a partition est le quatrième roman d'Alain Veinstein, qui a commencé par publier des poèmes. Il a reçu le prix Mallarmé pour son dernier recueil (Tout se passe comme si, Mercure de France, 2002), et le grand Prix de poésie de l'Académie française, en 2003, pour l'ensemble de son œuvre.
Homme de radio, Alain Veinstein a créé en 1978 les Nuits Magnétiques de France Culture, où il présente, depuis 1985, Du jour au lendemain, et produit Surpris par la nuit.
Il dirige également les éditions Melville.
AU LECTEUR
'ai longtemps été hanté par un cauchemar de séparation. Je quittais mon pays pour un autre monde, totalement inconnu, dont j'ignorais jusqu'à la langue. C'était le départ. J'étais sur le bateau et adressais des signes aux " miens ", ceux que j'aimais et que je venais d'abandonner pour toujours, de minuscules figures à présent, que je voyais s'agiter, se déchirer plutôt, de plus en plus petites, sur le quai qui s'éloignait.
Quitter, abandonner, se séparer…
Si j'arrivais à expulser ces mots, j'atteindrais probablement l'autre rive où respirer, j'en étais sûr, serait plus facile. Je pourrais peut-être enfin parler, articuler les mots qu'il faut, ne plus dériver loin de mon histoire.
Mais ils sont toujours là les mots de la séparation. Ils ont grandi en même temps que moi, en travers de ma gorge. Le fuyard a dû faire face aux vents contraires et, à un moment, changer de cap. C'est là qu'il s'est heurté à une nouvelle venue : la non-reconnaissance.
Mon livre est né de ce heurt. Franchissant un pas de plus au-delà de la séparation, j'imaginais des êtres que tout rapprochait, liés par un même lien de sang, mais qui ne se reconnaissaient pas, qui auraient été bien en peine de mettre un nom sur leurs visages. Ils coexistaient sans se voir.
La Partition tente de s'approcher de cette cécité, qui n'est sans doute qu'une radicale impossibilité de se parler. Le cœur n'y est pas. Le sang ne circule plus. Chacun s'absente dans l'étranger.
Il est probable que cette violence culmine lorsqu'on constate qu'un proche parmi les plus proches " perd la tête ", comme on dit, et ne vous reconnaît plus. Toute aussi violente, évidemment, est la rupture amoureuse.
Mais je me suis demandé si l'accidentel n'était pas en train de faire tache d'huile. Les uns et les autres, nous ne nous reconnaîtrions plus. Nous nous installerions dans la cacophonie du désaccord. La partition (comme séparation) nous tiendrait lieu de musique. Les personnages du livre, eux (ces deux hommes qui vont improviser au piano et au violon, à la fin, et se reconnaître sans s'adresser la parole), veulent à tout prix retrouver la musique perdue de l'amour.
»
Alain Veinstein
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