harles Dantzig est l'auteur de plusieurs romans, dont Nos vies hâtives (2001, Prix Jean Freustié, Prix Roger Nimier) et Un film d'amour (2003), d'une œuvre poétique recueillie dans En souvenir des long-courriers (2003) et d'essais comme La Guerre du cliché (1998).
AU LECTEUR
'idée générale de ce livre qui n'est pas un recueil d'articles est qu'on apprend des choses sans s'ennuyer, j'espère. Sur des écrivains, des œuvres, des personnages, des notions, sur la littérature, en un mot, et même à côté : que la France doit la laitue et le platane à Rabelais, par exemple ; tous les écrivains n'en ont pas fait autant. Et leurs " morts inhabituelles " ! J'ai été étonné (ayant été le premier à apprendre), par le nombre d'écrivains morts écrasés par un véhicule. Émile Verhaeren, Roland Barthes, Fagus, Claudien, Jean Follain, Catulle Mendès, le gendre de Théophile Gautier, dont on trouve une caricature dans les Portraits souvenirs de Jean Cocteau. J'ai essayé de varier les façons de raconter : plutôt que d'exposer ce qu'est À la recherche du temps perdu, ce qui me paraissait assez vain, j'ai cherché ce que ce roman n'est pas. Un article est progressif afin de montrer comment on entre dans un écrivain (" Green "), un autre sert à dire pourquoi on ne lit pas certains chefs-d'œuvre (" Les Misérables "). Il y a des pour (la plupart), des contre (" Céline ", " La Princesse de Clèves "), certains articles servent à parler d'autre chose que de l'auteur même (" Bourges "), on y rencontre " un des romans célèbres les plus mal écrits de la littérature française ". La grande majorité des auteurs est du XXe siècle ; le plus ancien est Villon, le plus récent, Sagan. Principalement des Français, car si j'avais parlé des Astolphe de Custine anglais, italiens et russes en plus du Français, mon livre aurait fait huit mille pages et autant d'exils par désespoir. Je ne parle que de morts, par équité, si je puis dire : on ne peut pas comparer des statues, libérées de ce qu'elles ont fait de moins bon et des parasites qui les entouraient, et des vivants, qui se débattent dans le relatif et avec leurs propres œuvres, ayant peut-être encore de bons livres à écrire. Comme, avec ma grosse voix de vivant, je décidais un peu trop à leur place, je leur ai laissé le dernier mot dans des citations finales de ce qui me paraissait leurs meilleurs passages. Les lecteurs ne sont pas oubliés, puisqu'ils ont leur article.
C'est enfin, mais je ne le répèterai pas, une sorte d'essai d'esthétique, avec des propositions générales sur la littérature et ce qu'elle pourrait devenir (" XXIe siècle "), et, malgré moi, un autoportrait ; me sentant devenir pompeux, je me dépêche d'achever en disant que les dictionnaires sont peut-être les moins pesants des livres, qui laissent le lecteur choisir ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut, dans le plus grand désordre, pour son éventuel plaisir.
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Charles Dantzig
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