om Coraghessan Boyle est né en 1948. Depuis 1978, il anime des ateliers d'écriture à l'Université de South Carolina. Il vit près de Santa Barbara dans une maison dessinée par l'architecte Frank Lloyd Wright. Chez Grasset, il est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles, parmi lesquels 25 Histoires d'amour (2000) et 25 Histoires de mort (2002), ainsi que de nombreux romans dont America (1997, Prix Médicis étranger), Un ami de la terre (2001) et D'amour et d'eau fraîche (2003).
AU LECTEUR
T.C. Boyle évoque les auteurs qui furent ses professeurs et mentors : Vance Bourjaily, John Cheever, John Irving… La découverte des nouvelles de Raymond Carver est décisive. Boyle confie alors à John Irving qu'il veut faire " comme Ray " : écrire non pas des romans mais des nouvelles. Irving lui répond qu'il changera peut-être d'avis un jour :
l avait raison. Je finis par changer d'avis. Et pas qu'à moitié. Je commençai à écrire Water Music tout en passant mes derniers examens, puis il me fallut trois ans pour venir à bout des cent quatre chapitres du roman. Je me suis mis à écrire le matin, sept jours sur sept ; j'étais enfin devenu accroc, irrécupérable même, et je travaille depuis toujours sur le même rythme. Quand j'ai commencé Water Music, je ne savais pas comment m'y prendre pour écrire un roman. Mais j'ai appris, minute après minute, jour après jour, et j'ai continué avec obstination, malgré les inquiétudes de mon agent et de mon éditeur, qui ne voyaient pas comment les histoires de Mungo Park, un explorateur africain, et de Ned Rise, un pícaro, allaient bien pouvoir s'agencer pour aboutir à un résultat un tant soit peu satisfaisant. Ayez confiance, leur disais-je, et je m'y remettais de plus belle, même si mon éditeur m'avait bien averti de ne pas dépasser les cinq cents pages (j'y parvins, du reste : mon roman en comptait quatre cent quatre-vingt-seize - mais j'avais triché, remplissant chaque page dans ses moindres recoins, utilisant le blanc des marges en haut, en bas et sur les cotés).
Puis les autres livres ont commencé à se suivre, je me suis fait peu à peu remarquer et je me suis mis à donner des interviews, m'efforçant d'expliquer ce que j'essayais de faire dans mes textes - ou plutôt ce que j'avais fait. Je vois bien ce qui lie inextricablement mes romans et mes histoires, la façon qu'ont certains thèmes et certaines obsessions (la quête du père, le racisme, les classes sociales et les communautés, la prédétermination opposée au libre-arbitre, l'impérialisme culturel, la guerre des sexes… et la trêve des sexes) de se répéter sans cesse. Je vois bien tout cela - mais seulement après coup. C'est ce qui fait la beauté de cette accoutumance : on est obligé d'avancer, pas question de prendre sa retraite, on regarde toujours vers l'avant, même si on ne voit pas où on va. On démarre de rien, et puis on se triture le cerveau et le cœur, on trahit ses amis, ses anciennes amours, on reste comme un zombie devant la page blanche jusqu'à ne plus rien voir ni entendre ni sentir, et alors, surprise, on obtient quelque chose. Quelque chose de neuf. Quelque chose de précieux. Quelque chose qu'on peut montrer et admirer. Et ensuite ? Eh bien on n'a jamais sa dose, pas vrai ? Alors on recommence depuis le début, à partir de rien.
Le cercle des Initiés est mon dixième roman. Il couvre une période qui va de la fin des années trente au milieu des années cinquante du siècle dernier, et il contient les éléments d'un Bildungsroman mettant en scène le parcours initiatique de son narrateur, John Milk. Milk est en quatrième année à l'Université de l'Indiana en 1939 lorsqu'une ravissante jeune fille de sa classe le persuade de s'inscrire à un cours qui traite sans ambages de la sexualité et du mariage, sous la férule de l'un des professeurs de biologie de l'université, le Dr Alfred C. Kinsey. Kinsey, la quarantaine, est alors le spécialiste mondial incontesté du cynips, mais son intérêt pour la biologie de la sexualité humaine (par opposition au domaine émotionnel) l'a récemment éveillé à ce qui sera le travail de toute une vie et fera de lui un pionnier de la recherche scientifique en matière de sexe. Milk tombe sous son charme et devient le premier disciple de Kinsey - et le premier membre de son cercle d'initiés. Le roman retrace pas à pas la trajectoire de Milk : sa dernière année d'études, son mariage, son rôle de père, et sa longue carrière de spécialiste en sexualité sous l'égide du Dr Kinsey. Cette trame me permet de réfléchir sur la nature de nos relations amoureuses, sur la fidélité, la jalousie et l'individualité, sur le sexe en tant que fonction animale distincte de l'émotion, et enfin sur l'institution même du mariage.
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T.C. Boyle
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