniti choisit d'abréger
ses études de biologie pour se tourner vers l'écriture.
Après Dernier réveillon et autres nouvelles cannibales
(1998, Hachette littérature) et Et je t'emmène (Grasset,
1999), il est reconnu sur la scène littéraire internationale
avec le best-seller Je n'ai pas peur (Grasset, 2001), lauréat
du prix Viareggio. Comme Dieu le veut (2006) a été
un immense succès en Italie, et a obtenu le prestigieux
prix Strega 2007. L'adaptation cinématographique par Gabriele
Salvatores, qui avait déjà adapté au cinéma
Je n'ai pas peur en 2003, sortira courant 2008 en Italie.
AU LECTEUR
t si ce nouveau roman, Comme Dieu le veut, cinq cent pages
et cinq ans de gestation, n'était pas à la hauteur
de l'attente ?
J'ai écrit ce que j'avais à écrire, ça
me suffit. L'attente a des effets meurtriers, rien n'est jamais
à la hauteur. Il faut se tenir à distance. Pendant
un temps, cela m'a pesé de m'entendre demander " alors,
à quoi travailles-tu ? ", comme si j'étais une
machine.
Et puis je n'ai pas travaillé cinq ans à cette histoire.
J'en avais une autre en tête, au début, mais je l'ai
laissée de côté : elle se passait dans une famille
bourgeoise. La bourgeoisie me fatigue.
C'est votre monde.
C'est sans doute pour ça. Ma vie n'est pas intéressante,
je n'aime pas la raconter. Si je devais le faire, j'arrêterais
d'écrire. Les histoires sont à la fois à l'extérieur
et en vous. Il faut observer autour de soi, puis fermer les yeux.
Voilà, pour me remettre à écrire il m'a fallu
devenir aveugle, raconter dans le noir, comme à quelqu'un
qui s'endort.
De nouveau, dans ce roman, un petit garçon, de nouveau un
père et un fils.
Les enfants sont les meilleurs protagonistes. Ils ont des élans
imprévisibles, ils vont de l'avant. Dans les guerres, la
misère, les camps de concentration, il y a toujours des enfants
qui continuent à jouer. Mais celui-ci n'est pas vraiment
un enfant, il a 13 ans, c'est un adolescent. Entre 10 et 18 ans,
on vit dans un autre monde. Ici, l'idée de départ
était ce couple père-fils pris comme une unité.
Comme une tortue : le père est la carapace, avec à
l'intérieur l'animal sans défense ; quand on est petit
on pense pouvoir extraire l'animal et le prendre dans sa main, mais
non, si on fait cela il meurt. Je voulais arriver au moment où
le fils se retrouve seul, sans la carapace, je voulais le voir tout
seul.
Un père horrible : nazi, alcoolique, violent. A sa façon
pourtant, il protège son fils et celui-ci l'adore.
C'est un amour fondé sur la défense réciproque.
Une éducation à l'envers, reposant sur la peur. L'environnement
est complètement désagrégé : un paysage
d'entrepôts et de centres commerciaux, comme ceux qu'on voit
en passant en voiture, dont on se demande qui peut bien y habiter.
La pluie incessante, qui n'arrête pas. Une petite communauté
de gens désespérés mais capables de prendre
soin, d'une certaine façon, du plus faible d'entre eux, le
jeune garçon, qui devient ensuite le plus fort. Chez le père,
la violence, le racisme, la haine des immigrés viennent de
la peur qu'il a de perdre son travail, de ne pas réussir
à survivre et de perdre son fils.
Que lisiez-vous quand vous étiez enfant ?
D'abord des BD. Plus tard, Calvino et Oscar Wilde, les contes. Puis
ces livres avec les titres en relief, les aventures. Tout Stevenson.
Docteur Jekyll et Mr. Hyde a été une révélation.
J'ai eu une passion pour Le Comte de Montecristo, je devais avoir
12 ou 13 ans, j'ai trouvé fantastique ce mécanisme
de la vengeance : ne pas être reconnu par les autres, revenir
incognito une fois fort et puissant, et les punir. Un rêve
idéal pour un adolescent.
La télévision dans votre roman est dégoûtante.
Elle sert à se masturber, à donner libre cours à
la violence ou à s'endormir. Vous la regardez ?
Oui, je la regarde. Justement surtout pour m'endormir, à
vrai dire, et pour ne pas penser. A une époque le trash m'amusait,
mais plus maintenant. Le livre parle de gens qui passent leur vie
à regarder une télé qui ne leur apprend rien
; ensuite, tous comprennent que la vie n'est pas comme ça,
qu'elle n'est pas faite de beaux prêtres, de gentils policiers
et de miss à moitié nues. Ils vivent la télé
allumée, mais elle n'a pas d'effet sur leur sens des réalités.
Je crois que c'est ce qui finit par arriver, on ne peut pas vraiment
croire une télé pareille. Elle opère une telle
distorsion des sentiments : à la télévision
un homme doit exhiber vulgairement ses sentiments, alors que dans
la vie c'est le contraire : les combats et les souffrances, on doit
les vivre en silence.
Interview de Niccolò Ammaniti
par Concita De Gregorio (La Repubblica)
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