Photo : © P. Swirc



orette Nobécourt est née à Paris en 1968. Elle est l'auteur de plusieurs romans dont La Conversation (Grasset, 1998), Horsita (Grasset, 1999). En nous la vie des morts est son septième livre.

 

AU LECTEUR

l'automne 2002, j'ai laissé l'homme que j'aimais, rendu les clefs de l'appartement où je vivais depuis douze ans, j'ai donné mes livres, mes vêtements, la plupart de mes meubles et je suis partie, avec ma fille sous le bras, vivre à Rome. A la Villa Médicis. C'est un beau lieu pour changer de vie. J'ai connu là-bas des heures qui n'appartiendront jamais qu'à moi seule. J'y suis morte à chaque saison. Et de mourir tant de fois, je suis née à d'autres mondes, à une autre vie.
En nous la vie des morts est le premier livre de cette vie. Je l'ai écrit aux heures de l'ombre et aux heures de lumière. Je l'ai écrit avec mes os.

J'avais faim d'embrasser le monde, j'avais une telle faim de comprendre d'où je venais, qui j'étais, pourquoi je souffrais tant. J'avais faim de donner aussi. J'étais allée aussi loin que possible dans la chair, sans trouver la lumière. Je voulais essayer le verbe. Autrement, pas comme avant. Loin de moi. J'étais si lasse de moi-même. Je voulais un héros étranger à mes manières, et un homme oui, qui me permette aussi de parler du féminin.
Je voulais visiter les pays que j'aime, où il me semble que j'ai vécu ou vivrai dans cette vie-ci, ou une autre. L'Inde, l'Asie, l'Amérique. Et l'Italie.
Je voulais rencontrer les êtres qui m'ont manqué. Une vieille Indienne sachant le monde, un chien intelligent, un ami qui serait plus qu'un frère, un amour aspirant à plus grand que soi. Ce livre m'a emportée.

Nortatem en est le héros. Il vient de l'ombre et la lumière. Il m'est si familier que je ne sais même plus comment il est arrivé jusqu'à moi. Il me semble l'avoir toujours connu. Avec lui, j'ai marché au-delà des souvenirs, j'ai couru vers d'autres histoires, d'autres pays, d'autres genres, avec toujours, partout, la même soif.

Nortatem est un trentenaire américain. Son frère spirituel, son double, vient de se jeter par la fenêtre. Il a quitté sa maîtresse. Sa plus proche amie est partie en France pour l'été. Il est seul. Il prend la route et se retire dans le Vermont pour apprivoiser la solitude. C'est un homme qui apprend à perdre et à mourir.
Il fume, il boit, il lit. Ah oui, il lit. Un de ces livres qui tombe au moment opportun. Il se promène, il fait l'ours, un ours à qui l'on raconte des histoires de cerf. Il marche vers le miracle de l'amour. Il ne le sait pas et pourtant il s'y rend, avec la même patience que l'on met à naître.

Finalement, cela commence de bonne heure un miracle. Il faut des années pour lui donner une forme, il faut d'immenses peines et d'immenses chagrins, il faut des morceaux de foi arrachés au désastre, jusqu'au moment où la vie vous prend tout entier.

Avec ce livre, j'ai appris à me tenir honnêtement debout. »

Lorette Nobécourt



Haut de page

Copyright © Éditions Grasset & Fasquelle
61, rue des Saints-Pères 75006 Paris
Tel: 01 44 39 22 00 - Fax: 01 42 22 64 18